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Histoire de l'Algérie médiévale - le 9e siècle après. J.-C.

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  • Histoire de l'Algérie médiévale - le 9e siècle après. J.-C.

    La situation politique au début du 9e siècle :

    Comme nous l'avons vu dans le précédent topic, la situation politique du Maghreb islamique au 8e siècle s'achèva sous le signe de la partition :



    En somme, en l'an 800, les trois branches majeures de l'Islam de l'époque auront constitué des États dans la région, dessinant une répartition du territoire qui va durer globalement jusqu'à la fin de ce 9e siècle, à savoir :



    1. Depuis Qayrawān (800), la dynastie des émirs Aghlabides contrôle la côte de Tripolitaine en Libye, le N. de la Tunisie et l'E. de l'Algérie actuels. Cet éspace, toujours très urbanisé par rapport aux autres régions, sera le creuset du Sunnisme au Maghreb et, étant nominalement sous le Califat Abbasside, assurera le lien avec le reste du Monde musulman.

    2. Depuis Tāhert (767), la dynastie des imāms Rustomides contrôle l'O. de l'Algérie et s'étend par le S.-E. jusqu'au Djebel Naffūsa à l'intérieur de la Tripolitaine en Libye en passant par le S. de la Tunisie. Cet éspace est à ce moment le domaine des tribus Berbères engagée dans le Kharrijisme Ibādite.

    Plus la à l'O., la situation politique est encore plus fragmentée :

    3. Depuis Walīla d'abord (789), ensuite depuis Fès après sa fondation au début du siècle, la dynastie des imāms Idrīssides contrôle une partie du N. et du S. du Maroc actuel, ainsi que Tlemcen après un moment de flottement avec les Rustomides dans cette région. Étant des Alides, les Idrissides sortent des milieux Shi3ītes primitifs. Mais, étant de la déscendance d'al-Hassan b. Ali b. Abī-Tālib, leur histoire religieuse ne va pas vraiment faire partie du Shi3īsme tel qu'on le connais, car celui-ci va évoluer autour de l'idée que l'imāmat légitime se limite à la déscendance d'al-Husseyn b. Ali b. Abī-Tālib.

    4. Depuis Nākūr (710), une dynastie d'émirs arabes, les Salihīdes, contrôle depuis presque un siècle ce qui est actuellement la région du Rif au Maroc.

    5. Dans la façade Atlantique du Maroc, c'est l'Etat des Barghawāta qui contrôle le territoire. Issus du mouvement Kharrijite Çofrite du siècle passé, ces tribus vont développer au cours de ce siècle une religion particulière tirée de l'Islam. Ils vivent pratiquement en autarcie dans leur royaume.

    6. Depuis Sijilmāssa (758), ville aujourd'hui disparue, qui se situait dans ce qui deviendra plus tard le Tafilalt (pile poile sur la ligne des frontières algéro-marocaines modernes entre Béchar et Tibdouf), la dynastie berbère des Midrārides établit un Etat kharrijite Çofrite.

    7. Enfin, de l'autre côté du Détroit, l'Andalus est contrôlé par la dynastie des Omayyades depuis Cordoue (856).

    ____________

    Notre histoire algérienne étant essentiellement concernée par les Rustomides et, dans une moindre mesure, les Aghlabides, nous tâcherons de suivre les événements qui concernent ces deux entités en particulier, en assurant à chaque fois le lien avec le contexte régional ou général lorsque cela est nécessaire pour une bonne compréhension de l'ensemble.

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    Dernière modification par Harrachi78, 13 octobre 2022, 14h52.
    "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

  • #2
    L'Ouest et le Centre de l'Algérie : les Rustomides :

    En l'an 800, le règne du 2e imām de la dynastie à Tāhart, Abdelwahhāb. Abderrahmān b. Rustom (784-823), était à sa quinzième année. Cela coïncidait -comme on a vu- avec l'avènement du premier émir Aghlabide à Qayrawān, la relation entre les deux régimes étant alors franchement hostile, dans la continuité du conflit Ibādite-Abasside du siècle précédent.

    En 812, Abdelwahhāb assiège Tripoli en Libye, mais ne parvient pas à prendre la ville et finit par lever son siège. Après cela, une sorte de modus vivendi s'installe entre Rustomides et Aghlabides et les limites de leurs territoires respectifs ne vont plus bouger jusqu'à la fin du siècle.

    Abdelwahhāb rentre alors à Tāhert, mais après avoir nommé al-Samh b. Abū-l-Khattāb comme gouverneur au Naffūsa, ce dérnier n'étant autre que le fils du tout premier imām ibādite au Maghreb, celui qui avait jadis nommé Abderrahmān b. Rustom gouverneur de Qayrawān en 758-661.

