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nacer-eddine06
19/03/2008, 20h27
Le piteux lâchage de Jean-Marie Bockel
Vincent Hugeux
Jean-Marie Bockel doit sans doute son passage de la Coopération à la Défense et aux Anciens combattants à sa position sur la "Françafrique" dont il voulait "signer l'acte de décès".
a insi, Omar Bongo Ondimba, l’émir élu du Gabon, vient d’ajouter un nouveau trophée à son riche tableau de chasse: la dépouille du ci-devant secrétaire d’Etat à la coopération Jean-Marie Bockel, qui jouxte désormais, un quart de siècle plus tard, celle du tiers-mondiste Jean-Pierre Cot, débarqué par François Mitterrand à la demande de l’irascible doyen des chefs d’Etat africain.

Il est vrai que ce dernier a bénéficié sur les bords de Seine de la complicité de rabatteurs zélés, à commencer par Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée. Le tout sous le regard impavide, sinon amusé, de Nicolas Sarkozy.

Il voulait "signer l'acte de décès de la Françafrique"
Sans doute le sort du maire Gauche Moderne de Mulhouse, réélu d’un souffle dimanche, a-t-il été scellé deux mois plus tôt. Lorsque, dégainant son sabre de bois à la faveur d’un discours de vœux pourtant édulcoré par l’Elysée et le Quai d’Orsay, il a claironné sa volonté de "signer l’acte de décès de la Françafrique", stigmatisant sans les nommer les potentats qui dilapident leur pactole pétrolier, pourtant grossi par la flambée du baril.

"Qui se sent morveux, qu’il se mouche…", écrivit Molière. Allez savoir pourquoi, Bongo et son cadet et néanmoins beau-père Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), se sont sentis visés. Depuis lors, ils n’ont eu de cesse d’obtenir la tête de l’imprécateur, catho de gauche et officier de réserve soudain sorti de la sienne. Un reportage -au demeurant remarquable- diffusé voilà peu au 20h de France 2, chaîne de service public, a aggravé le contentieux: il dépeignait, documents à l’appui, le patrimoine immobilier hexagonal -et colossal- des caïds du Golfe de Guinée.

La rupture fait rage: en 2008, Paris persiste à concéder à un despote vétilleux le pouvoir de révoquer le "ministre de l’Afrique". Il faut dire que le maître du Bongoland dispose d’une capacité de nuisance dissuasive. Lui qui a contribué au financement de maintes campagnes électorales françaises lors des décennies écoulée, à commencer par celles de la nébuleuse néo-gaulliste, en a suffisamment sous la semelle -ou plutôt sous la talonnette-, pour plonger la Sarkozie dans l’embarras. En vertu, si l’on ose écrire, d’une technique éprouvée, il a envoyé maints messages subliminaux à Paris ces dernières semaines. Messages reçus cinq sur cinq.

La leçon de ce piteux lâchage, la voici: en dépit de ses promesses, Nicolas Sarkozy n’est pas prêt à payer le prix politique d’une rupture authentique avec les turpitudes de l’ère chiraquienne. Entre deux maux, il a choisi le pire. Quant à Bockel, le voici titulaire du portefeuille des Anciens combattants. Lui, l’ancien combattant de la guerre perdue contre les vieux réseaux.

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