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Des Sarrasins aux Beurs, une vieille méfiance

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  • Des Sarrasins aux Beurs, une vieille méfiance

    La méfiance du Français "de souche" vis à vis des maghrébins, s'inscrit dans l'histoire ... Les choses sont elles immuables ?


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    Pourquoi cette méfiance tenace d’une partie non négligeable de la population française à l’encontre des Maghrébins qui vivent en France ? Ou, plus généralement, à l’égard des musulmans ? Les gens qui ont quelques connaissances historiques répondront : « Depuis les premières conquêtes coloniales, en 1830. » Les Français qui ont eu Vingt ans dans les Aurès (1) dateront le phénomène de la guerre d’Algérie, à partir de 1954. Les jeunes Beurs des banlieues auront tendance à répondre : « C’est la faute à Le Pen ! » Chaque génération a, spontanément, la sensation que les débats d’idées commencent avec elle. Il lui faut faire un effort pour oublier l’immédiate actualité et remonter le passé afin de retrouver les lointaines racines des phénomènes contemporains.

    On étonnerait beaucoup la masse des Français de cet an 2004 en répondant que le racisme antiarabe remonte… au Moyen Age, aux origines de la Reconquista (2), aux croisades, ou peut-être même avant ! N’est-il pas remarquable que certains éléments constitutifs de la culture historique des Français soient intimement liés à des affrontements avec le monde arabo-musulman ? Dans l’ordre chronologique : Poitiers, Roncevaux, Saint Louis et les Croisades…

    La bataille de Poitiers, en 732 (qui, par parenthèse, semble avoir eu lieu en 733 !). Fabuleux destin ! Le mot de Chateaubriand résume l’une des idées reçues les mieux ancrées de notre épopée nationale : « C’est un des plus grands événements de l’Histoire : les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. » Sous-entendu : ce jour-là, la civilisation a triomphé de la barbarie.

    Et, de fait, la bataille de Poitiers a été présentée à des générations d’écoliers comme constitutive de la nation française. Elle figure, par exemple, parmi les « trente journées qui ont fait la France » de la célèbre collection de Gallimard (3). Charles Martel, qui avait pourtant quelques raids contre des églises sur la conscience, est devenu, dans la mémoire collective, le symbole du rempart de la chrétienté.

    L’image des hordes déchaînées de barbares « mahométans » venant se briser, par vagues, sur les solides défenses franques reste imprégnée dans bien des esprits. Interrogez la plupart des Français qui ont encore quelques souvenirs scolaires : Poitiers en 732 arrive toujours dans le peloton de tête des grandes dates connues, avec le couronnement de Charlemagne en 800, la bataille de Marignan en 1515 ou la prise de la Bastille en 1789. Ce ne peut pas être une coïncidence.

    Durant la guerre d’Algérie, les commandos d’irréductibles de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) prirent le nom de Charles Martel. Plus près de nous, au lendemain du 11 septembre 2001, un journaliste du Figaro, Stéphane Denis, expliquait tranquillement que l’Occident n’avait pas à avoir honte des croisades. Et argument suprême : « Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers (4)]. » Enfin, lors de la dernière élection présidentielle, chacun a pu voir sur les murs des villes « Martel 732, Le Pen 2002 ».

    L’histoire manipulée

    Pourtant, des études historiques qui font autorité s’accordent à réduire la portée de la bataille. La conquête arabe a été une réalité. Mais le raid sur Poitiers visait surtout à piller Tours et les richesses de l’abbaye Saint-Martin. Attaque puissante. Mais sans but de conquête territoriale, sans ambition de domination politique durable. L’historien Henri Pirenne écrit à ce propos : « Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable (5). » Le reflux arabe fut sans doute plus lié aux problèmes internes d’un Empire très jeune mais déjà immense, une sorte de crise de croissance, qu’aux coups martelés par Charles.

    Franchissons quelques décennies et quelques centaines de kilomètres et transportons-nous à Roncevaux, à l’été de 778. Deux ou trois générations de collégiens ont fait connaissance avec la littérature française, en 6e, par la Chanson de Roland, dans le célébrissime « Lagarde et Michard (6) » : les exploits des preux chevaliers carolingiens Roland et Olivier face aux Sarrasins fanatiques attaquant en nombre. Or, si nul ne conteste que la bataille de Roncevaux eût vraiment lieu, on sait depuis longtemps que Roland est tombé face à des guerriers (on dirait aujourd’hui des guérilleros)… basques.

