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Tamanrasset : la nouvelle destination du pèlerinage chrétien

lundi 28 mars 2005, par nassim

Le pèlerinage est une des plus vieilles formes de migration touristique depuis l’Antiquité. Cette migration, qui ne cesse de croître, concerne toutes les grandes religions et devient une activité économique florissante. Pour les acteurs de l’industrie touristique, le tourisme religieux est la nouvelle dénomination des pèlerinages puisque ceux-ci entraînent des flux économiques au même titre que le tourisme balnéaire, d’affaires, de loisirs, thermal, etc.

Le tourisme religieux, par l’infrastructure commerciale qu’il suppose, fait partie intégrante de l’industrie du tourisme. Mais ses dimensions spirituelles, culturelles et sociologiques le différencient des autres formes de tourisme, car le guide doit être respectueux de la foi et agir en symbiose avec les institutions religieuses.

Le pèlerinage est généralement considéré comme un voyage vers des lieux de culte religieux. Le motif général de ce voyage est dû à la conviction que les prières et les pratiques religieuses sont plus efficaces dans des localités liées à un saint ou à une divinité. Quelques pèlerinages peuvent avoir un nom spécifique, comme celui de La Mecque qui se nomme « hadj » (grand pèlerinage) ou « umrah » (petit pèlerinage). Les pèlerinages vers les tombeaux des saints islamiques se nomment « ziyarah » (visites pieuses). Quelques pèlerinages sont liés aux origines mêmes d’une religion, d’autres à des événements survenus bien après sa naissance (exemples : Lourdes en France, Fatima au Portugal...). A l’échelle mondiale et pour l’ensemble des grandes religions, on distingue quatre grands sites de pèlerinages : 1 - les grands centres spécialisés, villes-sanctuaires, cités-temples avec un rayonnement international, dont le pèlerinage constitue la fonction socioéconomique dominante (Jérusalem, La Mecque, Lourdes, Fatima, Varanasi...). Souvent toute l’infrastructure sociale de ces localités est en relation directe avec les services destinés aux pèlerins. 2- les grands centres de pèlerinage de rayonnement international, où la fonction religieuse est au moins équivalente aux autres qu’il s’agisse de l’administration ou de l’industrie (Rome, Czestochowa, Le Puy-en-Velay, Mariazell, Mont-Saint-Michel, etc ...). 3 - Les centres de pèlerinage avec des zones d’influence le plus souvent nationales et où l’activité religieuse de pèlerinage constitue une activité économique parmi d’autres. 4 - Les petits centres de pèlerinages dont le rayonnement est régional ou local, et dont la fonction religieuse de pèlerinage est secondaire. Quelques-uns d’entre eux ont un caractère saisonnier.

Histoire des pèlerinages

L’histoire des pèlerinages est aussi ancienne que l’histoire des religions. Ce phénomène existait déjà à l’époque de l’idolâtrie et du culte des divinités. Le pèlerinage se fonde sur plusieurs critères : le respect du sacré, la pratique d’un rituel, la recherche du salut ou du pardon, obtention d’une faveur et l’espoir de guérison. Le pèlerinage a un caractère local, régional, ou international. Les plus grands mouvements de pèlerins ont provoqué des bouleversements profonds dans la structure économique des localités réceptives (La Mecque, Lourdes,...). Les chiffres globaux de toutes les formes de pèlerinage sont difficiles à réunir, mais on estime le nombre annuel de pèlerins internationaux à près de 150 millions, dont 100 millions de chrétiens. Les 50 millions restants se partagent entre l’Islam, le bouddhisme et l’hindouisme. Le pèlerinage se situe généralement dans un contexte que les historiens appellent une hiérophanie. Les pèlerins empruntent des routes parsemées d’embûches qui doivent les conduire vers des lieux sacrés où ils ressentiront la présence divine. Ces lieux peuvent être des sources ou des fleuves (rôle purificateur et régénérateur de l’eau), des sommets de montagnes (rencontres avec le Ciel), des portions de territoires consacrés par la présence d’un fondateur religieux ou d’une théophanie particulière (mont des Oliviers, mont Sinaï, mont Arafat).

