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Comment le Kazakhstan est devenu en 30 ans l'autre pays des miracles économiques

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  • Comment le Kazakhstan est devenu en 30 ans l'autre pays des miracles économiques

    Le 16 décembre, le Kazakhstan célébrait le 30e anniversaire de son indépendance, occasion de faire un point sur cette ancienne République soviétique devenue un État indépendant. Dans quelle situation géopolitique se situe-t-il aujourd'hui, et quelles sont les voies qui s'ouvrent à lui ? Questions essentielles pour un pays carrefour entre la Chine et la Russie. Par Gérard Vespierre président de Strategic Conseils.

    Avant d'aborder ces thèmes de réflexion, il est nécessaire de présenter quelques données sur ce pays lointain, mais dont nous ne sommes séparés que par 4.750 km. Sa population, proche de 19 millions d'habitants, se trouve « confortablement » répartie sur 2,725 millions de km².

    La dislocation de l'Union Soviétique a conduit une partie de la population russe, qui y habitait, à retourner en Russie. Actuellement, elle représente moins de 20% des habitants. Les 70% de la population kazakh ont donc véritablement leur destin en mains.

    Depuis 1957, ce pays a été très présent grâce à l'association de son nom au prestigieux site de lancement de fusées de Baïkonour. Kazakhstan était-il toujours précisé! Le premier satellite créé par l'homme, Spoutnik, y a été lancé, de même que Youri Gagarine, premier homme mis en orbite autour de la terre, et la station Mir, ainsi que des centaines de satellites soviétiques. Ce centre spatial reste encore essentiel pour la Russie qui, depuis l'indépendance du Kazakhstan, en loue l'emplacement au gouvernement kazakh.

    Depuis cette présence, en demi-teinte dans l'Histoire, quel chemin le Kazakhstan a-t-il suivi en 30 ans d'indépendance ? La réponse la plus rapide consisterait à reprendre la citation, récente, d'un de ses ambassadeurs : « La décharge de l'URSS s'est transformée en Suisse de l'Asie Centrale ». Formule choc, donc excessive, mais qui offre le grand mérite de mettre en avant le thème de la transformation entreprise par le pays. Quels ont donc été les outils de cet essor ?

    Le développement du pays par l'exploitation du sous-sol

    Le Kazakhstan s'enorgueillit, dit-on, de posséder dans son sol « 99 des 100 éléments » répertoriés dans le célèbre tableau de Mendeleïev, listant tous les éléments chimiques terrestres. Ce trait d'humour résume le potentiel de ressources du pays, à commencer par le domaine énergétique.

    Le pays bénéficie de 75% des ressources de la mer Caspienne. La production de pétrole a donc pu régulièrement être développée pour atteindre 1,7 million de barils par jour (mbj) en 2009 et 2 mbj en 2020. Le pays se place ainsi à une très bonne 13e place des producteurs dans le monde. Depuis 2016, il a rejoint l'organisation de l'OPEP+.

    La même opportunité et stratégie a été appliquée dans le domaine gazier. Depuis l'indépendance, la production gazière a été multipliée par 2,5 et s'approche des 60 milliards de m3 par an. Le pays se place au 30e rang des producteurs, mais se classe au 15e rang mondial par ses réserves.

    80% de la production énergétique est exportée. Mais son enclavement terrestre limite ses capacités d'autonomie d'exportation.

    Ce développement des ressources énergétiques est clairement le fruit des accords passés avec les grandes compagnies occidentales, américaines et européennes, et illustre l'ouverture internationale voulue par les autorités. Le Kazakhstan complète sa forte présence dans les énergies fossiles en se classant au 8e rang mondial pour ses réserves en charbon.

    Mais son potentiel minier le place également dans le domaine nucléaire, puisqu'il se place au 1er rang mondial des pays producteurs d'uranium, et 2e par ses réserves! Ce potentiel lui permet d'envisager la production d'uranium enrichi, selon une technique fournie par Framatome. Cette étape lui permettrait de fournir ses propres centrales nucléaires, en projet avec le russe Rosatom.

    Cette richesse a permis au pays de dépasser les 10.000 dollars de PIB par habitant, au même niveau que la Chine, et de compter moins de 3% de sa population sous le seuil de pauvreté.

    Devant ce panorama, on comprend mieux l'objectif de ce pays, de moins de 20 millions d'habitants, de figurer parmi les 30 premières puissances mondiales d'ici 2050...

    Une stratégie de développement très réfléchie

    Avant de quitter le pouvoir en 2019, le président Nursultan Nazarbayev avait lancé la 3e vague de modernisation de l'économie kazakh. Cette nouvelle étape a été intitulée « Initiative technologique nationale du Kazakhstan ». Elle traduit la volonté d'accélérer la transformation du pays vers l'ère « post énergie fossile », à l'image de la stratégie saoudienne et du plan « Vision 2030 » de Riyad. D'ici l'année 2025, cette modernisation est destinée à accélérer la croissance en s'appuyant sur la révolution digitale.

