sacov
01/11/2003, 06h24
1. D’où viens- tu ? quelle est ton origine?
Cette question, à la lumière du soubassement culturel propre à une région d’Algérie, des derniers évènements, appelle une réponse prudente. De but en blanc, je ne peux me définir comme kabyle dans la mesure ou pour moi être Kabyle, c’est habiter la Kabylie qui est une région géographique en dehors de toute considération ethnique. Je ne prétends pas l’inexistence de spécificités culturelles propre à cette région et qui renvoie à une lecture historique plus générale ayant tait à tout le pays.
Pour revenir à l’essence de la question, vous me permettrez de faire appel à ma mémoire d’enfant qui, au début de la fréquentation de l’école française au milieu des années cinquante, modelée par l’idéologie coloniale, me rappelle que mes ancêtres sont des gauloiss.
Je veux bien, à l’instar de milliers d’algériens tout à fait conscients et à la fleur de l’age comme à la fleur d’une carrière professionnelle respectable, revendiquent à voix haute leur nationalité française. Seulement il y a un hic, c’est que moi, comme des milliers de petits colonisés, je n’ai fait que subir un effacement injuste de ma personnalité par le pays des droits de l’homme. Sans comprendre ce qui m’arrivait, le message idéologique de l’école aidant, l’idée d’être français, ne m’effleura jamais l’esprit, tant la contre offensive culturelle des milieux familial et social dans lequel je me mouvais était forte et veillait à la « propreté » de cette parcelle de nous-mêmes qu’il était impossible à la colonisation de fait, d’entamer.
Un élément marquant ne manquait pas à travers les textes qu’on lisait à l’école, de nous assigner la vraie place qui était la notre dans le système colonial : l’ambiance voulait bien de nous comme français en nous signifiant exclusivement nos devoirs vis à vis de « notre »patrie. Il était clairement montré à travers aussi bien des textes scolaires et leurs illustrations, que la vie de tous les jours que menaient les autochtones que la place qui nous était assignée était celle de citoyens de seconde zone.
Il faut souligner que tout était fait au sein des familles algériennes pour contrecarrer ce forcing de dépersonnalisation à travers la sauvegarde des traditions ancestrales exprimée par la religion et par la coutume. C’est en ce sens et en d’autres que la religion à joué un rôle de sauvegarde de notre personnalité.
Tout enfant que j’étais et à l’instar de tous les autres, par des gestes simples, sans en connaître la signification, il m’était possible de me démarquer de mon petit camarades français à l’école et ailleurs. Il est utile de citer quelques exemples révélateurs de la façon dont la culture populaire se servait pour étayer certains principes qu’elle inculquait aux enfants.
Les petits enfants français avaient un teint rose?, c’est celui des cochons qu’ils mangeaient.
La position centrale de l’islam dans la vie quotidienne, proscrivant la consommation du porc, donnant de sa chair un aspect dégoûtant à faire vomir, l’enfant que j’étais, transposait le dégoût que m’inspirait le porc sur celui de la couleur rose des joues de mes petits camarades qui fatalement à mes yeux se transformaient en porcelets.
Le porc selon la légende transmettait des maladies, tous ceux qui en consommaient était des contaminateurs potentiels qu’il fallait éviter à tout prix.
Le petit enfant que j’étais ne se posait même pas la question que vous me posez aujourd’hui. Il savait qu’il ne pouvait être français, cela était sa certitude. Il savait que ses horizons n’étaient pas très lointaines, qu’il devait faire ce que décidait l’autre. La conception n’était pas dans ses attributions. Lui, était destiné à servir celui qui a toujours raison et quelle image plus explicite que celle de ses parents qu’il voie obtempérer à la moindre injonction de l’autre. Tout le monde sait que le modèle idéalisé par un enfant passe automatiquement par l’image du père, or quelle image, étant enfant, j’avais de mon père et de tous les pères algériens? Celle de grandes personnes qui, auréolées de l’autorité paternelle reconnue et consacrée par tous, se voyaient rouées de coups sinon engueulées comme du poisson pourri par un homme rouge de colère et de vin (interdit par l’islam). Quelle signification a cette situation ambivalente aux yeux de l’enfant qui apprenait dans la pratique de sa petite vie qu’après dieu il y avait les parents et que le plus fort de ces parents donnait l ‘image servile d’un esclave à la disposition sans retenue de ces gens qui ne mangent , ni ne boivent , ni ne s’habillent comme nous.
