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Voir la version complète : Cultures et conflits en Algérie


Uday
10/11/2003, 18h29
Azul/Shalom/Salam,


Chers amis,

Après l’accueil chaleureux, j’ouvre ce post sur le fait Amazigh, tout en espérant le débattre dans la sérénité et la sincérité de nos échangeurs….

"Bismi Allah" commenca le conteur, Uday, en retirant un gros Livre qu'il cache toujours entre les genoux et qu'il produit uniquement pour des occasions chères à son auditoire. Posant son QALAM devant lui, il prepare l'ENTRÉE : Cultures et conflits en Algérie, devant la foule de Jamaa El-Fna………

Le fait Amazigh a été toujours vécu d’une manièrre extrêment émotionnelle. L’insulte ou l’invective, la distribue ou l’imprécation constituent l’essentiel du débat autour du fait Amazigh, depuis les événements du printemps noir ( 81 si je me rappelle bien)….Et pourtant c’est le début d’un grand débat qui mettra fin à ce mythe : Algérie est Arabe? Non, mais Africaine!

Nous avons assisté en cette fin du siècle à la multiplicité des discours au sujet de la culture Algérienne et au sujet des conflits qui secouent la société Algérienne.

Si nous considérons que la tendance consistant à recourir au patrimoine culturel en vue de répondre aux défis de la situation culturelle qui domine aujourd’hui se nomme PATRIMONIALISTE (terme emprunté à Ahmed Boukous), les Islamistes et les Amazighes appartiennent en fait au même paradigme culturel.

Je ne veux pas traiter de l’échec ou de l’impossibilité d’assurer le concordisme de la pensée Salafiya à la réalité d’aujourd’hui et je ne parlerai pas non plus du mouvement islamiste Algérien qui n’est qu’une pale imitation de la pensée d’Ibn Albanna et Ghannouchi.

Je parle ici de l’émergence du refoule AMAZIGHE.

Le discours qui se réclame de l’identité Amazighe est une variante du discours patrimonialiste. Ce discours fonde sa légitimité sur un passé antérieur à l’arabo-islamisme et surtout sur sa pérennité. C’est en effet la culture première de l’Algérie qui s’inscrit dans la réalité d’aujourd’hui.

Le mode d’expression de cette culture est la koine Amazighe, sa substance est véhiculée par la tradition orale et les arts produits essentiellement par la population rurale amazighophone.

Ce discours est tout récent dans le champ culturel Algérien et il serait prétentieux de le considérer comme un discours cohérent ayant une consistance théorique en raison de l’état encore embryonnaire de celui-ci. Cependant nous pouvons noter la présence de deux grandes écoles de ce discours:

1/la vision nostalgique représentée par les exclusivisionistes de cette noble cause.

2/La vision fondée sur le droit à la différence.

En reprenant Boukous, je décris succinctement ces deux discours.


1/Vision nostalgique:

Cette vision est parée d’une mythologie dont les fondements sont:

1.1 LA LIBERTÉ : Amazighe signifie homme libre. Ce dernier à tout temps défendu farouchement sa liberté face à l’envahisseur. L’amour de la liberté se déroule sur fond d’amour de la patrie (Tamazgha).

1.2 LA DÉMOCRATIE : L’organisation sociale Amazighe repose sar des institutions démocratiques, comme la ZMA3T et les INFLAS, pour se prémunir contre le pouvoir autocratique. L’égalitarisme est un principe socioculturel dans la cummunauté Amazighe, il a souvent pris l’aspect d’un radicalisme à travers l’histoire, notamment le donatisme durant la période romaine et les divers intégrismes depuis.

1.3 LA SOLIDARITÉ: La pratique de la TWIZA (tiwizi) est le symbole de l’entraide collective.

1.4 LA RECTITUDE: le respect des valeurs communautaires est un principe assurant la cohésion même de la collectivité dans le respect de la personne et de la propriété.

1.5 LA MEGALOPHOBIE est un trait de l'amzighe. Vivant dans la simplicité imposée par la rareté des ressources qui caractérise la vie rurale, il abhorre la mégalomanie et fustige ce qui n'est pas modeste dans le comportement et le langage.

