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Saïd Iamrach, Un touche-à-tout talentueux

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  • Saïd Iamrach, Un touche-à-tout talentueux

    Aborder le parcours de Saïd Iamrach, né le 17 février 1946, c’est d’une certaine façon entrer dans une vie tumultueuse et intensément féconde.

    Il a été un touche à tout talentueux. Luthier, sculpteur, musicien, poète et romancier et dans chaque registre, il a brillé de milles feux. C’est par le truchement de Cheikh Noureddine qu’il fit son entrée dans le milieu artistique et qu’il rencontra les plus en vu. Il s’essaya au théâtre « Les trois baudets » puis Mogador situé dans la rue du même nom En 1979, il abandonne le 7e art et la musique pour ne se consacrer qu’à l’écriture et à la sculpture. Pour l’écriture en tamazight, il était une plume d’une subtilité rare.


    Dans « Tasga n’tlam », son seul roman publié post mortem, il à fait montre d’une maîtrise rare de la langue kabyle. Dans un style percutant, imagé, métaphorique, bouillonnant et surtout attachant. Il rappelle à bien des égards Nedjma de Kateb Yacine, par sa verve, sa poésie et sa structure éclatée sans suite chronologique. Les événements se télescopent en une kyrielle de tons tantôt fulgurants, violents et tantôt calme tel une mer d’huile qui invite le regard à s’y poser et l’âme endolorie à y errer, à y butiner de douleur en douleur. Rezki Issiakhem, son oncle et non moins complice dans sa préface de cette œuvre, s’est écrié : « C’est par la lecture de romans comme celui-ci que se développera le goût de lire notre langue et que l’on rejettera l’aberration d’un fatalisme qui voudrait l’enfermer dans une oralité réductrice et décadente… ». Et de refuser à croire : « Que les nombreux militants de la cause amazighe et les milliers de manifestants qui défilent lors du printemps amazigh ne seraient pas analphabètes ». Raison évoquée par des maisons d’éditions qui ont refusé de publier cette œuvre posthume « considérant que la rentabilité d’une œuvre en tamazight ne pouvait en être assurée. »

    Autre temps autre réalité dans un monde où l’aveuglement tient lieu de règle pour dénier à une langue son droit à l’expression écrite.

    Ur yelli tar ara d-yughalen - Y’a plus de vengeance à faire
    Atmaten fkan afus - Les frères ont courbé l’échine
    Ur yelli nnif i d-yeqqimen - Y’a non plus d’honneur
    I wid umi yeghli wagus - Pour ceux qui s’avilissent
    Ur yelli udabu yerzen -Y’a pas de tyran qui se brise
    S ugusim akw d lherqus -Par du grimage et du fard

    (Extrait de « Timenna » (les dits), recueil inédit de poésie de S. Iamrache)

    Evoquant l’artiste Mohand Loukad, un de ses compagnon d’alors, il parle en ces termes : « Le personnage s’est essayé à tous les arts durant sa vie, malheureusement, écourtée par une cruelle maladie qui l’a ravi à l’âge de 53 ans. Musique, chant, théâtre et peinture ont été les premières expressions du personnage dont l’âme semblait être dédiée pleinement à la culture. Mais c’est à travers la sculpture sur bois qu’il a trouvé la plénitude de son art. Les islamistes qui déclarent l’art figuratif haram ont vraisemblablement et involontairement insufflé une raison supplémentaire et une verve inextinguible à Saïd Iamrache pour ce créneau. Car l’artiste était partie prenante intégrale de la lutte contre l’obscurantisme qui a déferlé sur l’Algérie. Une fois sa voie trouvée, Saïd a fait de la sculpture sur bois un sacerdoce et là où les islamistes voyaient en chaque arbre un fardeau de cercueils (pour paraphraser Tahar Djaout), lui voyait en chaque branche d’olivier une œuvre artistique en devenir. » Said Iamrache a marqué ceux qui l’ont approcher d’abord par son engagement sans complaisance ni faille ensuite par son effacement, sa modestie. Il n’était pas de ceux qui aimaient les feux de la rampe, les apparitions tonitruantes et les discours creux. Il a préféré la solitude féconde de son village Imaloussen à la stérilisante fréquentation des aréopages pseudo intellectuels. La discrétion était son credo et elle l’a accompagné jusqu’à la mort. Quelques heures avant sa mort, Rezki Issiakhem lui demanda : « Said, je descends à Tizi Ouzou, as-tu besoin de quelque chose ? » Et Iamrache lui rétorqua de façon prémonitoire : « quand tu reviendras Rezki, j’aurai déjà rejoins le royaume des oiseaux. » Et il en fut ainsi pour « le roi des trépanés.» C’était le 27 décembre 1999 qu’ il est parti « rejoindre le royaume des oiseaux » avec la même discrétion qui l’a caractérisée tout le long de son vécu. « Guerre ou cancer du sang, chacun sa mort », écrivait Kateb Yacine en hommage à Frantz Fanon, Mouloud Feraoun et Jean Amrouche avant de conclure : « Mourir ainsi, c’est vivre ». En 1990, témoigne l’association culturelle « Tusna » de la commune de Timizart, il créa avec des jeunes de sa commune l’association culturelle qui porte le nom du grand cavalier poète Youcef Oukaci.

    Jusqu’en 1993, Said présida ladite association en créant une autre dénommée « Tigmi » à l’université de Tizi-Ouzou. Son militantisme le conduira aussi à occuper des fonctions en tant qu’élu à l’APC de Timizart en 1990. A partir de 1994, il se retira du mouvement associatif et politique pour consacrer son temps à l’art et à l’écriture ». Said Iamrache reste pour tous ceux qui l’ont connu une icône du combat identitaire et de « la famille qui avance » inexorablement vers la lumière en tenant tête avec ténacité à l’obscurantisme. Il est mort le 27 décembre 1999.

    Sadek A.H- La Dépêche de Kabylie
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