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Voir la version complète : Les femmes aussi veulent entrer au Parlement en Turquie


morjane
07/06/2007, 19h54
« Faut-il être un homme pour entrer au Parlement ? » Affublées d'une grosse moustache, l'attribut viril de l'homme turc, des femmes d'affaires, des actrices et des journalistes célèbres ont provoqué leurs concitoyens avec cette question dans une campagne choc orchestrée par l'association féministe Kader. Si la réponse n'est pas qu'il « faut » être un homme pour se faire une place dans l'arène politique turque, il vaut mieux l'être ! « Le pays est dominé par les hommes et nos sièges à l'Assemblée sont sous occupation », résume Ipek Calislar, l'une des responsables de Kader.

La Turquie, qui a pourtant accordé le droit de vote aux femmes en 1934, avant la France, pointe bonne dernière au classement de l'OCDE en ce qui concerne le nombre de femmes au Parlement. Vingt-quatre femmes y siègent, soit 4,4 % des membres, la même proportion qu'il y a soixante-dix ans ! Dans les mairies, le taux tombe à 1 % et le gouvernement ne compte qu'une seule femme ministre. Mais les élections législatives du 22 juillet devraient faire baisser le taux de testostérone dans l'hémicycle. Une cinquantaine de femmes pourraient y siéger. Une représentation multipliée par deux qui leur permettrait d'atteindre les 9 % (la France, avec 12 %, fait à peine mieux).

On est encore bien loin des 30 à 40 % réclamés par la présidente de la puissante organisation patronale, la Tüsiad, mais cette lente féminisation traduit une évolution des mentalités et un réveil politique des femmes. « Je suis tout de même optimiste, car deux fois plus de femmes ont proposé leur candidature cette fois-ci », affirme Ipek Calislar. L'action du mouvement féministe, né dans les années 1980, commence à trouver un écho. Deux anciennes prostituées, candidates indépendantes, ont même entamé leur campagne en invitant les responsables politiques à visiter les maisons closes pour obtenir leur fermeture.

L'argument anticorruption

Tous les partis ont senti le nouveau potentiel électoral. Même si c'est moins que ce que le premier ministre Erdogan avait promis en annonçant une femme élue dans chaque grande ville, le parti islamo-conservateur de l'AKP présente 62 candidates, dont aucune ne porte le voile. Vingt-quatre, en tête de liste, peuvent gagner. Du côté du Parti républicain du peuple (CHP), la gauche nationaliste adversaire du gouvernement, on retrouve la même proportion de femmes bien placées.

« Il y a dix ans, c'était tout simplement impensable, aucun parti ne voulait de nous, se souvient Nevval Sevindi, écrivain qui concourt sous les couleurs du Parti démocrate, une formation de droite. Et dans les villes conservatrices d'Anatolie, quand on demandait aux femmes pour qui elles allaient voter, elles répondaient : »comme mon mari* ou »comme mon fils aîné* pour les veuves. Aujourd'hui, elles participent aux meetings. » « L'honnêteté » est l'argument principal de cette militante féministe : « La population en a ras-le-bol de la corruption, les femmes n'ont pas cette étiquette de voleur, quel que soit le parti. »

La très forte coloration féminine dans les manifestations géantes contre le gouvernement, ces dernières semaines, a également fait l'effet d'un électrochoc. « En voyant l'ampleur de la mobilisation, le CHP a compris notre poids », considère la candidate Nur Sertel, vice-présidente de l'Association pour la pensée d'Atatürk, organisatrice de la contestation des « Républicains » contre le « péril islamiste » que représenterait l'AKP. « Les élues seront compétentes, car elles ont toutes un haut niveau d'éducation, contrairement aux députés hommes », ajoute cette enseignante de l'université d'Istanbul, à qui le président du CHP, Deniz Baykal, a demandé de se porter candidate.

Mais Kader dénonce cette cooptation par les dirigeants. Pour Nükhet Sirman, sociologue, « les têtes d'affiche, les femmes célèbres ont été privilégiées au détriment de celles qui sont investies dans les partis et ont une véritable légitimité, c'est un coup de pub » qui nuira « à leur indépendance ». Généralement moins militaristes et moins nationalistes que leurs homologues masculins, plus sensibles aux problèmes de leurs concitoyennes, elles auront également « du mal à se démarquer de la politique menée par les hommes, car elles restent minoritaires », ajoute sa collègue Ipek Calislar. Bien décidée à ne pas jouer les figurantes, Nevval Sevindi, se félicite de la brèche ouverte « dans cette idéologie machiste, c'est déjà un premier pas ». Selon elle, il y a urgence « à civiliser ce Parlement ». Le 29 mai, en plein débat sur les réformes constitutionnelles, des députés se sont battus dans les travées...

Par Le figaro

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