    La Chanson de Roland n’est que la plus connue des chansons de geste médiévales. Dans une remarquable thèse consacrée à l’image des musulmans dans cette littérature, Paul Bancourt, universitaire, dégage divers traits d’une diabolique actualité (7). Dans ces textes, écrits entre le XIe et le XIIe siècle, les poncifs fourmillent : les Sarrasins (terme au demeurant fort vague, désignant tous les musulmans de façon indifférenciée), « agents de l’esprit du mal, semblables aux démons », sont fourbes, sournois. L’attaque dans le dos, le viol des femmes sont monnaie courante. Si l’on en croit le texte intitulé La Destruction de Rome, « la sauvagerie des Sarrasins atteint un degré extrême. Leurs bandes mettent le feu aux châteaux, aux villes, aux fortifications, brûlent et violent les églises, incendient toute la campagne romaine, laissent un monceau de ruines sur leur passage. Ils pillent les biens (...). L’émir fait tuer tous les prisonniers, laïcs et religieux, femmes et jeunes filles. Les Sarrasins se livrent aux pires atrocités, coupant les nez et les lèvres, le poing et l’oreille de leurs victimes innocentes, violant les religieuses (...). Entrés dans Rome, ils décapitent tous ceux qu’ils rencontrent. Le pape lui-même est décapité dans la basilique de Saint-Pierre (8) ».

    Plus circonspect, Paul Bancourt assure que le pape est mort de la façon la plus naturelle qui soit. De violences sur les personnes, il n’y en eut guère. Tout au plus des pillages. Evidemment, les Sarrasins ne furent pas plus angéliques que la quasi-totalité des soldats de cette époque d’extrême violence. Ni plus, ni moins. En outre, Paul Bancourt se demande si tel ou tel acte de barbarie attribué aux Sarrasins n’a pas été, en réalité, commis par des Normands ou des Hongrois (9) ! On retrouve le même mensonge, sans doute inconscient, que celui de la Chanson de Roland.

    Pourquoi une telle partialité ? L’explication est dans les dates. La Chanson de Roland fut écrite au début du XIIe siècle. Elle retrace des faits... de la fin du VIIIe ! La Destruction de Rome a été rédigée au XIIIe siècle et décrit des événements de... 846 ! Comme si nous lisions, dans un journal daté du matin, une description de la bataille de Marignan. Que pouvait-il y avoir dans l’esprit des écrivains et des lecteurs des XIe-XIIIe siècles ? L’actualité d’alors, qui avait deux faces : les croisades en Orient, les premières victoires de la Reconquista en Occident ! C’est-à-dire les chocs avec l’islam.

    Auparavant, tous les peuples païens d’Europe ou venus d’Asie avaient été christianisés un à un. Seuls subsistaient, masses puissantes au sud-ouest et à l’est de l’Europe chrétienne, l’Espagne et l’Empire ottoman, qui menaçait Constantinople, l’« autre Rome » de la chrétienté. Ces musulmans étaient proprement inassimilables, contrairement aux autres. « Le Germain, écrit Henri Pirenne, se romanise dès qu’il entre dans la Romania. Le Romain, au contraire, s’arabise dès qu’il est conquis par l’islam. » Il y a là un danger mortel pour tout le christianisme. « Avec l’islam, poursuit Pirenne, un nouveau monde s’introduit sur ces rivages méditerranéens où Rome avait répandu le syncrétisme de sa civilisation. Une déchirure se fait qui durera jusqu’à nos jours. Aux bords du Mare Nostrum s’étendent désormais deux civilisations différentes et hostiles (10). »

    L’idée de la croisade, guerre sainte, naît précisément à ce moment de contact entre les deux mondes, lorsqu’il devient évident aux yeux des rois et papes de l’Occident chrétien que cet ennemi-là est inassimilable. N’est-il pas naturel, dans ces conditions, que les chroniqueurs du temps confondent allègrement tous les ennemis de cet Occident ? Par un phénomène mental fréquent dans l’histoire des hommes – l’auto-intoxication –, les Basques, les Normands ou les Hongrois sont devenus des Sarrasins...

