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Voir la version complète : Matériaux de construction, La spéculation encouragée


l'imprevisible
21/08/2007, 22h25
Chaque année avec l’arrivée de la belle saison, aux chantiers publics de construction et de génie civil, viennent s’ajouter les nombreux projets de maisons individuelles de plus en plus ambitieux. Ce qui fait monter la tension sur les matériaux de construction qui atteignent des pics, sous le regard dolent des pouvoirs publics, cachés derrière l’économie de marché, à l’algérienne et la sacro sainte liberté des prix.

Le plus curieusement remarquable, probablement typique des mœurs du pays, c’est que du temps de l’économie administrée, époque où l’Etat importait et fournissait la marchandise à vendre selon des prix fixés par l’administration du ministère du Commerce, les commerçants faisaient l’impossible pour pratiquer des prix différents, souvent plus élevés que ceux qui leur étaient impérativement imposés.

Or, en cette époque bénie (pour quelques élus) de libération des prix, tous les commerçants semblent s’ingénier à afficher des prix parfaitement identiques. La chose ne peut être due au hasard, tant elle semble d’une parfaite synchronisation. Il y a d’abord le fait qu’un certain nombre de lobbies d’importateurs se sont constitués et consolidés au point de défier l’Etat, en maîtrisant parfois la totalité d’une filière. Même si les pouvoirs publics tentent de nier les activités spéculatives qui atomisent le pouvoir d’achat des Algériens, on peut parfaitement déceler en ce qui concerne la pomme de terre, sans être expert, son passage dans des chambres froides fournies ou octroyées par l’administration.

Toutefois, le plus grand danger tient du cumul de la double fonction d’import-export chez la plupart des opérateurs, selon des experts au fait des mœurs économiques du pays : les mêmes opérateurs sévissent en exportant de la semence de pomme de terre parfaitement pourrie, à partir de Hollande, ou de Belgique, en la facturant très cher, et la réceptionnent en tant qu’importateurs en Algérie, pour la fourguer à des prix astronomiques, tout en se rendant complices des fabricants de pesticides qui disposent de produits déclassés, périmés ou interdits à l’usage en UE, ou en Amérique du Nord, pour les refiler aux indigènes. Bénéficiant de vigoureux soutiens de la part des amis bien placés, ils obtiennent en tant qu’opérateurs économiques (!), de leurs banques domiciliataires, des sommes colossales en dinars qu’ils convertissent en devises, des euros généralement, afin de payer des factures largement gonflées, pour se ménager des bénéfices juteux. La production de primeurs ?

Ils s’en fichent comme de l’an quarante. Pourvu que les virements aboutissent dans des banques des Nouvelles Hébrides ou des Bahamas, parfois pour des opérations économiques fantômes. Il serait pourtant si facile pour la Banque centrale de vérifier des informations qu’un expert moyen peut dénicher sans peine.



à suivre.........

l'imprevisible
21/08/2007, 22h26
Pourtant, en ce qui concerne les matériaux de construction, les choses ne datent pas d’aujourd’hui : même si les prix à la production et à la vente en gros, à la sortie d’usine, n’ont pas beaucoup progressé, en 5 ans (la moyenne des prix était de 2005 DA/tonne à la cimenterie de Meftah en 2002) les prix au détail ou même au niveau des entreprises grosses consommatrices, ont explosé, à la suite de la décision de bâtir le million de logements, de hâter la mise en chantier de l’autoroute Est-Ouest, des divers barrages, du métro, du tramway, etc.

