PDA

Voir la version complète : L'ordinateur se doit d'être branché...


morjane
11/01/2008, 15h25
Pendant le CES (le salon mondial de l'électronique grand public) annuel à Las Vegas (USA) ouvert du 7 au 10 janvier, près de 3 000 sociétés d'informatique essaient de promouvoir leurs produits. Se démarquer des autres représente alors un sérieux défi, même pour un géant de l'industrie comme Microsoft. Aussi le titan a-t-il mis en place une véritable présentation de mode au cours de laquelle trois personnalités influentes du domaine de la mode et du style, dont Nigel Barker, photographe de mode réputé et membre du jury de l'émission Top model USA , éliront leur favori parmi une douzaine d'ordinateurs.

Bien qu'en matière de design ce soit son rival Apple qui fasse le plus couler d'encre, Microsoft est déterminé à prouver que les produits qui utilisent Windows peuvent, eux aussi, être attrayants. "La barre est placée très haut, déclare Dave Fester, directeur général du marketing chez Microsoft. Le marché pousse les fabricants d'ordinateurs à se montrer audacieux."

Fashion victim cherche ordinateur

Les constructeurs d'ordinateurs n'ont jamais autant cherché à transformer du matériel utilitaire en accessoire de style, et pas uniquement à destination des jeunes ou des branchés. Lenovo Group, troisième fabricant mondial d'ordinateurs, utilise le salon de Vegas comme tremplin pour son expansion sur le marché individuel. La société propose trois notebooks ultra portables et spectaculaires : très minces et colorés, avec des boîtiers d'une texture qui les rend faciles à tenir en main. Le plus léger, qui pèse à peine plus d'un kilo, est destiné aux professionnels raffinés et sans cesse en mouvement.

Hewlett-Packard, leader du marché grand public, va promouvoir de nouveaux modèles tels que son Blackbird 002, un élégant PC noir ébène dédié aux jeux vidéos, et dont la trappe latérale à ouverture facile permet de découvrir que ses composants internes, munis d'un système de refroidissement liquide à serpentins de cuivre, sont aussi agréables à l'oeil que son aspect extérieur. Quant à la société Tulip computers, basée aux Pays-Bas, elle propose avec fierté ses ultra portables haut de gamme qui ressemblent à de luxueux sacs à main, et ciblent une clientèle de femmes fortunées.

Encore récemment, l'industrie considérait généralement les ordinateurs comme une marchandise à faible marge. Qu'est-ce qui a donc changé ? Apple a prouvé, avec sa gamme aux couleurs éclatantes d'iPods, d'iPhones et de portables MacBook, que le look importe vraiment au consommateur. Selon le cabinet d'études de marché IDC, l'image très mode d'Apple, cultivée avec maestria par Steve Jobs, son pdg, a permis à cette société de faire passer en trois ans sa part du marché des PC de 1,8 % à 3,2 %. Grâce, en partie, au cachet de sa marque, la marge de profit d'Apple atteint 18 %, contre 6 % pour Dell. D'autres sociétés ont elles aussi suivi le mouvement. L'accent mis par Hewlett-Packard sur le design l'a aidé à reprendre à Dell, qui s'est davantage concentré sur les postes de travail courants à usage professionnel, le titre de nº 1 mondial dans la fabrication d'ordinateurs.

Adieu, boîte blanche !

Et pourtant, même Dell s'intéresse désormais au style. L'année dernière, la société a sorti de nouveaux PC destinés aux particuliers, qui se déclinent en huit couleurs, entre autres rose bonbon, jaune, vert et rouge. En outre, elle vient de présenter son XPS One, un élégant ordinateur de bureau tout-en-un. "Nous faisons dans la mode. Les produits que nous vendons illustrent de plus en plus la personnalité du consommateur", déclare le pdg, Michael S. Dell.

Cette perspective reflète un changement fondamental dans le profil de l'acheteur d'aujourd'hui. Les grandes comme les petites sociétés représentaient autrefois la part du lion de la demande. À présent, le marché du grand public exerce une influence plus forte chez les constructeurs informatiques. Depuis 2002, ce segment s'est développé à une vitesse foudroyante. L'année dernière, selon IDC, les ventes aux particuliers ont augmenté de 19 %, alors que la croissance des ventes aux entreprises était de 11,7 %. Pendant la plus grande partie de l'ère de l'informatique, l'ordinateur familial a constitué un tiers des ventes du marché global, et 41 % aujourd'hui.

"De nos jours, si vous ne tenez pas compte du grand public, vous ne comptez pas", affirme Roger L. Kay, pdg du cabinet d'études de marché Endpoint Technologies Associates.