Cette conception de l’amazighité conduit certains à adopter les positions ethnocentriques qui consistent à sur valoriser l’élément Amazighe dans l’appréciation de l’identité culturelle de l’Algérie en construisant une mythologie réactionnelle ou l’Amazighe apparaît comme un être mythique idéalise, à l’état de nature pure et non corrompu par le changement historique.

Enfin l’Amazighité devient un absolu auréole d’une marginalité millénaire et dont les fondements doivent être réactivés en vue d’un projet socioculturel alternatif. (faite le rapprochement avec le discours Islamiste......similitude évidente ou l’Amazighité se substitue aux Coran et la Sunna) Vision mythique teintée de romantisme telle qu’elle ressort des idées des exclusivisionistes.

À suivre

Je parlerai si le temps le permet prochainement de l’autre variante fondée sur le droit à la différence et à laquelle j’adhère personnellement. La vision mythique à mon avis ne prend pas en charge la réalité actuelle et les défis.

Amicalement.

Mazal Tov

double6
11/11/2003, 00h11
Salut Uday,

Ce discours est tout récent dans le champ culturel Algérien et il serait prétentieux de le considérer comme un discours cohérent ayant une consistance théorique en raison de l’état encore embryonnaire de celui-ci.

Le discours sur la culture Amazigh n'est pas du tout nouveau en Algérie. Ce qui est nouveau c'est que d'infime partie de celui ci commence à se transformer en realité et que d'autres parties plus grande se font accepter plutot que reprimer.

La culture Amazigh a toujours etait sauvegardée en Algérie. Les Touaregs ont fait leur parts dans notre pays en protegeant l'alphabet Amazigh le Tifinagh pendant que cela se perdait partout ailleurs en Afrique du Nord, à cause des destructions, de la colonisation, et de la politique d'aprés independance. La region de Kabylie a protegée une variante parlée de Tamazight dans le Djurdjura alors que d'autres avaient disparus dans des regions qui furent à une epoque la fierté de l'Algerie Amazigh (ex: Constantine capitale de la Numidie). La contestation populaire dans cette region a obtenue l'introduction de Tamazight en tant que langue nationale pour toute l'Algerie, et demande à present le statut de langue officielle pour celle ci.

En résumé, chacun a fait sa part à travers l'histoire de l'Algerie pour sauvegrader un bout de culture Amazigh. Que ce soit les conteurs Chaouis, les contestataires Kabyles d'aprés independance, la protection Targui de l'alphabet Tifinagh qui l'enveloppa dans l'immensité du Sahara, le maintien de noms d'anciennes localités Amazigh dans l'Ouarsenis par les habitants (Ighil Izane que les gens prononcent Relizane), etc...

Donc bien plus qu'un discours nouveau, c'est une somme d'actions à travers les ages et les lieux qui permettera en Algérie une renaissance constante de la culture Amazigh pendant encore plusieurs decennies.

Je ne saurais te parler de la situation dans les autres pays d'Afrique du Nord, car je ne connais pas assez bien la situation.

A+.

Uday
11/11/2003, 04h16
Azul /Shalom/Salam,


La légitimation de la culture amazighe se fonde sur les thèses centrales suivantes en reprenant toujours Boukous.

2.1 La légitimité historique

L’histoire de l’Algérie est constituée par un élément permanent à savoir la culture amazighe ce qui lui confère une réalité dont les racines remontent à la nuit du temps. Cet argument a une fonction de rappel d’une vérité historique et une fonction de parade au discours qui considère que la question culturelle amazighe est une bid3a, une innovation illicite héritée du colonialisme.

2.2 La légitimité anthropologique

La culture Amazighe structure l’inconscient collectif de l’être Algérien et fonde la personnalité culturelle de base du pays. Elle est présenté de façon manifeste ou latente en tout Algérien, dans son langage et dans son comportement affectif et social. Elle est omniprésente dans l’espace Algérien par la toponymie et dans notre imaginaire par la tradition orale. Cet argument répond à la thèse qui évacue la dimension amazighe de la constituante de l’identité culturelle de l’Algérie en la refoulant dans le passé révolu.

2.3 La légitimité sociologique

La culture Amazighe forme un constituant de la culture du peuple en exprimant au plan symbolique les conditions de vie des masses rurales. Cet argument confère à la culture Amazighe une auréole plébéienne qui a une certaine force dans les variantes progressiste et populiste du discours idéologique censé exprimer les intérêts du peuple.