    L’esprit de croisade, dès lors, imprègne les mentalités. Les « infidèles », terme infamant en ces temps de foi profonde, sont forcément les musulmans. Et cela perdure. Chateaubriand cite la croisade comme l’un des seuls sujets épiques qui vaille (Génie du christianisme, 1816). Delacroix peint en 1841 une lyrique Entrée des croisés dans Constantinople. Victor Hugo écrit, dans La Légende des siècles (11) : « Les Turcs, devant Constantinople / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople / Suivi d’un lion familier / Mahomet deux, sous les murailles / Lui cria : Qu’es-tu ? Le géant / Dit : Je m’appelle Funérailles / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom, sous le soleil, est France / Je reviendrai, dans la clarté / J’apporterai la délivrance / J’amènerai la liberté... »

    ... La suite arrive
    Je suis père et fais de mon mieux au regard de cette citation :
    L'exemple, c'est tout ce qu'un père peut faire pour ses enfants. Thomas Mann

  • #2
    .... la suite


    Un affrontement incessant

    Lorsque les Français, en 1830, entreprennent la conquête de l’Algérie, ils sont dans un état d’esprit prédisposant à une nouvelle guerre sainte. Non que la motivation religieuse ait été première. Mais l’hostilité à la « fausse religion » imprègne toute la société française. Les événements de la conquête, puis de la « pacification » de la colonie nord-africaine, ne vont pas l’amoindrir. Depuis, l’affrontement n’a jamais vraiment cessé. Toutes les générations de Français en ont eu des échos : guerre menée par Abd El-Kader (1832-1847), révolte de Kabylie (1871), lutte contre les Kroumirs et établissement du protectorat sur la Tunisie (1880-1881), conquête du Maroc et établissement du protectorat sur ce pays (1907-1912), révolte en Algérie (1916-1917), guerre du Rif (1924-1926), révolte et répression en Algérie (mai 1945), affrontements au Maroc avec le sultan et le parti de l’indépendance Istiqlal (1952-1956), avec le Néo-Destour en Tunisie (1952-1954). La guerre d’Algérie représente un élément supplémentaire – qui deviendra de plus en plus pesant – dans la longue série des affrontements entre les peuples de la région et le pouvoir colonial.

    Alors, l’islamophobie (12) et le racisme antiarabe sont-ils consubstantiels à la culture française ? Oui et non ! Il ne faut nullement oublier que, face à cette hostilité affichée, une autre partie du pays s’est en permanence dressée. Il y eut toujours des Français pour saluer la majesté de la civilisation musulmane, la beauté de ses réalisations, pour observer sans a priori les populations arabes ou berbères. Il faut relire Eugène Fromentin (Un été dans le Sahara, Une année dans le Sahel). Ou cette phrase de Lamartine, écrite en 1833 : « Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (...) Les deux plus hautes vérités de toute religion. » Plus loin, il loue l’islam « moral, patient, résigné, charitable et tolérant de sa nature ».

    Des Français, plus nombreux qu’on ne croit généralement, se dressèrent contre le racisme ambiant de l’ère de l’apogée coloniale. A la résistance morale au racisme s’est toujours ajoutée une résistance politique à la colonisation, ou, pour le moins, aux « excès » de celle-ci. Qu’il suffise de rappeler la grande voix de Jaurès, protestant contre la conquête du Maroc, la grève lancée par le Parti communiste français et la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) contre la guerre du Rif en 1925, les protestations de Charles-André Julien contre les exactions et les injustices dans l’ensemble de l’Afrique du Nord, l’opposition française à la guerre d’Algérie...

    Les jeunes musulmans de France tentés d’écouter les sirènes de l’intégrisme, pensant que le racisme a tendance à se généraliser, se trompent de combat. Il y a, au début du XXIe siècle comme au cœur du XIXe ou du XXe, deux France : celle de l’affrontement et celle de la compréhension, celle du racisme et celle de la fraternité. Quoi qu’ils en pensent, la tendance historique est au recul de la première – même si elle demeure importante et que des accès de fièvre ne sont pas à exclure – et à l’émergence de la seconde.

    Alain Ruscio.

