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Voir la version complète : Algerie: Les dessous des hôpitaux


absent
20/10/2008, 22h02
Mépris, corruption, et cacophonie...

Les structures hospitalières algériennes n’arrivent plus à faire face au grand nombre de malades qu’elles accueillent additionné à un manque de moyens criant en matière d’infrastructures et de moyens techniques et humains Mais la faute incombe à qui ?

La question demeure entière. Lors de notre tournée dans les hôpitaux algérois, nous avons pu constater l’anarchie, le désordre et la cacophonie qui régnait que ce soit sur le plan technique, humain, organisationnel ou administratif ajouté aux fautes médicales qui sont fréquentes faute de moyens humains et techniques ainsi que la fuite des médecins compétents à l’étranger ; au service des urgences c’est "l’étable" : insultes, laxisme, des patients livré à eux-mêmes le tout dans une ambiance insupportable ! Que dire alors de la corruption qui gangrène nos hopitaux... Des sources nous ont affirmé que des patients sont admis en échange de sommes d’argent.

Des certificats médicaux contre 300 DA

La pratique est fréquente dans le milieu que ce soit dans le privé ou dans le public, des médecins proposant des certificats médicaux pour la pratique du sport ou bien pour en être dispensé à l’école ignorant le danger que cela représente.

Ainsi combien de scandales et d’affaires liées à cette pratique ont éclaté et la dernière en date dans l’est du pays où un privé vendait des certificats médicaux à 300 DA la pièce dans sa clinique privée. La pratique existe aussi dans le domaine public comme nous le confirme un jeune à Alger. "Moi je me suis procuré une feuille de maladie pour être dispensé des cours d’éducation physique et sportive au lycée chez un médecin généraliste contre 400 DA par l’intermédiaire d’un ami, plusieurs personnes que je connais font ça que ce soit pour la même raison ou bien pour s’absenter de l’école, c’est une pratique fréquente."

Cette pratique rapporte gros et vu les salaires des médecins dans le secteur public ainsi que la cupidité de certains, quitte à violer le serment d’Hypocrate, la pratique n’est pas prête de s’estomper vu le laxisme des autorités.
Notre première halte a été l’hôpital Mustapha-Pacha : direction le service des urgences. A première vue la "salle d’attente" est archicomble, des patients sont assis à même le sol attendant vainement leur tour, des cris nous parviennent de loin, nous nous approchons et aperçevons un homme de 40 ans se disputant avec un agent et un personnel médical ; après que l’homme en question se soit calmé, nous déclinons discrètement notre identité afin de savoir les raisons de cette dispute "J’attends ici depuis deux heures avec mon vieux qui est très malade mais personne n’a daigné le prendre en charge,ses cris de douleur ne semblaient faire réagir personne,le personnel médical fait des va-et-vient sans broncher et quand j’ai osé demander de le prendre en charge, un infirmier m’a répondu avec irrespect et insolence en me lançant cette phrase assassine : Vous n’avez qu’à vous rendre chez un privé !".
"Vous n’avez qu’à vous rendre chez le privé"

Au guichet encore une dispute entre une vieille femme et l’employée qui est censée accueillir les patients : "Vous n’avez pas honte ; traiter une vieille femme comme moi de la sorte, c’est indigne de vous."
A l’entrée, la police arrive avec deux délinquants les menottes aux poignés, des blessures visibles sur le visage; nous tentons d’avoir des informations auprès du policier resté dehors : "C’est une bagarre qui a éclaté à cause d’un bout de kif", sans nous donner plus de détails. Plus tard nous saurons que les jeunes en question sont des revendeurs de cannabis qui ne se sont pas mis d’accord à propos d’une vente.

Au service ORL presque le même constat avec cette fois-ci moins de monde ; néanmoins, la salle d’attente est comble, des patients venus de tous les coins du pays, une patiente arrive de Constantine. "Je viens de faire un trajet fatiguant, on a démarré à minuit et on est arrivé à 8 h du matin,et là il est 11h et toujours rien,la lettre que le médecin à Constantine m’a donnée ne semble servir à rien ; j’ai peur de passer la nuit ici." Un agent de sécurité élève la voix contre un patient en criant : "Ce n’est pas mon problème ya khô". Nous interrogeons quelques patients sur l’état des lieux et l’accueil.
"C’est pas des êtres humains,on nous crie dessus il y a même ceux qui nous menacent", nous répondent-ils, "Nous attendons ici depuis le matin,le médecin passe et repasse sans prendre soin de nous c’est aberrant ! C’est la deuxième fois que je viens et je crains de repartir sans consulter le médecin", nous dira un jeune un bandage sur l’œil gauche. Quant aux conditions d’hygiène, elles sont quasi inexistantes, le matériel de consultation est vieux et dépassé comme nous le confirme un spécialiste en ophtalmologie. "On travaille lentement car les moyens techniques et matériels mis en place ne nous permettent pas de faire notre travail correctement, en France lors de mon stage c’est autre chose et ça donne envie de travailler."

