zwina
22/10/2007, 23h14
Puisque tu te flattes d'être un frère musulman alors voici l'interview de Gamal al Banna à ce sujet, lui est toujours un frère musulman mais un vrai pas un falsifié :
La dernière polémique sur les caricatures du prophète est l'illustration de cette incompréhension ?
Pas seulement. La polémique illustre aussi l'ignorance et l'aveuglement qui frappent d'un côté comme de l'autre. Le contexte et l'arrière-plan politiques ont joué un rôle important dans cette affaire, et on l'oublie trop souvent. D'un côté, il y a l'actualité du terrorisme et le besoin impérieux (pour les victimes et les cibles) de désigner les coupables et de mettre hâtivement des étiquettes. Pour notre part, on oublie que le journal qui a diffusé les caricatures en question est connu pour être proche de la droite danoise qui affectionne tant les étiquettes justement. Il est dramatique de croire que c'est une nouvelle guerre de l'Orient contre l'Occident (terrorisme), ou vice-versa (caricatures du prophète).
Au passage, la polémique repose la question de la représentation du prophète. Au moment où tout est représenté, même Dieu, le prophète pourra-t-il raisonnablement continuer de faire l'exception ?
La vraie question est de régir les équilibres personnels, et collectifs, entre libertés et restrictions. Ce n'est pas si simple. En ce qui nous concerne, nous sommes pour la liberté d'abord. Mais comment faire en sorte que cette liberté ne conduise pas au dérapage, à la provocation mal intentionnée, à l'insulte pure et simple ? Les lois organiques peuvent résoudre en partie le problème. Sinon, dans l'absolu, chacun doit rester libre de déclarer sa foi, ou de la renier.
Renier sa foi, en terre d'islam, est un acte illégal. Que devient la liberté ?
La liberté se gagne aussi. C'est une question d'ijtihad personnel. Je vous rappelle que dans les années 1930-40, des chercheurs ont critiqué et remis en cause un certain nombre de dogmes. Quelqu'un comme Ismaïl Adham est allé jusqu'à publier un ouvrage de qualité : Pourquoi je suis athée (limada ana moulhid).
Votre discours cadre mal avec l'image des Frères musulmans, en Egypte comme au Maroc…
Je ne représente pas la confrérie. Et puis laissez-moi vous dire que, du temps des Frères musulmans et de leur développement, c'est-à-dire dans la première moitié du 20ème siècle, l'Egypte vivait une véritable explosion culturelle, artistique, etc.
L'Egypte des arts ne maîtrisait pas son destin puisqu'elle était sous occupation “occidentale”. La libéralisation n'était-elle pas le fait de l'occupant britannique ?
Elle était surtout le fait de la rue. Et la rue subissait l'influence grandissante des Frères musulmans. C'est le nassérisme, qui allait plus tard s'emparer de l'Egypte, qui a tout cassé, par une vague de répression et une campagne de diabolisation des Frères musulmans. C'est de là qu'est parti le malentendu qui assimile l'expression frère musulman à un terme péjoratif, forcément rétrograde.
Revendiquez-vous l'héritage de Hassan Al-Banna ?
L'œuvre d'Al-Banna a été en adéquation avec son époque. Le problème, c'est qu'elle a été diabolisée par la suite. Et c'est le double résultat de la répression politique qui s'est abattu sur les Frères musulmans, mais aussi du fait que Hassan Al-Banna n'a pas laissé beaucoup d'écrits. On ne refait pas le monde, mais l'enseignement originel d'Al-Banna, l'approfondissement de la connaissance de l'islam, sa philosophie de vie, sa véritable raison d'être, ses limites aussi, tout cela continue d'être défendu, même minoritairement, y compris chez les Frères musulmans.
L'influence des Frères musulmans n'a-t-elle pas enfanté, partout dans le monde arabo-musulman, l'idée de gouverner par l'islam ?
