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Voir la version complète : Langue de domination


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absente
05/02/2008, 09h00
ok, pour le sabir. Mais pour le reste? Pourquoi il y a -t-il encore autant de langues différentes, de dialectes...malgré l'anglais Us?
Ps: les dominations linguistiques ne sont pas que le fait de l'anglais!

Alain
05/02/2008, 14h15
D'une manière générale la question de la "conservation" n'est pas propre aux langues, c'est pourquoi il est difficile de parler des langues sans évoquer ces questions liées à la dialectique de la conservation / évolution de chaque société.

Je mets de côté la question des petites langues face aux grandes, des langues satellites, langues régionales, dialectes, etc., c'est un problème assez différent. Je parle des grandes langues, base d'une sphère culturelle continentale, et de leur évolution parmi les autres cultures mondiales.

Face aux inévitables changements en son sein et à l'extérieur, une société aura à mixer deux attitudes opposées : soit résister soit intégrer le nouveau. Intégrer ne veut pas dire tout accepter mais se confronter, choisir et évoluer. Résister ne veut pas dire tout refuser, mais garder la conscience de soi. L'immobilisation, le refus de changement n'est pas une solution pérenne car le changement se fait quand même, mais au hasard, sans contrôle. C'est un peu le problème des sociétés arabes qui subissent le changement plus qu'elles ne l'accompagnent. Cette dynamique du changement est un 1er aspect des choses.

Le deuxième aspect est celui des forces créatrices. Un organisme vivant ne se contente pas de prendre, il a aussi une influence sur le monde extérieur, qu'il peut façonner, il ne fait pas que le subir, il crée dans l'environnement. Pour une société, sa culture et sa langue c'est la même chose (encore une fois je ne parle pas des petites langues).

Deux phénomènes sont donc à la base de la vie des sociétés et de leurs langues : intégration et création.

Les traductions répondent à ces deux exigences, elles sont un moyen sûr et éprouvé de conservation de soi en intégrant l'autre : on agrandit sa sphère culturelle en incorporant du dehors. Et aussi de création car on répand sa propre culture dans le monde de l'autre.

Japon, Inde, Europe montrent une bonne capacité d'intégration / création, tout en étant des sociétés aptes à conserver leur héritage, leur passé et même de le diffuser dans le monde entier. Le japon est de plus politiquement très conservateur, ce qui ne l'empêche pas d'être en même temps assez ouvert.

Les Etats-Unis sont un cas à part : ils pratiquent le sens unique (pas d'intégration) tout en étant à l'origine du renouveau de la théorie des "frontières néfastes" ;) . Les décideurs US raisonnent ainsi : peut importe pour nous de prendre en compte l'état du monde car c'est nous qui le faisons, cet état. C'est je pense un cas unique dans l'Histoire d'illusion de toute puissance.

Bachi
05/02/2008, 16h18
Alain, bonjour...

Nous avons la même opinion...

Face aux inévitables changements en son sein et à l'extérieur, une société aura à mixer deux attitudes opposées : soit résister soit intégrer le nouveau. Intégrer ne veut pas dire tout accepter mais se confronter, choisir et évoluer. Résister ne veut pas dire tout refuser, mais garder la conscience de soi. L'immobilisation, le refus de changement n'est pas une solution pérenne car le changement se fait quand même, mais au hasard, sans contrôle. C'est un peu le problème des sociétés arabes qui subissent le changement plus qu'elles ne l'accompagnent. Cette dynamique du changement est un 1er aspect des choses.

Le deuxième aspect est celui des forces créatrices. Un organisme vivant ne se contente pas de prendre, il a aussi une influence sur le monde extérieur, qu'il peut façonner, il ne fait pas que le subir, il crée dans l'environnement. Pour une société, sa culture et sa langue c'est la même chose (encore une fois je ne parle pas des petites langues).

Le Québec résiste très bien à l'anglais. Des lois sévères ( la loi 101 notamment) constamment révisées, un office de la langue vigilant encadrent la langue de travail, la langue de l'école, la langue des télécommunications etc... mais l'anglais demeure une langue très largement et très bien parlée et apprise dès l'École primaire comme langue seconde.
Mais il ne se contente pas de résister, il produit aussi intensivement de la culture et la fait rayonner dans le monde.

Le Québec aurait été un exemple parfait de la domination par la langue et c'est cette menace justement qui l'a poussé à se protéger. Cette menace est un des moteurs du développement du Québec.

Alain
05/02/2008, 18h45
Salut Bachi !

Le Québec à été très réactif. Sa survie en dépendait, ça donne des ailes.

La France agit aussi : lire ici (http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/rapport/2005/rapport_parlement_2005.pdf), et la loi fixant l'obligation du français (http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/lois/presentation_loi.htm) dans les textes. Mais pas mal de français, notamment les scientifiques, se sentant moins en danger qu'au Québec, tendent à mépriser / négliger ce genre de dispositions, qualifiés parfois de "franco-françaises" (???), ils ont tort à terme. Leur boulot n'est pas de trancher ce genre de truc, la plupart ne pèsent la situation et les enjeux globaux qu'à travers leur propre expérience (par exemple la question des brevets ici (http://www.termilat.info/public/env488_5.doc)).

Cette question de la conservation de sa langue préoccupe partout, y compris chez les dominants actuels : anglais et les US, ces derniers craignent l'envahissement hispanique (et oui …) et les anglais craignent la transformation de leur langue en globish (http://www.jpn-globish.com/index.php?lng=fr) international, la dilution dans un parler médiocre.