    L'une des priorités est d'accélérer le renouvellement de l'économie en créant de nouvelles industries basées sur les technologies numériques. Ces nouvelles activités concernent l'impression 3D, le commerce électronique, le « mobile banking » et les services numériques dans la santé et l'éducation.

    L'État Kazakh souhaite également minimiser sa participation dans l'économie, en développant le partenariat public-privé, et en allégeant les charges et les contraintes pesant sur le secteur privé. Autre expression de l'ouverture voulue par le pouvoir politique. Cette évolution économique accompagne une stratégie diplomatique d'équilibre.

    Une diplomatie au centre de l'échiquier

    Si le Kazakhstan a été la dernière des 15 Républiques de l'Union Soviétique à déclarer son indépendance le 16 décembre 1991, il a su exprimer rapidement son autonomie en adhérant au partenariat pour la paix (PPP) de l'OTAN, en mai 1994.

    Les 20 ans de cette adhésion ont été célébrés par la venue à Astana d'une délégation de l'OTAN en octobre 2014. Elle y a naturellement rencontré des représentants des ministères kazakhes concernés, Affaires étrangères, Défense, Situations d'urgences.

    Au préalable, peu après son indépendance, elle avait adhéré en 1992 à l'OSCE, l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. Elle regroupe 56 pays d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Nord, et elle reste la seule organisation internationale dans cette configuration géopolitique. Le Kazakhstan devint en 2010 le premier pays, post-soviétique, d'Asie Centrale et musulman à en assumer la présidence pour une année.

    Vis-à-vis de la Russie, le Kazakhstan a naturellement rejoint la CEI, Communauté des États Indépendants, qui regroupe actuellement 9 des 15 États ayant fait partie de l'URSS. De même, elle a intégré l'Organisation du Traité de Sécurité collective, pendant militaire et sécuritaire de la CEI à sa création en 1992. Mais de nouvelles perspectives d'action et de coopération se dessinent.

    Les nouveaux chemins

    L'actualité récente à mis l'Asie Centrale sur le devant de la scène avec l'arrivée au pouvoir des Taliban à Kaboul. Le Kazakhstan n'est certes pas un voisin direct mais il a une frontière commune avec trois pays voisins directs de l'Afghanistan.

    D'un point de vue régional, culturel et religieux, et compte-tenu de ses moyens financiers, le Kazakhstan a sans nul doute un rôle important à jouer, en contribuant par son influence à raisonner Kaboul et ses dirigeants. De participant aux réunions internationales sur l'Afghanistan, le Kazakhstan pourrait très bien lui-même, en assurant le leadership de ces rencontres, promouvoir des échanges autour des seuls pays de l'Asie Centrale.

    Les nouveaux chemins devraient passer davantage par la France. L'Agence française de développement (AFD) a signé avec le ministère de l'Economie du Kazakhstan, le 21 mai 2021, un accord de coopération mutuelle. La signature s'est déroulée en présence de Franck Riester, ministre français délégué au Commerce extérieur.

    Comme l'a précisé Vincent Caupin, directeur régional de l'AFD : « La France veut accompagner les autorités kazakhstanaises dans leur politique favorisant le bien-être des populations, tout en préservant l'environnement ». Les projets sont donc particulièrement centrés autour des secteurs industriels et agricoles ciblant la vie des populations, à travers l'hydro-électricité, l'approvisionnement en eau, l'assainissement, et l'irrigation.

    L'Union européenne (UE) va également renforcer ces nouveaux chemins, à travers l'accord de coopération qu'elle a signé avec le Kazakhstan, et qui est entré en vigueur en mars 2020. L'UE est devenue le premier partenaire commercial du pays, et ce dernier est le premier partenaire de l'UE en Asie Centrale. Le total des échanges commerciaux entre les deux signataires s'est élevé à 18,6 milliards de dollars en 2020.

    Ces développements économiques, significatifs, et le rapprochement avec l'UE doivent aussi aller de pair avec un développement de la démocratie et du droit dans le pays. L'UE souligne l'importance d'obtenir dans ces domaines des résultats tangibles, en évoquant, entre autres, la liberté d'expression, l'indépendance des avocats, la liberté de réunion et d'association, y compris pour les syndicats.

    De nouvelles générations politiques n'arriveront-elles pas au pouvoir au fil des prochaines années ? N'y aura-t-il pas là l'occasion de poursuivre et d'accélérer le chemin du développement démocratique, en parallèle du chemin économique ?

    Depuis presque 20 ans, le Kazakhstan avait fait entrer en vigueur un moratoire sur la peine de mort. Le 2 janvier 2021, il vient officiellement d'abolir cette peine. Les étapes se succèdent donc favorablement.

    Par sa richesse en ressources naturelles, énergétiques et minières, et sa proximité géographique avec l'UE, deuxième zone économique mondiale, le Kazakhstan se situe à un extraordinaires carrefour d'opportunités de progrès. Le chemin parcouru depuis 30 ans lui donne toute possibilité de devenir vraiment « l'autre pays des miracles économiques ».

    Gérard Vespierre
    La Tribune
    L'Homme s'obstine à inventer l'Enfer dans un monde paradisiaque. Jacques Massacrier
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