C'est une aberration. Hassan Al-Banna (ndlr frère aîné de Gamal Al-Banna) était un homme de contre-pouvoir, pas de pouvoir. Son action avait une portée sociale, pédagogique ; il était presque soufi. L'exercice du pouvoir ne l'a jamais intéressé. Mais il a été assassiné trop tôt, et beaucoup de malentendus ont diabolisé, depuis, le concept fondateur de sa philosophie. C'est le fanatisme politique et la répression, qui ont radicalisé, en face, la réaction des Frères musulmans et de ceux qui s'en réclament. C'est une conséquence aujourd'hui palpable, au-delà de l'Egypte, en Arabie Saoudite et d'autres pays musulmans.
Et la séparation des pouvoirs religieux et politique, dans le monde musulman ?
C'est une nécessité absolue. Elle est compliquée à obtenir étant donné la collusion avérée entre les régimes et les élites religieuses conservatrices. Le pouvoir corrompt, c'est une vérité universelle, même quand il est exercé par une autorité religieuse. C'est comme un feu qui brûle tous ceux qui s'en emparent. Le pouvoir, la notion d'Etat et de gouvernance ont toujours été liés à une forme d'impérialisme. Quand on examine l'histoire du monde arabo-musulman, on se rend compte que les foqaha ou savants religieux ont toujours composé avec l'Etat, et c'est l'Etat qui a progressivement pris le dessus en instrumentalisant à son tour la religion et les religieux. C'est cela qui explique, comme je l'ai déjà dit, la régression, au fil des siècles, des libertés en terre d'islam.
Les idées d'un islam différent que vous prônez ne sont pas très répandues. Pourquoi ?
Parce que les officiels politiques et religieux verrouillent l'espace dévolu à l'expression. Aujourd'hui, quand je me déplace, je suis rarement sollicité par les télévisions arabes. Forcément cela réduit l'impact de nos idées. Mais nous continuons d'exister à travers nos moyens et nos réseaux propres. Nous avons par exemple notre propre maison d'édition et nous organisons des cycles de conférence. Nous luttons ainsi depuis plus de 40 ans, Al-Azhar (ndlr référence religieuse en Egypte) commence à lâcher du lest, mais c'est toujours le conservatisme figé qui l'emporte.
Aurais tu la pretention de connaitre Hassan al Banna mieux que son propre frère ?
La dernière polémique sur les caricatures du prophète est l'illustration de cette incompréhension ?
Pas seulement. La polémique illustre aussi l'ignorance et l'aveuglement qui frappent d'un côté comme de l'autre. Le contexte et l'arrière-plan politiques ont joué un rôle important dans cette affaire, et on l'oublie trop souvent. D'un côté, il y a l'actualité du terrorisme et le besoin impérieux (pour les victimes et les cibles) de désigner les coupables et de mettre hâtivement des étiquettes. Pour notre part, on oublie que le journal qui a diffusé les caricatures en question est connu pour être proche de la droite danoise qui affectionne tant les étiquettes justement. Il est dramatique de croire que c'est une nouvelle guerre de l'Orient contre l'Occident (terrorisme), ou vice-versa (caricatures du prophète).
Au passage, la polémique repose la question de la représentation du prophète. Au moment où tout est représenté, même Dieu, le prophète pourra-t-il raisonnablement continuer de faire l'exception ?
La vraie question est de régir les équilibres personnels, et collectifs, entre libertés et restrictions. Ce n'est pas si simple. En ce qui nous concerne, nous sommes pour la liberté d'abord. Mais comment faire en sorte que cette liberté ne conduise pas au dérapage, à la provocation mal intentionnée, à l'insulte pure et simple ? Les lois organiques peuvent résoudre en partie le problème. Sinon, dans l'absolu, chacun doit rester libre de déclarer sa foi, ou de la renier.
Renier sa foi, en terre d'islam, est un acte illégal. Que devient la liberté ?
La liberté se gagne aussi. C'est une question d'ijtihad personnel. Je vous rappelle que dans les années 1930-40, des chercheurs ont critiqué et remis en cause un certain nombre de dogmes. Quelqu'un comme Ismaïl Adham est allé jusqu'à publier un ouvrage de qualité : Pourquoi je suis athée (limada ana moulhid).
