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Voir la version complète : Les dialectes arabes Maghrebins (1)


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Harrachi78
14/03/2008, 16h33
Un peu de lecture pour ceux qui s'interesse aux caracteristiques et aux origines des divers dialectes arabes du Maghreb :

Il est un grand caractere phonetique qui s'applique a la grande majorite des parlers arabes maghrebins, sans cependant convenir a tous ni se limiter a eux seuls puisqu'on le releve dans certains parlers du Machreq : une perte considerable du materiel vocalique et, par consequence, une tendance marquee vers les teintes neutres du vocalisme bref.

Dans tous les parlers du N. du Maroc, de l'Algerie, de la Tunisie, dans tous ceux du Sahara Occidental, la voyelle breve tombe en syllabe ouverte v + c + v. L'effort articulatoire se porte vers la fin du mot et en neglige le debut de sorte que le mot dissylabique devient monosyllabique : dharab devient dhrab ("il a frappe"), farah devient frah ("joie").

La reduction s'opere aussi quand le radical du mot est suivi de suffixe ou de desinence, ou precede de prefixe : dharabou devient dharbou ("ils ont frappe") ; tadhribouhou devient tedhrbou ("tu le frappes") ; shajara devient shejra ... etc.

La concentration des elements est parfois si forte que tout element vocalique disparait : qsba ("roseau") sh-khssk ? ("qu'est-ce qui te prends ?") ... etc. Ce sont les parlers du Maroc, notamment ceux tres degrades des villes, ou le fait s'observe le plus couramment.

Dans cette evolution qui porte les idiomes strictement parles a reduir les les elements du language (de par la loi du moindre effort), les voyelles breves de timbre i et ou sont le splus exposees car, etant de faible aperture, ellese semblent par nature tres vulnerables etant donne que le moindre relachement des organes de la paroleen denature le timbre original, voire le sfait disparaitre totalement.

C'est ce que releve l'etat des parlers de Syrie au meme titre que ceux du Fezzan-Cyrenaique et du S. de la Tunisie qui sont, en quelque sorte, la charniere entre les parlers arabes maghrebins et ceux du Machreq : de la voyelle a il subsiste toujours quelque chose, soit un element bien conserve comme dans dharab, halib ("lait") ; soit un element altere comme roubatt pour rabatt ("il a attache") ou toubag pour tabaq ("corbeille) ... etc.

Harrachi78
14/03/2008, 16h51
Dans la morphologie, il est egalement des traits qu'on pourrait a divers degres considerer comme typiquement maghrebins. Le plus caracteristique etant la presence de l'indice n- a la premiere personne du singulier de l'inacompli des verbes, remplacant l'initiale hamza ('-) qui est generale dans les parlers du Machreq, l'Egypte etant la limite orientale de l'usage maghrebin du n-.

La substitution de n- a '-, deja rapporte par Ibn Khaldoun dans les chants populaires des Bani Hilal qu'il avais receuilli, est enregistre par Ibn Quzman pour l'Andalousie a l'epoque Almoravide et se retrouve dans la Sicile normande du Moyen-Age. Cette innovation morphologique propre a l'Occident musulman consiste a creer un indice personnel du singulier a l'analogie de l'indice pluriel qui est lui tradionnel en arabe : naf'alou ("nous faisons") devient donc naf'al ("je fais").

Dans le meme sillage, un theme verbal derive, f'aal (s'inspitant des themes arabes anciens IX-XI) exprime la valeur resultative : khaal ("il noirci") ; byaadh ("il est devenu blanc") ; twaal ("il est devenu long") ... etc.

A l'analogie des derivations de valeurs medio-passive, a prefixe t- comme tfa''al (qui vient des theme II fa''al) et tfaa'el (du theme VI faa'al), le Maghrebin a forge, comme certains parlers du Machreq, un tf'al en face du theme I (f'al) qu'il en use souvent au detriment de nf'al et meme qu'il lui arrive de combiner tf'al et ntf'al pour donner des ntf'al ou des tnef'al : ntejrah ("il s'est blesse") ; tenehreq ("il s'est brule") ... etc.

Parmi les schemes nominaux a vocalisme long de l'arabe classique, un semble etre devenu specifiquement maghrebin : f'iil. Celui-ci, anciennement en langue arabe scheme de masdar assez rare (en usage essentiellement pour les verbes exprimant un bruit ou un cri), est devenu dans les parlers maghrebins le masdar le plus employe des verbes d'action : chtiih ("danse") ; ghsiil ("lavage") ... etc.