3.4 La légitimité psychoaffective

La culture amazighe véhicule l’univers maternel et prend en charge le champ de l’intimité et de la communion affective. Cette thèse valorise la culture Amazighe comme moyen de l’expression de l’affect, du monde de l’enfance et du giron maternel, par opposition aux langues et aux cultures du dehors, de la communication transactionnelle et du pouvoir dominant.

3.5 La légitimité écologique

La culture amazighe représente une donnée de l’écosystème culturel de l’Algérie d’aujourd’hui, aux côtés de la culture Arabe, de la culture Juive, de la culture Africaine et de la culture Occidentale. Cette thèse considère la culture Amazighe comme un patrimoine culturel de la communauté nationale dans son ensemble, une richesse qui n’appartient pas aux amazighophones de façon exclusive (Kabyle), un bien dont la perte risque de déstructurer l’édifice culturel de l’Algérie dans sa totalité.

L’ablation de cette dimension de l’être Algérien aurait l’effet d’un trauma culturel collectif irrémédiable.

C’est pour cela que je m’oppose à la création d’un parti politique Amazighe et je suis pour la création d’associations.

3.6 La légitimité patriotique

La culture Amazighe a été le creuset de l’esprit patriotique, un facteur d’union des communautés rurales contre l’occupant étranger et un moyen de ressayer à la colonisation française avant même l’emrgence du mouvement national urbain.

En témoignage la tradition orale qui recèle encore des vestiges de la poésie épique dans la Kabyle où les poètes et les poétesses galvaudaient l’ardeur des combattants contre les forces armées coloniales et stigmatisaient la couardise de ceux qui avaient capitulé, ceci à un moment où les villes et les plaines avaient déjà été pacifiées, c’est à dire assujetties à l’ordre colonial.

En d’autres termes, la culture Amazighe a payé le tribut du sang pour la défense de la patrie, elle mérite de ce fait les honneurs du patriotisme.

Cette thèse veut rendre caduc l’argument qui soutient que la promotion de la culture Amazighe est inspirée par la politique neo-coloniale .

2.7 La légitimation démocratique

Le droit à la différence culturelle et linguistique fait partie intégrante des droits de l’Homme dans leur acception universelle. Il résulte de ce principe qu une société qui se proclame démocratique se doit de reconnaître la langue et la culture Amazighes comme une composante de la culture Algérienne.

Cet argument tire sa force du droit international et s’inscrit dans la tendance qui a consiste jusqu ici à exclure arbitrairement la donnée Amazighe sous prétexte que la différence est source de désunion et de discorde nationales.

Il appert de l’expose de ces thèses qu’elles ont pour fonction de fonder la légitimité de la langue et de la culture Amazighes dans le champ culturel de l’Algérie en constituant une base epistemologique de l’action menée en vue de la reconnaissance et de la promotion de cette langue-culture.

On se rend compte ainsi que la quête de l’identité Amazighe ne constitue pas seulement une préoccupation intellectuelle, elle est aussi largement une quête identitaire et une préoccupation existentielle qui tentent de faire face au processus d’assimilation qui est à l’oeuvre dans les communautés Amazighophones, processus résultant de la dépendance économique et culturelle des régions rurales à l’égard des centres de décision meterielle et symbolique, dont le site se trouve en ville.

Fin du message.

Amicalement


Mazal Tov

double6
11/11/2003, 04h37
uday,

lama mazal tov? lama shalom lkulam? hada maraw... lo? dir balak ya uday, ani shavav. bakhnakik.
en ce qui concerne le reste je peut te dire: ashkara! :wink:

Uday
14/11/2003, 18h09
Azul/Shalom/Salam,

Le travail de Boukous comme il est déjà dit se fonde sur les postulats de Bourdieu:

1/ Toute formation sociale et économique constitue un marché des biens symboliques dans lequel il y a des produits qui s’échangent sous forme de biens hiérarchises en fonction de la valeur sociale qui leur est attribuée dans le cadre de la compétition qui les oppose sur ce marché.

