PDA

Voir la version complète : Une véritable usine à poussières: V1280 Sco, la nova fumante


Thirga.ounevdhou
28/07/2008, 22h34
Pour la première fois, des observations à très haute résolution angulaire d'une nova, seulement 11 jours après son maximum d'intensité, ont pu être réalisées par une équipe internationale de chercheurs menée notamment par Olivier Chesneau, astronome au Laboratoire Fizeau. Ces observations d'une des novae les plus brillantes de ces 35 dernières années, V1280 Scorpii, ont été menées sur les instruments de recombinaison interférométrique AMBER et MIDI, installés sur le Very Large Telescope Interferometer (VLTI) au Chili, et font l'objet d'un article publié le 24 juillet dans la revue Astronomy & Astrophysics.

Une nova apparaît, quand les réactions nucléaires en périphérie du coeur d'une étoile quasi-éteinte, une naine blanche, se rallument brusquement sous l'effet d'une accumulation de matière "volée" à un compagnon proche. V1280 Scorpii est une nova découverte le 4 février 2007, dont la luminosité s'est lentement accrue pendant 12 jours pour atteindre la magnitude 3,7 et devenir ainsi une des novæ les plus brillantes de ces 35 dernières années, visible depuis l'Europe et le Chili. Quelques jours seulement après avoir atteint son maximum, V1280 Sco disparait... son éclat a brutalement diminué d'un facteur supérieur à 10000 dans le visible, soit plus de 10 magnitudes ! Mais dans le même temps, la nova est devenue considérablement plus brillante dans l'infrarouge, signature d'une grande quantité de poussière se formant à un rythme soutenu dans les éjecta. Cette poussière chaude (T 1700°) constitue en effet un écran très efficace à toute émission dans le visible, et réémet une grande partie du flux lumineux intercepté dans l'infrarouge. Comment une telle quantité de poussière peut-elle se former autour d'une étoile en pleine explosion thermonucléaire ?

Pour tenter de mieux comprendre ce phénomène, la nova V1280 Sco est observée pendant plus de 5 mois entre février et juin 2007 par le VLTI, géré par l'ESO (European Southern Observatory). Ces observations sont conduites avec les instruments AMBER, qui recombine la lumière provenant de 3 télescopes dans l'infrarouge proche et MIDI, recombinant la lumière de deux télescopes dans l'infrarouge thermique, en utilisant les télescopes de 8 m et ceux de 1.80 m. La première observation d'AMBER, conduite seulement 11 jours après le maximum de luminosité, avant que de la poussière ne soit formée, montre que la taille apparente du coeur de la nova représente moins de 1 milliseconde d'angle (mas), soit une taille inférieure à celle d'un grain de sable vu à 100 km ! Quelques jours plus tard, la nova disparait dans son écran de poussière et une mesure effectuée conjointement par AMBER et MIDI permet de mesurer directement le diamètre apparent de la coquille de poussière en expansion.

Résultat: cette coquille constamment enrichie de nouvelles poussières, avec un diamètre apparent de 13 mas est bien plus étendue que le coeur et sa vitesse d'expansion est de 2 millions km/h ! Au total, cette naine blanche d'une taille similaire à celle de la Terre, a éjecté plus de 30 masses terrestres de plasma et de gaz lors de son explosion, soit l'équivalent des masses d'Uranus et Neptune réunies ! Quant à la poussière, pourtant si brillante dans l'infrarouge, elle ne représente qu'une fraction inférieure à 1% de la masse totale.

Ces observations interférométriques sont une première car en combinant la vitesse d'expansion apparente de la coquille (0,35mas/jour) à des mesures spectroscopiques, elles permettent d'estimer la distance de cette explosion thermonucléaire à 5000 années-lumières. Grâce à des données spectroscopiques et photométriques complémentaires obtenues par le télescope indien du Mont Abu, les astronomes proposent une modélisation physique de la couche de poussière en tenant compte de sa distance, son rayon, son épaisseur, sa composition chimique ainsi que sa température.

De plus, la variation du taux de formation de la poussière a pu être corrélée avec un sursaut de la courbe de lumière, mettant en évidence le caractère instable du phénomène. La mise en service d'instruments de 2ème génération du VLTI, tel MATISSE qui recombinera les faisceaux provenant de 4 télescopes, devrait permettre d'observer de manière plus complète encore ce type de phénomènes.

- Source: Gilbert Javaux - PGJ Astronomie (http://******************/pgj/)

Cookies