Lui est semblable le cas d'extension analogique du pluriel, f'aaliil comme pour ma'naa ("sens", "allusion") qui devient au pluriel m'aani ; ou pour mechta ("peigne") qui devient mchaati.


La suite plus tard incha Allah ...

houmaiz
15/03/2008, 19h46
Si on s'amuse à évaluer les parlers des différentes parties du monde arabe, lequel serait le plus proche de l'arabe classique ?
J'ai l'impression que c'est l'égyptien et plus précisément celui du Sa3iid, non ?
Une autre question qui me taraude : c'est la négation, dans presque tous les parlers dialectaux c'est sh Ex makanesh (il n y a pas, maghrébin) mafish(égyptien), alors si quelqu'un peut nous éclairer sur l'origine de ce sh pour la négation ça serait génial.

houmaiz
15/03/2008, 20h09
Une autre question qui me taraude : c'est la négation, dans presque tous les parlers dialectaux c'est sh Ex makanesh (il n y a pas, maghrébin) mafish(égyptien), alors si quelqu'un peut nous éclairer sur l'origine de ce sh pour la négation ça serait génial.
Je réponds à moi même lol
Le berbère y est pour quelque chose, c'est certain
Un Chawi pour dire manekoulesh (je ne mange pas) il dit Outhetchersh lol c'est pas du Tifinegh ça.
Mais le contre exemple c'est le cas des orientaux qui n'ont pas connu, excepté dans des temps immémoriaux, le contact avec la population berbèrophone.

asirem213
16/03/2008, 10h05
Mais le contre exemple c'est le cas des orientaux qui n'ont pas connu, excepté dans des temps immémoriaux, le contact avec la population berbèrophone.

N'ya t il pas là un argument pour plaider le contraire, je pense que le sh ou ch (pourquoi avec s ?) appartient à l'arabe dialectal.

Dans le berbere, la négation c'est : "ur .... ara" pour "ne .... pas" si on veut.

Pour les chawi je pense aussi qu'ils disent " ur ...... ch" !!

absente
16/03/2008, 13h10
ai l'impression que c'est l'égyptien et plus précisément celui du Sa3iid, non ?
Une autre question qui me taraude : c'est la négation, dans presque tous les parlers dialectaux c'est sh Ex makanesh (il n y a pas, maghrébin) mafish(égyptien), alors si quelqu'un peut nous éclairer sur l'origine de ce sh pour la négation ça serait génial.

le ch est le reliquat de chay/chi (chose)
que l'on retrouve dans ulach ( wa la chi). On peut entendre "ulach" dans certains parlers afghans, à l'occasion de reportages.

En ce qui concerne les langues vernaculaires arabes du Maghreb, elles étaient considérées comme des variante d'une langue maghrébine à part entière par le colon, enseignée dans les écoles d'administration coloniale (notamment CHEAM), avec des précis de grammaire détaillés comme celui de P. Marçais. Si le colon avait bien compris l'intérêt de se faire comprendre, les États indépendants ont bien compris celui de ne pas se faire comprendre.

kareena
16/03/2008, 13h17
Si le colon avait bien compris l'intérêt de se faire comprendre, les États indépendants ont bien compris celui de ne pas se faire comprendre.

Voila, tout est la.

absente
16/03/2008, 13h56
"Les Arabes se sont entendus pour ne pas s'entendre et les jours où ils ont cherché à s'entendre ils ne s'entendaient plus"

houmaiz
16/03/2008, 18h59
le ch est le reliquat de chay/chi (chose)
que l'on retrouve dans ulach ( wa la chi). On peut entendre "ulach" dans certains parlers afghans, à l'occasion de reportages.
Le mystère est en grande partie élucidé, merci absente ;)

Nadyr
22/03/2008, 02h41
aller la suite lol :mrgreen:

marocain88
22/03/2008, 10h42
je pense qu'il n'y a pas de lien entre le suffixe arabe "ch" et le suffixe berbere "ch" qui expriment tous deux la négation.
le suffixe berbere vient de "kra" qui signifie chose, il a été déformé en kabyle en "ara" et en chaoui en "ch". (car kra se prononce chra dans les parlers zenetes dont font partie le chaoui et le rif).
la particule "kra" existe encore dans les parlers du sud du maroc.

kra --> ara en kabyle
kra --> chra --> ch dans les parlers zenetes (chaoui, rif, etc...)
kra --> kra en tachelhit

Harrachi78
26/03/2008, 23h13
Les rapport syntaxiques font apparaitre un certain nombre d'innovations dialectales typiquement maghrebines. On notera particulierement :

I) La creation d'un veritable article indefini pour exprimer l'etat du nom indetermine

C'est le numeral "un" (wahed) qui sert a cet usage. Invariable, il est suivi du nom determine soit par l'article defini el- (l'arabe classique rajouloun ("un homme") devient wahed errajel, parfois reduit a wahi, wah, ha errajel) ; soit par un complement determinatif (wahed sahbi = "un ami a moi") ...