    Sur la face O. de l'Etat, et là encore après un début de siècle plutôt conflictuel avec les Idrīssides au sujet de Tlemcen, la relation finit par se normaliser et le statut quo va se maintenir sous cette forme jusqu'à la fin du siècle. Par-contre, la relation avec les Midrārides de Sijilmāssa (une dynastie Çofrite comme on a dis) sera toujours cordiale, les deux entités kharrijites étant très liées par les relations commerciales dont ils étaient deux maillons majeurs dans la région

    _______________

    Entre temps, Tāhert s'était beaucoup développée, devenant un grand pôle du commerce trans-saharien et un centre intellectuel renommé vers où convergeaient de nombreux orientaux. Cela finit par créer une cité très cosmopolite, peuplée de Berbères, d'Arabes et de chrétiens locaux.

    Le site de la ville rustomide a été très peu fouillé par les archéologues, mais parmi le peu qui a été exploré, il y a le reste de ce qui devait devait être une résidence des imāms dont on vois le plan ici. Il s'agit d'un bâtiment spacieux sans être énorme, et d'une forme plutôt simple, qui traduit l'austérité des mœurs et des coutumes ibādites qu'on retrouve jusqu'à nos hours chez les Mozabites en Algérie :


    _______________________

    Pour ce qui est du régime politique Rustomide, son ossature s'articulait essentiellement autour de trois groupes principaux :

    1. Les tribus berbères du Maghreb Central, surtout de Zanāta, qui vivaient toujours en nomades autour de Tāhert et non dans la ville elle-même, constituaient l'essentiel de la force militaire rustomide. Ils ne s'agissait toutefois pas d'une armée permanente ou professionnelle, mais de contingents tribaux qui se mobilisaient par eux-mêmes selon le besoin ou les circonstances. Pour assurer sa sécurité personnelle, Abdelwahhāb constitue une troupe dont les recrues venaient en majorité de transfuges du jund arabe d'Ifrīqiyya.

    2. Les Berbères de Naffūsa, installés à Tāhert autour de l'imām, formaient l'élite administrative du régime. Les principaux ulémas de l'Ibādiyya venaient de leurs rangs, et c'est parmi eux que se recrutaient les juges, les superviseurs des marchés et les chefs de la police urbaine.

    3. Les orientaux, souvent d'origine persane, étaient au départ des marchands installés à Tāhert, et finissent par former un groupe compacte d'intérêts financiers et commerciaux qui se lient au régime Rustomide et en soutienne le maintien.

    Le gouvernement lui-même reste très décentralisé et chaque tribu, peuple ou communauté est mené par ses propres chefs. L'imāmat, bien que devenu pratiquement dynastique, restait en théorie soumis à l'élection des chefs de la communauté ibādite (shuyūkh) qui joueront toujours un rôle non négligeable lors des successions. Mais, étant maintenant à la tête d'un Etat constitué et non plus d'une communauté militante en guerre, les Rustomides seront toujours tiraillés en interne entre les impératifs de composition et de compromis qu'impose la politique et la gestion d'un État, et la pression de certains cercles, disons conservateurs, qui restaient attachés au militantisme caractéristique du Kharrijisme de manière générale, qui voyait comme illégitimes tous les autres régimes politiques de l'Islam et considérait comme un devoir imprescriptible de les combattre à défaut de pouvoir les éliminer réellement.

    De ce fait, les dissidences internes ne seront pas rares. Ainsi, à la mort d'Abdelwahhāb en 824, son fils et sucesseur Abū-Sa3īd al-Aflah doit aussitôt faire face à la rébellion des Khalaffiyya dans le Naffūsa, et qu'il parviendra difficilement à mater, mais sans vraiment l'éliminer en totalité.

    En fait, la nature nomade et semi-nomade de la grande partie de la population dans le domaine Rustomide rendait difficile voire impossible, par nature, au pouvoir à Tāhert d'imposer une autorité permanente ou suffisamment solide en permanence. Les imām devaient donc passer l'essentiel de leur temps à jouer aux arbitres afin de maintenir un certain équilibre entre tous les groupes et éviter que les forces centrifuges ne fassent exploser l'ensemble. D'ailleurs, l'essentiel des revenus de l'Etat ne provenaient pas de l'imposition des tribus sous son pouvoir car seule lz zakāt était prélevée sur les Musulmans et rien d'autre, mais plutôt du flux de commerce dont Tāhert est vite devenue un grand centre, ce qui explique la grande influence du groupe des marchands qu'on a évoqué plus haut, et ça fait que le régime rustomide devait fonctioner autant comme une "entreprise" que comme un système politique.

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    Dernière modification par Harrachi78, 12 octobre 2022, 18h06.
    "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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    • #3
      Abū-Sa3īd al-Aflah b. Abdelwahhāb (824-873) :

      Le règne du 3e imām de la dynastie, sera encore plus long que celui de son père qui avait pourtant duré 40 ans. Homme lettré et juriste ibādite renommé (les Ibādites lui attribent un ou deux livres), sa période d'un demi-siècle sera plutôt paisible, sans conflit notable avec les dynasties voisines. Tāhert se trouve alors à l'apogée de sa prospérité économique et de rayonnement culturel.