La priorité donnée aux entreprises étrangères chargées de la construction d’ensembles d’habitation a plongé dans une crise durable les petites et moyennes entreprises du bâtiment et des travaux publics, qu’elles soient publiques ou privées nationales, tout en ruinant les autoconstructeurs desquels on compte exiger, par la force d’une loi en chantier, plus de célérité dans la finition de leurs projets…

Alors que les trois tours de Mohammedia, qui devaient être achevées il y a de cela 5 ans, en septembre 2002, après une visite sur le terrain de l’ex-ministre de l’Habitat, du P-DG du CNRC et du ministre du commerce, sont toujours en souffrance, pour toutes sortes de raisons qui ne tiennent pas toutes de l’incompétence, puisque l’entreprise qui réalise n’est autre que Cosider. Il reste à réaliser le parking, la piscine, le parc, la clôture, etc. l’habillage intérieur à fignoler, tout cela faute de financement : les entreprises publiques sont les plus mal loties, et même Cosider, jadis classée parmi les 500 entreprises les plus fiables en Afrique, souffre du financement à terme et peut-être aussi des mécanismes induits par de forts dessous de table, au moment du recouvrement des créances, et de la liquidation des attachements, et même à cause du droit de préemption accordé aux entreprises étrangères dans l’approvisionnement en matériaux, etc.

Des dizaines d’entreprises algériennes ferment boutique et d’autres ne sont pas loin de mettre la clef sous le paillasson. On a bien liquidé “les fleurons de l’industrie algérienne”, et tout en désinvestissant massivement, “on” a mis à l’encan la totalité de l’industrie, au moment même où l’on prétendait mettre en place une stratégie. On achève bien les chevaux : par les temps qui courent, abrités sous des titres universitaires ronflants, le patriotisme à la boutonnière, les équarrisseurs ne manquent pas et ils semblent très bien payés en ayant la tâche bien à cœur.

La mort programmée du reste des entreprises qui tiendront le coup face à l’adversité est affaire de temps. Car les diverses et multiples ponctions opérées par la bureaucratie sur les enveloppes des projets, et l’exigence des pots de vin, dont l’usage est bien entré dans les mœurs autochtones, obligent les entrepreneurs à tenter de faire des économies soit sur la main-d’œuvre devenue taillable et corvéable à merci, presque jamais déclarée, soit sur les matériaux, avec le risque de provoquer des catastrophes lorsqu’il s’agit d’ouvrages d’art ou d’immeubles d’habitation bâtis loin des normes parasismiques nationales.

Régulièrement, on parle de mise à l’arrêt pour contrôle technique des cimenteries du Centre, pour justifier une pénurie provoquée, lorsqu’on ne tente pas d’imputer ce dysfonctionnement par l’arrivée des émigrés qui payeraient les matériaux en devises. Mais cet argumentaire ne tient pas la route lorsqu’on se rend compte que les mêmes faits se reproduisent de manière cyclique, donc parfaitement prévisible, alors que gouverner c’est prévoir, se rappelle-t-on.

Or, chaque été voit s’enrichir un peu plus les importateurs de ciment gris, dont le prix avoisine 900 DA/le quintal, alors que le quintal de ciment blanc frise les 5 000 DA, et que le rouleau de 100 m de fil électrique en cuivre de diamètre 2,5 mm est cédé à 2 500 DA !!! Le prétexte est la hausse des prix sur les bourses mondiales des produits base. Cela pourrait s’entendre si l’on assistait à l’inverse, à une décrue des prix compte tenu de la baisse des prix sur les marchés internationaux.

Les réactions s’enchaînent au détriment de l’ensemble de l’économie et des finances du pays. Le fisc est grugé tous les jours, les produits contrefaits sont importés et cédés à des prix prohibitifs, les lois du pays sont foulées aux pieds. Ainsi, un autoconstructeur ne peut jamais compter sur la régulation du marché par l’administration étatique qui exige de lui par contre, de sacrifier au marché noir devenu la norme, la moitié de ses économies.

En effet, le prix de la tonne de ciment gris ne dépasse pas, à sa sortie d’usine, les 4 900 DA, et se retrouve en bout de chaîne à près de 10 000 DA, soit 1 million de centimes. Le m3 de sable ou de gravier d’oued, même pas lavé, revient à 1 000 DA, et le pillage concerne aussi bien les cours d’eau que les plages sans que les pouvoirs publics ne bougent le petit doigt.

