Israël a repoussé dimanche une proposition de l'Onu visant à créer une commission d'enquête internationale sur son raid contre un bateau turc en route pour Gaza, en affirmant son droit de mener sa propre investigation.

"Nous rejetons une commission internationale. Nous sommes en discussion avec l'administration Obama pour faire en sorte que notre enquête ait lieu", a déclaré Michael Oren, ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, sur la chaîne Fox News.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, avait proposé de créer une commission présidée par l'ex-Premier ministre néo-zélandais Geoffrey Palmer et comprenant des représentants d'Israël, des Etats-Unis et de la Turquie, indiquait plus tôt un responsable israélien à Jérusalem.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'est entretenu de cette proposition samedi par téléphone avec Ban, mais il a déclaré dimanche à des ministres de son parti, le Likoud, que l'Etat hébreu étudiait d'autres possibilités, indique-t-on de sources politiques.

Ces derniers jours, des dirigeants du pays ont avancé publiquement l'idée d'une enquête israélienne à laquelle participeraient des observateurs étrangers.

ANKARA VEUT UNE ENQUÊTE INDÉPENDANTE

Neuf Turcs ont été tués le 31 mai sur le "Mavi-Marmara", principal bateau d'une "flottille de la liberté" composée de six navires, dont l'abordage dans les eaux internationales par des commandos israéliens a soulevé un tollé international. Israël a fait valoir que ses soldats avaient fait feu en état de légitime défense après avoir été attaqués par des activistes pro-palestiniens armés de bâtons et d'armes blanches.

La flottille tentait de forcer le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, enclave contrôlée par les islamistes du Hamas qui s'opposent aux efforts de paix israélo-palestiniens.

"Israël est un Etat démocratique. Israël a la capacité et le droit d'enquêter par lui-même, de n'être un objet d'enquête pour aucune commission internationale", a dit l'ambassadeur Oren.

Ban a aussi consulté le Premier ministre turc Tayyip Erdogan sur des "options pour avancer dans l'enquête réclamée par le Conseil de sécurité", selon le site internet de l'Onu.

Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a déclaré sur CNN qu'Ankara insisterait pour la mise en place d'une commission indépendante, en laissant entendre que le rejet israélien d'une enquête internationale montrait que l'Etat juif voulait dissimuler les faits précis du raid.

"Nous voulons connaître les faits. Si Israël refuse, (...) c'est une preuve supplémentaire de sa culpabilité. Ils ne sont pas assez sûrs d'eux pour affronter les faits", a-t-il dit.

Samedi, un autre navire, le Rachel-Corrie, a aussi tenté de forcer le blocus de Gaza. L'armée israélienne est intervenue à bord sans incident, et le bateau a été dérouté vers le port israélien d'Ashdod. Ses 19 passagers et membres d'équipage ont accepté d'être expulsés d'Israël ce dimanche.

PHOTOS DU MAVI MARMARA

"Je souhaite rendre hommage à l'équipage du 'Rachel-Corrie', qui a démontré sans ambiguïté ses intentions pacifiques", a dit le ministre irlandais des Affaires étrangères, Micheal Martin, à la radio publique RTE.

Un responsable israélien a dit que son pays tenait à déterminer si la Turquie avait effectivement parrainé le "Mavi- Marmara", sur lequel les militaires israéliens semblent avoir été surpris par la résistance qu'ils rencontraient. Sept militaires israéliens ont été blessés sur le bateau turc.

Au début du conseil des ministres hebdomadaire, Netanyahu a dit qu'un groupe d'"extrémistes violents" était monté séparément à bord de ce bateau avec l'intention d'en découdre.

Sur des photos prises sur le "Mavi-Marmara" et que Reuters s'est procurées dimanche, on voit des soldats israéliens qui saignent et se recroquevillent, entourés d'activistes. Elles ont été prises par un membre de la fondation turque IHH, qui avait organisé le convoi, a dit son porte-parole Salih Bilici.

Les autorités israéliennes ont confisqué les appareils photo des activistes et effacé les cartes mémoire, mais l'IHH a pu récupérer des photos sur un appareil à l'aide d'un logiciel spécial, a précisé Bilici. Il n'y a pas de photos de scènes de violence directes, mais on voit sur beaucoup d'entre elles des flaques ou des traces de sang sur le pont et sur les murs.

John Kerry, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, a déclaré dimanche sur la chaîne ABC qu'il était dans l'intérêt d'Israël de "traiter de façon plus efficace la situation à Gaza".

Israël est en droit de veiller à ce que l'on n'achemine pas d'armes à Gaza, mais trop de confusion entoure les produits qui sont autorisés à y entrer, a-t-il dit. "Dans les prochains jours, il faut établir une liste de ce qui ne peut pas entrer."

source : Reuters