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Voir la version complète : La crise financière et son impact sur l'Algérie


morjane
09/10/2008, 16h06
La crise financière internationale, qui après avoir secoué les Etats-Unis, semble graduellement se propager en Europe, est loin d’être jugulée. Selon les observateurs des marchés financiers et malgré l’adoption du plan Paulson d’un montant de 700 milliards de dollars, il n’est pas à écarter que les répliques d’une crise de cette ampleur vont se poursuivre jusqu’à 2009.

Pour preuve, le lundi 6 octobre est considéré comme noir pour les principales places boursières à travers le monde. Si dans les pays industrialisés les conséquences de cette crise vont entraîner une faible croissance économique aggravant ainsi le taux du chômage, pour les pays en voie de développement il faudrait s’attendre à une baisse des investissements directs étrangers. Ainsi, la méfiance qui caractérise les marchés financiers rendra de plus en plus difficile l’octroi de crédits par les banques pour financer les projets d’investissement à travers le monde.

Pour les observateurs des marchés financiers, les fonds s’orientent actuellement vers des placements sûrs comme l’achat des bons du Trésor américain où par des placements dans les banques centrales des pays européens en quête d’argent frais pour faire face à la crise.

Evidemment, le continent africain, un laissé-pour-compte de la dynamique de développement dans le monde, souffrira sérieusement de la baisse des flux de capitaux représentant les investissements directs étrangers (IDE). Selon un rapport récent de la Conférence des nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), le montant des investissements directs étrangers n’ont été que de 53 milliards d dollars en 2007 sur un montant total à travers le monde qui a dépassé les 1 833 milliards de dollars la même année. En finale, l’Afrique n’a reçu que 2,9% de l’ensemble des IDE à travers le monde en 2007. Ce qui est considéré comme étant un goutte d’eau dans le lac des IDE pour un continent considéré comme riche en matières premières mais reste tout de même largement sous-développé par rapport au reste des autres continents. Et à première vue, la crise financière qui secoue actuellement les pays développés n’arrange pas l’Afrique qui inévitablement en subira les conséquences. Cette crainte a été largement développée hier par le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka, qui s’est déclaré «sérieusement inquiet de l’impact économique à moyen et long terme de la crise financière internationale sur l’Afrique».

S’exprimant lors d’une conférence de presse tenue au siège de la banque à Tunis, Donald Kaberuka a estimé qu’au plan financier, le continent était moins exposé en raison de ses relations limitées avec la communauté financière internationale. «Nous entrons dans une phase où la demande des matières premières par les pays de l’OCDE (Organisation du coopération et de développement économique) sera fortement réduite, ce qui ne manquera pas de toucher les économies africaines». Et d’ajouter : «Nous entrons dans une phase où la demande des matières premières par les pays de l’OCDE sera fortement réduite, ce qui ne manquera pas de toucher les économies africaines.» Tout en indiquant qu’il est attendu entre autre une baisse des transferts des migrants africains, qui constituent une source de revenus importante pour certains pays.

Mais à première vue les conséquences de cette crise ne s’arrêtent pas là. «L’Afrique s’attend aussi à une baisse possible de l’aide publique au développement en raison du coût élevé des plans de sauvetage du système financier aux Etats-Unis et en Europe», s’inquiétera le premier responsable de la BAD. Avant d’ajouter que «les années à venir seront sombres au cas où l’aide au développement sera considérée non prioritaire». Avant de conclure que la menace d’une récession du secteur du tourisme n’est pas à écarter.

L’inévitable création d’un fonds d’investissement en Algérie

L’Algérie est aussi exposée que le reste des pays africains face à la crise financière internationale ? Selon les analystes et même certains ministres algériens, l’Algérie ne s’est à aucun moment ouverte à la mondialisation. Malgré les réformes engagées depuis plus de deux décennies, l’économie algérienne reste tributaire d’une seule ressource, les hydrocarbures.