      En interne, on rapporte la nomination au poste de juge (qādi) à Tāhert d'un certain Muhakkam al-Hawwāri, un des rares cas de non-naffūsi à cette charge. En fait, l'homme, qui fut amené d'aussi loin que l'Aurès, avait une immense réputation de droiture, de rigueur et de justice parmi les Ibādites que c'est la communauté qui l'imposa d'yne certaine façon à l'imām, quelque peu récalcitrant. Cela donne une idée sur le fonctionnement du régime, et indique au passage que la région aurassienne était encore peuplée d'Ibādites à cette époque, et qu'elle devait être à cheval entre les zones de contrôle Rustomide (au S.) et Aghlabide (au N.).

      Sinon, à un moment indéfini vers la fin de son règne, al-Aflah autorise son fils préféré et sucesseur préssenti, Abū-l-Yaqhān, à aller effectuer le Hajj, mais le jeune prince est débusqué par la police abasside et finit en prison à Baghdad. On dit que le vieil imām fut tellement peiné par le sort de son fils qu'il ne s'en remit jamais et qu'il mourut de chagrin peu de temps après.


      Abū-Bakr b. al-Aflah (873) :

      Élu par les shuyūkh des Ibādiyya, un peu par défaut, suite à la capture de son frère al-Yaqdhān en Orient, ce 4e imām ne fera pas long feu. Il se serait immédiatement distingué par sa brutalité (ou par sa frivolité), apparement sous l'influence d'un certain Abū-3arafa.

      Or, Abū-l-Yaqdhān avait entre temps pu se libérer (Dieu seul sais comment) et à rentrer à Tāhert. Il fut immédiatement prié de dégager son frère et prendre sa place, surtout par mes anciens Naffūsis. Un conflit s'en suivit, Abū-3arafa est liquidé mais Abū-l-Yaqdhān fut obligé de fuire Tāhert dans un premier temps. Il se réfugia auprès des Luwwāta et, grâce à leur aide et à l'appui des Naffūsis, il parvint enfin à prendre la ville et le pouvoir. On ignore quel fut le destin du frère déchu, mais il disparaît définitivemrnt des sources après cela.


      Abū-l-Yaqdhān Muhammad b. al-Aflah (873-894) :

      5e imām de la dynastie, son règne sera paisible dans l'ensemble.

      En notera à cette époque la fondation de Ténès, en 875, sans aucun lien avec les pouvoirs politiques de la région. Ce fut l'œuvre de quatre marins venus d'Elvira et de Tudmīr en Andalus : al-Karkarāni, Abū-3ā'isha, al-Çaqqār et Çohayb. En somme, ce groupe qui avait l'habitude d'hiverner dans les environs, est à un moment rejoint par un groupe de Berbères qui les invitent à s'établir avec eux dans un petit fort qu'ils tenaient sur le site de Tenès. Les andalousiens amènent donc leurs gens de la péninsule et installent les premières habitations près du fort. Un marché se forme très vite sur le lieu, ensuite 400 nouvelles familles andalousiennes les rejoignent, et c'est ainsi que Ténès devint une port actif et bientôt le principal centre urbain de sa région.


      Les derniers Rustomides (894-909) :

      A la mort d'Abū-l-Yaqdhan en 894, la succession à l'imamāt rustomide se passera plutôt mal, et les troubles politiques seront désormais le lot ordinaire jusqu'à sa destruction finale quinze ans plus tard.

      Ça commence par la prise du pouvoir par son fils Abū-Hātim Yūsuf : le jeune prince, qui était très populaire en ville, estima la succession son droit inné et se proclama 6e imām des Ibādiyya sans passer par l'élection des shuyūkh comme le voulait la coutume depuis toujours. Il en aura alors pour son grade, et se verra chassé de Tāhert dès 896 par son oncle, Ya3qūb. b. al-Aflah (896-901), qui devient ainsi le 7e imām de la dynastie. Mais, ce dérnier va alors avoir la mauvaise idée d'attaquer les Aghlabides à l'E., affaire qui se soldera par une grave défaite de l'armée Rustomide dans la bataille de Mānū.

      De son côté, Abū-Hātim s'avère tenace. Réfugié d'abord chez les Huwwāra qui le soutenaient, il finit par reprendre le pouvoir en 901, le temps qu'un nouveau complot mueisse et qu'il se voir assassiné à Tāhert en 906. Le pouvoir échoit alors à un autre de ses oncle, al-Yaqdhān b. Abī-l-Yaqdhan (906-909), probablement commanditaire de l'assassinat. Mais, ce 9e et dernier imām Rustomide ne trouvera plus aucune ressource pour faire face à une nouvelle puissance qui venait d'exploser dans l'E. de l'Algérie, celle des Berbères Kutāma et de leurs nouveaux imāms, mais shi3ītes cette fois-ci : les Fatimides.

