L’année 2014 en Algérie signifie le compte à rebours pour des échéances importantes dans la vie politique de la nation. Si l’on ignore le calendrier affecté à la révision constitutionnelle, l’on ne peut, cependant, faire abstraction de la présidentielle d’avril pour laquelle le corps électoral sera convoqué normalement dans les tous prochains jours.

Néanmoins, au fur et à mesure que l’on approche du mois d’avril, les horizons semblent s’éloigner sur le plan du décryptage de la situation politique dans notre pays. En effet, au moment où l’on pouvait s’attendre à une certaine clarté permise par un calendrier qui se resserre un peu plus chaque jour, l’agrégation des forces politiques, supposées être de la partie, tarde à se dessiner d’une façon nette et définitive. Certes, on a assisté à un regroupement de quelques formations politiques d’opposition “décidées” à contrer un quatrième mandat du Président actuel. Mais, ces partis n’ont réellement de “programme” que leur opposition.

De son côté, le président du MSP, Mohamed Mokri, qui s’est précipité pour annoncer sa candidature depuis plusieurs semaines, a contribué à lézarder le nouveau consensus obtenu dans son parti après le départ de Bouguerra Soltani. Pour invalider la candidature de Mokri, le parti s’en remet une nouvelle fois au Madjliss Echoura. Une chose paraît comme quasi certaine: il n’y aura pas de candidat islamiste unique ou de consensus. Au moment où le FFS joue les prolongations quant à l’expression de sa position dans l’échiquier politique de la présidentielle, alors qu’à un certain moment on le suspectait de travailler pour Mouloud Hamrouche et de préparer sérieusement cette alternative, les autres partis, traditionnellement classés dans le camp dit démocrate, campent sur une espèce d’ “oppositionnisme” qui ne pourrait pas peser fort dans la balance. Ali Benflis, candidat malheureux de la présidentielle de 2004, entend tenter une nouvelle fois sa chance en installant ses comités de soutien.

La multiplication des candidatures, où se côtoient des figures parfois connues du public et d’autres fois quasi anonymes, donne l’apparence d’une foire de village mal orchestrée. L’un des candidats, né en France et vivant en émigré, inconnu du public, n’a pas hésité à déclarer mardi dernier : « je veux instaurer une nouvelle république », allant jusqu’à promettre de faire de l’Algérie le Singapour de l’Afrique. Bien entendu, avant la date fatidique de dépôt de candidature, les candidats seront tenus de solliciter d’abord le parrainage d’un échantillon d’Algériens, au nombre de 60 000, répartis sur 25 wilayas, avec un minimum de 1500 signatures pour chaque wilaya.

Dans ce panorama diapré, où se déroulent en “accordéon” les figures de ceux qui s’estiment présidentiables, on ne peut pas oublier cette délégation d’associations de fils de chouhada qui s’est rendue, il y a quelques mois, dans le quartier de Bouizourane, à Batna, pour réveiller de sa tranquille retraite l’ancien chef de l’État, Liamine Zeroual. Sollicité par les enfants de ses anciens compagnons d’armes pour se présenter à l’élection présidentielle et reprendre les rênes du pouvoir, après en avoir démissionné en 1998, Zeroual clamera qu’il faut laisser la place aux jeunes, que l’Algérie en compte beaucoup et qu’ils sont compétents.

Dans une autre entreprise, apparemment solitaire, l’ancien officier des services de renseignement, Mohamed Chafik Mesbah, reconverti dans la politologie, a lui aussi présenté, dans de longs développements dans la presse, l’option Liamine Zeroual comme étant la plus « réaliste et la plus pragmatique ». Parmi le personnel de l’ancienne Alliance présidentielle, seul le nom d’Ouyahia a été évoqué comme probable candidat, malgré le sort qui fut le sien à la tête du RND. Mais, il y a lieu de se rappeler ce serment de l’ancien Premier ministre: « je ne serai jamais candidat face à Abdelaziz Bouteflika », comme il faudra sans doute tenir compte de ce qu’il a dit en 2011 à propos des l’homme “présidentiable”. En paraphrasant l’ancien Président français, Valéry Giscard-d’Estaing, Ouyahia dira que « la présidence est la rencontre d’un homme avec son destin ».

Jusqu’à présent, la seule démarché qui paraît bénéficier d’une certaine transparence, c’est celle des partis ou hommes politiques décidés à soutenir le Président de la République dans le cas où il se présenterait à un quatrième mandat. Une chose paraît certaine : dans le contexte de brouhaha charrié par le Printemps arabe, et au vu de la douloureuse expérience algérienne dans l’extrémisme religieux, l’alternative islamiste n’a aucune chance de s’imposer à la tête de l’État.

Il n’en demeure pas moins que les défis que doit relever l’Algérie sont nombreux et variés. Sortir son économie de la rente pour lui assurer la pérennité et asseoir un développement durable ; réformer les structures et les missions de l’État, avec une option franche pour la décentralisation et engager le pays dans la modernité dans tous les sens du terme, aussi bien en politique que dans les domaines économique et culturel.

Par Amar Naït Messaoud_ La Dépêche de kabylie