Le temps et les conditions de vie des algériens, aidés en cela par toute l’idéologie qui cultivait la supériorité du français, « enturbannaient » de plus en plus le petit autochtone que j’étais et lui faisait croire qu’il était destiné à être éternellement gentil. Une gentillesse enveloppée dans un carcan matériel caractérisé par un besoin perpétuel de se nourrir frugalement, de se vêtir en haillons et de se contenter d’un gourbi éclairé à la bougie ou à la lampe à pétrole. En face de cela , je trouvais tout à fait normal que mon petit camarade français était toujours pomponné, bien habillé, bien nourri et donc en meilleure santé physique que moi.
Il ne me venait pas à l’idée de remettre en question cette situation normale, mieux que cela il était beaucoup plus choquant pour moi que mon père par exemple se fasse engueuler par un arabe que de se faire rouer de coups par un français. L’arabe était mon égal dans la misère, il n’avait pas le droit d’élever le ton, ce n’était pas dans ses prérogatives de se comporter comme le roumi qui sait tout, qui nous donne du travail, qui appelle ma mère « fatma » alors qu’elle s’appelle autrement. Gare à mon semblable qui ose se comporter comme nos maîtres. D’ailleurs ces derniers ne le tolèreraient pas. Il le permettaient par exemple à quelques uns qui avaient adopté leur mode de vie. Tout en gardant cette espèce de soumission visible, ils devenaient très arrogants avec leurs coreligionnaires qui les craignaient plus que les européens car ils étaient plus féroces et mettaient beaucoup de hargne à exécuter leur tâche de supplétifs. Leurs enfants tout en ayant le même teint que moi, parlaient comme les autres et se tenaient tout le temps avec eux, j’en été jaloux.
Dans tout cela où est mon origine ?
J’ai appris par mes parents que je n’étais pas juif, car il paraît qu’ils puaient, je ne m’en suis pas approché, donc je ne l’ai pas vérifié. La rumeur populaire laissait entendre par des histoires, des contes et autres subterfuges qu’il ne fallait jamais faire confiance à un juif. Le juif était l’arnaqueur par excellence et qu’il fallait s’en méfier. La religion nous permettaient par contre d’accepter la nourriture du juif mais jamais sa couche.
Je ne suis pas non plus Kabyle, ces montagnard sans aucun raffinement (comme si nous, nous baignions dans le luxe) leur façon de parler, en baragouinant des sons incompréhensibles. Décidément ce n’était pas fait pour moi.
Je n’étais pas non plus un gitan, ça non. Ces gens étaient très sales, ils utilisaient la sorcellerie pour nous voler le peu que nous avions.
Le français tapait sur moi, il fallait que bien que je trouve quelqu’un sur qui taper. Là j’étais bien servi. Les conditions faisaient que , ne pouvant prétendre égaler le roumi, il fallait que je trouve un moyen pour me valoriser. Pour ce faire j’ai trouvé le juif qui m’est préféré par le colonisateur, le gitan sur lequel je me venge en ayant l’impression de taper sur le français de par sa chrétienté, le kabyle de par son caractère dit rustre, inculte et qui ne savait même pas parler comme moi. Voilà, la culture qu’on m’a faite ingurgiter , si par certains de ses aspects, elle m’a permis de résister à l’assimilation à mes dépends, m’a également permis de me forger une personnalité inaltérable d’arabe, vaillant, bénéficiant de repères géographiques dont je n’avais pas besoin au détriment de repères historiques qui m’étaient plus que nécessaires
Jusqu’à mon adolescence j’ai toujours cru dur comme fer que j’étais un pur-sang arabe . Je considérais cela non pas comme une simple appartenance raciale , plus que cela je revendiquais en quelque sorte la supériorité. Il m’arrivait même de plaindre ceux qui ne sont pas arabes et je compatissais surtout avec les esquimaux, les indiens d’Amazonie, les aborigènes d’Australie qui ne peuvent se délecter de cette culture qui est la mienne. Je compatissais avec eux et non pas avec les français pour des raisons historiques, je les trouvais moins arrogants, moins prétentieux. Je trouvais une certaine sympathie dans la similitude de nos conditions.
Ayant atterri au tout début des années soixante-dix à l’université d’Alger, je me devais de par mon imprégnation Jfln de reconnaître les bienfaits que me prodiguait cette institution fruit de la lutte ancestrale qu’a mené mon peuple au nom de l’arabo-islamisme. Je m’en délectais et je m’en ouvrais dans tous les débats qui se présentaient dans le cadre des tâches d’édification nationale.