      L'avenement des Fatimides appartient à l'histoire du siècle suivant et donc à un autre topic. On verra alors que la fin de l'imāmat Rustomide en cette année 909, ne marquera pas pour autant la disparition du Kharrijisme Ibādite en Algérie et au Maghreb, et que Tāhert aura tout de même une postérité ailleurs.

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      Dernière modification par Harrachi78, 12 octobre 2022, 15h58.
      "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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      • #4
        L'Est de l'Algérie : les Aghlabides

        Au cours des dernières décennies du siècle précédent, la province du Zāb prit un rôle majeur dans l'ensemble ifrīqiyen. cette région (qui correspondait à l'ensemble de l'E. algérien jadis appelé Numidie) est devenu alots une marche de frontière face à la poussée des tribus kharrijite à l'O., et de ce fait sa capitale Tobna devint le lieu de concentration du l'essentiel et surtout des meilleures troupes du jund abasside au Maghreb.

        Ainsi, dès l'époque d'al-Aghlab b. Sālim al-Tamīmi, gouverneur du Zāb en 765-768, c'est l'armée de cette province, disciplinée et aguerrie, qui restorait l'ordre à Qayrawān à chaque révolte ou mutinerie qui y éclatait et, en 798, ça sera son fils Ibrāhīm b. al-Aghlab, lui aussi gouverneur à Tobna à ce moment, qui marchera une dernière fois sur Qayrawān pour mettre fin à une énième mutinerie, avant de saisir le pouvoir sur l'ensemble de l'Ifrīqiyya et y négocier avec Baghdad un gouvernement héréditaire de son propre clan, au nom du calife Abasside, chose qui est officiellement entérinée en 800. C'est ainsi que naît la dynastie Aghlabide.

        ______________

        Le domaine aghlabide s'articulait autour de trois provinces :

        1. A l'E., la Tripolitaine (O. de la Libye) était limitée à la ville de Tripoli proprement dite et sa route côtière, l'intérieur de pays étant sous le contrôle des Berbères de Naffūssa et d'autres tribus ibādites affiliées aux Rustomides de Tāhert.

        2. Au Centre, l'Ifrīqiyya proprement dite, soit le N. de la Tunisie actuelle, dont Tunis et la capitale Qayrawān étaient les principaux centres. Par-contre, le S. tunisien était lui aussi un territoire pour les tribus Ibādites affiliées aux Rustomides, y compris la ville méridionale de Ghdāmès et l'île de Djerba.

        3. A l'O., le Zāb, soit l'E. de l'Algérie, qui avait pour principaux centres Mila au N. et surtout Tobna au S. qui constiuait la pointe extrême du domaine vers l'Occident. Au delà, vers l'O., s'etandaient les territoires de Tāhert et des tribus alliées aux Rustomides.



        Comme on peut l'observer sur la carte, cet ensemble -heritier directe de l'ancien territoire romain d'Afrique- était très urbanisé et quadrillé par un réseau plutôt compacte de routes et de villes. Aussi, et contrairement aux régions occidentales où prévalait le mode de vie nomade, la part des populations sédentaires y était prépondérante, y compris pour les tribus Berbères qui habitaient de nombreuses zones.

        _______________

        En tout, onze émirs aghlabides vont se succéder au pouvoir à Qayrawān jusqu'à la fin de la dynastie qui, comme pour les Rustomides, va coïncider avec la fin de ce siècle.

        Durant cette période, et après la vaine tentative des Rustomides de leur prendre Tripoli en 812, la relation des émirs Aghlabides avec leurs voisins Kharrijites sera globalement pacifique. En fait, ils dépenseront l'essentiel de leurs moyens et énergie au cours de ce siècle entre deux principales tâches : d'un côté combattre les interminables mutineries du jund arabe, et d'un autre côté la conquête de la Sicile sur les Byzantins qui commence sous le 3e émir de, Ziyādatallāh Ier (816-838), en 827 et ne s'achèvera qu'en 877.

        En 853, sous le 5e émir de la dynastie, Abū-l-Abbās Muhammad (841-856), une tentative d'avancée vers l'O. est menée, allant jusqu'à la fondation d'une ville nommée al-Abbāsiyya dans le territoire même de Tāhert, mais qui restera sans suite après sa prise et sa destruction par l'imām Rustomide Aflah b. Abdelwahhāb.

        Sous le règne d'Abū-l-Gharānīq Muhammad (864-875), 8e émir, l'Etat Aghlabide est à l'apogée de sa puissance. Pourtant, on sigbale une sérieuse rébellion dans le Zāb au cours de cette période.

