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Voir la version complète : Pékin compare le Tibet à Villiers-le-Bel


nacer-eddine06
27/03/2008, 09h03
De notre correspondant à Pékin Jean-Jacques Mével


Parade des policiers chinois, mercredi, face au palais du Potala. L'ancienne résidence des dalaï-lamas au centre de Lhassa a rouvert. Crédits photo : AP
La diplomatie chinoise veut souligner que la rebellion tibétaine est une affaire intérieure. A l'appui de sa thèse, elle prend l'exemple des émeutes en banlieue parisienne.
La Chine, irritée par le raidissement français sur le Tibet, a répondu mercredi sur le ton de la rebuffade : Mêlez-vous de vos affaires ! La diplomatie chinoise s'est gardée de critiquer l'hypothétique absence de Nicolas Sarkozy à la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin, au soir du 8 août. «Nous devons nous en tenir à l'esprit olympique et ne pas politiser les jeux», a prudemment avancé Qin Gang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Mais Pékin a dénoncé par avance tout projet de rencontre du chef spirituel tibétain avec un responsable français. «Le gouvernement chinois s'oppose fermement à toute forme de contact officiel du dalaï-lama avec n'importe quel pays», affirme le porte-parole. Au début de la semaine, Rama Yade avait lancé une invitation ouverte au dalaï-lama. Bernard Kouchner estime qu'il devrait être reçu à l'Élysée. Le Prix Nobel de la paix est attendu en France à la mi-août. Et il sera reçu par le Parlement européen en décembre.

À Paris, le numéro deux de l'ambassade de Chine a enfoncé le clou en comparant la répression à Lhassa à la série d'arrestations lancées en banlieue parisienne. Est-ce que la France «laisserait une mission des Nations unies (enquêter) sur ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel ?», s'est interrogé Qu Xing. La Chine conteste ainsi toute violation des droits de l'homme au Tibet et dénonce implicitement une ingérence dans les affaires chinoises.

Près de deux semaines après l'émeute de Lhassa, la Chine est pressée de tourner la page et de montrer que l'ordre est rétabli. Alors que le palais du Potala, résidence historique des dalaï lamas a rouvert mercredi, le gouvernement a invité une dizaine de journalistes étrangers pour trois jours au Tibet. Solidement escortés, ils n'auront droit qu'à des visites guidées et à des témoignages choisis par les autorités. «Nous pensons que cela leur permettra de connaître la vérité», indiquait néanmoins l'un des responsables. Aucun média français n'est du voyage. Les rares témoignages échappés du Tibet et de régions avoisinantes coupées du monde accréditent au contraire la poursuite de l'agitation, malgré un déploiement policier et militaire massif. La province du Qinghai, habitée par de nombreux Tibétains, a connu mardi une nouvelle poussée de fièvre, avec le défilé de plusieurs centaines de civils «mis en fureur par les passages à tabac de moines», rapportait mercredi l'agence Reuters.


«Éducation patriotique»

Pékin a confirmé la reprise en main politique des monastères, après la visite à Lhassa du ministre de la Sécurité publique. Il s'agit d'abord de relancer «l'éducation patriotique», campagne d'intimidation et d'endoctrinement censée détourner les moines du dalaï-lama et les convaincre que la Chine est leur seule patrie. L'objectif inavoué est de s'assurer l'allégeance des «bouddhas vivants» (lamas), religieux réincarnés qui joueront un rôle décisif dans la succession du dalaï-lama. Loin du dialogue et du respect de l'identité culturelle prônés à l'étranger, les Chinois semblent ainsi résolus à marginaliser le Prix Nobel et à mettre les monastères en coupe réglée.

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