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Les premiers effets de la crise sur l'économie marocaine

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  • Les premiers effets de la crise sur l'économie marocaine

    «La crise est là, ça saute aux yeux». L'affirmation de Rachid Tahiri, président de l'Association des Freight Forwarders du Maroc (AFFM), coupe avec la position officielle martelée depuis le déclenchement de la crise financière internationale. Celle-ci voulait que le Maroc soit parmi les rares pays à l'écart de ses effets récessionnistes.

    Mais les opérateurs ne l'entendent pas de cette oreille. «Nous commençons à sentir le ralentissement des économies européennes. Il y a baisse effective des commandes et plusieurs entreprises de composants automobiles notamment ont commencé à réduire leur temps de travail et même leurs effectifs temporaires», précise Adil Raiss, président de l'Association de la zone industrielle de Tanger (Azit).

    Pour la zone tangéroise, les effets de la crise sont davantage cristallisés par l'immobilisation de 40% des capacités de production suite aux intempéries. «Nous ne sommes pas totalement remis de ces catastrophes naturelles», affirme Raiss. D'autres sous-traitants sur la zone industrielle de Ain Sbaâ «entament des arrêts ponctuels de production. Mais ce serait en préparation de fermetures définitives», affirme un autre opérateur. Si le système financier a été jusque-là immunisé, c'est désormais au niveau de l'économie réelle que l'on voit apparaître les répercussions de la crise financière internationale.

    Premier secteur touché, l'automobile. Le Maroc compte plusieurs fabricants de composants pour le compte d'assembleurs internationaux. «La baisse de la production dans ce secteur est de 20 à 40%», selon Raiss. C'est une conséquence directe des révisions des objectifs de ventes des donneurs d'ordre mondiaux. Ces derniers annoncent des fermetures d'usines en série et se voient obligés de brader leurs produits, haut de gamme notamment, pour limiter la casse. Aux Etats-Unis, les Big Three de l'automobile (Ford, General Motors et Chrysler) ont sollicité la protection de la loi sur les faillites demandant un plan de sauvetage de 25 milliards de dollars. En France, Renault et Peugeot ferment temporairement des usines aussi bien dans l'Hexagone qu'à l'étranger. Pour exemple, Dacia, la filiale de Renault et fabricant de la fameuse Logan, interrompt du 20 novembre au 7 décembre sa production en Roumanie à cause de «la chute brutale des marchés automobiles», selon un communiqué de la compagnie.

    «Je l'ai depuis toujours affirmé: nous ne vivons pas sur une île isolée. Notre économie subira nécessairement les effets de la crise internationale», insiste Réda Chami, ministre de l'Industrie et du Commerce. «Il y a effectivement baisse de l'activité de l'ordre de 10 à 15% chez les équipementiers, mais je pense qu'ils ont les moyens de faire face à ces turbulences», assure-t-il. Pour les éventuelles fermetures d'usines, le ministre qualifie d'«excessives» de telles projections. D'autre part, Chami reprend le discours «positive attitude» qui a jusqu'ici animé la communication gouvernementale. «La crise actuelle présente des opportunités considérables pour l'économie du pays. Les donneurs d'ordre internationaux seront de plus en plus amenés à réaliser des économies sur les coûts de production. Le Maroc peut tirer son épingle du jeu à condition de mener à bout les chantiers en cours», martèle-t-il.

    En attendant, des secteurs voient la crise frapper à leurs portes. La confection et textile en est un. Le secteur vit le même ralentissement que dans l'automobile bien que les effets de la crise se soient manifestés très tôt en 2008. Déjà dans notre édition du 10 juillet 2008, nous affirmions que le spectre d'une nouvelle crise planait sur le secteur en faisant le lien avec la crise des subprimes. Selon Adil Raïss, «la baisse de production des entreprises textiles tangéroises est comprise entre 10 et 25%».

    Le transport international routier (TIR) qui est fournisseur de ces secteurs «a, quant à lui, vu son activité baisser de 40%», affirme Tahiri qui est aussi vice-président de l'Association marocaine des transports internationaux routiers (AMTRI). Ce dernier note «une baisse sévère de la demande sur le transport pour importer d'Europe». «L'import en provenance de l'Extrême-Orient, Chine en particulier, semble être moins touché. Mais, précise-t-il, ce sont des commandes qui ont été passées avant le déclenchement de la crise». «Et même pour ces marchandises, des quantités de plus en plus importantes hibernent dans les entrepôts sous douane», précise Tahiri. Une telle attitude est pour le moins contradictoire avec le constat d'une demande intérieure toujours aussi vigoureuse et encore largement insatisfaite sur certains segments. «Les opérateurs sont dans une phase d'observation, voire d'appréhension par rapport au futur. Cela les pousse à éviter la constitution de stocks trop importants en achetant à petites quantités», explique le président de l'AFFM. Conséquences: baisse généralisée de la demande adressée aux affréteurs et développement du transport par camion au détriment du transport conteneurisé. Pour le transport routier national, la situation n'est guère meilleure. «On s'attend à ce qu'il y ait des défaillances au niveau des entreprises de notre secteur», affirme Abdelilah Hifdi, président de la Fédération du transport, affiliée à la CGEM. Ce dernier dit assister à une baisse tendancielle de son activité. En l'espace d'un mois, «son chiffre d'affaires a perdu le tiers». Octobre et surtout novembre, deux mois particulièrement inquiétants. «2009 sera pire», prédit Hifdi.

    Rachid Hadi, directeur d'exploitation de Marsa Maroc au port de Casablanca, n'est pas aussi inquiet. «Il y a un petit fléchissement du trafic pour le mois de novembre qui est de l'ordre de 8%». «Un retard éventuellement rattrapable d'ici à la fin du mois», atténue-t-il. Mais une chose est sûre, le port de Casablanca fera nettement moins bien en 2008 qu'en 2007. «La croissance ne sera que de 12 à 13% globalement en 2008 contre 20% en 2007», affirme Hadi. «La baisse n'est pas tant liée à la crise financière qu'au fait que 2007 était une année exceptionnelle», explique-t-il. Mais tout indiquait que 2008 allait être une année encore plus exceptionnelle. Entre avril et juillet, des records ont été battus. «Au mois de juillet, la croissance du trafic était de 30%», selon les chiffres de Marsa Maroc. On est donc tombé de haut. La crise y est forcément pour quelque chose.

    L' économiste
    "Ce qui est à moi, est à moi, ce qui est à vous est négociable."
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