Mon origine?… Cela ne suffit-il pas que je vous dise, que je me complais dans cette situation confortable du cocon de l’unification de l’union et de l’unicité unie autour de mot d’ordres unifiant les algériens dans une Algérie unique?…
Vous savez monsieur le questionneur, il y a toujours eu des gens auréolés d’une multitude de légitimités pour me montrer mon chemin dans les dédales des origines de ma culture que j’ai toujours perçue comme la meilleure au monde et de tous les temps. Il n’en était donc que plus légitime de promouvoir le vecteur essentiel à cette culture dans sa propagation et c’est la langue arabe.
Le Tamazight?…Le berbère?….Le Tifinagh?…Ça se mange?…AH..Les dialectes, le folklore, les couleurs vives, l’huile d’olive ,le karmous, les gravures rupestres. Mais cela n’est que l’expression de la vitalité du génie culturel et diversifié de notre grand peuple uni comme les doigts de la main et qui fait front à tous les complots tramés par l’impérialisme mondial et surtout, mais il ne faut pas le crier très fort, le résultat d’une politique de division coloniale pour perpétuer son règne.
Alors, je vois que vous n’êtes pas satisfais. Mais monsieur le questionneur, C’est ce que j’ai appris à travers ma famille, mon école, le journal, la télévision, la radio (même la chaîne II). Je ne peux donc pas m’inventer une autre origine que celle arabo-islamique qui est la mienne. Ben Khadda a dit, Ben Bella a dit, Boumediene et Bouteflika ont dit, Chadli a dit, Boudiaf a dit, le HCE a dit, Zéroual a dit, Bouteflika a redit, l’APN a dit, le CN a dit, nahda, hamas, le fis ont tous dit. Tout ce beau monde en répétant nos glorieux Ouléma ont dit que j’étais, que je suis et que je serai arabo-musulman. Ça a même été décrété, plus que cela inséré dans la constitution. Pensez-vous qu’au lieu de m’occuper de la technologie et du développement de mon pays je vais m’attarder à remuer la m….
Tout ce qui se passe maintenant, c’est une machination de ces kabyles manipulés qu’ils sont par Hizb-frança, ils sont tellement butés qu’ils sacrifient leurs enfants pour nous imposer à nous les arabes leurs « Ulac Smah, Ulac ». Ils veulent détruire notre appartenance à cette grande nation qui tout au long de l’histoire de l’humanité a fourni des mathématiciens, des astronomes, des conquérants etc..etc.. Cette nation qui a fourni des lumières politiques telles que Djamel abdennasser, qui nous a beaucoup aidés à nous réapproprier notre belle langue, Hassan II le grand commandeur des croyants qui a légué à notre grande nation arabe, en la majesté de la personne de son fils un théoricien hors pair de la cause commune, Kadhafi qui peut se targuer de ne pouvoir être égalé dans l’approfondissement de la pensée unificatrice des legs de notre civilisation. Qui en Europe, en Amérique ou ailleurs peut se vanter de la stabilité dans son pays et son développement au profit des masses, comme pourraient le faire nos rois auréolés chacun à sa façon d’un pan de descendance du prophète Mohamed.
Maintenant, à l’aube du troisième millénaire, vous voulez que j’aille chercher mes origines ailleurs dans l’antique Cirta, ou l’historique Numidie, ce qui m’obligera certainement à flirter avec des évènements historiques dormants qui risquent de remettre en cause tout cet édifice institutionnel pour lequel le peuple algérien a consenti des millions de vies humaines. La roue de l’histoire ne s’arrêtera pas là, j’ai en ma possession des références historiques indéniable qui font que mon origine ne souffre d’aucun marchandage, cela m’arrange. Je bouffe bien, j’ai un bon poste que m’a offert mon valeureux peuple, j’œuvre pour le développement de mon pays à travers des programmes de grandes envergures et aux retombées (in challah) bénéfiques sur toute la nation algérienne. Pour ce qui est de mon origine, les ZET (zones d’expansion touristiques), vont s’en charger, car mon pays va bientôt investir dans le tourisme en partenariat avec les grands de ce monde, ce qui permettra le développement des fouilles archéologiques et mettre certainement à nu toutes ces fausses allégations.
