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Thirga.ounevdhou
07/07/2008, 19h50
La musique et le langage emploient des zones différentes dans le cerveau. Alors que l'hémisphère gauche est celui du langage, le droit, celui de la musique.

C'est l'un des plaisirs les plus universels qui soient. Douce ou agressive, complexe ou monotone, la musique charme les oreilles les plus diverses. Ce qu'on sait moins, c'est qu'elle peut aussi guérir.

On commence à peine à découvrir l'effet de la musique dans le cerveau et ses vertus thérapeutiques.

«Au début des années 2000, les spécialistes de la cognition et du cerveau ont commencé à collaborer pour comprendre les effets de la musique dans le cerveau. Depuis ce temps, ce champ de recherche a explosé», explique Robert Zattore, professeur à l'Université McGill.

Lors de la conférence internationale Les neurosciences et la musique III: désordres et plasticité, tenue à Montréal la semaine dernière, des chercheurs du monde entier, dévolus à l'art de Beethoven et de Mozart, sont venus partager le fruit de leur recherches.

Résultats impressionnants

La musique, dit-on, peut aider à guérir. Dans une unité de soins paliatifs d'un grand hôpital de New York, on l'utilise comme outil de relaxation.
Photo The New York Times

En cherchant à comprendre l'activité de la musique dans le cerveau, ils ont obtenu des résultats impressionnants. Le chercheur Gottfried Schlaug, de l'Université Harvard, a, par exemple, découvert que le chant pouvait permettre à des aphasiques d'améliorer de manière sensible leur façon de parler.

Parce que la musique et le langage emploient des zones différentes dans le cerveau, des patients pouvaient recouvrer des habiletés langagières en adoptant de nouveaux mécanismes. Alors que l'hémisphère gauche est celui du langage, le droit, celui de la musique, peut être développé pour de nouvelles fonctions.

Sandra Trehub, de l'Université de Toronto, s'est s'intéressée aux enfants sourds et s'est aperçue qu'en dépit d'une audition altérée, ils restaient sensibles au rythme et à la prosodie et qu'ils pouvaient encore apprécier la musique même en n'entendant presque rien. Ses recherches ouvrent la voie à la mise au point de nouveaux implants.

L'équipe du professeur Altenmüller, de l'Institut de physiologie de la musique d'Hanovre, en Allemagne, a travaillé, elle, sur la réadaptation de patients victimes d'un accident vasculaire cérébral au moyen du piano. En apprenant à jouer de cet instrument, des patients ont pu retrouver des habiletés motrices perdues.

«Les résultats montrent une amélioration significative de la vitesse, de la précision et de la douceur des mouvements des patients comparés à un groupe non traité», a-t-elle démontré.

«De façon générale, l'étude musicale nous permet de connaître le cerveau normal», a expliqué Patrick Bermudez, chercheur au Brams (Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son) de Montréal, lors d'une présentation des lieux, mercredi dernier.

Montréal à l'avant-garde

Dans ce nouveau champ de recherche, Montréal est à l'avant-garde, en partie grâce aux efforts de deux sommités mondiales dans le domaine, Isabelle Peretz, de l'Université de Montréal, et Robert Zatorre, qui enseigne à McGill.

Peretz et Zatorre sont à l'origine du Brams. Le Laboratoire est le fruit d'un effort des deux universités. Créé en 2005, le Brams a permis à Montréal de se tailler une place enviable sur l'échiquier mondial de la recherche sur la musique.

«Ils sont numéro 1, et de très loin», expliquait Jamshed Barusha, chercheur en musique à l'Université Tufts, près de Boston, dans la revue Science en février 2007.

Josef Rauschecker, chercheur à l'Université Georgetown, de Washington, renchérit: «Peretz et Zatorre, avec l'équipe qu'ils ont réunie, sont imbattables.»

On trouve dans le laboratoire du Brams des installations à la fine pointe de la technologie, comme une chambre anéchoïque qui absorbe 99,8% du son qu'on y émet et qui permettra de mesurer l'effet de l'écho sur le cerveau.

Un piano Bösendorfer, presque unique dans le monde et sans doute le meilleur piano à Montréal, est aussi à la disposition des chercheurs.

Ce piano pourrait éventuellement reproduire les interprétations les plus sensibles des musiciens.

- AFP