Notre tentative de joindre les responsables est restée vaine exigeant de nous une autorisation délivrée par le ministère de la Santé.
Prochaine destination l’hôpital "Zmerli." On se fait passer pour des patients aux urgences mais notre virée dans cet hôpital s’avèrera un vrai parcours du combattant.

Le patient livré à lui-même

Dans cette anarchie indescriptible, le patient ne se retrouve pas ; on nous demande d’attendre encore et encore avec un mépris sans égal qui nous laissa perplexes, parfois on ne daigne même pas vous répondre, le mot est lancé c’est "la cohue", il n’y a pas assez de personnel pour prendre en charge ce nombre important de patients qui attendent leur tour, on assiste à des va-et vient des ambulances, le médecin consultant des urgences est dépassé ; les autres services connaissent la même affluence, les conditions d’accueil des patients sont médiocres ; au service des blessés une odeur insupportable se dégage des lieux, aucun respect de l’hygiène, le personnel dans ce service à première vue est quasi inexistant, les patients interrogés sont unanimes à dire que les prestations de l’hôpital allant de l’accueil jusqu’aux soins sont médiocres. Les salles d’attentes semblent minuscules face au nombre important de patient ajouté à l’insalubrité et la moisissure qui nuit à la santé des patients venus se soigner mais qui repartent encore plus malades qu’ils qu’avant.

Aux urgences la nuit...

On était en pleine période de ramadhan, en cette journée caniculaire les urgences n’arrivent pas à faire face au nombre de patients surtout les vieilles personnes qui jêunent,certaines déshydratées et d’autres comme les diabétiques et les hypertendues n’ont pas résisté à la chaleur qui règnait en ce mois de septembre. "Ce sont des personnes malades qui insistent à faire le jeûne et qui se retrouvent après le f’tour directement aux urgences,leur métabolisme n’est pas habitué, leur hygiène de vie aussi,elles ne résistent pas aux sucreries et les différents plats qui sont présentés sur la table", nous confie un médecin un infirmier nous dira à son tour: "J’ai juste pris des gâteaux et je me suis remis au travail, on est vraiment dépassés la nuit durant le Ramadhan", la situation qui y règne est semblable à celle de la journée, des personnes impliquées dans des rixes sont accompagnées par des policiers après le f’tour ; l’ambiance est très tendue dans le milieu des drogués car ils font face à un manque, alors des bagarres éclatent.

Quant aux conditions d’accueil,elles sont aussi pires que celle de la journée : le mépris est plus fort de la part du personnel. Quant aux ambulances, elles font face à des embouteillages qui durant le Ramadhan s’intensifient. Notre petite aventure en tant que patients nous a fait comprendre les souffrances endurées par les malades ; ainsi, nos hôpitaux ont besoin de réformes pour leur donner une nouvelle image, c’est là la première urgence: lutter aussi contre la bureaucratie et la corruption qui gangrènent le secteur sécuritaire au lieu d’imaginer des projets utopiques qui ne profitent qu’aux riches ainsi qu’au système en place. L’urgence réside aussi dans la formation du personnel médical et il faut arrêter la saignée de l’immigration de nos chercheurs, médecins et infirmiers qui, chaque année, sont plus de 2000 à quitter le pays.

En somme, il reste beaucoup à faire dans nos hôpitaux qui ont besoin aussi d’un bon lifting, tant qu’il est encore temps: construire des hôpitaux au lieu de réaliser des trémies et des projets à tour de bras et qui ne servent à rien et créer du coup des emplois et offrir les moyens à nos médecins pour qu’ils puissent travailler dans des conditions dignes au lieu de les pousser à aller voir ailleurs.

Hacène Merbout
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Laari1
20/10/2008, 23h15
Cet article ne révèle que la partie visible de l'iceberg.
Il est certains que ceux qui paient et ceux qui ont du pouvoir obtiennent tout: interventions, soins, médicaments etc...Les hôpitaux algériens ne sont pas faits pour les pauvres. A quelques exeptions près, les personnels, responsables, médecins, infirmiers et mêmes agents de service "se sucrent" dans les hôpitaux et se couvrent les uns les autres, ce qui explique qu'il y a souvent des bavures, mais jamais de scandale.

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