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Voir la version complète : Les Frères musulmans testent leur pouvoir dans les urnes


morjane
11/06/2007, 16h24
En Egypte, le bras de fer électoral entre le pouvoir et les Frères musulmans va connaître un nouveau pic aujourd'hui lors des élections du Maglis el-Shoura (Conseil consultatif), la Chambre haute du Parlement.

Un scrutin sans véritable enjeu, mais qui fait figure de test après la percée historique des Frères musulmans lors des législatives de 2005. La confrérie, interdite mais tolérée, y avait remporté 88 sièges (sur 454) sous étiquette indépendante, malgré de nombreuses irrégularités.

Depuis l'ouverture de la campagne électorale, il y a trois semaines, plus de 600 militants islamistes auraient été arrêtés pour avoir utilisé des « slogans et symboles religieux ». Safouat el-Chérif, président du Conseil consultatif et cacique du régime, a, lui, demandé l'exclusion de 17 candidats des Frères musulmans. À Beheira, dans le delta du Nil, l'un d'eux a été emprisonné au lendemain d'une décision du tribunal administratif d'Alexandrie validant sa candidature. « Au train où vont les choses, les élections vont se dérouler sans candidat de l'opposition », a commenté Hamdi Hassan, un porte-parole de la confrérie.

Cadenasser la vie politique

Ces élections sont les premières depuis la réforme constitutionnelle de mars dernier, qui confère au Conseil consultatif, jusqu'alors purement décoratif, des pouvoirs législatifs un peu plus larges. L'emprise du Parti national démocrate (PND) sur la Chambre haute n'est en rien menacée, puisqu'un tiers de ses 264 membres est nommé par le président de la république. Mais, pour ces élections partielles, portant sur un autre tiers des sièges, le régime vise plus loin : la présidentielle de 2011.

Lors de ce scrutin, qui pourrait voir Gamal Moubarak, 43 ans, briguer le siège de son père, 79 ans, seuls les partis légaux pourront faire acte de candidature. Durablement exclus de la vie politique par la réforme de la Constitution, qui interdit la formation d'un parti sur une base religieuse, les Frères musulmans ne pourront, eux, présenter un candidat indépendant que s'ils remplissent un certain nombre de conditions, à commencer par l'obtention du parrainage de 250 élus, dont 25 membres du Conseil consultatif.

Selon les experts, le pouvoir devrait donc d'ici là cadenasser la vie politique. La semaine dernière, le régime a montré qu'il n'avait aucune intention d'alléger la pression. Le tribunal militaire d'Huckstep, près du Caire, a en effet rejeté une demande de libération sous caution de 33 dirigeants et d'hommes d'affaires proches de la confrérie. Journalistes et représentants des organisations des droits de l'homme, dont Amnesty International, se sont vu interdire l'accès à la salle d'audience.

Arrêtés en décembre pour « blanchiment d'argent et financement d'un mouvement interdit », après une parade islamiste aux relents paramilitaires à l'université d'al-Azhar, les accusés avaient obtenu en janvier un non-lieu devant un tribunal criminel. Mais, conformément aux souhaits du président Moubarak, ils ont été aussitôt déférés devant la justice militaire. Et ce malgré un avis du tribunal administratif du Caire, qui a estimé qu'une cour militaire ne pourrait pas garantir un procès équitable, les droits de la défense étant rarement respectés et les verdicts sans appel.

Les autorités égyptiennes entendent ainsi affaiblir durablement les Frères musulmans. Parmi les accusés figure en effet Khairat el-Chater, officiellement n° 3, mais considéré par les spécialistes comme le véritable stratège du mouvement islamiste. « En ciblant el-Chater, le régime a décapité la confrérie, qui apparaît très désorganisée depuis quelques mois », estime un bon connaisseur du dossier.


Par le figaro

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