S’il est techniquement impossible de prédire des séismes, il est établi aujourd’hui que la région nord de l’Algérie risque d’être le théâtre de séismes de fortes magnitudes.

Le scénario projeté par des experts japonais — à la demande de la partie algérienne — est loin d’être optimiste : selon l’étude établie par la Japan International Cooperation Energy, les failles localisées autour d’Alger sont sévères. Si un séisme de forte magnitude frappait la capitale, les dégâts seraient énormes : pas moins de 56 000 bâtiments subiraient de graves dommages, les ponts, les aéroports et beaucoup de bâtiments stratégiques seraient affectés sans compter l’arrêt de tous les réseaux de services (électricité, eau potable, gaz). Des prévisions qui auraient dû pousser les pouvoirs publics à mettre en place une stratégie de riposte.

Selon le Dr Djillali Benouar de l’USTHB qui animait hier un débat organisé par la revue Vie des villes en marge du Salon de l’immobilier, «un scénario est une représentation cohérente de ce qui pourrait advenir dans le futur.

Il permet d’abandonner les réflexes d’une vision à court terme, ainsi que les réactions ou mesures ad hoc. La méthode du scénario a pour but d’aider ceux qui entreprennent de développer une réflexion stratégique au sein de systèmes complexes, comme le système urbain, lorsque la configuration du futur apparaît incertaine et compliquée. C’est, en fait, un instrument d’appui permettant de penser l’avenir stratégiquement en vue d’une planification à long terme. Avec pour finalité la nécessité d’«assurer la survie d’un nombre maximum de personnes affectées, rétablir les services essentiels aussi rapidement que possible ».

Dans d’autres pays, ces scénarios ont, en effet, permis aux pouvoirs publics d’anticiper. Aux Etat-Unis par exemple, plus de cinq millions de personnes ont pris part à des exercices de simulation. Les écoles, les administrations publiques et privées ont tous joué le jeu afin de mieux appréhender le risque sismique. Chez nous, et après plusieurs drames, il n’existe aucune stratégie ni organisme capable de prendre rapidement les décisions qui s’imposent en cas de sinistre. Pire encore, les pouvoirs publics sont encore au stade de se demander si l’isolation parasismique des constructions doit oui ou non être généralisée. Pourtant, estime M. Azzouz Hamid, P-dg CTC Chlef , «il existe à ce jour, 7 500 constructions dans le monde qui ont bénéficié du contrôle passif des vibrations sismiques dont 6 000 sur isolateurs parasismiques, une technique qui fait la quasi-unanimité».

Au Japon, dit-il, «le recours aux isolateurs parasismiques a concerné 60 bâtiments dans les huit mois qui ont suivi le séisme de Kobé et maintenant leur nombre a dépassé les 200 bâtiments par an. En plus de centaines de structures très importantes, sont venues s'ajouter les maisons de particuliers». Une technique également utilisée aux Etats-Unis, en Italie, en Nouvelle Zélande et en Turquie.

En Algérie, c’est à Chlef que la méthode a été utilisée pour la première fois après le séisme de 1980 en partenariat avec la Malaisie. Une technique aux avantages non négligeables, puisque «le niveau de protection pouvant être obtenu est très supérieur à celui exigé par les règles parasismiques pour les ouvrages à risque normal. Les ouvrages restent normalement opérationnels, même après les séismes violents. Les appuis restent en principe intacts après un séisme et sont opérationnels vis-à-vis des nouvelles secousses». Il s’agit, donc, d’une solution complète qui a évidemment un coût mais au regard des dégâts et des pertes en vies humaines qu’elle peut éviter, le débat ne doit même pas se poser quant à sa généralisation ou pas.

- Le Soir d'Algerie