*Un algérien se promenant dans les rues d’une contrée lointaine se laisse poser des questions pour le moins ridicules. Il essaie tant bien que mal d’y répondre avec le peu de crédulité qu’il lui reste.
sacov :wink:
Cette question, à la lumière du soubassement culturel propre à une région d’Algérie, des derniers évènements, appelle une réponse prudente. De but en blanc, je ne peux me définir comme kabyle dans la mesure ou pour moi être Kabyle, c’est habiter la Kabylie qui est une région géographique en dehors de toute considération ethnique. Je ne prétends pas l’inexistence de spécificités culturelles propre à cette région et qui renvoie à une lecture historique plus générale ayant tait à tout le pays.
Pour revenir à l’essence de la question, vous me permettrez de faire appel à ma mémoire d’enfant qui, au début de la fréquentation de l’école française au milieu des années cinquante, modelée par l’idéologie coloniale, me rappelle que mes ancêtres sont des gauloiss.
Je veux bien, à l’instar de milliers d’algériens tout à fait conscients et à la fleur de l’age comme à la fleur d’une carrière professionnelle respectable, revendiquent à voix haute leur nationalité française. Seulement il y a un hic, c’est que moi, comme des milliers de petits colonisés, je n’ai fait que subir un effacement injuste de ma personnalité par le pays des droits de l’homme. Sans comprendre ce qui m’arrivait, le message idéologique de l’école aidant, l’idée d’être français, ne m’effleura jamais l’esprit, tant la contre offensive culturelle des milieux familial et social dans lequel je me mouvais était forte et veillait à la « propreté » de cette parcelle de nous-mêmes qu’il était impossible à la colonisation de fait, d’entamer.
Un élément marquant ne manquait pas à travers les textes qu’on lisait à l’école, de nous assigner la vraie place qui était la notre dans le système colonial : l’ambiance voulait bien de nous comme français en nous signifiant exclusivement nos devoirs vis à vis de « notre »patrie. Il était clairement montré à travers aussi bien des textes scolaires et leurs illustrations, que la vie de tous les jours que menaient les autochtones que la place qui nous était assignée était celle de citoyens de seconde zone.
Il faut souligner que tout était fait au sein des familles algériennes pour contrecarrer ce forcing de dépersonnalisation à travers la sauvegarde des traditions ancestrales exprimée par la religion et par la coutume. C’est en ce sens et en d’autres que la religion à joué un rôle de sauvegarde de notre personnalité.
Tout enfant que j’étais et à l’instar de tous les autres, par des gestes simples, sans en connaître la signification, il m’était possible de me démarquer de mon petit camarades français à l’école et ailleurs. Il est utile de citer quelques exemples révélateurs de la façon dont la culture populaire se servait pour étayer certains principes qu’elle inculquait aux enfants.
Les petits enfants français avaient un teint rose?, c’est celui des cochons qu’ils mangeaient.
La position centrale de l’islam dans la vie quotidienne, proscrivant la consommation du porc, donnant de sa chair un aspect dégoûtant à faire vomir, l’enfant que j’étais, transposait le dégoût que m’inspirait le porc sur celui de la couleur rose des joues de mes petits camarades qui fatalement à mes yeux se transformaient en porcelets.
Le porc selon la légende transmettait des maladies, tous ceux qui en consommaient était des contaminateurs potentiels qu’il fallait éviter à tout prix.
Le petit enfant que j’étais ne se posait même pas la question que vous me posez aujourd’hui. Il savait qu’il ne pouvait être français, cela était sa certitude. Il savait que ses horizons n’étaient pas très lointaines, qu’il devait faire ce que décidait l’autre. La conception n’était pas dans ses attributions. Lui, était destiné à servir celui qui a toujours raison et quelle image plus explicite que celle de ses parents qu’il voie obtempérer à la moindre injonction de l’autre. Tout le monde sait que le modèle idéalisé par un enfant passe automatiquement par l’image du père, or quelle image, étant enfant, j’avais de mon père et de tous les pères algériens? Celle de grandes personnes qui, auréolées de l’autorité paternelle reconnue et consacrée par tous, se voyaient rouées de coups sinon engueulées comme du poisson pourri par un homme rouge de colère et de vin (interdit par l’islam). Quelle signification a cette situation ambivalente aux yeux de l’enfant qui apprenait dans la pratique de sa petite vie qu’après dieu il y avait les parents et que le plus fort de ces parents donnait l ‘image servile d’un esclave à la disposition sans retenue de ces gens qui ne mangent , ni ne boivent , ni ne s’habillent comme nous.
