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« Bank of Colombian Cocaine Industry » : l’affaire BCCI

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  • « Bank of Colombian Cocaine Industry » : l’affaire BCCI

    Banque pakistanaise, elle était juste à côté du Drugstore Publicis vers l'Arc de Triomphe, qui se souvient de cette affaire dont on a parlé vaguement.
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    Ernest Backes et Denis Robert ont publié un livre sur l’un des plus grands scandales financiers de l’histoire. L’affaire BCCI. Dans ce scandale sont impliqués des émirs du Golfe, dont l’ami du Président algérien Cheikh Zayad Ben Soltane Al Nahyane.


    C’est par un mariage en apparence anodin, celui de Kathleen Erickson et Robert Musella, que débute, le 9 octobre 1988, le scandale de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI). La cérémonie doit se tenir au Golf Club de Tarpon Springs, en Floride. Les cent soixante-quinze convives sont pour beaucoup des « relations d’affaires » du jeune couple : financiers blanchisseurs d’argent sale et trafiquants internationaux de stupéfiants. A leur sortie de l’aéroport de Tampa - une ville de Floride où s’active l’une des succursales de la BCCI -, les hôtes de marque de Kathleen et Robert embarquent dans des limousines mises à leur disposition. Mais en guise du luxueux Golf Club, les véhiculent arrêtent leur course dans le parking souterrain du palais de justice, où les attendent plusieurs agents de la Drug Enforcement Administration (DEA), la police des drogues américaine. Outre quelque menu fretin lié au trafic international de stupéfiants, le coup de filet de la DEA lui permet surtout de « remonter » plusieurs responsables des agences de la BCCI aux USA et à Panama, ainsi que le directeur de la succursale parisienne.

    Car les deux futurs mariés sont en réalité des agents des douanes américaines. Depuis deux ans, ils ont infiltré le réseau financier du cartel de Medellin et simulé des opérations de blanchiment d’argent sale par l’entremise - et avec la complicité - de la nébuleuse BCCI. Injectant des millions de narcodollars dans les circuits internationaux au su des responsables de la banque, ils ont pu observer le cheminement du blanchiment. Le faux mariage du 9 octobre 1988 marque le jour de la moisson pour les services américains et le début de la fin pour le sulfureux établissement bancaire - dont certains ont déjà détourné le sigle en « Bank of Colombian Cocaine Industry » (la Banque de l’industrie de la cocaïne colombienne). A partir de Tampa, plusieurs enquêtes menées aux USA et en Angleterre permettront d’établir que la BCCI était devenue, au cours des années 1980, une véritable manufacture du blanchiment d’argent d’origine illicite.

    De la fraude au blanchiment

    C’est en 1972 que le financier pakistanais Agha Hasan Abedi fonde la Bank of Credit and Commerce International [1] . Bénéficiant du parrainage de l’émir d’Abu Dhabi, cheikh Zayed ben Sultan Al-Nahyan, qui place le jeune établissement bancaire sous perfusion de pétrodollars, son ambitieux président-fondateur souhaite faire de la BCCI la première banque musulmane au monde. Grâce à ses puissants appuis dans le golfe Persique, elle connaîtra une croissance fulgurante. En 1973, la banque dispose de 19 succursales dans 5 pays ; à peine quatre ans plus tard, elle est passée à 146 succursales dans 43 pays. A la fin des années 1980, le holding luxembourgeois, qui regroupe 29 banques et compagnies financières, est à la tête d’un empire de 400 agences et filiales dans 73 pays, et prétend disposer de 20 milliards de dollars de dépôts. Un développement spectaculaire. BCCI SA, BCCI Holdings et BCCI Overseas [2] cherche à attirer les dépôts de clients basés dans le monde entier, sur la foi de déclarations mensongères relatives à l’identité des propriétaires du groupe - dont on affirme qu’ils soutiendront la banque contre vents et marées [3] - et au montant de ses fonds propres.

    Le groupe est sous-capitalisé, il n’est soumis au contrôle d’aucune banque centrale, et ne dispose donc pas d’un « prêteur en dernier ressort ». Cela ne l’empêchera pas de consentir des crédits répétés aux amis de ses actionnaires, prêts qui, dans de nombreux cas, ne seront pas recouvrés. L’entreprise frauduleuse survivra au prix d’une fuite en avant marquée par la reprise en sous-main d’autres établissements bancaires dont on utilisera l’argent des déposants. Du fait de son faible capital social, le groupe BCCI est en permanence à la recherche d’argent frais, sous forme de dépôts. La corruption multidirectionnelle pratiquée par les responsables du holding permettra, durant un certain temps, de tenir les curieux éloignés de sa comptabilité.