2/ En théorie, la langue et la culture légitimes, celles imposées par le pouvoir institutionnel, représentent les produits symboliques dominants. Cependant la dynamique du marché des biens symboliques est telle qu’il s’avère nécessaire de distinguer des sous champs comportant des enjeux globaux et des enjeux partiels, le marché des biens symboliques englobe un certain nombre de sous-marches dans lesquels les lois de formation des prix des produits peuvent ne pas être conformes à celles qui régissent le marché global.

En effet, les biens symboliques qui sont produits et échanges dans certains secteurs périphériques de la formation sociale reçoivent des valeurs particulières dans le cadre de ces sous-marches et se trouvent dans un rapport de relative autonomie à l’égard des lois du marche global.

3/ Les actants sociaux disposent d’une compétence et d’un habitus. La compétence est un système de règles régissant la forme et la substance des objets symboliques. Elle rend ces sujets aptes à produire et à évaluer ces objets.

L’habitus est un système de dispositions acquises dans la structure sociale qui permet aux sujets de gérer et de coter la pratique symbolique au niveau de la production et de la réception conformément aux normes du marche des biens symboliques.

4/ La compétence et l’habitus constituent le *capital symbolique* des sujets, lequel capital est déterminé par des facteurs sociaux tels le cursus scolaire et l’histoire sociale des actants sociaux.

Ce capital est la résultante de l’acquisition, de la production et de l’échange de biens symboliques, en retour, ces biens contribuent à positionner les actants dans la hiérarchie sociale selon la qualité et la valeur de ces biens sur le marche des biens symboliques. Il s’ensuit que les biens offerts sur cette marche n’ont pas la même valeur et de ce fait ne procurent pas les mêmes privilèges à leurs détenteurs.

Boukous a donc travaillé en s’appuyant sur ces 4 postulats de Bourdieu et permettez moi de vous dire qu’il a défriché le terrain d’une manière sérieuse pour donner une trame de lecture. Cependant comme tout travail destiné à VERIFIER une thèse mise au point en Kabylie et en France, la précision demeure floue mais les grandes lignes apparaissent clairement notamment en se referant aux travaux de chercheurs marocains.

Même si Boukous ne prescrit rien pour résoudre les problèmes de la société, il donne un tableau clinique assez valable pour aider ceux qui cherchent à agir sur la société.

Il a mis en évidence l’amazighité, la marginalisation de la culture amazighe, l’échec du salafisme, l’échec des grandes idéologies unificatrices et l’affrontement islamisme versus amazighité d’un côté et islamisme versus pouvoir d’un autre côté.

La disparition de la production culturelle des Zaouïas et leur supplantation par les mouvements islamistes et piétistes, l’incapacité de l’état à s’engager sur un sentier de développement pour dépasser les contraintes sociales et enfin en filigrane. Boukous impute tous les problèmes au manque de la liberté essence de tout développement


Mazal tov


PS: Au passage, double 66! je ne comprends pas ce que tu veux dire par ta dernièrre intervention :!: :roll:

tazwawt
06/12/2003, 23h10
salut! :)
j'aimerais corigé quleque chose dans le text:
1. le printemps noir c'est en 2001 (l'assassinat de massinissa guemeh) en 80 (et non 81) c'est le printmeps berbere (TAFSUT IMAZIGHEN).
2. lorsque tu dit que le sislamiste et les imazigh ont la meme culture c'est faux car religion et culture ce n'Es tlpas la meme chose.
tazwawt
de toute facon nous somme tous fire d enotre piere que nous soyon arabophone ou amazighophione! :wink:

ETTARGUI
13/12/2003, 20h34
Une question à Uday : Pourquoi cet ordre dans ton salut "Azul, Shalom, Salam". Azul en premier pourrait obéir à l'ordre alphabétique mais après ça ne tient plus la route.

Revenons à cette histoire d'Amazighité. Le problème avec les militants de la cause amazighe, c'est qu'ils se positionnent en antagonistes de la culture arabe qui constitue une dimension importante de notre identité culturelle. Les militants de l'arabisme ne font pas mieux. Il serait peut-être plus constructif que les uns et les autres, arabophones et amazighophone ( l'histoire nous apprend que ce n'était pas à sens unique : des amazighes ont adopté la langue arabe mais des arabes ont également adoptés la langue amazighe) fassent l'effort d'exploiter de manière optimale ce trésor.

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