    Le Monde diplomatique
    Je suis père et fais de mon mieux au regard de cette citation :
    L'exemple, c'est tout ce qu'un père peut faire pour ses enfants. Thomas Mann

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    • #3
      Ad bonjour,

      Si tu permets, je me limiterai juste à proposer un titre à ce sujet:dynastie arabe, des sarrasins des mers aux pirates des airs"
      Kindness is the only language that the deaf can hear and the blind can see - Mark Twain

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      • #4
        Scootie
        Si tu permets, je me limiterai juste à proposer un titre à ce sujet:dynastie arabe, des sarrasins des mers aux pirates des airs"
        Tu n'as pas a me demander quoi que ce soit. C'est un plaisir de te lire partout, c'est même un honneur de te lire bonifier les sujets.
        Merci à toi cher ami.
        Je suis père et fais de mon mieux au regard de cette citation :
        L'exemple, c'est tout ce qu'un père peut faire pour ses enfants. Thomas Mann

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        • #5
          Ad

          Un grand merci pour ce cadeau...

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          • #6
            Nouveau siège arabe à Constantinople

            C'est vrai que Poitier ne représentait rien aux yeux des Arabes de l'époque, juste un pont trop loin, la vraie clef était constantinople ou les Arabes s'y sont repris à 4 fois je crois pour conquérir la ville, elle représentait un verrou stratégique
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            Malgré leur première défaite en 678, les Arabes envoient leur flotte à l’assaut de la capitale byzantine. Cette fois, c’est l’empereur Léon III qui doit faire face à l’attaque. Placés sur la rive occidentale du Bosphore, les Arabes tiendront le siège durant une année. Le feu grégeois leur infligera de nombreux dégâts. Allié à la peste et à la famine, il aura une nouvelle fois raison d’eux.

            Le second siège de Constantinople est un échec des Arabes pour prendre la capitale byzantine.

            Cinq mois après l'avènement de Léon III, l'armée arabe de Maslama, le fils d'Abd al-Malik, partant de Galatie rejoint la flotte de 1800 navires à Abydos. Les Arabes se positionnent sur la rive européenne du Bosphore et se prépare pour un siège qui va durer un an (15 août 717-15 août 718).Malgré leur nombre et l'arrivée de renfort les Arabes ne purent ni forcer la chaîne qui barrait le Port ni détruire le mur théodosien. La flotte byzantine fit subire de gros dégâts à la flotte arabe notamment grâce au feu grégeois. De plus l'empereur Léon III put couper leur ligne de ravitaillement.

            Peu à peu la peste et la famine s'installa dans le camp des assiégeants et Moslemah dut se retirer dans une retraite désastreuse où le gros de son armée périt lors de la bataille de Tiane.
            L'Homme s'obstine à inventer l'Enfer dans un monde paradisiaque. Jacques Massacrier

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            • #7
              Poitier n'est qu'une supercherie historique, il y avait besoin d'un symbole pour unifier la france et les partis qui s'y affrontaient. selon des données historique plus actuelles seule une escouade arabe étaiten service dans le midi de la france où elle faisait des razzia, rien de comparable à une armée Califale qui aurait eu des generaux aguerris à sa tête et des troupes en nombre, motivées et disciplinées

              merci pour le document !
              Dernière modification par absent, 05 février 2007, 17h47.

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              • #8
                Tres juste Tolkien !! un historien alemand de renom a aussi confirmé cette version.

                Il n'y a eu en effet par de guerre a Poitier entre Abd Rahman et k. Martel !

                D'ailleur il demontre qu' il n'y a aucune preuve preuve historique pour ca !

                Emir Abd rahaman dirigeait une compagie de cavalier mais pas d' armée ! d' alleur il a deja rencontré l' armée de Martel a Livoge et a esquisvé ! il est arrivé jusqu'a une soisantaine de Kilometre de Paris et a pris la route vers le sud !


                D'a pres le meme hostorien c'etait une galopade pour voir a quoi ressembler la France qui etait la frontiere de l'Andalousie mais aussi pour encaisser les tresors de quelques eglises en France !! de quoi payer son expedition et ses cavaliers

                Par la meme ocasion une autre troupe sarasin s' est a pris le chemin montagneux de Provence vers le nord et arrivé jsuaqu' en suisse !