Le temps et les conditions de vie des algériens, aidés en cela par toute l’idéologie qui cultivait la supériorité du français, « enturbannaient » de plus en plus le petit autochtone que j’étais et lui faisait croire qu’il était destiné à être éternellement gentil. Une gentillesse enveloppée dans un carcan matériel caractérisé par un besoin perpétuel de se nourrir frugalement, de se vêtir en haillons et de se contenter d’un gourbi éclairé à la bougie ou à la lampe à pétrole. En face de cela , je trouvais tout à fait normal que mon petit camarade français était toujours pomponné, bien habillé, bien nourri et donc en meilleure santé physique que moi.
Il ne me venait pas à l’idée de remettre en question cette situation normale, mieux que cela il était beaucoup plus choquant pour moi que mon père par exemple se fasse engueuler par un arabe que de se faire rouer de coups par un français. L’arabe était mon égal dans la misère, il n’avait pas le droit d’élever le ton, ce n’était pas dans ses prérogatives de se comporter comme le roumi qui sait tout, qui nous donne du travail, qui appelle ma mère « fatma » alors qu’elle s’appelle autrement. Gare à mon semblable qui ose se comporter comme nos maîtres. D’ailleurs ces derniers ne le tolèreraient pas. Il le permettaient par exemple à quelques uns qui avaient adopté leur mode de vie. Tout en gardant cette espèce de soumission visible, ils devenaient très arrogants avec leurs coreligionnaires qui les craignaient plus que les européens car ils étaient plus féroces et mettaient beaucoup de hargne à exécuter leur tâche de supplétifs. Leurs enfants tout en ayant le même teint que moi, parlaient comme les autres et se tenaient tout le temps avec eux, j’en été jaloux.
Dans tout cela où est mon origine ?
J’ai appris par mes parents que je n’étais pas juif, car il paraît qu’ils puaient, je ne m’en suis pas approché, donc je ne l’ai pas vérifié. La rumeur populaire laissait entendre par des histoires, des contes et autres subterfuges qu’il ne fallait jamais faire confiance à un juif. Le juif était l’arnaqueur par excellence et qu’il fallait s’en méfier. La religion nous permettaient par contre d’accepter la nourriture du juif mais jamais sa couche.
Je ne suis pas non plus Kabyle, ces montagnard sans aucun raffinement (comme si nous, nous baignions dans le luxe) leur façon de parler, en baragouinant des sons incompréhensibles. Décidément ce n’était pas fait pour moi.
Je n’étais pas non plus un gitan, ça non. Ces gens étaient très sales, ils utilisaient la sorcellerie pour nous voler le peu que nous avions.
Le français tapait sur moi, il fallait que bien que je trouve quelqu’un sur qui taper. Là j’étais bien servi. Les conditions faisaient que , ne pouvant prétendre égaler le roumi, il fallait que je trouve un moyen pour me valoriser. Pour ce faire j’ai trouvé le juif qui m’est préféré par le colonisateur, le gitan sur lequel je me venge en ayant l’impression de taper sur le français de par sa chrétienté, le kabyle de par son caractère dit rustre, inculte et qui ne savait même pas parler comme moi. Voilà, la culture qu’on m’a faite ingurgiter , si par certains de ses aspects, elle m’a permis de résister à l’assimilation à mes dépends, m’a également permis de me forger une personnalité inaltérable d’arabe, vaillant, bénéficiant de repères géographiques dont je n’avais pas besoin au détriment de repères historiques qui m’étaient plus que nécessaires
Jusqu’à mon adolescence j’ai toujours cru dur comme fer que j’étais un pur-sang arabe . Je considérais cela non pas comme une simple appartenance raciale , plus que cela je revendiquais en quelque sorte la supériorité. Il m’arrivait même de plaindre ceux qui ne sont pas arabes et je compatissais surtout avec les esquimaux, les indiens d’Amazonie, les aborigènes d’Australie qui ne peuvent se délecter de cette culture qui est la mienne. Je compatissais avec eux et non pas avec les français pour des raisons historiques, je les trouvais moins arrogants, moins prétentieux. Je trouvais une certaine sympathie dans la similitude de nos conditions.
Ayant atterri au tout début des années soixante-dix à l’université d’Alger, je me devais de par mon imprégnation Jfln de reconnaître les bienfaits que me prodiguait cette institution fruit de la lutte ancestrale qu’a mené mon peuple au nom de l’arabo-islamisme. Je m’en délectais et je m’en ouvrais dans tous les débats qui se présentaient dans le cadre des tâches d’édification nationale.
