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Quand musique andalouse rime avec jazz manouche

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  • Quand musique andalouse rime avec jazz manouche

    Concert de Awtar tilimcen et des guitaristes Michel et Milan Randria

    La Tribune
    25/12/2006
    Hassan Gherab


    Le public, manifestement connaisseur dans sa majorité, apprécie à sa juste valeur le spectacle qu'il suivra dans un silence religieux

    Sans être comble, la salle Ibn Zeydoun a fait, samedi dernier, le plein pour la 6ème soirée du 1er Festival international de musique andalouse. Au programme, nouba H'cine qu'interprétera l'association musicale Awtar tilimsen de Tlemcen, comme son nom l'indique, et du jazz manouche avec le duo Michel et Milan Randria, deux guitaristes malgaches. Le présentateur fait son entrée pour donner le programme de la soirée et demander aux spectateurs, en joignant le geste à la parole pour donner l'exemple, d'éteindre leurs téléphones cellulaires.

    Mais bien vite il se départit de son costume pour camper gauchement le rôle d'animateur.

    Car il ne s'en tiendra pas à la présentation et s'essayera à faire dans l'humour et le trait d'esprit On ne s'improvise pas humoriste, au risque d'en faire les frais

    Après les digressions du présentateur, les 14 musiciens-chanteurs, en gandouras immaculées, entrent en scène pour la première partie du spectacle.

    De gauche à droite, trois kouitras, quatre violons, cinq luths, un tar et une derbouka composent l'orchestre de Awtar tilimsen. Le concert s'amorce avec une touchiya, introduction instrumentale qui donne la ligne mélodique de la nouba, admirablement exécutée. Le jeu harmonieux de l'orchestre dénote un long apprentissage et une bonne maîtrise dans l'exécution et l'interprétation. La touche «tlemcénienne» se distingue, mais avec une discrétion qu'appréciera le mélomane averti comme le néophyte tant elle se coule dans le jeu avec une harmonie qui n'a d'égale que sa beauté.

    Le m'çadar lui succède et l'orchestre chante Nassim erroudh fah. Sans transition, les musiciens et chanteurs enchaînent avec le b'taïhi Aachaqtouki min nadhira auquel succédera le derdj Hel li'talaqi min çabil.

    Le public, manifestement connaisseur dans sa majorité, suit l'exécution dans un silence religieux. Car il se trouve des énergumènes n'ayant aucun civisme ou sens de la bienséance qui ne se gênent nullement pour discuter et même rire aux éclats dans l'irrespect total de l'art et d'autrui. Un solo de kouitra, admirable, amorçant un istikhabar, qui n'était pas prévu au programme, forcera l'admiration et imposera le silence aux plus incivils. L'orchestre chante Ya ahla el Andaloussi. L'istikhbar qui sera serti par les solos du violon et du luth, introduit le premier n'çraf, In qarrabou ah. Le tempo soutenu du final reconquiert l'attention générale. C'est une ambiance de fête que les spectateurs entretiennent en battant le rythme des mains. Il y aura même un youyou pour compléter le tableau qui sera clôturé par le deuxième khlass de la nouba.

    Le deuxième n'çraf et le premier khlass, qui était initialement prévus dans l'interprétation de la nouba H'cine, n'ont pas été joués et ont été remplacés par l'istikhbar. Ce qui n'était pour déplaire aux mélomanes, lesquels apprécieront à sa juste valeur la prestation de Awtar tilimsen qu'ils salueront avec force applaudissements.

    Le rideau tombe. Il se relèvera quelques minutes plus tard sur une scène vide. Seules deux chaises, avec une guitare acoustique sur l'une d'elles, occupent l'espace. Le présentateur revient pour annoncer la deuxième partie du spectacle, l'entracte, avec un clin d'oeil insistant au sponsor et, au passage, servir quelques lazzis et quolibets dont on aurait voulu qu'il fasse l'économie. De la musique andalouse on allait passer à un autre style, le jazz manouche avec Michel et Milan Randria. Après avoir grillé une cigarette dans le hall de la salle ou avalé un verre d'eau gazeuse gracieusement offert par le sponsor susmentionné, les spectateurs rejoignent leurs sièges. Les deux guitaristes ne tarderont pas. Le silence se fait pour laisser les cordes parler.

    Dès les premières notes, on comprend ce que sera le reste de la soirée, une savoureuse dégustation, la cerise sur le gâteau. L'arpège encadre joliment les notes langoureuses. C'est toute la beauté de la musique enrichie par une multitude de sons et d'apports, d'Andrès Segovia à Paco De Lucia en passant par tous ces génies de la guitare.

    Le maître incontesté et le père du jazz manouche, Django Reinhardt (1910-1953), sera présent au 2ème morceau. En exprimant son admiration, le public séduit arrache un bis. Si les guitaristes s'étaient à chaque fois pliés aux désirs du public, on y serait encore. Les improvisations sur des standards de jazz et musiques latino, avec une complicité et une harmonie admirables, donneront la plus belle présentation du jazz manouche. Une entame blues qui ne tarde pas à s'ensoleiller avec des airs tziganes, mais tout en gardant son essence, donne un bel échantillon de la richesse de ce style porté par Django.

    Le duo dédiera un morceau à des ami(e)s algériens avant de clore avec la Fiesta espagnole pour un final en fête. Mais c'était sans compter avec le public qui ne l'entend pas de cette oreille et le dit avec une standing-ovation.

    Les «une autre» feront se rasseoir les guitaristes pour un dernier cadeau manouche.
    Le Hirak est une idée et une idée ne meurt pas (الحراك فكرة و الفكرة لن تموت)
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