De même que l'industrie automobile s'efforce de créer une voiture pour tous les types de conducteurs, les modèles d'ordinateurs sont conçus pour attirer tous les types de clientèle. Les niches juteuses comprennent les jeunes accros aux jeux sur ordinateur, les mères de familles modernes dont les ordinateurs à écran tactile trônent parmi les équipements de cuisine, sans oublier les adolescentes et leurs mignons portables recouverts de cuir rose. "Nous entrons dans l'âge du style, parce que nous avons désormais plusieurs PC dans nos foyers. C'est fini, le temps où une seule boîte blanche servait à toute la maisonnée", explique J.-P. Gownder, analyste chez Forrester Research.

Design pour public privilégié


ASUSTeK Computer a tiré ses propres conclusions de la comparaison avec l'automobile en produisant un portable destiné aux fans de courses automobiles. Son modèle Lamborghini VX2, avec son boîtier noir ou jaune et son logo Lamborghini, imite même les vroom-vroom d'un moteur lorsqu'on l'allume. Prix: jusqu'à 3 300 dollars US (2 250 euros).

Les ultra portables de Tulip Computers sont sans doute des accessoires de mode à part entière. Certains modèles "sacs à main" de sa gamme Ego Lifestyle Limited Edition sont incrustés de pierreries. Dmitry Prut, propriétaire de la boutique Avant Gallery située à South Beach, à Miami, précise : "Ils sont conçus pour ceux qui conduisent des Bentley et achètent des sacs Gucci." Il a commencé à proposer les Egos il y a deux semaines, et a déjà enregistré trois commandes fermes. Ces modèles en édition limitée coûtent de 7 500 dollars US (5 000 euros) à 50 000 dollars US (34 000 euros). Pour 50 000 dollars US, vous avez droit à des diamants véritables.

Quelques-unes de ces machines qui apparaissent sur le marché s'inspirent à l'évidence de la magie esthétique d'Apple. Mais alors que la plus grande partie des conceptions design d'Apple semblent cibler le jeune dilettante un peu bohème que l'on voit dans ses astucieuses publicités télévisées, cette entreprise ne cherche pas à toucher les acheteurs "branchés", explique Donald A. Norman, professeur à Northwestern University et auteur de The Design of Future Things (La conception des objets du futur). Au contraire, le génie d'Apple réside dans sa volonté de créer du matériel simple et élégant, destiné à des utilisations spécifiques, et non à un public précis. À ses débuts, la société ciblait le marché des étudiants et des professionnels de l'édition ; aujourd'hui, elle privilégie la créativité et les activités de loisir. "Une conception rentable cible non pas un type particulier de consommateur, mais plutôt 100 millions d'acheteurs...", déclare M. Norman.

Le consommateur est-il prêt à payer plus?

Un prix affiché de 50 000 dollars US réduit considérablement le nombre des acheteurs potentiels d'un ordinateur. Malgré tout, certains semblent désireux de payer le prix fort pour un objet qui les séduit. Dans une étude faite en 2007 par Forrester Research, les consommateurs reconnaissent qu'ils seraient prêts à débourser en moyenne 204 dollars US (138 euros) de plus pour obtenir un portable haut de gamme, au design recherché, et 253 dollars US (171 euros) de plus pour un ordinateur de bureau sophistiqué.

Les dirigeants de Lenovo Group sont tellement convaincus qu'une conception soignée leur permettra d'exiger un prix élevé que leurs nouveaux modèles de portables ne ciblent aucunement la clientèle au pouvoir d'achat moyen. Ils exigeront jusqu'à 2 000 dollars US (1 400 euros) pour certaines versions de leur IdeaPad U110, un portable 11 pouces d'à peine plus d'un kilo, à l'étui en métal rouge vif d'une texture innovante, et dont l'écran haute brillance remplit tout l'espace.

M. Gownder de Forrester Research estime que ce genre d'enjolivement correspond davantage aux goûts des consommateurs chinois qu'à ceux des américains. Mais d'après Yao Yingjia, directeur général de Lenovo Innovation Design Center à Beijing, dont l'équipe a conçu l'IdeaPad U110 : "Il faut savoir prendre des risques."


Les revendeurs font de la résistance

Depuis que les fabricants d'ordinateurs se sont mis à créer un large choix de matériel ultra sophistiqué, la lutte s'étend jusqu'aux étalages des magasins. Sony a réussi à convaincre quelques détaillants spécialisés dans l'équipement audio et télé de vendre son Vaio LT, un ordinateur intégré dans un écran plat mural à haute définition. Hewlett-Packard rêve de voir son TouchSmart PC, modèle à écran tactile conçu pour la cuisine, exposé au milieu des micro-ondes et des réfrigérateurs.

Toutefois, les revendeurs ne sont, dans l'ensemble, pas encore aussi aventuriers. Ils conservent les ordinateurs dans les rayons qui leur sont habituellement dévolus. "Nous avons encore un long chemin à parcourir, estime Satjiv S. Chahil, vice-président de la division Marketing international chez Hewlett-Packard's Personal Systems Group. Quand vous allez chez un revendeur, vous constatez que les ordinateurs sont encore exposés à l'ancienne." C'est la prochaine étape à franchir, pour ces ordinateurs nouvelle tendance.

Par Businessweek

Cookies