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Voir la version complète : Au PC de la Wilaya III d'Hadj Mekacher


morjane
24/07/2007, 14h55
Les historiens, les chercheurs, les stratèges militaires, les éditeurs, les témoins, les journalistes tout autant que les lecteurs continuent et continueront, pendant longtemps, à s’intéresser à l’histoire de la guerre de Libération nationale ; ce n’est que justice eu égard au retentissement international et à la portée continentale de la révolution du 1er Novembre 1954, eu égard aux falsifications dont elle a été l’objet de la part des auteurs français proches des thèses colonialistes, racistes, pour la plupart d’entre eux, au vu, également, de l’interprétation officielle sélective, exclusivisme des auteurs algériens, des arabistes ou des islamistes, sous-estimant ou occultant totalement la dimension spécifiquement algérienne et laïque de l’épopée nationale.

Les immenses sacrifices consentis par le peuple durant 8 ans d’une guerre de génocides pour le recouvrement de sa dignité, les innombrables et mémorables batailles livrées par la glorieuse ALN aux forces de l’occupation suréquipées, encadrées par des officiers hautement qualifiés, le soutien multiforme de l’Alliance atlantique, les péripéties internes à l’ALN et au FLN de l’époque ne cesseront pas de nourrir l’intérêt des lecteurs et d’inspirer les historiens, les hommes de lettres, les sociologues et autres scientifiques.

La guerre de Libération nationale est, en effet, extrêmement riche en enseignements à tirer par et pour les Algériens eux-mêmes mais aussi par et pour les amis et les ennemis de l’Algérie indépendante. Il s’agit, surtout pour les premiers cités, de comprendre ce qui arrive au pays depuis le cessez-le-feu à ce jour et surtout de lui donner de nouvelles perspectives dignes des sacrifices consentis et à la hauteur des idéaux et des espoirs qui ont mobilisé tout un peuple.

Des éclairages diversifiés émanant surtout des acteurs et témoins des évènements mais aussi des scientifiques indépendants sont, à cet égard, d’une importance primordiale. Le semblant de démocratie que nous vivons depuis près de deux décennies a déjà permis de dégeler beaucoup de plumes, de briser beaucoup de tabous et d’ouvrir la voie à des axes de recherche naguère impensables. Beaucoup d’écrits, nationaux et étrangers, objectifs, appuyés par des documents authentiques et par des témoignages vivants, sont venus soit réfuter, corriger et battre en brèche les explications des tenants du colonialisme, soit réviser et compléter les versions politico-idéologiques des tenants du pouvoir sur la guerre de Libération et surtout préciser qui a fait quoi, comment et dans quelles conditions.

C’est ce à quoi s’est attaqué Hadj Mekacher dans son livre intitulé Aux PC de la Wilaya III qui apporte de très importants éléments d’information, témoignages et points de vue de l’intérieur, des regards sans œillères sur les évènements, les hommes, l’organisation, les conditions matérielles, organisationnelles, humaines vécus au maquis de 1957 à 1962, soit durant la période la plus importante, la plus mouvementée de la guerre.

A travers les péripéties de son incorporation en octobre 1957, suite à l’appel du FLN aux étudiants, par le chahid Aït Gherbi, en compagnie de ses camarades Ali Azouzi et Ali Khemas, tombés tous les deux au champ d’honneur le 26 octobre de la même année près d’Aït-Khellili, le lecteur vivra surtout 5 mois à Bounamane sous les bombardements de l’armée française, l’affaire Melouza, la Bleuite ou la purge des officiers et intellectuels soupçonnés de collaboration avec l’ennemi suite à l’arrestation de l’officier Si El Hocine Salhi.

Beaucoup, 600 à 800, selon l’auteur, parmi lesquels figure l’auteur de la prise du poste militaire français de Hora avec 26 prisonniers, à leur tête le lieutenant Dubosque, tomberont sous “le coup de l’obsession et de la fixation” avant que le GPRA ne décrète l’amnistie au lendemain de sa création. Des arrestations et sans doute aussi des liquidations physiques se seraient poursuivies ultérieurement, d’après l’auteur, qui souligne, en pages 102 et 103, les effets ravageurs de cette opération au sein de l’ALN et sa coïncidence avec l’arrestation de Abane Ramdane. Une conjonction d’évènements, la désertion d’un légionnaire français prisonnier de l’ALN, l’arrestation de l’officier Si El Hocine Salhi par l’ennemi, la neutralisation puis l’assassinat de Abane sont, d’après l’auteur qui n’omet pas de signaler la part de l’action psychologique de l’armée française, parmi les facteurs déclenchants de la purge. Autres faits saillants qui retiendront à coup sûr l’attention du lecteur, l’opération “Jumelles” qui a coupé les unités de l’ALN de leurs sources d’approvisionnement en armes, minutions et produits alimentaires, les déménagements du PC de la Wilaya III, l’anéantissement, au niveau d’Azazga, d’une section d’approvisionnement par un déluge de feu ennemi, l’attentat contre le refuge des transmissions ayant fait 3 morts et 1 grièvement blessé, le commandant Mohand Oulhadj, le futur successeur du colonel Amirouche à la tête de la même Wilaya III, le martyr de 3 femmes du village Tighilt Bouksas…

Ce qui frappe tout au long des 147 premières pages, où l’auteur relate ses mésaventures et celles de ses camarades, c’est le nombre de hasards et de chances providentielles qui lui ont permis tantôt d’accéder au secrétariat des divers PC de secteur de zone et de wilaya tantôt d’échapper à la mort durant la Bleuite baptisée aussi purge ou assainissement de l’ALN . La vie en solitaire dans la forêt de Bounamane, sans arme, sans provisions alimentaires, sans liaison avec ne serait-ce qu’une petite fraction de l’ALN, renseigne sur la désarticulation (l’auteur ne manque de le noter) de l’armée de Libération sous les coups de la Bleuite, de l’apocalyptique opération “Jumelles” et de la sédition des officiers contre le commandement de la Wilaya III, ensemble de coups durs, de cataclysmes, temporaires surmontés par une nouvelle stratégie et de nouvelles formes d’organisation ainsi que par des efforts visant la réhabilitation des officiers félons et le rétablissement de la confiance initiés, d’après l’auteur, par Mohand Oulhadj.

Nous laisseront le lecteur découvrir, par lui-même, le contenu de l’ouvrage extrêmement plus intéressant au-delà de la page 147 où l’auteur raconte la suite des évènements, notamment la tentative d’entraîner la Wilaya dans les négociations, secrètes, directes engagées par les responsables de la Wilaya IV avec le gouvernement du général de Gaulle, la perte de nombreux officiers qui a freiné les efforts de réorganisation et limité les succès du commandement de la Wilaya.

Ce livre, dont la troisième édition, attendue depuis 6 mois, rencontre apparemment des difficultés, a suscité de nombreux remous parmi les gardiens du temple qui ne s’attendaient pas à ce que Si Salah Mekacher s’écarte de la cohue des témoins habituels en disant des vérités amères, pas du tout bonnes à entendre. Déconcertantes, à nos yeux d’aujourd’hui, sont ses désignations et ses fins de missions aux PC de la wilaya qui lui ont permis d’accéder à des informations de première main, de rencontrer beaucoup de cadres militaires et de décrire, en observateur bien situé, tous les faits qui lui paraissaient importants dans la conduite de la guerre au sein de la wilaya.

Par Le soir