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Qui veut spolier les jardins du complexe Les Hammadites de Béjaïa ?

mercredi 2 juin 2004, par Hassiba

Des syndicalistes et cadres de l’EGT-Est, la chaîne hôtelière à capitaux publics, dont le siège social est à Constantine, frappent ces derniers temps à toutes les portes pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’OPA lancée sur une parcelle de 8 750 mètres carrés, propriété du complexe Les Hammadites de Béjaïa, dont la valeur actualisée marchande avoisine les 87 milliards de centimes.

Dans leurs cris de détresse, les employés de l’entreprise, auxquels se sont joints des professionnels du tourisme de la région, prennent à témoin tous ceux qui veulent leur tendre l’oreille contre la menace qui guette la pérennité du joyau touristique Les Hammadites.

Le complexe touristique Les Hammadites, qui s’étend sur une superficie de 9 hectares et 89 ares est pour le tourisme à Tichy et Béjaïa ce qu’est pour l’industrie du l’acier El-Hadjar pour Annaba. L’image touristique de ce beau paradis de la Petite Kabylie a été de tout temps liée à celle des Hammadites.

Dans le cadre du développement déséquilibré des années 1970, Les Hammadites fut le pôle autour duquel se développera par la suite une offre touristique exceptionnelle dans l’est du pays. Depuis ces trois dernières années la “protection” de l’édifice, assurée jusqu’ici par une clôture de Zimmermann, est devenue caduque. Elle offre une aspect hideux au joyau de Pouillon qui ne cadre plus avec le look des nouveaux hôtels implantés aux alentours.

Les responsables du complexe sont obligés de prendre en considération la multitude d’actes de sabotage, heureusement avortés en dernière minute, dont il fut l’objet ces derniers années. Ainsi, dans le cadre du plan d’action relatif à la saison estivale 2003, dans un premier temps, et s’inscrivant dans une démarche d’investissement visant une nouvelle segmentation de la clientèle, afin de s’assurer une bonne part dans un marché touristique régional des plus concurrentiels, la décision de protéger le complexe par une clôture en dur qui sera suivi par l’occupation des poches perdues par de nouvelles infrastructures fut prise. Quoi de plus légitime d’autant que l’ensemble de l’assiette foncière est réputé propriété de l’EGT-Est et que Tichy est une région qui aspire à se développer par le tourisme. Mais, c’était sans compter avec une variable importante dans ce genre de situation : l’enjeu du foncier dans les lisières côtières. Et bonjour les tracas !

GENÈSE D’UNE AFFAIRE
Le calvaire a commencé la 3 novembre 2002, au moment où la région était soumise à une véritable tension et où plusieurs sites économiques du secteur public et même privé étaient menacés. À cette date, la direction du complexe Les Hammadites saisit, sous le couvert du P/APC de Tichy, le directeur des travaux publics de Béjaïa pour une autorisation de mener des travaux d’alignement pour la construction de la clôture.

La demande était accompagnée d’un plan de masse et d’un plan de situation, nous expliqua un ancien cadre de l’entreprise. Plus de deux mois après, soit le 15 janvier 2003, la réponse des services des travaux publics est venue autoriser le complexe Les Hammadites à construire la clôture mais sous plusieurs conditions dont, la plus contraignante, est d’aligner la clôture à 35 m à partir de l’axe de la chaussée. Notre source précise : “Comme l’ancienne clôture en Zimmermann limitant l’assiette foncière du complexe est alignée selon les terme des actes de propriété, soit à 3,5 mètres de l’axe de la RN9, on a vite compris que le but recherché est la spoliation des biens du complexe.” Le 1er mars, le directeur du complexe de l’époque introduit un recours, avec dossier complet, sollicitant de la direction des travaux publics un alignement qui prend en considération les biens du complexe et la recherche du minimum de préjudices. En effet, avec l’alignement exigé par les services des travaux publics, c’est près d’un hectare de terres qui seront amputées au patrimoine de l’hôtel. Une superficie pourtant prise en considération dans l’évaluation de l’hôtel, notamment dans le calcul du fonds de commerce et du good-will.
La veille de la saison estivale 2003, après une agressive campagne de promotion de la destination Tichy, organisée par l’entreprise qui voulait sauver un complexe, participer au sauvetage d’une activité touristique locale en banqueroute et vendre une autre image de cette partie de la Kabylie que certains voulaient faire assimiler à une terre brûlée, les travaux d’une clôture de protection ont été entamés. Les services des travaux publics tiennent toujours à leurs conditions et mirent l’hôtel, le 21 juillet 2003, en demeure de cesser les travaux. Les responsables de l’EGT-Est se sont retrouvés, alors, devant une situation des plus inconfortables. D’une part, la crise que traverse la région et l’effort de remettre sur le marché le produit Tichy exigeaient des mesures de sécurité à la hauteur de l’investissement en promotion de l’image de marque mais aussi en conformité avec les recommandations des autorités compétentes en la matière. D’autre part, les services des travaux publics s’opposent au remplacement, et sur le même emplacement, d’une clôture en Zimmermann par une autre plus esthétique et mieux dissuasive. Plus grave, ces services conditionnent leur quitus pour la protection des Hammadites ou plutôt de l’image touristique de Béjaïa, déjà lourdement pénalisée, par un alignement de la clôture qui ampute à l’actif de l’entreprise quelque 8 750 mètres carrés sans aucune procédure d’expropriation. Soustraire une telle valeur à l’actif de l’entreprise touche les éléments du capital d’une entité commerciale publique.