II) La tendance a eliminer l'annexion direcrte du complement determinatif au nom (idhafa en arabe classique)

Ainsi, au lieu du classique riht el-ward ("parfum des roses") on ajoute une particule de liaison pour devenir er-riha ntaa' el-ward. La presence de mtaa' (de l'arabe classique mataa' = "bien", "propriete") est deja attestee dans les parlers d'Andalousie et dans la Chronique Almohade de Baydhaq (13e siecle) et s'etend de l'Atlantique a l'Egypte (betaa').

La meme evolution s'observe dans les parlers arabes du Machreq, sauf que certaines des particules de liaison sont typiquement maghrebines comme d, di, dyal (Maroc, Algerie) ou la (issu de mtaa' a Malte).

III) Usage du preverbe ta ou ka (surtout au Maroc) pour marquer l'action reelle dans le present

Le ka marocain semble etre est le meme preverbe semi-flexible ka-ku (qui vient de kan-ikoun = "etait"-"sera") et qu'on trouve avec une valeur presque analogue en Algerie (Kabylie Orientale notamment), alors qu'en Libye (Cyrenaique, Fezzan) c'est le ba, b du Machreq qui est en usage.

IV) Tous les parlers arabes du Maghreb utilisent un representatif de l'idee verbale qui associe l'imperatif au verbe arabe "voir" (raa) aux affixes personnels pour constater la realite d'un etat ou d'une action, dans le present ou dans le passe :

a) Devant un verbe (accompli ou inacompli) : raani jiit ("voici que je suis venu") ; raah yebki ("le voila qui pleure") ... etc.

b) En proposition nominale : raak mridh ("c'est que tu es malade") ; rahoum l-temm ("ils sont la bas") ... etc.

Une tournure negative s'est cree par le meme procede donnat : maa-raanich ou maanich ("je ne suis pas") ; maa-raakch ou maa-kch ("tu n'es pas") ; maa-huch ("il n'es pas") ... etc. qui sont plus utilises en proposition nominale que verbale.

A suivre ...

hakkimm
27/03/2008, 13h03
La creation d'un veritable article indefini pour exprimer l'etat du nom indetermine

C'est le numeral "un" (wahed) qui sert a cet usage. Invariable, il est suivi du nom determine soit par l'article defini el- (l'arabe classique rajouloun ("un homme") devient wahed errajel, parfois reduit a wahi, wah, ha errajel) ; soit par un complement determinatif (wahed sahbi = "un ami a moi") ...
Merci Harrachi c'est une info bien utile. Je comprend un peu mieux d'où vient, ce qu'on appelle chez-moi, "el ha el jijeliya"....ha erajel, ha el kerssi, ha el kahwa...etc.

Harrachi78
27/03/2008, 14h02
V) Renouvelement des particules :

Une des principales originalites des parlers arabes maghrebins consiste dans la creation d'un indice -aach (-aah dans cretaines regions, -esh a Malte, -iyyesh dans le N. Constanstinois), qui provient de l'arabe classique ayy chayy, et qui sert a former des adverbes ou des conjonctions quand il est combine avec des noms ou des prepositions :

baach ? ("par quoi ?" en arabe classique bi ayy chayy ?) ; laach ? ou 'laach ? ("pourquoi ?" a l'origine lima dha achayy ?) ; kifaach ("comment ?", kayfa ...) ; keddaach ? ("combien ?" kam ...) ... etc.

Le mot arabe classique kayf ("comment" devenu kif) s'emploie lui comme preposition au sens de "comme", "semblable a" (kif-kif dans certaines regions) et comme conjonction ("lorsque", "etant donne que" ... etc.)

VI) La tournure maa-zaal (en arabe classique lam yazal = "demeure encore", "n'a pas cesse")

Conjuguee ou invariable, elle sert a exprimer la notion de "encore !" ou "pas encore ?", bien que certaines regions (Malte notamment) utilisent 'aad (en arabe classique "revenir") pour ce besoin.

La suite ...

