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Après la Tunisie et l'Egypte, la Libye, la Syrie ou encore le Yémen se soulèvent. Des familles d'origine arabe, habitant la banlieue parisienne, livrent leurs impressions sur ces changements historiques.


Jamais, en France, des événements n'ont suscité une telle attention auprès des familles arabes qui suivent au jour le jour l'actualité à la télévision, sur les chaînes françaises ou sur Al Jazeera. Des discussions naissent au coeur des familles, toutes générations confondues.

"Pour moi, cette révolution est une bonne chose. Les gens revendiquent la démocratie", déclare Samia, 44 ans, Tunisienne, et originaire de Champs-sur-Marne dans le département de la Seine-et-Marne. Son mari, Amar, 48 ans, fait état de la répression qui régnait au sein de son pays: "Si tu ouvrais la bouche, tu allais en prison". Leur fille Sarah, 18 ans, en terminale STG au lycée, se souvient d'une anecdote: "Quand je disais à mes cousines qu'elles avaient un dictateur, elles me réprimandaient en me demandant de ne pas en parler".

Oum Khoulthoum, 77 ans, Marocaine, et originaire de Noisiel (Seine-et-Marne) souligne la volonté d'émancipation des peuples arabes que traduisent ces soulèvements: "Ces manifestations ont montré que les peuples arabes avaient besoin de s'exprimer".

Une offensive contestée en Libye

Hanène a vécu en Algérie durant toute sa jeunesse. Aujourd'hui, cette femme de 35 ans s'interroge sur tous ces morts dans le monde arabe, et pense que le dialogue reste la meilleure solution: "Il faut dialoguer, il faut parler. Des innocents meurent chaque jour". Néanmoins, elle réclame que l'Algérie opère "d'urgence" de profonds changements, notamment en faveur des jeunes "Il n'y a pas de travail pour eux. Pas d'avenir. Il est là, le vrai problème".

Oum Khoulthoum, elle, souhaiterait que le dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, quitte le pays: "Cela fait plus de quarante ans, et il est toujours au pouvoir". Cependant, elle émet des réserves quant à l'offensive de la coalition lancée par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, le 18 mars dernier: "Cette révolution est celle des Arabes. C'est à eux de trouver une solution à la corruption, au chômage et à la misère."

"Tout le monde réclame ses droits"

Samia ne mâche pas ses mots: "Ce sont tous des dictateurs. Bachar el Assad (NDLR: le président de la Syrie) aussi." Amar, lui, espère qu'il y aura une renaissance politique au sein de l'Etat tunisien et de tous les pays arabes: "Il faut un autre esprit, une autre mentalité". De retour de Tunisie, il y a quelques jours, le couple a déjà constaté le changement: "Tout le monde réclame ses droits: les commerces, les sociétés, les journalistes aussi! Les jeunes, maintenant, veulent travailler mais tant qu'un nouveau gouvernement ne sera pas en place, la situation restera difficile".

Pour Samia et sa fille, "ces manifestations doivent continuer". Jusqu'à un certain point tempère Oum Koulthoum: "Au Maroc, on ne peut pas virer le roi".