                L' historien associe aussi ses deux chevauchés a l' abandance du mot Sarazin, dans des versions diverse dans les noms des familles des habitants de ces regions et donne des exemples.

                et comme tu as dis :

                La france et l'europe chretien avait besoin d' un symbole et ont cree celui la bien que Martel etait tout a fait le contraire du chretien pieux et cherchait plutot a se venger qu' unifier quoi que ce soit !!

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                • #9
                  ...........................................
                  Dernière modification par chevalblanc, 17 février 2007, 11h30.

                  Commentaire


                  • #10
                    Les Sarrasins dans la mythologie occitane

                    Les Sarrazins n'ont jamais voulu conquérir la France, il s'agissait plutôt d'action de reconnaissance.
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                    La domination d’une petite partie du Midi par les sarrasins au Moyen Âge a été courte et limitée, mais son souvenir, vivace jusqu’à nos jours dans la mythologie occitane, est à l’origine de légendes épiques ou fabuleuses.

                    En 711 des arabes et des berbères pénètrent en Espagne. Le royaume wisigoth s’effondre. La Septimanie, partie la plus septentrionale du royaume et correspondant actuellement aux départements des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, de l’Hérault et du Gard, est conquise peu après. En 719 Narbonne devient le siège d’une province de l’Empire Arabe, dirigée par un wali ou gouverneur. Poursuivant leur conquête en Gaule, les Arabes se heurtent pour la première fois à une forte résistance. La dynastie carolingienne qui dirige depuis peu le royaume des Francs réagit. Charles Martel arrête la progression arabe en 732, son fils Pépin reprend Narbonne en 759, son petit-fils Charlemagne fait la conquête de la Catalogne en 801. Cependant, cette reconquête ne met pas un terme à la menace musulmane. Jusqu’au début du XIe siècle le Languedoc et la Provence subissent des raids par terre et par mer. Une tête de pont musulmane se maintient même pendant un siècle jusqu’en 972 en Provence dans le massif des Maures[1].

                    Cette courte occupation n’a laissé que peu de traces archéologiques. Les rares découvertes, quelques monnaies et céramiques arabes de la première moitié du VIIIe siècle, se localisent toutes sur les villes côtières, d’Agde à Château-Roussillon, et sur l’axe Castelnaudary-Narbonne. Ajoutons à cela la mise à jour près de la cathédrale de Narbonne de vestiges pouvant correspondre à une mosquée, et la découverte de quelques épaves dans le golfe de Saint-Tropez. La toponymie n’a rien gardé, exception faite du massif des Maures (sous le nom de maure ou sarrasin ou désignait autrefois les arabes et les berbères), et de la ville de Ramatuelle (de Rahmatu Allah = le bienfait de Dieu). Les nombreux toponymes en maure, tel Castelmaure dans les Corbières, désignent plus certainement un lieu ou une personne de couleur brune qu’un arabe ou un berbère. En définitive, la civilisation arabe a laissé en Occitanie des traces beaucoup plus nombreuses au Bas Moyen Âge par le biais du commerce et des croisades, qu’au Haut Moyen Âge.

                    Les traditions se rapportant à la domination arabe sont par contre très nombreuses. Mais malgré leur ancienneté (beaucoup sont attestées dès le XIIIe siècle)[2], ces traditions ont déformé la réalité et appartiennent à la légende. Elles se focalisent sur la période carolingienne, c’est à dire quand les sarrasins sont vaincus, et plus particulièrement sur Charlemagne qui n’a pourtant joué aucun rôle dans la reconquête du Languedoc. Dans la plupart des récits légendaire tels ceux qui appartiennent au cycle de Roland et de Charlemagne, le sarrasin est de plus réduit au rôle de faire valoir des chrétiens. Seule une sarrasine, dame Carcas, met en échec Charlemagne. Mais par sa bravoure, elle a mérité d’être chrétienne et se fait baptiser[3]. À part cette exception, le sarrasin est toujours présenté comme un barbare comme dans la légende Pech Tartare[4] . Dans la haute vallée de l’Aude on employait encore au XIXe siècle des expressions comme brutal comme un sarrasin, sauvage comme un maure[5]. Il est souvent assimilé à l’homme sauvage ou à l’ours dans un certain nombre de rites liés au carnaval. À Fenestrelle[6], dans les Alpes italiennes de langue occitane, le matin du carnaval, les habitants sont invités à partir à la recherche d’un sarrasin caché dans les bois. Ce sarrasin est en réalité un jeune qui s’est déguisé et noirci la figure au charbon. Capturé par les jeunes, il est amené devant un tribunal qui l’accuse de tous les maux de l’année. Condamné à être pendu, on lui passe la corde au cou. Mais sa femme, tenant un enfant dans les bras, se précipite devant les juges pour implorer leur pardon. Émus, les juges s’en remettent à la décision de la foule qui fait grâce au sarrasin. On l’admet avec sa famille dans la communauté et tout se termine par des chants et des danses. Ce rite témoigne-t-il de l’intégration dans les Alpes de sarrasins venus du massif des Maures ?

