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Voir la version complète : Ne lâchons pas Djaziri !


hben
18/05/2008, 22h22
Que prépare le pouvoir contre Mouloud Djaziri ? Car il y a un cas Mouloud Djaziri. Presqu’incroyable ! Ce cadre, seul contre tous, qui désigne les connivences mafieuses au sein même du gouvernement, qui refuse de se taire après avoir été révoqué de son poste de PDG d’Algérie Télécom, cet Algérien qui brave la loi de l’omerta à une époque où l’on se couche volontiers, cet homme est en train de perturber puis d’irriter le régime. Ecoutons-le, il dit ceci : le ministre m’a limogé parce que j’ai refusé de payer des factures douteuses ; il m’a avoué que c’est la présidence de la République qui a ordonné ma destitution ; le ministre a menti à la presse en prétendant que « c’est l’assemblée générale qui a fait une proposition au conseil d’administration de mettre fin aux fonctions du PDG » : il n’y a jamais eu d’AG !Autrement dit, l’ex-PDG d’Algérie Télecom affirme avoir été sanctionné pour délit de « défense des deniers publics » par un pouvoir qu’il accuse de rapine, de mensonge et de falsification !

Je ne connais pas Mouloud Djaziri et je ne peux m’avancer sur l’homme ni sur la qualité de sa gestion.

En revanche, je connais un peu les parrains du régime pour les avoir subis et je sais qu’ils redoutent deux choses : l’indocilité et l’affront. Le pouvoir algérien gouverne par deux leviers classiques : le contrôle et la peur. Le contrôle absolu de la société et la peur qu’il sème et qu’il entretient chez le citoyen.

C’est dire si l’insubordination d’un cadre, d’un rouage dans une société d’Etat dédiée à la rente, contrarie fâcheusement le mécanisme du contrôle absolu : il devient aussitôt le mauvais grain de sable, à éjecter d’urgence ; le mauvais exemple à éradiquer. D’où l’intervention de la présidence de la République qui a ordonné le limogeage de Mouloud Djaziri sans délai. Mais il y a pire pour ce régime : l’obstination dans la rébellion. Elle détruit le rapport de la peur. Elle casse l’image de l’ogre. Et cela, le système le tolère encore moins.

Alors, le pouvoir s’apprête à frapper le « vilain petit canard » Djaziri.Et il l’annonce, perfidement, de la bouche de deux ministres.

D’abord par Boudjemâa Haïchour, ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, le supérieur hiérarchique de Djaziri désavoué par ce dernier, et qui a, l’air de rien, indiqué lundi dernier qu’un « audit interne » est en cours de réalisation pour vérifier la bonne gestion du groupe Algérie Télécom. Djaziri, qui a bien compris le message, réplique qu’il n’a rien à se reprocher et qu’il a laissé derrière lui « une entreprise au bilan positif. » Positif aux yeux de qui ? Si le pouvoir décide d’un « audit interne », c’est qu’il compte « trouver » assez de poux dans la tête de notre Djaziri pour le faire condamner par un des juges aux ordres qui peuplent la justice algérienne !

Et puis voilà l’autre ministre, celui de la Communication, Abderrachid Boukerzaza, qui claironne tout haut que « l’Inspection générale des finances va enquêter chez Algérie Télécom sur les factures douteuses » et, jure-t-il, « déterminera qui a raison et qui a tort. » Qui a raison et qui a tort ? L’IGF, qui est un outil entre les mains du pouvoir, en train de donner raison à un cadre licencié sur ordre de la présidence de la République ?

En vérité, tout indique que l’audit comme l’enquête de l’IGF serviront à salir puis à condamner Mouloud Djaziri. Salir pour démolir l’encombrant exemple du cadre intègre qui s’oppose à la prédation. Condamner pour rétablir le rapport de la peur et éviter la multiplication de la « fronde Djaziri. »

Allons-nous lâcher Djaziri ? Là est la question aujourd’hui.

Nous qui nous plaignons de ce que « personne n’ouvre sa gueule dans ce pays », allons-nous laisser cet homme seul face à la machine répressive pour, précisément, avoir ouvert sa gueule ? Allons-nous, une fois de plus, une fois de trop, détourner la tête devant cette démonstration de force de l’hypocrisie régalienne et consacrer la défaite du droit à la vérité ?

Mouloud Djaziri était déjà notre fait de conscience, comme il se dit, en termes de philosophie, de la connaissance que nous avons de notre propre existence.

Il est devenu un cas de conscience. Incontournable.

Evitons qu’il ne se transforme bientôt en une insoutenable mauvaise conscience.

Il nous faut ressusciter une flamme dans le noir des connivences. N’importe laquelle. Celle, des hommes de Labiodh Sidi Cheïkh qui, par la foudre et le sang, déchira cette nuit dans l’histoire qu’il pleuvait de l’honneur sur la tribu du Touat. Ou celle de Zola. Pourquoi pas ? « J'accuse le secrétaire général de la présidence d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire… » « J'accuse le ministre Haïchour de s'être rendu complice tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités de l’année. » Mais rappelons-nous qu’avant de pouvoir dire « Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur », l’auteur de « J’accuse ! » avait d’abord averti : « Savoir où l'on veut aller, c'est très bien ; mais il faut encore montrer qu'on y va. »

Alors, Djaziri doit devenir l’affaire de la société : pétitions, appels et rassemblements le sauveront du terrible tête-à-tête avec ses persécuteurs.

Djaziri doit devenir l’affaire des partis démocratiques.

Djaziri doit devenir l’affaire de la presse indépendante.

C'est-à-dire notre affaire.Ne lâchons pas Djaziri !

Il y va du regard que porteront sur nous les pupilles de demain.

M.B.

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