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Le malentendu algérien

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  • Le malentendu algérien

    Paul-François Paoli
    27/08/2009
    Dans «Le Mystère de Gaulle. Son choix pour l'Algérie», l'historien Benjamin Stora affirme que si de Gaulle a longtemps hésité sur l'évolution du statut de l'Algérie, il n'a jamais souhaité intégrer les Algériens à la France.


    Quel était le dessein de De Gaulle concernant l'Algérie lors de son retour aux affaires, en 1958 ? Cinquante ans après le discours qu'il fit aux Français, le 16 septembre 1959, et où, pour la première fois, il évoqua l'autodétermination des Algériens, la question reste posée. L'historien Benjamin Stora n'a sans doute pas tort d'évoquer ici Le Mystère de Gaulle, titre de son dernier livre. Entre le moment où de Gaulle lance son «Je vous ai compris » aux pieds-noirs venus l'acclamer à Alger, le 4 juin 1958, et son choix d'une Algérie algérienne, Stora tente de dégager le fil d'une politique sinueuse sur laquelle s'est greffé un grave malentendu. Parce qu'il a été en butte aux attentats de l'OAS, certains ont fait de De Gaulle un champion du tiers-mondisme.

    L'historien défait ce mythe rétrospectif. Si, au fil des événements, de Gaulle a choisi l'option de l'indépendance, après avoir adhéré, un temps, à l'idée d'une association entre l'Algérie et la France sur le modèle du Commonwealth, c'est d'abord parce qu'il voulait enraciner la France dans l'Europe en la dégageant du fardeau colonial. Surtout, de Gaulle ne crut jamais en la possibilité d'intégrer les masses musulmanes algériennes à la République. «Il a sur l'Islam le regard d'un homme pour qui l'histoire de la nation française est le produit de la civilisation chrétienne. La civilisation musulmane lui apparaît comme un corps étranger, inassimilable», écrit Stora.

    Une conception dont témoignera Peyrefitte dans C'était de Gaulle, qu'évoque longuement l'historien, qui affirme, en outre, que ce débat algérien est significatif de la conception que de Gaulle se fait de l'identité française. Il rappelle qu'en 1945 le Général avait donné au garde des Sceaux des directives sur les priorités à accorder en matière de naturalisation : «Sur le plan ethnique, il convient de limiter l'afflux de Méditerranéens et des Orientaux, qui ont, depuis un demi-siècle, profondément modifié la composition de la population française. Sans aller jusqu'à utiliser, comme les États-Unis, le système rigide des quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Allemands, Luxembourgeois, Suisses, Anglais, Danois, etc. )», écrivait de Gaulle.

    Deux logiques irréductibles
    Ainsi s'est créé un curieux quiproquo : c'est au nom d'une conception très eurocentrée de la France que de Gaulle a choisi de rendre l'Algérie aux Algériens quand certains partisans de l'Algérie française, que l'on a relégués un peu vite dans le camp du colonialisme, comme l'ex-gaulliste Jacques Soustelle, militaient pour l'intégration des musulmans. « Le paradoxe étonnant, écrit Stora, veut que (…) ce sont les partisans de l'Algérie française qui invoquent les principes républicains de 1789, l'égalité pour tous, sans discrimination (…) alors que ceux qui sont favorables à la décolonisation plaident pour la différence, la séparation au nom du respect de la culture de chacun.»

    Dans ce livre qui évite de voir le monde en blanc et noir, Stora rappelle que la tragédie algérienne a été rendue inévitable par le choc de deux logiques irréductibles. Celle d'un peuple naissant qui souhaite s'émanciper de la tutelle française face à une population européenne traumatisée par la perte d'un pays qu'elle a façonné. Entre ces deux blocs rendus hermétiques par la haine, Stora campe un de Gaulle qui semble parfois raconter aux uns et aux autres ce qu'ils veulent entendre jusqu'au moment où il abat ses cartes en solitaire. « On ne sort de l'équivoque qu'à son détriment», écrivait le cardinal de Retz. Une formule qui lui va comme un gant.

    Le Mystère de Gaulle. Son choix pour l'Algérie de Benjamin Stora Robert Laffont, 266 p., 20 €. En librairie le 3 septembre.
    The truth is incontrovertible, malice may attack it, ignorance may deride it, but in the end; there it is.” Winston Churchill

  • #2
    Le malentendu algérien

    Paul-François Paoli
    27/08/2009

    Dans «Le Mystère de Gaulle. Son choix pour l'Algérie», l'historien Benjamin Stora affirme que si de Gaulle a longtemps hésité sur l'évolution du statut de l'Algérie, il n'a jamais souhaité intégrer les Algériens à la France.


    Quel était le dessein de De Gaulle concernant l'Algérie lors de son retour aux affaires, en 1958 ? Cinquante ans après le discours qu'il fit aux Français, le 16 septembre 1959, et où, pour la première fois, il évoqua l'autodétermination des Algériens, la question reste posée. L'historien Benjamin Stora n'a sans doute pas tort d'évoquer ici Le Mystère de Gaulle, titre de son dernier livre. Entre le moment où de Gaulle lance son «Je vous ai compris » aux pieds-noirs venus l'acclamer à Alger, le 4 juin 1958, et son choix d'une Algérie algérienne, Stora tente de dégager le fil d'une politique sinueuse sur laquelle s'est greffé un grave malentendu. Parce qu'il a été en butte aux attentats de l'OAS, certains ont fait de De Gaulle un champion du tiers-mondisme.

