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Voir la version complète : position de l'islam vis à vis des non musulmans


aphelion
15/03/2004, 22h06
Des savants musulmans ont ainsi mis en valeur l'existence de pas moins de huit entités différentes (mis à part les musulmans), dont voici le détail:

1
Les Hypocrites, qui, malgré leur conversion apparente à l'Islam, restaient au fond des ennemis acharnés de cette religion. Ex: Les "Mounâfiquines" de Madinah.
2
Les non musulmans qui étaient en guerre contre les musulmans. Ex: Les "Qouraïchites" de Makkah avant la sixième année de l'Hégire.
3
Les non musulmans qui n'étaient pas ouvertement en guerre contre les musulmans, mais qui leur était extrêmement hostiles et faisaient tout, de façon plus ou moins dissimulée, pour leur causer du tort. Ex:
les "Qouraïchites" de Makkah durant la première année de l'Hégire ou la tribu juive des "Banoul Moustaliq".
4
Les non-musulmans qui avaient livré bataille aux musulmans et qui, après avoir étaient défaits, étaient devenus des sujets de l'Etat islamique en s'acquittant de la "Djizya". Ex: Ceux qui résidaient au sein d'anciens territoires byzantins.
5
Les non musulmans qui avaient accepté volontairement et sans se battre de payer la "Djizya" et de bénéficier ainsi de la protection de l'Etat islamique. Ex: Les chrétiens de "Nadjrân" (Yémen).
6
Les non musulmans qui avaient signé un traité de non agression avec les musulmans mais qui leur restaient néanmoins hostiles. Ex: Les "Qouraïchites" de Makkah entre la sixième et la huitième année de l'Hégire.
7
Les non-musulmans qui étaient considérés comme des alliés. Ex: Les gens de l'Abyssinie, avec à leur tête le Négus.
8
Les autres groupes non-musulmans en général.


La question qui se pose maintenant est de savoir quelle était l'attitude adoptée par l'autorité musulmane de l'époque à l'égard de chacun de ces groupes.

Pour cela, quand on scrute les références premières de l'Islam, voici ce que l'on peut constater:

1
Contre les hypocrites, le Prophète Mouhammad (sallâllâhou alayhi wa sallam) n'a jamais mené de lutte physique. Il s'est contenté du "Djihâd bil lisân" (la lutte par la parole), respectant en cela l'ordre coranique:
"Ô Prophète ! Mène la lutte contre les mécréants et hypocrites et sois rude à leur égard. leur refuge sera l'Enfer, et quelle mauvaise destination !" (Sourate 66 / Verset 9)

On ne manquera pas de remarquer que ce verset constitue une preuve claire que le "Djihâd" ne désigne pas seulement la lutte armée: En effet, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), bien qu'il ait obéi à cette injonction divine, n'a jamais pris les armes contre les hypocrites.



2et 3.
Contre les groupes belligérants et hostiles (de façon ouverte ou dissimulée), la lutte armée a effectivement été ordonnée aux musulmans, et ce, à titre de recours ultime. Encore une fois, il faut bien se dire que même dans ce cas, le but du "Djihâd" n'a jamais été de faire disparaître les religions autres que l'Islam de la terre et de forcer les gens à la conversion: Le but a toujours été de briser la puissance des ennemis des musulmans, de mettre un terme à leurs abus et permettre l'élévation de la Parole d'Allah. Le Qour'aane dit: "Et si Allah avait voulu, les gens qui vinrent après eux ne se seraient pas entre-tués, après que les preuves leur furent venues; mais ils se sont opposés : les uns restèrent croyant, les autres furent infidèles. Si Allah avait voulu, ils ne se seraient pas entre-tués; mais Allah fait ce qu'il veut." (Sourate 2 / Verset 253) . Dans un autre verset, il est dit: "Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue. Mais Allah est Détenteur de la Faveur pour les mondes." (Sourate 2 / Verset 251). –Il est à noter que, selon certains savants (comme Wahba Az Zouheïli parmi les contemporains), tous les versets du Qour'aane ou les Hadiths qui exhortent à la lutte armée concernent exclusivement ce genre de groupes belligérants, suivant ce qui est énoncé, notamment, dans le Verset 190 de la Sourate 2 ("Combattez dans le sentier d'Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allah n'aime pas les transgresseurs !"): Wahba Az Zouheïli base son avis notamment sur le fait que bon nombre de savants ont stipulé clairement que , en temps de guerre, il n'est pas permis aux soldats musulmans de nuire aux femmes et aux enfants non musulmans qui ne participent pas aux combats: Il déduit donc, à partir de là, que les musulmans ne combattent pas ceux qui ne luttent pas contre eux…Mais cette approche est loin de faire l'unanimité entre les savants musulmans.

Il est important de souligner que, à l'époque du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), le Djihâd a été mené aussi bien contre les groupes hostiles qui avaient déjà attaqué les musulmans, que ceux qui étaient sur le point de le faire, comme ce fut le cas de la campagne contre les "Banoul Moustaliq" et celle de "Dawmat oul Djandal" - ("Djihâd iqdâmiy").



4 et 5. A ceux qui avaient accepté de payer la "Djizya", une protection totale était accordée, ainsi que la liberté de religion et de culte.

6
Envers ceux avec qui un traité de non agression avait été signé, les musulmans avaient pour devoir de respecter leur engagement, sauf s'il y avait trahison venant de la partie adverse, comme cela se passa avec les "Qouraïchites" de Makkah deux années après le "Traité de Houdeïbiyah".

