Tout comme Amar Ezzahi, Mohamed El-Badji est une personnalité à part dans le monde musical algérien. On le surnomme affectueusement «Khouya El- Baz», car tout le monde le considère comme son propre frère.

L’auteur de Y a el meqnine ezzine a quitté définitivement tous ses frères il y a sept années.

Avec sa voix grave et légèrement enrouée, il aurait pu chanter le blues. Mais El- Badji l’Algérien a choisi le chaâbi. Ce grand poète, compositeur, musicien et chanteur aime la mer. C’est d’ailleurs la mer qui lui inspira Ya bahr ettoufane, une de ses plus célèbres chansons, écrite dans les années 1970. Mohamed El-Badji surnommé a été, avant l’indépendance, un militant de la cause nationale. Arrêté durant la grève des huit jours en 1957, il sera condamné à mort et ne sera libéré qu’en 1962.

C’est à la prison de Serkadji qu’il a écrit une autre mélancolique et tout aussi célèbre chanson, Ya el-meqnine ezzine dans laquelle il raconte la tristesse d’un «beau chardonneret, dans une cage depuis plusieurs années». Ce poète épris de liberté et privé d’elle arrive à la conclusion que même si c’est un palais doré, une prison reste toujours une prison. Après l’indépendance, El-Badji va écrire sa première chanson, intitulée Had el-khatem ouin hiya moulatou?pour El-Hadj M’hamed El-Anka. Il écrira, d’ailleurs, pour d’autres grands interprètes du chaâbi comme Amar Ezzahi, Boudjemaâ El-Ankis, Ahcen Saïd ou Aziouz Raïs. Beaucoup ne le savent pas, mais il a également écrit des textes pour Khelifi Ahmed, Rabah Deriassa, Seloua, Fella Ababsa et Faïza El-Djazaïria. Mohamed El-Badji est né le 13 mai 1933 à Alger (sa famille est originaire d’El-Eulma, dans la wilaya de Sétif). Très tôt, il se découvre un don pour la musique. Au sein des Scouts musulmans algériens, il va militer aux côtés de Didouche Mourad.

En parallèle, il va se perfectionner en musique grâce aux conseils de Kaddour Abderahmane dit Cheikh Kanoun. Il lit aussi beaucoup les textes de poètes anciens comme Sidi Lakhdar Benkhelouf, Abdelaziz El- Maghraoui ou, encore, Sidi Kaddour El-Amir. El-Badji est une personnalité à part dans le monde artistique algérien. C’est un homme qui aime le calme et la solitude qu’il va chercher dans une grotte près de la grande bleue à Bouharoun. On dit que Bahr ettoufaneest une sorte d’oraison funèbre à un de ses amis, un marin disparu en mer. El-Badji, décédé le 29 juin 2003, a laissé un grand nombre de chansons chaâbi et autres, dont Ana aândi qualb, El-oualdine, Aâlik el-hana we edhamane et T’hadeth maâk ya qalbi.

Tout comme Mahboub Bati, il a laissé son empreinte dans la chanson chaâbi, qu’il a enrichie de nouvelles créations, ce qui a permis à ce genre musical de ne pas compter uniquement sur les vieilles qacidas datant, parfois, de plusieurs siècles.

Par Le Soir