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Voir la version complète : Apple victime de la révolution bon marché!


hben
07/10/2007, 18h18
En lançant le iPhone, la société de Steve Jobs espérait révolutionner la téléphonie mobile. Pari technique tenu, mais le modèle économique s'est rapidement heurté aux effets de la mondialisation et de la baisse des coûts dans l'informatique.

Pauvre Steve Jobs. D'abord, il présente ses excuses pour avoir fait passer le prix du iPhone de 599 à 399 dollars seulement dix semaines après sa mise sur le marché, tout en offrant une réduction de 100 dollars aux clients d'Apple. Et maintenant, le voilà attaqué en justice par une New-yorkaise qui réclame 1 million de dollars de dommages et intérêts, affirmant qu'Apple a violé la loi sur la différenciation des prix quand son téléphone dernier cri a soudain coûté 200 dollars de moins. Que se passe-t-il donc ? Jobs aurait-il grugé les amateurs de technologie de pointe d'une poignée de (milliards de) dollars en plus ? Je ne crois pas. Après une longue série de succès, Jobs et Apple – dont la valeur boursière a été multipliée par vingt depuis 2002 – viennent d'entrer en collision avec deux forces plus redoutables qu'eux : l'une est la révolution bon marché, l'autre l'économie mondiale. A elles deux, elles ont contraint Apple à baisser le prix du iPhone et à offenser les dingues de la technologie qui constituent sa clientèle de base.

Un peu d'histoire : la révolution bon marché est un des effets majeurs de la loi de Moore. Si vous ne la connaissez pas encore, il serait peut-être temps de l'afficher. Mais au cas où votre café peinerait à vous réveiller ce matin, en voici une version abrégée : Gordon Moore, cofondateur des semi-conducteurs Fairchild (puis d'Intel), a formulé sa célèbre loi en 1965, six ans après l'invention de la puce de silicium par Fairchild. Moore s'était aperçu que le nombre de transistors susceptibles d'être miniaturisés et intégrés dans une puce de silicium d'une taille constante doublait en gros d'une année à l'autre. Carver Mead, professeur à Caltech, baptisa "loi de Moore" cette tendance exponentielle de la densité des transistors. Et très vite, il fut généralement admis que l'intervalle prévisible pour cette multiplication par deux était de dix-huit mois.

Au début des années 2000, grâce à la loi de Moore, les PC étaient devenus de véritables plateformes multimédias. Notre ordinateur personnel était désormais une centrale d'informations, d'images, de sons et de films, tout en continuant à traiter les mots et les chiffres. Mais dans le même temps, une autre tendance, encore plus puissante quoique moins perceptible, s'était développée. On peut y voir le revers de la loi de Moore. Si, sur l'avers, il était affiché que les puces et donc les ordinateurs deviendraient deux fois plus rapides tous les dix-huit mois "pour le même niveau de prix", le revers, lui, impliquait que les prix chuteraient de 50 % tous les dix-huit mois "pour le même niveau de performance".

Le second phénomène à l'œuvre est l'ultramondialisation capitaliste. Des best-sellers ont été publiés sur l'ascension rapide de la Chine, de l'Inde, de l'Asie du Sud-Est, de l'Europe de l'Est, et ainsi de suite. Bien sûr, ce boom planétaire s'explique par de multiples facteurs, depuis la politique de stimulation fiscale de l'offre jusqu'à la libéralisation des échanges. Mais le faible coût de la technologie y joue un rôle essentiel. Car ce n'est plus avec un ordinateur à 2 000 dollars tournant sur un microprocesseur à 400 dollars que l'on peut se faire une place au soleil dans l'économie mondiale, mais avec un téléphone compatible avec Internet, qui coûte 200 dollars et fonctionne avec une puce qui en vaut 20. Pensez-y. Si le citoyen éduqué moyen en Chine ou en République tchèque devait débourser 2 000 dollars pour se frayer un chemin dans l'économie mondiale, ils en seraient encore à envoyer des fax.

Voilà quelles sont les forces jumelles qui ont ébranlé Apple quand il a lancé son iPhone révolutionnaire à 599 dollars. Aussi branché que soit l'iPhone – d'ailleurs, je vais m'en acheter un ce week-end –, son prix n'était pas viable dans le monde de la révolution bon marché, où les tarifs sont entraînés vers le bas par la loi de Moore et où ils dépendent des acheteurs en Chine et en Inde. Apple n'a pas à présenter d'excuses pour avoir baissé ses tarifs. Ils n'avaient pas le choix. Quant à cette action en justice délirante à New York, le tribunal aurait tout intérêt à la rejeter rapidement.


* Directeur du magazine Forbes
Rich Karlgaard*
The Wall Street Journal

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