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Bugeaud, Sartre et l’Algérie

jeudi 29 décembre 2005, par Rédaction

La France nous a montré, en 2005, que la bêtise, les déclarations à l’emporte-pièce et les prises de position stupides ne sont pas l’apanage de l’Algérie ou des peuples non civilisés.

La loi du 23 février 2005 votée par le parlement français a refroidi les relations entre l’Algérie et la France.

Un grand pays comme la France peut encore considérer, aujourd’hui, que le crime a un côté positif. Malgré Voltaire et Rousseau et Jean-Paul Sartre, malgré Aussaresses, Pélissier, Papon et Saint-Arnaud, les députés français ont ainsi prouvé qu’on peut être plus petit que ce qu’on prétend.

La loi du 23 février 2005 a été votée presque par inadvertance, dit-on également à Paris. Il y avait à peine une vingtaine de députés à l’Assemblée au moment du vote, ce dont a profité un député, plus malin que les autres, pour introduire un amendement glorifiant la colonisation. Personne n’y a prêté attention sur le coup. Ce n’est que plus tard, lorsque des intellectuels indépendants, dont des historiens, s’en sont emparés, que la polémique est née.

Mais au-delà de ces aspects polémiques, la loi française du 23 février constitue un piège à plusieurs tiroirs, dont l’Algérie n’a vu qu’un volet, le plus facile, celui relatif aux « bienfaits » de la colonisation. Sur ce point, la France est un pays souverain, qui a le droit d’adopter les positions morales qui lui conviennent. Si un pays, avec ses institutions, ses députés, ses intellectuels, décide de glorifier le crime, rien ne peut l’en empêcher. L’attitude française d’aujourd’hui ne diffère pas de celle adoptée par Victor Hugo, Jules Ferry, De Gaulle, ou Jean Jaurès.

L’Algérie, quant à elle, a une autre vision de la colonisation. S’il n’est pas nécessaire de la rappeler, il est nécessaire d’en tirer les conséquences, et de savoir, par exemple, avec qui signer un traité d’amitié. Un jour, il faudra peut-être rendre hommage à cette loi, précisément parce qu’elle a montré que la situation n’était visiblement pas encore mûre pour dépasser l’histoire et se tourner vers l’avenir.

A moins que cette loi n’ait eu précisément pour objectif d’éviter la conclusion d’un tel traité. Dans ce cas, les auteurs de la loi du 23 février devaient trouver l’amitié avec l’Algérie plutôt encombrante. C’est leur choix. Cela devrait refroidir l’enthousiasme de la partie algérienne, et l’amener à revoir un choix politique et symbolique majeur. Au moins pour refuser cette définition de la colonisation, et prouver que l’Algérie la récuse par les mots et par les actes.

Synthèse de Samir
D’après le Quotidien d’Oran