        En 896, sous le 9e émir, Ibrāhīm II (875-902), les Rustomides tentent une attaque qui leur coûtera finalement une très lourde défaite lors de la bataille de Mānū, où les Ibādites laissent 12.000 tués selon les sources. Cette débâcle achèvera littéralement l'Etat Rustomide qui vivait déjà dans la tourmente des luttes intestines depuis plusieurs années à ce moment. Mais les Aghlabides ne tireront aucun bénéfice de leur victoire, car le feu de la révolte Shi3īte couvait déjà parmi les Berbères Kutāma du N. Constantinois depuis 893, et ne tardera pas à les emporter.

        La révolution Fatimide éclatera ouvertement en 903 et les Kutāma vont prendre Qayrawān en 908, mettant ainsi fin à l'Etat des Aghlabides en Ifrīqiyya, avant de faire subir le même sort aux autres dynasties du Maghreb en 909. Une nouvelle ère s'ouvre alors dans notre histoire et celle de la région avec le 10e siècle. Ca sera le sujet d'un autre topic.

        [Fin]
        Dernière modification par Harrachi78, 14 octobre 2022, 00h54.
        "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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        • #5
          Après le survol du fil des événements politiques survenus dans les deux entités politiques dont dépandait le territoire de l'Algérie au cours de ce 9e siècle, il serait utile d'examiner quelques thématiques pour voir ce que cette même période à connu comme évolutions dans divers domaines.
          "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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          • #6
            1. Constitution de l'Islam Sunnite :

            On a vu comment le domaine de l'Islam s'était étendu au cours des deux siècles précédents. Maintenant, cette extension à abouti à deux évolutions majeures qui vont désormais jouer dans l'évolution de l'Islam lui-même, en tant que communauté politique mais aussi en tant que système religieux.

            Au départ, la Communauté était essentiellement constituée des Arabes, et ceux-ci vivaient à travers les territoires conquis dans des métropoles (amçār) qui furent créées pour abriter les armées de la Conquête : Basra et Kūfa en Irak, Damas et d'autres villes de Syrie ... etc. et Qayrawān au Maghreb. L'organisation sociale au sein de ces centre était toujours tribale, même si le mode de vie avait vite changé. On y vivait donc selon la hiérarchie militaire, elle même organisée suivant les lignes de démarcation claniques. Ces communautés arabo-musulmanes primitives étaient donc dispersées aux quatre coins de l'Empire, mais elle restaient compactes sur place, et la communication était permanente entre elles et les centres du pouvoir à chaque époque : Médine jusqu'en 661, Damas jusqu'en 750 et maintenant Baghdad sous les Abassides.



            Durant ces deux premiers siècles, les besoins en matière d'encadrement religieux étaient plutôt basiques. Beaucoup de Compagnons du Prophpète ou leurs disciples immédiats étaient encore vivants, tant en Arabie que dans les provinces, et bien que certains noms parmi eux avaient déjà émergé comme particulièrement savants et donc comme autorités parmi leurs generations respectives, il n'y avait pas un besoin particulier de systématisation du savoir religieux, la jurisprudence islamique étant elle-même en cours de en formation à ce moment. D'un autre côté, l'homogénéité de la communauté à ce stade, où être musulman était généralement synonyme d'être arabe, rendait assez aisé le maintien d'une conception unique des normes musulmanes, elles mêmes encore simples au demeurant. Cela n'a certes pas empêché les dissensions puisqu'on à vu l'apparition de groupes dissidents avec les Kharrijites et les Shi3ītes au cours du siècle passé. Mais, il s’agissait là de séparations d'ordre politique à leur base, avec pour principal thème et objet une divergeance sur ce qu'était sensé être le gouvernement légitime de la Communauté et de son Empire (al-imāma). Ce n'est que progressivement, à partir du siècle présent justement et de ceux qui vont suivre, que ces clivages vont commencer à produire des lignes d'évolutions différentes en matière de normes religieuses, du moins dans certains domaines.

