Thierry Magon de la Villehuchet, cofondateur d'Access International, une société qui a levé des fonds en Europe pour les investir chez Bernard Madoff, s'est suicidé mardi à New York, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

Le financier français, qui était âgé de 65 ans, a été retrouvé mort au 22e étage d'un immeuble de bureaux de Madison Avenue, dans le centre de Manhattan, a déclaré la police.

Il s'était tailladé les veines et a peut-être pris des somnifères après être resté tard à son bureau lundi soir, a indiqué un enquêteur souhaitant rester anonyme, en ajoutant qu'aucune note pouvant expliquer son geste n'avait été retrouvée.

Son décès a été prononcé à 08h00 locales (13h00 GMT), a précisé Ellen Borakove, porte-parole du médecin légiste de la police. Une autopsie sera pratiquée mercredi.

L'homme n'aurait pas résisté à la pression qui a suivi le scandale Madoff, une fraude présumée évaluée à 50 milliards de dollars, précise pour sa part le quotidien français La Tribune, qui a révélé l'information.

"Depuis une semaine, il cherchait nuit et jour le moyen de récupérer la mise (de fonds) de ses investisseurs en menant une action aux Etats-Unis contre des responsables américains", a déclaré un de ses proches, cité par La Tribune.

"Il n'a pas supporté la course à la recherche des responsabilités à laquelle se sont livrés les Européens", a ajouté cette source.

"C'est l'adieu de quelqu'un qui n'avait rien à se reprocher. Il n'a eu de cesse de faire de la performance pour les autres, avec toutes les diligences nécessaires à son métier. La vérité est que tout le monde voulait investir chez Madoff, considéré par tous comme du AAA, c'est-à-dire la sécurité absolue", a ajouté ce proche. AAA fait référence à la note de crédit la plus élevée que délivrent les agences de notation.

PLAINTE CONTRE LA SEC

Dans son édition de lundi, le journal Les Echos soulignait que la société de conseil en investissement Access International Advisors avait été entraînée dans le tourbillon de l'affaire Madoff.

Des spécialistes des fonds spéculatifs, préférant rester anonymes, ont déclaré qu'Access International servait de "feeder fund" ou de "fonds relais" pour Bernard Madoff.

Créée en 2003 par Patrick Littaye et dirigée par Thierry Magon de La Villehuchet, qui avait également dirigé le Crédit lyonnais Securities à New York, cette société comptait plusieurs collaborateurs engagés notamment pour leurs carnets d'adresses dans le gotha mondain et princier, ajoutait les Echos.

En mars 2007, elle avait déposé les statuts d'Access Partners au Luxembourg, une société anonyme au capital de 370.000 euros (3.700 actions).

Selon le New York Daily News, Access, qui n'a pu être jointe dans l'immédiat, pourrait avoir été exposée à hauteur de 1,4 milliard de dollars.

Figure de Wall Street, ancien patron du marché Nasdaq, Bernard Madoff, qui est âgé de 70 ans, a été inculpé pour avoir organisé une fraude géante via sa société de conseil en investissements. Il a été assigné à résidence à son domicile de Manhattan.

La fraude affecte des banques, des gestionnaires de fonds et des organisations caritatives. Les enquêteurs épluchent actuellement des piles de documents et conduisent des entretiens pour s'efforcer d'évaluer l'ampleur exacte des pertes et déterminer d'éventuelles complicités.

Une retraitée new-yorkaise, Phyllis Molchatsky, qui avait versé deux millions de dollars à Madoff, a engagé une action en justice contre le "gendarme des marchés américain", la Securities and Exchange Commission, à qui elle réclame 1,7 million de dollars de dédommagements. C'est la première fois semble-t-il qu'un investisseur s'efforce ainsi de récupérer des sommes auprès de la SEC.

Son avocat a fait valoir mardi que la SEC avait été incapable de protéger les investisseurs. "Elle doit être tenue pour responsable de ces pertes catastrophiques", a déclaré Howard Elisofon, un ancien juriste de la SEC.

Cette dernière n'a pas souhaité faire de commentaire. La tâche de Phyllis Molchatsky s'annonce ardue, estiment les experts, la SEC bénéficiant comme les autres agences gouvernementales d'une tradition d'immunité.

source : Reuters