    L'historien défait ce mythe rétrospectif. Si, au fil des événements, de Gaulle a choisi l'option de l'indépendance, après avoir adhéré, un temps, à l'idée d'une association entre l'Algérie et la France sur le modèle du Commonwealth, c'est d'abord parce qu'il voulait enraciner la France dans l'Europe en la dégageant du fardeau colonial. Surtout, de Gaulle ne crut jamais en la possibilité d'intégrer les masses musulmanes algériennes à la République. «Il a sur l'Islam le regard d'un homme pour qui l'histoire de la nation française est le produit de la civilisation chrétienne. La civilisation musulmane lui apparaît comme un corps étranger, inassimilable», écrit Stora.

    Une conception dont témoignera Peyrefitte dans C'était de Gaulle, qu'évoque longuement l'historien, qui affirme, en outre, que ce débat algérien est significatif de la conception que de Gaulle se fait de l'identité française. Il rappelle qu'en 1945 le Général avait donné au garde des Sceaux des directives sur les priorités à accorder en matière de naturalisation : «Sur le plan ethnique, il convient de limiter l'afflux de Méditerranéens et des Orientaux, qui ont, depuis un demi-siècle, profondément modifié la composition de la population française. Sans aller jusqu'à utiliser, comme les États-Unis, le système rigide des quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Allemands, Luxembourgeois, Suisses, Anglais, Danois, etc. )», écrivait de Gaulle.

    Deux logiques irréductibles

    Ainsi s'est créé un curieux quiproquo : c'est au nom d'une conception très eurocentrée de la France que de Gaulle a choisi de rendre l'Algérie aux Algériens quand certains partisans de l'Algérie française, que l'on a relégués un peu vite dans le camp du colonialisme, comme l'ex-gaulliste Jacques Soustelle, militaient pour l'intégration des musulmans. « Le paradoxe étonnant, écrit Stora, veut que (…) ce sont les partisans de l'Algérie française qui invoquent les principes républicains de 1789, l'égalité pour tous, sans discrimination (…) alors que ceux qui sont favorables à la décolonisation plaident pour la différence, la séparation au nom du respect de la culture de chacun.»

    Dans ce livre qui évite de voir le monde en blanc et noir, Stora rappelle que la tragédie algérienne a été rendue inévitable par le choc de deux logiques irréductibles. Celle d'un peuple naissant qui souhaite s'émanciper de la tutelle française face à une population européenne traumatisée par la perte d'un pays qu'elle a façonné. Entre ces deux blocs rendus hermétiques par la haine, Stora campe un de Gaulle qui semble parfois raconter aux uns et aux autres ce qu'ils veulent entendre jusqu'au moment où il abat ses cartes en solitaire. « On ne sort de l'équivoque qu'à son détriment», écrivait le cardinal de Retz. Une formule qui lui va comme un gant.

    Le Mystère de Gaulle. Son choix pour l'Algérie de Benjamin Stora Robert Laffont, 266 p., 20 €. En librairie le 3 septembre.

    Le Figaro

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    • #3
      Il a bien fait franchement je n'y croyais pas à cette pseudo intégration à la France qui s'y elle serait venue plus tôt aurait fait de notre pays une Algérie encore française. L'Algérie ce n'est ni la Réunion, ni la Guadeloupe, derrière il y a toute une civilisation dominé par la France (j'entends par là, civilisation islamique car toutes les dernières occupations ou invasions étaient musulmanes, arabes, berbères, turcs). Et en plus il y a une religion qui a cimenté le peuple, facteur numéro 1 sans doute.

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      • #4
        Si, au fil des événements, de Gaulle a choisi l'option de l'indépendance, après avoir adhéré, un temps, à l'idée d'une association entre l'Algérie et la France sur le modèle du Commonwealth, c'est d'abord parce qu'il voulait enraciner la France dans l'Europe en la dégageant du fardeau colonial
        Le mythe français quant à l'Algérie: De Gaulle a choisi...
        Comme s'il pouvait à lui seul choisir le destin de tout un peuple.
        Comme si le peuple algérien était prêt à accepter les doctats de De Gaulle, de la France ou des pieds noirs.
        Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.

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        • #5
          erreur d'exemple...

          ...d'une et plusieurs circonstances, à l'époque où les nations désunies soufflaient sur les premières bougies d'une Démocratie sous valorisée sur les faits avancés et sur les suites projetées d'un équilibre mondial, l'exemple franco- algérien demeure unique en soi et, comme parmi d'autres, l'un des sommets vêtu d'extrêmes paradoxes et de grandes turpitudes,... les faits récents et marqués par une indépendance douloureuse ne pouvaient que se répercuter à l'intérieur "libre" de l'état, comme vous le dites longtemps "occupé"... après un demi siècle donc, la culture, la vie et le sentiment populaire se sont rejoints de façon assez anarchique, la fièvre guerrière ayant poursuivi les idées de pouvoir et les blessures ayant conjugué ce passé "abrupt" et inconditionnel à tout type de civilisation, ici l'erreur vous renvoie au manque à comprendre les faiblesses d'une soit disant défaillance humaine propice à l'hostilité aveugle des hommes... il peut être traduit de cette "guerre" le rendez vous manqué ou mal interprété d'une Histoire ayant tout à correspondre au sens de l'Homme et de ses découvertes, pourquoi donc partout ailleurs autant de dommages et si peu de déférence, les similitudes d'une inconscience auraient-elles fait "prisonnier" leurs principes de reconnaissance et d'indulgence, ... "battez ce que vous voulez ou qui vous voulez il n'en ressortira à l'identique et pour son statut qu'une composition autrement descriptible... hassan...", de plus, une belle mer se jouait d'y participer pacifiquement ou plus convenablement, qu'en pensez vous aujourd'hui d'avoir vécu ou d'avoir entendu quelques contre courants partagés d'inqualifiables ou mélangés d'insouciances mais heureusement, la mer se joue toujours d'un même salut, bien entendu... salam,merci...
          ...Rester Humain pour le devenir de l'Homme... K.H.R.

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