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Voir la version complète : Trois Irano-Américains accusé d'espionnage par l'Iran


morjane
31/05/2007, 15h01
On sera retombé dans une atmosphère de guerre froide après l'amorce d'un dialogue américano-iranien, lundi dernier sur les questions de sécurité en Irak. Au lendemain des premiers pourparlers directs entre les deux pays depuis l'affaire des otages de l'ambassade américaine en 1979 et la rupture des relations diplomatiques l'année suivante, trois Irano-Américains ont été accusés d'espionnage et d'atteinte à la sécurité nationale en Iran.

Le département d'État a formellement rejeté les accusations, non encore notifiées, contre Haleh Esfandiari, directrice du programme Moyen-Orient au Centre international Woodrow Wilson à Washington ; Kian Tajbakhsh, un urbaniste new-yorkais rattaché à l'institut Open Society du milliardaire philanthrope George Soros ; et Parnaz Azima, journaliste de Radio Farma qui émet en perse depuis Prague grâce à des fonds américains. Empêchée de quitter l'Iran alors qu'elle rendait visite à sa mère de 92 ans en décembre dernier, Haleh Esfandiari, 67 ans, est détenue depuis le 8 mai à la prison Evin de Téhéran. Tajbakhsh a été arrêté séparément le 11 mai et Parnaz Azima a été relâchée mais interdite de quitter l'Iran.

Les trois accusés pourraient être les nouveaux otages d'un jeu politique complexe où la tendance dure du gouvernement iranien cherche à contrer les affirmations américaines, selon lesquelles Téhéran sème le trouble en Irak et construit un programme nucléaire à des fins militaires. Mais le journal conservateur The New York Sun note que l'affaire survient « à la suite des révélations de (la chaîne) ABC News concernant un programme de renseignement secret visant à déstabiliser le régime (iranien) sans recours à la force mortelle ».

« Totalement sans fondement »

Téhéran soupçonne ouvertement Washington d'utiliser des intellectuels ou de s'appuyer sur des relais intérieurs pour affaiblir la République islamique en fomentant indirectement une « révolution de velours », comme celle qui avait abouti au renversement du régime communiste tchécoslovaque en 1989. Les États-Unis s'en défendent. La secrétaire d'État Condoleezza Rice, parlant de « perversion de l'État de droit » à propos des trois cas en question, a dit que « ces personnes ne font pas d'espionnage. Ce sont de bons citoyens de l'Iran et des États-Unis, ayant la double nationalité et ce serait une bonne chose si l'Iran était accueillant envers les gens qui veulent améliorer la vie des Iraniens et les libertés en Iran ». Elle a nié tout lien entre ces arrestations et celles des cinq gardes révolutionnaires iraniens par les forces américaines le 11 janvier dernier en Irak (Téhéran maintient qu'il s'agit de diplomates).

Épouse de Saul Bakhash, un intellectuel irano-américain qui affirme que les accusations contre sa femme sont « totalement sans fondement », Haleh Esfandiari fait depuis de nombreuses années venir aux États-Unis des personnalités iraniennes pour parler de la situation dans leur pays. Certaines ont été interrogées à leur retour en Iran, selon l'Associated Press. D'autres, favorables au régime iranien, cherchaient à expliquer ses positions aux Américains. Il n'en fallait pas plus pour que Haleh Esfandiari soit soupçonnée de vouloir bâtir un réseau dangereux en Iran.

Directeur du centre Woodrow Wilson, l'ancien congressiste démocrate Lee Hamilton, coauteur du Groupe d'étude sur l'Irak qui recommandait un dialogue direct avec l'Iran, s'insurge : « Le centre reçoit zéro financement du gouvernement américain pour promouvoir la démocratie en Iran. » Même son de cloche à l'institut Open Society où l'on note que « M. Tajbakhsh a été à un moment consultant pour les ministères iraniens de l'Intérieur et de la Sécurité sociale ». Si l'affaire s'envenime, les pourparlers de lundi dernier pourraient rester longtemps sans lendemain.

Par Le Figaro

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