                    La suite...
                    L'Homme s'obstine à inventer l'Enfer dans un monde paradisiaque. Jacques Massacrier

                    Commentaire


                    • #11
                      La tradition voit aussi dans de nombreux vestiges l’œuvre des sarrasins, quand ce n’est pas celle de leurs prédécesseurs romains ou wisigoths. Ce sont des fortification tels les remparts romains de Toulouse et de Carcassonne, la Tour Mauresque de Narbonne, l’oppidum de La Lagaste ou Pech Tartare, le château Saint-Pierre d’Alaric (Aude), le château Sarrazy de Brassac (Tarn), le château des Cluses (Pyrénées-Orientales), le château de La Garde-Freinet (Var). Si la tradition se trompe sur les constructeurs réels, elle témoigne peut-être parfois des lieux qui ont été occupés par des garnisons musulmanes. Paradoxalement, certaines tours à signaux du haut Moyen Âge du Roussillon comme le phare de Collioure, sont attribuées aux sarrasins alors qu’elles avaient précisément été construite pour faire face à leur menace.

                      Les découvertes de champs de sépultures anciennes, ont souvent été interprétés comme les vestiges de sanglantes batailles entre chrétiens et musulmans. La plaine de Maraussan, près de Narbonne garderait jusque dans son nom (jeu de mot sur mare au sang) le souvenir d’une de ces batailles. Une étymologie fantaisiste est aussi à l’origine de la légende de Villebersas, près de Lagrasse (Aude). Après prise de Carcassonne Charlemagne aurait réuni sur cette colline les prisonniers sarrasins parmi lesquels se trouvaient des femmes portant plusieurs milliers d’enfants dans leur berceau. Là l’archevêque Turpin aurait baptisé tout le monde et fondé un prieuré pour rappeler l’événement. Ne voulant pas être de reste, Charlemagne rebaptisa le lieu Villebersas (en occitan le village des berceaux) en l’honneur des enfants nouvellement chrétiens et offrit un festin à tout le monde[7].

                      Certains lieux sont aussi associés à des histoires de trésors car on imagine les sarrasins très riches. Besse raconte qu’au XVIe siècle, les Morisques, ces musulmans convertis de force à la religion chrétienne puis expulsés d’Espagne et dont certains avaient trouvé refuge en Languedoc, s’intéressaient de près à l’oppidum de La Lagaste où ils espéraient retrouver quelque trésor fabuleux laissé par leurs ancêtres. Le puits de la cité de Carcassonne abriterait un autre trésor mis là à l’abri lors du siège de la ville. De la mine d’or et d’argent de la Canal à Palairac[8] (Aude), ou de celle de l’Alaric à Moux[9] (Aude), les sarrasins auraient tiré une fortune dont il resterait quelques traces.

                      La tradition musulmane a aussi gardé quelques souvenirs de cette période. Selon le géographe al-Zurhrî, à Narbonne les conquérants auraient trouvé une statue avec une inscription prophétique qui disait : « fils d’Ismaël, faîtes demi-tour. Vous ne pouvez aller plus loin. Je vous en donnerai l’explication si vous me le demandez, mais si vous ne rebroussez pas chemin, vous vous entre-tuerez jusqu’à la fin des siècles ».