Tant que les prix du baril de pétrole restent à un seuil supportable, l’économie nationale pourrait être à l’abri des crises financières internationales. Mais dans le cas où le pétrole chutera sous le seuil des 55 dollars, il faudrait inévitablement se préparer à un choc qui sera aussi violent, si ce n’est plus, comparativement avec celui qui a laminé le pays en 1987 ouvrant la voie à une crise politique chronique (Octobre 1988).

Selon certains économistes, le prix élevés du baril de pétrole ces dernières années a permis au pays de lancer un gigantesque programme d’investissement public pour développer les infrastructures. L’aisance financière dont bénéficie l’Etat ne l’a pas obligé d’aller chercher des financements extérieurs. Il est aussi objectif de reconnaître que l’Etat n’était pas forcé de faire l’effort nécessaire pour encourager les investissements directs étrangers. Dans son rapport annuel sur les IDE en Afrique, la Cnuced a classée l’Algérie à la huitième position alors qu’elle est la seconde économie après l’Afrique du Sud.

Selon toujours la Cnuced et pour la période cumulée 2006-2007, la valeur des IDE en Algérie n’a été que de 1,8 milliard de dollars à un moment où cette même valeur était de 12,5 milliards de dollars au Nigeria, de 11,6 milliards de dollars en Egypte, de 5,7 milliards de dollars en Afrique du Sud et de 2,6 milliards de dollars au Maroc. En 2007, l’Algérie a enregistrée des investissements directs étranger de l’ordre de 1,6 milliard de dollars. Tandis que pour le premier semestre de 2008 et selon la Banque d’Algérie, les investissements directs étrangers se sont élevés à 1 milliard de dollars. Il est certain qu’avec la crise financière qui secoue les principales places boursières à travers le monde, il faudrait s’attendre à une baisse des flux de capitaux étrangers en Algérie durant le second semestre de l’année en cours. Selon un éminent expert algérien, l’Algérie s’est plus focalisée ce dernières années compte tenu de l’aisance financière à investir dans le développement des infrastructure qu’à encourager les investissements productifs dans les secteurs industriels et agricoles pour sortir des la dépendance vis-à-vis des hydrocarbures.

«Aujourd’hui, notre dépendance des hydrocarbures dépasse celle qui a prévalu durant les années 1970. Ce qui est une aberration», souligne notre économiste. Selon un autre expert et pour éviter que le pays subisse les contrecoups de la crise financière internationale, il est urgent de mettre sur pied un fonds d’investissement local. Ces derniers mois, plusieurs projets d’investissement dans la sidérurgie, l’aluminium, les phosphates... sont en phase de maturation avec des partenaires étrangers.

Et il n’est pas à écarter que ces investissements risquent de voir leur concrétisation retardée en raison de la crise financière. Vu que l’Algérie dispose actuellement d’importantes liquidités, le gouvernement doit mettre sur pied un fonds d’investissement pour accompagner ces projets».

Avant de préciser que c’est à l’Etat de déterminer les secteurs prioritaires de l’investissement. L’Algérie importe actuellement pour plus de trois milliards de dollars de produits sidérurgiques pour près de deux milliards de produits pharmaceutiques et cinq milliards de dollars de produits alimentaires. L’Algérie importe aussi des engrais et du matériel agricole pour l’agriculture. Donc l’Etat peut aisément déterminer les secteurs productifs stratégiques que le fonds d’investissement doit encourager le développement. Il est aussi important de financer les projets qui encouragent les exportations hors hydrocarbures. «Nous avons assisté ces derniers mois à un faux débat sur l’utilité de créer un fonds souverain, à un moment où en raison de la faiblesse des investissements directs étrangers, il aurait était intéressant de débattre de l’utilité de créer un fonds d’investissement local», dira un économiste. Un fonds dont la création devient une urgence avec cette crise financière internationale aura inévitablement des répercussions sur notre pays à moyen et long terme.

Par La Nouvelle République

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