Or, une telle démarche nécessite des procédures que seuls les textes relatifs à l’expropriation et au code du commerce peuvent être appliqués. Un syndicaliste de l’EGT-Est ne croit pas que les services des TP et des collectivités locales ignorent ces règles usuelles, c’est pourquoi il parle d’une “véritable tentative de dilapidation de biens publics”. Le directeur de l’hôtel, tout en continuant les travaux, introduit un autre recours en date du 23 juillet 2003. Un mois après, le 31 août, c’est l’APC de Tichy qui monte au créneau en menaçant de démolir la clôture.

15 jours après, le 14 septembre, l’hôtel réagit à la mise en demeure du P/APC. “Le mur en question n’est pas une nouvelle construction. Il entre dans le cadre de la préservation de notre établissement et du respect des exigences sécuritaires qui nous sont imposées... Le mur est construit exactement sur l’ancienne clôture de l’hôtel qui lui-même possède un titre de propriété et un plan cadastral... le jour où notre terrain sera exproprié conformément aux procédures légales, nous nous exécuterons”, lit-on dans une réponse-bras de fer, que nous avons pu nous procurer grâce à une source syndicale.

D’autre part, la directrice des travaux publics de Béjaïa, par courrier daté du 7 décembre 2003, adressé aux responsables de l’hôtel, s’inscrit, elle aussi, dans le bras de fer en affirmant : “Je maintiens la distance de 35 mètres de l’axe de la RN9 qui, je vois, a été accordée.” Le PDG de l’entreprise étant en mission pour assister à la foire du tourisme de Paris, les cadres de l’entreprise ont refusé de se prononcer officiellement sur l’affaire préférant “donner libre cours aux voies de recours administratifs”. Pour un cadre de l’hôtel, ce sont ces pesanteurs qui ont fait que les anciens dirigeants de la boîte n’ont jamais “osé” clôturer l’enceinte du complexe. Il poursuit : “Aligner la clôture à 35 mètres de l’axe de la RN9 ne peut que dénaturer l’esthétique du joyau de l’hôtellerie conçu par le célèbre Pouillon où la variante espace a été prise en considération.” Pour un autre cadre du complexe, toujours en exercice : “Un tel alignement c’est la perte de 8 750 m2 de la superficie que détient le complexe en toute propriété depuis 1992 et la disparition de facto du luxuriant jardin des Hammadites et ses aires de jeux.” Après un long silence et presque en chuchotant, il continue : “L’obligation de s’aligner à 35 mètres de l’axe de la chaussée ne concerne pas les autres riverains de la route nationale. Certains concurrents ont aligné leurs clôtures à 4 m de la chaussée sans être inquiétés. Certes, plusieurs entreprises étatiques sont des “dar moh” mais pas toutes.”

Un terrain, objet de convoitises !
Alors, Les Hammadites et ses terres objet d’une tentative avancée de spoliation ? Cela n’est pas l’avis des services des TP. Ces derniers, approchés par nos soins pour donner leur version des faits, nous ont fait courir durant plusieurs jours entre les structures de la direction de wilaya et ceux de la subdivision et du contentieux. Toutefois, une source locale proche de ces services (et qui a requis l’anonymat) justifie cette exigence d’alignement à 35 mètres par l’existence d’un projet de transformer la route nationale en une voie à double sens. Autrement dit, tous les riverains de la RN9, situés de part et d’autre de la chaussée sont astreints d’observer un alignement de 35 mètres à partir de l’axe de la route. Sur place nous avons constaté que trois autres joyaux touristiques érigés ces dernières années à côté du complexe Les Hammadites et sur la même rive de la RN9 disposent de clôtures de protection alignés à moins de 5 mètres de l’axe de la chaussée et non à 35 m. Sur l’autre rive et faisant face aux Hammadites, un centre commercial est en train de prendre forme, dont le bâti est aligné à seulement 14 m de l’axe de la chaussée. Des coopératives immobilières, comme la cité des 106-Logements, sont alignés à 14 m et non à 35m.

Alors quelle crédibilité donner à la thèse de notre source auprès des services des TP ? Comme ces derniers n’exigent un tel alignement qu’au complexe Les Hammadites, quelle est cette route nationale qui n’est à double voie qu’à la hauteur des Hammadites ?

Par Mourad Kezzar, Liberté