                      Pour en savoir plus :
                      G. Jourdanne, Folklore de l’Aude, réédité à Paris en 1973
                      Islam et chrétiens du Midi, Cahiers de Fanjeaux n° 18, Privat 1983.
                      Gauthier LANGLOIS, 1998
                      La Légende de Pech Tartare
                      A mi chemin entre Carcassonne et Limoux s'élevait depuis la Préhistoire un important oppidum. Occupé plus tard, selon la tradition, par les Romains, les Wisigoths puis les Arabes, il aurait été détruit par le duc d'Aquitaine en 719. Cette tradition a inspiré à Joseph Maffre une curieuse légende, publiée en occitan en 1938 sous le titre Tartari, et que nous résumons ici.

                      Il y a bien longtemps, dans la citadelle de Pech Tartare, vivait une belle et souriante jeune fille, nommée Alderica, qui était la fille du roi des Wisigoths. Alderica et les habitants de cette ville vivaient heureux, jusqu'au jour où de barbares cavaliers, les Sarrasins, envahirent le royaume et assiégèrent la cité. Courageusement défendue par Alderica et les siens, la cité repoussa tous les assauts. Mais les sarrasins entassèrent du bois devant les portes de la ville et y mirent le feu. Les portes consumées, ils se ruèrent dans la ville. Submergés par le nombre, les défenseurs furent vite massacrés. Alderica profita d'un court répit laissé par les Maures occupés à piller et incendier : elle se réfugia avec les femmes et les enfants dans la chapelle située au sommet de la ville. Quand la porte de la chapelle céda, Alderica se trouva face au chef des Sarrasins. Celui-ci, fasciné par sa beauté, l'entraîna dehors et tenta de l'embrasser. Folle de honte, Alderica repoussa violemment l'émir qui alla s'empaler sur l'épée d'un de ses gardes. Alors, les Sarrasins, furieux, vengèrent leur chef en perçant la jeune fille de vingt coups de lances. Le sang versé sur la terre devait faire un miracle. Là où était tombée la jeune fille, poussa un genévrier, toujours vivant douze siècles après et toujours vert, même au cœur de l'été. Cet arbre est comme l'espoir du peuple occitan, qui malgré le feu et les ruines, relève la tête. Vous qui passez par là, admirez cet arbre et trempez-y votre âme. En pensant au passé, construisez l'avenir. Tôt ou tard, le peuple occitan aura la place qu'on lui a volé.

                      [1] « Islam et chrétiens du Midi (XIIe-XIVe siècle) », Les Cahiers de Fanjeaux, n° 18, Toulouse : Privat, 1983, 435 p. Ph. Sénac, « Note sur le Fraxinet des Maures », Annales du Sud-Est varois, tome XV, 1990, pp. 19-23.

                      [2] Par exemple le sénéchal de Carcassonne désigne en 1240 un des murs de la cité sous le nom de « mur sarrasin ». Archives nationales, Paris, J 1030, n° 73. Traduction dans J.-P. PANOUILLÉ, Carcassonne, le temps des sièges, Paris : Caisse Nationale des Monuments Historiques/Presses du C.N.R.S., 1992.

                      [3] G. Besse, Histoire des antiquités et comtes de Carcassonne, A Béziers, pour A. Estradier, marchand libraire de Carcassonne, 1645,

                      [4] J. Maffre , Tartara, Castelnaudary : Imprimerie d’édition occitanes, 1938.

                      [5] G. Jourdanne (Gaston). - Contribution au folklore de l'Aude, Paris : Maisonneuve et Larose, Carcassonne : Gabelle, 1899 et 1900.

                      [6] M. Mourgues, « Le sarrazin de Fenestrelle », Folklore, n° 142, tome XXIV, 1971, pp. 18-22.

                      [7] É.-J. Simmonet, Édition critique du roman de Notre Dame de Lagrasse, thèse de 3e cycle de lettres sous la direction de Madame Thiolier, Université de Paris IV - Sorbonne, Institut de littérature et de langue d’Oc, 1988, 295 p.

                      [8] Archives nationales, Paris, F 14 8060, 14. Mémoire du sieur Dubosc sur la mine de La Canal, vers 1792.

                      [9] Archives nationales, Paris, F 14 8060, 5. Notice sur la montagne d'Alaric adressée par le citoyen Croizet. An IV.

                      15 novembre 2003.
                      (Mise à jour du texte écrit pour Pays Cathare magazine, n° 13, janvier-février 1999, p. 80-81)
                      L'Homme s'obstine à inventer l'Enfer dans un monde paradisiaque. Jacques Massacrier

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