            Maintenant, 200 ans après la mort du Prophpète de l'Islam, la situation avait beaucoup évolué. Les groupes arabes jadis expatriés ont fait souche dans leurs régions respectives, et la grande communauté arabique des origines commence à se dissoudre en quelque sorte dans m'ensemble qu'elle avait crée. La langue parlée de ces Arabes continue à se différencier en divers dialectes dans les pays où elle se pratique, et les déscendants des arméées de la Conquête ne vivent plus cloisonnés dans les villes-camps comme leurs aïeuls d'il y a 100 ou 200 ans, alors que les Musulmans sont désormais de toutes origines et de moins en moins majoritairement arabes. En plus de ces mutations éthno-culturelles, la société musulmane elle-même avait beaucoup changé durant ce lapse de temps, acquérant une plus grande complexité, avec l'émergence d'une civilisation matérielle que les Musulmans du premier siècle ne connaissaient pas : nouvelles choses, nouveaux problèmes, nouvelles modes, nouveaux comportements, nouveaux besoins ... etc. Tout cela amenait de nouvelles questions sur ce qui pouvait être conforme (ou pas) avec le Coran ou l'enseignement du Prophpète, et y répondre devenait de plus en "technique" créant au passage toute une culture juridique. Or, le Coran n'avait pas une réponse nominative à toutes les situations imaginables, et il fallait donc dégager des méthodes, convenues et fixes, pour qu'on puisse tirer de cette matière coranique fixe des normes applicables à toute situation nouvelle : ainsi le fiqh, jusque-là savoir empirique, devient une science (3ilm). D'un autre côté, en dehors du texte coranique qui fut consigné dès la première génération, l'enseignement du Prophpète était éparpillé chez tous ceux qui étaient proches de lui de son vivant, c'est-à-dire qui l'ont entendu parler et vu agir, et dont les héritiers se trouvaient désormais aux quatre coins du monde. Il y avait certes déjà des recueils et des chaînes de transmission dans les familles et les disciples de ces gens dès les premières générations, mais le niveau d'organisation désormais atteint en même temps que la transformation de cet élément en source d'une législation de plus en plus complexe, exigeait que tout ce matériel éparse soit maintenant rassemblé, mais aussi filtré et analysé, et c'est ainsi que ce qui etait une transmission epirique de Traditions prophétiques devient une science aussi (3ilm al-Hadīth).

            Dans ce processus, ce qui est appelé Ahl al-Sunna wa l-Jamā3a ("Gens de la Tradition et de la Communauté unie") est tout simplement le milieu ordinaire des musulmans qui, au cours de ces deux siècles, n'ont pas rompu l'ordre établi, considérant que la Communauté devait impérativement rester politiquement unie, même sous un régime pas idéal, impopulaire ou carrément en déficite de légitimité par rapport à d'autres alternatives théoriques. En somme, il s'agit tout bonnement du commun des musulmans de chaque époque, plutôt pragmatiques et attachés à la paix civile en premier lieu, et qui ne se sont donc engagés ni dans le chemin de gauche pris par le Kharrijisme ni suivi celui de droite prôné par le Shī3isme. Ce "milieu" (au sens propre et figuré) s'efforça de suivre autant que possible la Tradition du Prophpète, puis celle de ses Sucesseurs et ainsi de suite, considérant que rien ne valait la continuité, car seule garante de l'authenticité. Il s'agissait donc de la majorité ordinaire des Musulmans de ces premiers temps, et en tant que tels il n'y avait pas besoin pour eux de se définir positivement pour s'identifier, contrairement aux Kharrijites ou aux Shi3ītes qui avaient besoin de se distinguer par définition puisque séparés pour les raisons qu'ils voyaient justes. Le besoin de se définir comme "Sunnite" n'apparaît donc qu'à cette époque, parceque les deux partis séparés commençaient eux-mêmes à élaborer des systèmes juridiques et des conceptions théologiques qui leurs sont propres, rendant ainsi nécessaire une définition claire de ce qu'était sensée être l'orthodoxie musulmane, c'est-à-dire le droit chemin tel que tracé par le Prophète.

            C'est dans ce contexte général, au milieu du siècle précédent, que vont apparaître dans divers grands centres de l'Empire, des hommes qui se distinguaient par leur savoir en matière de Tradition, et qui sauront surtout dégager des règles et systématiser des méthodes pour extraire les normes juridiques du corpus des textes reconnus par les Musulmans comme sources législatives (Coran et Hadīths). Connus et reconnus par les gens ordinaires de leurs générations, ces hommes sont sollicités par des questions sur les problèmes nouveaux, et leurs réponses (fatwā), basées sur les textes sacrés, deviennent objets de jurisprudence, analysées et developées plus tard par des étudiants qui viennent vers eux des quatre coins de l'Empire, et qui repartent ensuite vers leurs pays où ils reprennent le même travail suivants la même méthode, drainant à leur tour des étudiants et des disciples de diverses régions qui font de même, et ainsi de suite.

            Nombreux sont les Ulémas ("Savants") apparus de la sorte au cours du 8e siècle, mais dès ce 9e siècle la tendance générale dans les milieux Sunnites va se regrouper autour de trois noms, dont les élèves de chacun vont synthétiser le savoir et les méthodes au cours de deux ou trois générations successives, constituant ainsi des "écoles juridiques" (madhāhib fiqhiyya) : Mālik b. Anās (m. 767) à Médine, Abū-Hanīfa a-Nu3mān (m. 795) en Irak et al-Shāfi3i (m. 830) en Egypte, auxquels va s'ajouter Ibn-Hanbal (m. 855) au cours de notre siècle.

            Pour ce qui est du Maghreb et de l'Algérie, c'est l'école Mālikite qui s'impose au cours de ce 9e siècle parallèlement à l'Ibādiyya, et nous allons voir en bref quand, comment et avec quel impecte cela eut lieu.