Votre discours cadre mal avec l'image des Frères musulmans, en Egypte comme au Maroc…
Je ne représente pas la confrérie. Et puis laissez-moi vous dire que, du temps des Frères musulmans et de leur développement, c'est-à-dire dans la première moitié du 20ème siècle, l'Egypte vivait une véritable explosion culturelle, artistique, etc.
L'Egypte des arts ne maîtrisait pas son destin puisqu'elle était sous occupation “occidentale”. La libéralisation n'était-elle pas le fait de l'occupant britannique ?
Elle était surtout le fait de la rue. Et la rue subissait l'influence grandissante des Frères musulmans. C'est le nassérisme, qui allait plus tard s'emparer de l'Egypte, qui a tout cassé, par une vague de répression et une campagne de diabolisation des Frères musulmans. C'est de là qu'est parti le malentendu qui assimile l'expression frère musulman à un terme péjoratif, forcément rétrograde.
Revendiquez-vous l'héritage de Hassan Al-Banna ?
L'œuvre d'Al-Banna a été en adéquation avec son époque. Le problème, c'est qu'elle a été diabolisée par la suite. Et c'est le double résultat de la répression politique qui s'est abattu sur les Frères musulmans, mais aussi du fait que Hassan Al-Banna n'a pas laissé beaucoup d'écrits. On ne refait pas le monde, mais l'enseignement originel d'Al-Banna, l'approfondissement de la connaissance de l'islam, sa philosophie de vie, sa véritable raison d'être, ses limites aussi, tout cela continue d'être défendu, même minoritairement, y compris chez les Frères musulmans.
L'influence des Frères musulmans n'a-t-elle pas enfanté, partout dans le monde arabo-musulman, l'idée de gouverner par l'islam ?
C'est une aberration. Hassan Al-Banna (ndlr frère aîné de Gamal Al-Banna) était un homme de contre-pouvoir, pas de pouvoir. Son action avait une portée sociale, pédagogique ; il était presque soufi. L'exercice du pouvoir ne l'a jamais intéressé. Mais il a été assassiné trop tôt, et beaucoup de malentendus ont diabolisé, depuis, le concept fondateur de sa philosophie. C'est le fanatisme politique et la répression, qui ont radicalisé, en face, la réaction des Frères musulmans et de ceux qui s'en réclament. C'est une conséquence aujourd'hui palpable, au-delà de l'Egypte, en Arabie Saoudite et d'autres pays musulmans.
Et la séparation des pouvoirs religieux et politique, dans le monde musulman ?
C'est une nécessité absolue. Elle est compliquée à obtenir étant donné la collusion avérée entre les régimes et les élites religieuses conservatrices. Le pouvoir corrompt, c'est une vérité universelle, même quand il est exercé par une autorité religieuse. C'est comme un feu qui brûle tous ceux qui s'en emparent. Le pouvoir, la notion d'Etat et de gouvernance ont toujours été liés à une forme d'impérialisme. Quand on examine l'histoire du monde arabo-musulman, on se rend compte que les foqaha ou savants religieux ont toujours composé avec l'Etat, et c'est l'Etat qui a progressivement pris le dessus en instrumentalisant à son tour la religion et les religieux. C'est cela qui explique, comme je l'ai déjà dit, la régression, au fil des siècles, des libertés en terre d'islam.
Les idées d'un islam différent que vous prônez ne sont pas très répandues. Pourquoi ?
Parce que les officiels politiques et religieux verrouillent l'espace dévolu à l'expression. Aujourd'hui, quand je me déplace, je suis rarement sollicité par les télévisions arabes. Forcément cela réduit l'impact de nos idées. Mais nous continuons d'exister à travers nos moyens et nos réseaux propres. Nous avons par exemple notre propre maison d'édition et nous organisons des cycles de conférence. Nous luttons ainsi depuis plus de 40 ans, Al-Azhar (ndlr référence religieuse en Egypte) commence à lâcher du lest, mais c'est toujours le conservatisme figé qui l'emporte.
Aurais tu la pretention de connaitre Hassan al Banna mieux que son propre frère ?