    Au début des années 1980, les dirigeants de la « Banque du Tiers Monde » croisent la route du Colombien Pablo Escobar, numéro un du cartel de Medellin. Celui-ci croule littéralement sous la masse des bénéfices engrangés (en cash) grâce au commerce de la cocaïne, et doit absolument trouver une solution efficace pour recycler cet argent. La BCCI, de son côté, est à la recherche de liquidités. La banque pakistanaise va donc relever le défi : au fil des ans, elle détournera l’ensemble des techniques financières existantes au profit d’opérations de recyclage des narcodollars colombiens. Pablo Escobar n’en sera pas le seul bénéficiaire La Bank of Credit and Commerce International compte en effet dans sa clientèle une belle brochette de dictateurs : le Panaméen Manuel Noriega, titulaire de 9 comptes ; le Philippin Ferdinand Marcos ; le Haïtien « Bébé Doc » ou encore l’Irakien Saddam Hussein. La BCCI entretient aussi des relations fructueuses avec le marchand d’armes saoudien Adnan Kashoggi, l’OLP de Yasser Arafat, le terroriste dissident de l’OLP Abou Nidal, le Mossad, les gouvernements chinois, argentin, libyen, saoudien, syrien, péruvien Beau linge !

    Les services secrets américains, pour leur part, ont utilisé les services de la banque d’Abedi pour faciliter le financement de la Contra nicaraguayenne [4] ; ils ont opéré des ventes d’armes à l’Irak, à l’Iran ou aux Moudjahidin afghans en lutte contre l’Armée rouge Des affaires, on le comprendra quelques années plus tard, qui n’étaient pas si éloignées que ça. « L’Irangate » et le « Contragate », par exemple, ne constituaient que les deux faces d’une même médaille. Les ventes d’armes à l’Iran permettaient, en effet, à Washington de financer la contre-révolution au Nicaragua.

    D’un côté, à partir de 1984, l’Administration américaine a vendu des armes à l’Iran, alors qu’officiellement elle cherchait justement à l’époque à en dissuader ses alliés. La relation « adultère » entre Washington et le régime des mollahs s’était établie avant même l’arrivée de Reagan à la Maison-Blanche, au moment de la libération « différée » par l’Iran des otages retenus à l’ambassade américaine à Téhéran, en 1979-80. Ce deal cynique passé par le tandem Ronald Reagan-George Bush, baptisé « October Surprise », prévoyait que les Iraniens attendraient l’issue de l’élection présidentielle de 1980 avant de relâcher leurs otages, ceci afin d’empêcher le Président sortant, le démocrate Jimmy Carter, de bénéficier des retombées d’une libération « prématurée ». De l’autre côté, Washington a soutenu la Contra nicaraguayenne dans sa lutte contre le gouvernement sandiniste de Daniel Ortega [5], en violation flagrante des différents amendements Bolland, adoptés entre 1982 et 1985. Les bénéfices engrangés grâce au trafic d’armes avec Téhéran (d’abord assuré par l’intermédiaire d’Israël, puis directement par les services US) ont été réinjectés dans les caisses de la Contra, mais aussi des Moudjahidin afghans ou de l’Unita angolaise.

    « L’Iran-Contragate » sera révélé en 1986, après qu’un avion américain bourré de matériel destiné à la Contra s’est écrasé au Nicaragua. On fera sauter quelques « fusibles » (en premier lieu Oliver North, coordinateur de l’opération), permettant à Ronald Reagan d’éviter la triste fin qu’avait expérimentée Richard Nixon après le Watergate. Une commission d’enquête sera saisie, mais le gouvernement républicain parviendra à survivre au scandale. Mouillé dans « October Surprise » comme dans l’« Irangate », l’ancien directeur de la CIA George Bush, vice-président de Ronald Reagan pendant huit ans, sera élu Président des Etats-Unis en 1988.

    La suite...
    http://www.confidentiel.net/article....e=0#sommaire_1
    L'Homme s'obstine à inventer l'Enfer dans un monde paradisiaque. Jacques Massacrier
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