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            Dernière modification par Harrachi78, 19 octobre 2022, 06h26.
            "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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            • #7
              2. Le Mālikisme :

              Abū-Abdallāh Mālik b. Anas est né vers 710, c'est-à-dire quelques années à peine après l'achèvement de la conquête de l'O. algérien et du Maroc à l'époque de Mūsā b. Nuçayr. Issu d'une tribu yéménite, son arrière-grand-père, Abū-3āmir, se convertit tôt à l'Islam et rejoignit le Prophète à Médine en l'an 2 après l'Hégire. Son grand-père, Mālik, connut le Prophète aussi et servit parmi l'équipe de scribes chargés de consigner le Coran au fur et à mesure de sa révélation et qu'on appelait kuttāb al-Wahy. Mālik b. Anas est donc un pur produit de la société médinoise fondée par le Prophète, son oncle étant d'ailleurs un rapporteur de hadiths, et il commence son apprentissage, dans le contexte que nous avons décrit plus haut, auprès de grands noms de l'Islam primitif, notamment le cercle de Abdallāh b. Umar b. al-Khattāb. Devenu adulte, il se distingua comme certains autres de sa génération comme très savant de tout ce qui est en rapport avec la Tradition prophétique, et ses avis étaient sollicités de partout sur diverses questions.

              Né à l'époque omeyyade, Mālik avait 40 ans lors de la prise du pouvoir par les Abassides en 750, et sa renommée était déjà très grande à ce moment. Auteur du premier recueil de hadiths authentifiés, il incarnait le type nouveau d'hommes de Savoir religieux (3ulamā') qui apparaissent sur la scène à cette époque, et qui deviennent un calvaire pour les pouvoirs politiques Sunnites. Ainsi, en 763, il est arrêté par le gouverneur abasside de Médine pour avoir émis des avis juridiques (fatwā) jugés hostiles au régime : comme beaucoup avaient demandé son avis sur leur droit ou non à répudier l'allégeance faite aux Abassides pour soutenir la révolte de l'Alide Muhammad al-Nafs a-Zakiyya, il répondit qu'il était légal de répudier la bay3a du moment qu'elle fut imposé par la force. Flagellé pour cela jusqu'à en perdre partiellement l'usage de ses bras, son supplice sucita une telle colère chez la population de Médine qu'on frôla l'émeute, et c'est le Calife Abū-Ja3far al-Maçūr en personne qui dut faire le déplacement depuis Bagdad pour désavouer publiquement son gouverneur et demander pardon à Mālik.

              A sa mort en 796, ses œuvres et tout particulièrement al-Muwatta' était déjà un manuel standard dans tous les cercles d'enseignement à travers les pays d'Islam, y compris dans les autres écoles juridiques comme celle d'Abū-Hanīfa à Bagdad. Aussi, sa chaire d'enseignement à Médine avait drainé des dizaines d'étudiants de partout, y compris du Maghreb d'où ils seront de grand contributeurs à l'élaboration de l'école malikite comme nous allons le voir, et son cursus ainsi que ses méthodes étaient déjà repris par plusieurs cercles de disciples à travers l'Empire, et dont les travaux cumulés vont peu à peu constituer ce qui sera appelé, dès générations plus tard, al-madh'hab al-Māliki, et qui vont célébrer sa mémoire sous le nom de al-Imām Mālik.

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              Dernière modification par Harrachi78, 19 octobre 2022, 06h32.
              "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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              • #8
                3. L'Ecole Mālikite au Maghreb :

                De nombreux maghrébins figurent donc dans la liste des disciples ayant étudié le fiqh à Médine directement auprès de l'Imām Mālik. Mais, parmi eux, un nom fut particulièrement renommé, celui de Asad b. al-Furāt qui fut, en quelque sorte, le fondateur de l'école Mālikite dans l'Occident musulman.

                Issu d'une tribu arabe, Asad est né en 759 à Harrān entre l'Irak et la Turquie actuels, mais son père émigre tôt à Qayrawān où il aurait grandi. En 780, il entame son parcours d'études en allant à Médine où il s'inscrit dans le cercle d'enseignement de l'Imām Mālik, et qu'il poursuivra quelques années plus tard en Irak auprès de l'Imām Abū-Hanīfa a-Nu3mān avant de revenir à Médine. Après la mort de Mālik en 796, Asad poursuit ses études auprès du cercle Mālikite qui s'était constitué à Fustāt en Egypte, et rentre finalement à Qayrawān en 810. L'Ifrīqiyya était alors sous le pouvoir des Aghlabides depuis une décennie, et la renommée de l'homme était telle que l'Emir de l'époque le nomme qādi de Qayrawān. En 820, il entre en conflit ouvert avec un autre émir à qui il reprochait publiquement son train de vie luxueux et, pour se débarrasser de ses sermons, celui-ci lui confie le commandement de l'expédition de conquête de la Sicile en 827 à presque 80 ans d'âge, et il mourra finalement l'année suivante aux portes de Syracuse par la peste. Le pouvoir aghlabide ne gagnera pas au change, car son sucesseur sera encore plus difficile à gérer.