Par ailleurs, la création de carrières de sable ou de gravier ne semble pas être la priorité des barons qui préfèrent esquinter l’environnement sans trop investir. Les normes de construction semblent ne pas concerner les pouvoirs publics qui ferment les yeux sur de véritables rallyes de camions transportant en plein jour sur les routes et autoroutes du pays des millions de m3 de sable et de gravier, provoquant non seulement des désastres écologiques mais aussi des accidents mortels, par l’empressement des pillards qui mettent les bouchées doubles avant la mise en application de la loi qui interdit l’exploitation des agrégats de cours d’eau ou de plage.

En attendant, les silos flottants continuent de faire la fortune de quelques-uns, ainsi que le rond à béton importé dont le prix a plus que doublé après le bradage des aciéries algériennes. Quand l’autoconstructeur devra-t-il (tenter de) se faire délivrer un certificat de conformité afin de se mettre en règle vis-à-vis de la loi qui l’oblige à s’assurer contre les catastrophes naturelles ? Les compagnies d‘assurances ont bien des raisons de râler, mais les problèmes comme on vient de tenter de les exposer, sont complexes et dépendent aussi d’une mise à niveau de l’ensemble de l’économie et des relations entre agents économiques, acteurs politiques, entreprises et administration publique, pour ne pas dire plutôt bureaucratie. Car le pays semble avoir touché le fin fond d’un état d’anomie.

Les experts, tels que M. Mohamed Gharnaout, afin de justifier cette brusque flambée des prix des produits de première nécessité, penchent aussi pour une hypothèse relevant de la manipulation monétariste, chère à nos gouvernants, qui semblent y avoir pris goût depuis l’irruption du couple infernal FMI/BM dans nos chaumière, avec leur PAS de vis très serrées. Bien sûr, tant que ceux qui payent l’addition sont des indigènes, une quantité négligeable. Ils auraient choisi l’été pour dévaluer le dinar en catimini.

On dévalue habituellement pour exporter plus et importer moins. Car il faudrait plus de dinars pour payer la même quantité de biens importée, et aux marchés extérieurs, beaucoup moins d’euros ou de dollars pour acquérir des marchandises produites en Algérie. Mais si l’on considère la facture des importations incompressibles de biens de consommation essentiels, céréales, lait, médicaments, il est naturel qu’il faudrait s’attendre à des augmentations en série dès la rentrée scolaire, qui concerneront cahiers et affaires scolaires.

Ce qui ne laisse pas d’inquiéter sérieusement les experts à propos d’une rentrée scolaire et sociale compliquée par le mois de Ramadhan. En tout cas rien ne semble justifier cette dévaluation, si elle existe, comme tout semble le laisser supposer, les autorités monétaires n’ayant jamais pris la saine habitude de travailler dans la transparence. La dévaluation serait une solution peut-être, mais toujours au niveau macro-économique, car les pouvoirs publics semblent très peu préoccupés par le devenir des plus faibles revenus, ni même de la proche disparition d’une classe moyenne, qui ainsi emportera avec elle tout espoir de décollage économique.

Mais il semble que c’est là le dernier des soucis des pouvoirs publics, jusqu’ici tout au moins. Pourtant ne dit-on pas que “quand le bâtiment va, tout va” ? Employant en amont et en aval des dizaines de corps de métiers les plus divers, l’acte de bâtir est devenu hors de prix et les entreprises, jadis si nombreuses, finiront bien par disparaître pour laisser place nette aux Chinois ou aux… Emiratis.

Déjà, sur l’ensemble du territoire de la République des dizaines d’entreprises du BTPH mettent la clef sous le paillasson, alors que d’autres envoient leurs employés en congés forcés, avec de fortes probabilités de dépôt de bilan. Et l’on continue de parler de la création de 2 millions d’emplois, et d'un million de logements à livrer en 2009 !

Djamel Zidane

Par Liberté économie du 15.08.07.

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