Harrachi78
29/03/2008, 22h18
C'est le fait vocabulaire qui diffirencie le plus les parles arabes du Maghreb de ceux du Machreq. Ainsi, cette petite liste de mots est-elle exclusivement maghrebine :

- lamin (en arabe classique el-amin) designe pour les Maghrebins le "chef de corporation.
- anjas ou lanjas (parfois lanzach) = "poire" existe depuis l'epoque andalouse.
- berrad = "theillere"
- bezzula = "sein" ou "mamelle" existe du Senegal jusqu'en Libye en passant par Malte, le Fezzan utilisant le mot arabe classique thedy.
- bakour = deja connu en Andalousie, c'est la seule designation pour la "figue" au Maroc et en Algerie, alors qu'en Tunisie et a Malte on dit bithar ou baytar.
- bekkouch = "muet" partout dans le Maghreb.
- bellaredj (parfois bellarendj ou berrarej) = "cigogne" et proviendrai du grec pelargos.
- tay (atay, latay) = "the"
- terras = "individu", "personne" ou "pieton". Il provient de l'arabe classique tarras ("valet d'arme", "porteur de bouclier").
- terfas = "truffes"
- chta = "pluie" et "hiver". L'arabe classique chitaa designe uniquement la saison
- tabrouri = "grele". Il s'agit d'un mot berebere a l'origine
- jraana = "grenouille"
- jughma = "gorgee"
- hout = "poisson". Un arabe classique ce mot renvoie plutot vers "baleine"
- khudmi = "couteau" ou "canife. Il est d'origine andalouse
- khammem = "reflechis"
- deshra = "village" ou toute aglomeration rurale
- raachi = "pourri" ou "peu solide"
- hrach = "rude" ou "rugeux"
- zreb = "il a fait vite"
- zudj = en arabe classique signifiant "une paire", ce mot a presque totalement remplace thnin pour exprimer le numeral "deux", y compris a Malte.
...

A suivre .....

Harrachi78
08/04/2008, 16h42
En plus de ce qui oppose les dialectes arabes du Maghreb de ceux du Machreq, des variations aussi importantes te aussi nombreuses peuvent aussi etre relevees entre les dialectes maghrebins eux-memes :

I) Les termes exprimant l'adverbe d etemps "maintenant" :

a - daba : apport andalou, il ets connu partout au N. du Maroc, de meme que dans les parlers juifs de Tlemcen.

b - delweq, derweq, dork ... etc. : Venant d el'arabe classique dha-l-waqt, leur usage ets courant en Mauritanie, S. Occidental, S. Marocain et dans toute l'Algerie citadine, villageoise et rurale. Ils sont aussi connu dans le Machreq.

c - essa'a : De l'arabe classique fi dha-essa'a ("a cette heure-ci), il est l'usage a Malte.

d - tawwa, taw : En usage depuis l'Est. algerien jusqu'en Libye.

La suite viendra plus tard incha Allah ...

DZmes Bond
08/04/2008, 17h55
Sauf les oranais qui sont bien à part...
Est-ce que le terme "raya" est utilisé ailleurs ?
Il faut parfois voir les conversations entre algériens et moyen-orientaux. Parfois, ça crée presque des bagarres... :mrgreen:

Intéressant ces articles... ;)
J'ai remarqué qu'il y a beaucoup plus de mots communs entre l'algérien et le omanais et le yéméni qu'avec les autres pays arabes.

Harrachi78
08/04/2008, 18h01
Salut mon vieux,

Tu veux dire ghaya (pour dire "bien", "cool") ? Aucune idee, mais liste en faut n'est pas exhaustive, elle couvre uniquement quelques exemples des plus communs a travers le Maghreb !

Pour ce qui est des dialectes Omanais et Yemeni je n'ai pas note de relations particulieres, si ce n'est qu'ils prononcent le "q" comme un "g" !

ballZ
08/04/2008, 20h31
J'ai remarqué qu'il y a beaucoup plus de mots communs entre l'algérien et le omanais et le yéméni qu'avec les autres pays arabes.

Beaucoup des habitants de Oued Souf se disent originaire du Yemen ! peeut etre ceci explique cela !

DZmes Bond
19/04/2008, 03h35
Oui Harrachi "ghaya" aurais-je dû écrire. tout comme hodmi et la liste est longue. ;)

@Ballz : Un de mes amis algériens, quand il est parti au Yémen et ils ont su son nom, ils l'ont amené à son "cousin" qui voulait lui donner des terres ! :mrgreen:
Une fois des omanais qui visitaient l'Algérie ont trouvé beaucoup de ressemblance dans le parler, les coutumes etc... chez les gens de Ghardaia. Beaucoup plus qu'avec même ceux de Muscate ou autre. ;)