Dans l’Occident chrétien, beaucoup plus que dans l’Islam, le culte des saints l’emporte sur les autres formes de piété. Pour les laïcs, les richesses de la liturgie sont culturellement peu accessibles, l’ascétisme monastique demeure un idéal difficile à atteindre et la messe est de moins en moins fréquentée. Dans l’imaginaire chrétien, les saints offrent des modèles proches, une intercession pour le salut de l’âme du pécheur, des intermédiaires des demandes terrestres de guérison et de faveur. Parallèlement au pèlerinage s’est développé le culte des reliques. L’essentiel pour le pèlerin est de s’approcher le plus près possible des reliques et d’entrer en contact matériel avec elles. Le pèlerin cherche aussi à obtenir des reliques représentatives, c’est-à-dire des objets ou des liquides ayant touché les reliques : gratter le tombeau pour en retirer la poussière, boire l’eau d’une source mythique, dépôt sur le tombeau d’objets divers (bougies, pain, vin, etc.) Un pèlerinage induit aussi des offrandes d’ex-voto (qui provient d’un vœu). C’est la tradition du donnant-donnant, le fidèle promet de donner au saint s’il est exaucé. L’offrande peut avoir lieu avant ou après le miracle. La valeur de l’ex-voto est variable (or, argent, produits agricoles, nappes d’autel,...), et souvent symbolique (le cierge votif qui représente la personne implorant le saint). En Europe, les centres de pèlerinage dominants sont le Vatican à Rome, la terre sainte en Palestine, Saint-Jacques de Compostelle (Espagne), Lourdes (France) et Fatima (Portugal). D’autres centres de pèlerinage se développèrent dans l’Europe médiévale : en Italie (Assise, Padoue,...), en France (Le Mont-Saint-Michel, ...).

Lourdes, deuxième ville hôtelière après Paris

A Lourdes, entre le 11 février et le 4 mars 1858, Bernadette Soubirous s’entretient en 18 occasions avec la Vierge. L’évêque de Tarbes conclut à la réalité des apparitions et Lourdes devient un lieu de prières collectives et de pèlerinages. Le 9 avril 1866, la mise en service de la ligne Tarbes-Lourdes désenclave le site, consacrant l’internationalisation progressive du pèlerinage. Après les premières guérisons survenues en 1869, le pèlerinage s’intensifie. En 1873, Lourdes reçoit 213 trains spéciaux de 140 000 pèlerins. La fréquentation actuelle tourne autour de 5 à 6 millions de pèlerins/an. Lourdes, avec ses 18 000 habitants, compte 420 hôtels homologués représentant 21 000 chambres et 35 000 lits, ainsi que 15 000 villas à louer. Ce qui représente 70% de la capacité hôtelière du département des Hautes-Pyrénées et 30% de la capacité hôtelière de la région Midi-Pyrénées. Lourdes est la deuxième ville hôtelière de France juste après Paris. Des enquêtes récentes révèlent que la démarche religieuse est de loin la première des motivations (81% des pèlerins, 96% chez les pèlerins officiels et 70% chez les touristes). Ce besoin religieux se traduit de trois différentes façons : trouver tous les ans un rendez-vous régulier où se ressourcer, se fortifier une foi un peu négligée ou demander la protection de la vierge Marie. Selon une enquête réalisée en 1981, le pèlerin-type est une femme (70% dans les pèlerinages français, 58 à 78% dans les pèlerinages étrangers), de milieu modeste souvent rural et à 60% de plus de 50 ans. En 1981, 28% des pèlerins étaient sans profession (mères de famille et retraités), 19% ouvriers et 15% employés ; les 3/4 reviennent régulièrement et 50% viennent souvent.

L’organisation des pèlerinages chrétiens

Dans chaque diocèse existe une direction diocésaine des pèlerinages qui propose pour ses membres des pèlerinages généralement accompagnés par un prêtre. Ces directeurs diocésains de pèlerinages se retrouvent au sein de l’Association nationale des directeurs diocésains de pèlerinages (ANDDP)- www.pelerinages.org). Cette association regroupe une centaine de directions diocésaines et 17 directions de pèlerinages nationales. Un certain nombre d’agences et d’associations travaillent en lien étroit avec les directions diocésaines de pèlerinages. On peut citer SIP Voyages, Routes Bibliques, La Procure, Terre Entière, Notre Dame du Salut, etc. Ces pèlerinages passent par des sanctuaires ou des hauts lieux spirituels variables par leurs dimensions, leur rayonnement ou leur histoire. Ces sanctuaires sont sous la responsabilité d’un recteur nommé par l’évêque.