Mon origine?… Cela ne suffit-il pas que je vous dise, que je me complais dans cette situation confortable du cocon de l’unification de l’union et de l’unicité unie autour de mot d’ordres unifiant les algériens dans une Algérie unique?…
Vous savez monsieur le questionneur, il y a toujours eu des gens auréolés d’une multitude de légitimités pour me montrer mon chemin dans les dédales des origines de ma culture que j’ai toujours perçue comme la meilleure au monde et de tous les temps. Il n’en était donc que plus légitime de promouvoir le vecteur essentiel à cette culture dans sa propagation et c’est la langue arabe.
Le Tamazight?…Le berbère?….Le Tifinagh?…Ça se mange?…AH..Les dialectes, le folklore, les couleurs vives, l’huile d’olive ,le karmous, les gravures rupestres. Mais cela n’est que l’expression de la vitalité du génie culturel et diversifié de notre grand peuple uni comme les doigts de la main et qui fait front à tous les complots tramés par l’impérialisme mondial et surtout, mais il ne faut pas le crier très fort, le résultat d’une politique de division coloniale pour perpétuer son règne.
Alors, je vois que vous n’êtes pas satisfais. Mais monsieur le questionneur, C’est ce que j’ai appris à travers ma famille, mon école, le journal, la télévision, la radio (même la chaîne II). Je ne peux donc pas m’inventer une autre origine que celle arabo-islamique qui est la mienne. Ben Khadda a dit, Ben Bella a dit, Boumediene et Bouteflika ont dit, Chadli a dit, Boudiaf a dit, le HCE a dit, Zéroual a dit, Bouteflika a redit, l’APN a dit, le CN a dit, nahda, hamas, le fis ont tous dit. Tout ce beau monde en répétant nos glorieux Ouléma ont dit que j’étais, que je suis et que je serai arabo-musulman. Ça a même été décrété, plus que cela inséré dans la constitution. Pensez-vous qu’au lieu de m’occuper de la technologie et du développement de mon pays je vais m’attarder à remuer la m….
Tout ce qui se passe maintenant, c’est une machination de ces kabyles manipulés qu’ils sont par Hizb-frança, ils sont tellement butés qu’ils sacrifient leurs enfants pour nous imposer à nous les arabes leurs « Ulac Smah, Ulac ». Ils veulent détruire notre appartenance à cette grande nation qui tout au long de l’histoire de l’humanité a fourni des mathématiciens, des astronomes, des conquérants etc..etc.. Cette nation qui a fourni des lumières politiques telles que Djamel abdennasser, qui nous a beaucoup aidés à nous réapproprier notre belle langue, Hassan II le grand commandeur des croyants qui a légué à notre grande nation arabe, en la majesté de la personne de son fils un théoricien hors pair de la cause commune, Kadhafi qui peut se targuer de ne pouvoir être égalé dans l’approfondissement de la pensée unificatrice des legs de notre civilisation. Qui en Europe, en Amérique ou ailleurs peut se vanter de la stabilité dans son pays et son développement au profit des masses, comme pourraient le faire nos rois auréolés chacun à sa façon d’un pan de descendance du prophète Mohamed.
Maintenant, à l’aube du troisième millénaire, vous voulez que j’aille chercher mes origines ailleurs dans l’antique Cirta, ou l’historique Numidie, ce qui m’obligera certainement à flirter avec des évènements historiques dormants qui risquent de remettre en cause tout cet édifice institutionnel pour lequel le peuple algérien a consenti des millions de vies humaines. La roue de l’histoire ne s’arrêtera pas là, j’ai en ma possession des références historiques indéniable qui font que mon origine ne souffre d’aucun marchandage, cela m’arrange. Je bouffe bien, j’ai un bon poste que m’a offert mon valeureux peuple, j’œuvre pour le développement de mon pays à travers des programmes de grandes envergures et aux retombées (in challah) bénéfiques sur toute la nation algérienne. Pour ce qui est de mon origine, les ZET (zones d’expansion touristiques), vont s’en charger, car mon pays va bientôt investir dans le tourisme en partenariat avec les grands de ce monde, ce qui permettra le développement des fouilles archéologiques et mettre certainement à nu toutes ces fausses allégations.
*Un algérien se promenant dans les rues d’une contrée lointaine se laisse poser des questions pour le moins ridicules. Il essaie tant bien que mal d’y répondre avec le peu de crédulité qu’il lui reste.
sacov :wink: