C'est toujours avec nostalgie que les Israéliens pensent à leur ancien premier ministre, hospitalisé il y a deux ans.


Plongé dans le coma depuis deux ans, l'ancien premier ministre, Ariel Sharon, «fête» aujourd'hui son 80e anniversaire dans son lit d'hôpital avec à son chevet sa famille réunie. Mais aucune célébration officielle n'est prévue, bien que l'ancien général au parcours controversé continue de susciter la nostalgie en Israël.

Balayé de la scène politique par une hémorragie cérébrale en janvier 2006, Sharon est alimenté par une sonde et son activité cérébrale est très limitée. Celui qui était surnommé le «bulldozer» respire sans assistance, son cœur fonctionne normalement et il réagit périodiquement aux voix de ses proches. «Il n'est pas dans un coma profond et réagit à certains stimuli», précise le centre médical Sheba de l'hôpital Tel-Hashomer. Cependant, aucun médecin ne se risquerait à pronostiquer un réveil. «Je n'ai pas la moindre idée de ses chances de sortir un jour du coma. Personne ne pourra vous donner un avis pertinent. C'est impossible à prédire», affirme le professeur Israël Steiner, chef du service de neurologie de l'hôpital Hadassah, qui avait examiné Ariel Sharon en janvier 2006. Il n'est pas question de le «débrancher», les rabbins israéliens étant fermement opposés à l'euthanasie.

Ses deux fils et sa proche famille se relaient jour et nuit à ses côtés, pour le stimuler. Et continuent d'espérer un miracle. «Mon père suit du regard les personnes qui entrent dans sa chambre. Il regarde la télévision, avec une préférence pour la chaîne National Geographic», a confié son fils aîné Omri. Il apprécierait particulièrement les documentaires animaliers. Ses proches continuent aussi de lui faire écouter des morceaux de Mozart, son compositeur favori.


«Le dernier des Mohicans»

Le climat est d'autant plus morose qu'Omri Sharon doit commencer à purger dès demain une peine de sept mois de prison ferme pour une affaire de violation de la loi sur le financement des campagnes électorales. Il a déposé une demande de grâce ou de commutation de sa peine, pour «raisons humanitaires», auprès du président israélien, Shimon Pérès.

Considéré comme le père des colons, Sharon avait opéré un revirement spectaculaire en faisant évacuer les implantations juives de la bande de Gaza en juin 2005. Les conditions de ce retrait unilatéral avaient affaibli le camp des modérés, en renforçant le Hamas. Cependant, il continue de susciter la nostalgie parmi les Israéliens, principalement en raison des échecs de son successeur, l'actuel premier ministre Ehoud Olmert, dans la conduite de la guerre du Liban en 2006. «Arik était le dernier des Mohicans, confie son ancien conseiller, Dov Weissglas. Il avait apporté une contribution héroïque à toutes les guerres de la nation. Il était le seul qui pouvait dire : vous vouliez Eretz Israël (le Grand Israël de la Bible, NDLR). Moi aussi je l'ai voulu. Mais c'était un rêve.»

LE FIGARO