7
Pour ce qui est des groupes qui étaient considérés comme alliés des musulmans, ces derniers entretenaient avec eux des relations pacifiques (voir les récits relatant la vie des musulmans en Abyssinie, même après l'émigration du Prophète Mouhammad (sallâllâhou alayhi wa sallam) à Médine et l'institution du "Djihâd" en tant que lutte armée). Il est à noter que certains juristes ont employé un terme spécifique pour se référer à ce genre d'entité politique, à savoir celui de "Dâr oul Amn", qui désigne une contrée où les musulmans bénéficient de la liberté de foi, de pratique religieuse et peuvent même inviter les gens vers l'Islam.

8
Pour ce qui est des autres groupes non musulmans en général: C'est à leur sujet que les analyses des savants divergent.
- Selon un premier groupe de savants (cet avis, majoritaire, est celui qui est généralement exposé dans les ouvrages de fiqh des différentes écoles de jurisprudence), les relations avec ce genre de groupes ont toujours été basées sur l'antagonisme et l'opposition ("al asl fil 'ilâqât id douwaliya: al harb"). La règle générale, selon ces savants, est donc la suivante: Dès qu'un pouvoir musulman le juge nécessaire, il peut entamer une action contre ce genre d'états dans l'objectif d'aider à l'établissement de l'autorité divine comme seule légitime, étant donné que cette dernière est de nature à protéger tous les hommes des abus et de l'injustice, en garantissant ainsi leur dignité et leur liberté. (Bien évidemment, la détermination de la politique internationale reviendra au chef de l'état musulman…) Pour un exposé complet de cet avis et du solide argumentaire qui l'appuie, voir notamment les écrits de Abd oul Karîm Zaydân dans "Al Moufassal Fî Ahkâmil Mar'ah" (Volume 4 / Pages 403 et 412) et ceux de Moufti Taqui Outhmâni dans "Takmilah Fath il Moulhim" (Volume 3 / Pages 3 à 14).

- Selon un autre groupe de savants (d'après Wahbah Az Zouheïli, cet avis serait celui de Soufyân Ath Thawri r.a. et de Souhnoûn Al Mâliki r.a; il va même jusqu'affirmer que cette opinion correspond, en réalité, à celle de la majorité des savants musulmans…), le pouvoir musulman a toujours entretenu avec ce genre groupes des relations pacifiques: Ils déduisent à partir de là que la règle, dans les relations internationales pour les pays musulmans, c'est la paix ("al asl fil 'ilâqât id douwaliya: as silm"). Le recours à la lutte constitue une exception (afin de réaliser des objectifs bien définis – comme celui de mettre un terme aux abus et aux injustices dont les musulmans peuvent être victimes, éliminer les risques que font courir les entités hostiles à l'Islam et aux musulmans, éloigner les obstacles empêchant la libre invitation vers le message de l'Islam ou l'acceptation volontaire de celle-ci…). Selon Wahba Az Zouheïli, ce second avis est celui qui correspond le mieux à la réalité des différentes campagnes militaires qui ont été menées par les armées musulmanes au cours de l'Histoire (notamment à l'époque du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) et des Califes Bien Guidés); il est aussi, d'après lui toujours, celui qui permet de concilier de la meilleure façon les multiples références du Qour'aane et de la Sounnah qui présentent des contradictions apparentes (certaines exhortant à la lutte et au combat, d'autres invitant plutôt à la paix)… Pour plus de détails concernant l'argumentaire de cette opinion, voir l'étude de Wahbah Az Zouhaïli intitulée "Al Islâm wa ghayr oul mouslimîn" (Pages 20 à 49, et 118 à 131, entre autres…), ainsi que les écrits de Sayyid Sâbiq dans son "Fiqh ous Sounnah" (Volume 3 / Pages 105 et suivantes).



En conclusion par rapport à cette question, il convient souligner que le contexte actuel est bien différent (que ce soit au niveau géopolitique ou au niveau de la gestion même des affaires de l'état, du droit des citoyens, des libertés publiques…) de celui dans lequel ont vécu les anciens juristes musulmans (qui, dans l'établissement des règles en matière de relations internationales, ont pris en compte -dans leur idjtihâd (réflexion juridique)-, dans une certaine mesure, le contexte (juridique, politique, social) de leur époque)…

Pour illustrer cela, je me contenterai de deux exemples:

Le musulman résidant dans bon nombre de pays laïques aujourd'hui (que ce soit en Occident ou ailleurs (en Inde, par exemple)) dispose de plus de liberté au niveau de la pratique religieuse, de l'expression publique de sa foi, mais aussi pour ce qui est de la Da'wah et de la propagation de l'Islam, que dans bon nombre de pays (dits) musulmans… Cette réalité peut pousser à se questionner sur le bien fondé actuel de la seule division bi-polaire du monde -que l'on trouve dans pas mal d'anciens ouvrages de fiqh- avec une opposition constante entre, d'un côté, le "Dâr oul Islâm" (espace de l'Islam) et de l'autre côté, le "Dâr oul Harb" (espace hostile à l'Islam)…


Comme le rappelle Dr. Saeed Ismaïl, enseignant à l'Université de Médine, dans son ouvrage "The relationship between Muslims and Non-Muslims", en adhérant à la Charte des Nations Unis, les pays musulmans se sont placés dans une situation assez inédite: En effet, ils se sont tous engagés, entre autres, à maintenir la paix et la sécurité internationale et à développer des relations amicales avec les différentes nations, musulmanes ou non…

Mouhamed Patel
Plus d'infos
http://www.muslimfr.com/modules.php?name=News&file=article&sid=318

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