Ces recteurs se regroupent au sein de l’Association des recteurs de sanctuaires (ARS), qui permet une concertation et une réflexion sur l’accueil et le développement des sites. Un certain nombre d’associations se sont aussi constituées au sein des églises pour répondre à la demande des visiteurs en organisant l’accueil et les visites guidées. Ces associations sont regroupées au sein d’une association européenne appelée Ars et Fides dont le but principal est de « faire découvrir les lieux de prière, pas uniquement comme des musées religieux, mais comme des centres d’une communauté chrétienne vivante et comme des maisons de Dieu ». On peut citer pour la France : Communauté d’accueil dans les sites artistiques (CASA), Sauvegarde du patrimoine religieux en vie (SPREV. Toutes ces associations et ces groupes sont en lien avec la Pastorale du tourisme et des loisirs qui est l’organisme officiel, le service de l’Eglise de France chargé de prendre en compte toute la dimension « tourisme et loisirs ». Dans chaque diocèse, une équipe de Pastorale du tourisme et des loisirs autour d’un délégué diocésain est chargée de cette mission.

Minoritaire en Europe, le protestantisme compte trois pôles d’églises de sensibilités théologiques différentes : les églises dites « réformées » se réclamant de la tradition calviniste ; les églises luthériennes attachées aux idées de Luther ; les nouvelles églises évangélistes et pentecôtistes. Les protestants ont toujours refusé l’idée de lieux sacrés, mais il existe de nombreux lieux de mémoire et donc des « déplacements religieux » vers ces « lieux de mémoire ». Les plus connus sont les lieux « d’assemblées au désert » qui restent inscrits dans la mémoire collective comme des lieux de rencontre. Certaines paroisses initient des voyages avec pour but le musée du Désert. Le recours aux agences est très limité. Les institutions, les organisations et les recruteurs en matière de voyages se situent au niveau des paroisses.

Une demande grandissante

2005 est une année doublement historique pour la ville de Tamanrasset. Elle marque à la fois son centenaire et la béatification du père Charles de Foucauld, qui sera célébrée le 15 mai 2005 au Vatican. C’est en 1905, que « l’ermite du Sahara » construisit sa chapelle, la première maison en dur, au bord de l’oued Tamanrasset. Le « marabout », comme le nomment les Touaregs, a marqué le XXe siècle par son parcours déroutant et prophétique qui le mena de Strasbourg à Tamanrasset, en passant par Nazareth, la Syrie et le Maroc. En reconnaissant la sainteté du Vénérable Charles de Foucauld, le Vatican reconnaît son chemin spirituel comme un modèle de vie, un exemple à suivre et à méditer. A la dimension hautement spirituelle s’est ajoutée la reconnaissance d’un miracle de guérison. En 1984, une Italienne est guérie d’un cancer des os après une prière à l’ermitage du Père de Foucauld. A l’origine de plusieurs congrégations religieuses et d’une nombreuse famille spirituelle éparpillée dans le monde (www.charlesdefoucauld.org), Charles de Foucauld clôture une lignée d’inspirateurs de monastères, inaugurée par saint Augustin, l’Algérien de Souk Ahras, fondateur des Chanoines et des Augustiniennes (www.fondationdesmonasteres.org). De Foucauld a toujours suscité une formidable attraction chez les chrétiens. Il glorifia le désert comme lieu de spiritualité et de pèlerinage : « Il faut passer par le Désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu ; c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu... ». Le pèlerinage spirituel dans le désert est devenu un antidote aux méfaits de la société de consommation. En ces temps de déclin du consumérisme, on se dirige vers un tourisme plus propice au voyage vers l’être intérieur, un tourisme à connotation spirituelle qui permettrait de pallier le manque de sens apparent de la vie quotidienne. Outre l’essor des pèlerinages, le tourisme religieux a favorisé également l’essor des retraites, moins directives et encadrées que dans le passé et qui permettent aux intéressés de se retrouver dans un endroit calme et favorable à la réflexion.

La vogue monastique devient une donnée importante dans le développement du tourisme de court séjour (4 à 8 jours). L’appel du désert lié au pèlerinage à Tamanrasset est un vœu de millions de chrétiens dans le monde. Très peu ont pu le réaliser en raison de la non-incitation à se rendre en Algérie et la non- prise en charge des conditions de développement du tourisme saharien. Les ermitages de Charles de Foucauld dans le désert algérien (Tamanrasset, Assekrem, Beni Abbès) offrent aux pèlerins de tous les horizons une « curiosité religieuse » et un très fort « message de tolérance » : la persistance symbolique de lieux de culte chrétien contemporains en terre d’Islam que n’offre aucun autre pays arabo-musulman.

Par Saâd Lounès, elwatan.com