                Il s'agit de Abdesalām b. Sa3īd al-Tanūkhi, surnommé al-Imām Sahnūn. Né en 776 à Qayrawān, Sahnūn commence son cursus vers 790 auprès de juristes Maghrébins dont certains issus du cercle Mālikite. N'ayant pu atteindre Mālik qui meurt à Médine en 796, il s'installe auprès des disciples de l'Imām en Egypte en 810 pour revenir enseigner à Qayrawān plusieurs années plus tard. Il acquis une grande renommée, et son ouvrage majeur en fiqh, al-Mudawwana, devint de son vivant un des manuels majeurs de l'école Mālikite toute entière. Mais, fidèle aussi à la tradition d'opposition aux abus des souverains, ses relations avec les Aghlabides sont si exécrables que l'Emir lui interdit d'enseigner en 846. Mais, l'homme étant très populaire et surtout très écouté par le peuple, l'Emir finit par se résigner à sa libération tout en lui proposant la charge de qādi, à condition que lui-même et son clan soient hors de sa juridiction. Sahnūn refuse catégoriquement l'institution de régimes de faveur devant la justice, et le conflit va ainsi traîner durant trois années, jusqu'à ce que l'Emir abandonne finalement son exigeance et le nomme sans conditions en 850. Le vénérable juriste décède en 854, laissant derrière lui des dizaines de disciples qui feront du Malikisme le madh'hab sunnite par excellence au Maghreb et en Andalus, pour finir plus tard comme exclusif et le rester ... jusqu'à nos jours.
                Dernière modification par Harrachi78, 19 octobre 2022, 06h39.
                "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                • #9
                  4. Ere classique de la Civilisation islamique :

                  Cet aperçu que nous venons de voir sur la constitution du Sunnisme mālikite en Ifrīqiya, bien que condensé au maxium, avait aussi pour but de donner une idée sur la densité des flux en ce 9e siècle.

                  Les exemples de Asad b. Furāt ou de Sahnūn et de leurs voyages en quête de savoir sont à multiplier par milliers. Il faudra aussi compter le va et vient incéssant des marchands, ou encore les caravanes du Hajj qui font transiter des dizaines de milliers de personnes chaque année vers l'Orient ... etc. Comme on l'a vu plus haut, le temps des grandes armées arabes venant de l'E. s'achève dans les années 790, mais ça ne signifie pas une interruption totale du flux de militaires orientaux, celui-ci étant désormais constitué de contingents plus sporadiques et pas forcément arabes, avec l'apparition de mercenaires issus des peuples Iraniens et bientôt des Turcs.

                  Or, tout ce qui est décrit ici n'était pas exclusif au Maghreb. Ces flux humains, denses et continus, touchent tous les pays du domaine de l'Islam et dans tous les sens, ce qui crée des réseaux immenses de personnes, de groupes et d'intérêts, et qui relient désormais des contrées et des peuples qui n'avaient, jusque-là, jamais connus de relations directes. D'un autre côté, et sans que la structure éthnique de tout ce monde soit volontairement visée, le vecteur linguistique de cette dynamique et de tous ces réseaux sera l'arabe, ce qui participa à une sorte de nivellement par le haut et à la création d'une culture commune qui transcandait les origines éthniques et absorbait les diverses cultures préexistantes. C'est ainsi que se sont réunis tous les ingrédients qui font ce qui est appelé "Civilisation arabo-musulmane", une civilisation qui arrive au cours de ce siècle à sa pleine maturation et qui entre dans ce qui sera plus tard vu comme son époque "classique". On vois alors, partout, un foisonnement d'écrits de tous genres et dans divers domaines, exactement comme nous l'avons vu pour le domaine juridique plus haut, et une véritable explosion de créativité qui marquera les deux premièrs siècles abassides, à commencer par celui qui nous intéresse ici.

                  En un mot, ce 9e siècle fut une époque d'intégration économique et d'homogeneisation culturelle qui créa pour de bon un espace continu devenu "Monde musulman", en même temps qu'il inaugure la fragmentation politique et religieuse de l'Islam en tant que Communauté au sein de ce même espace. Donc, ce fut une période charnière dans notre propre histoire nationale et, d'une certaine manière, la première étape dans le long processus qui aboutira à la naissance de notre nation telle que la concevons. Mais, nous en sommes encore loin à ce stade, et une telle chose n'a encore aucun sens pour les habitants du pays à cette époque.

                  Essayons alors de faire le point, à ce stade, sur la situation culturelle et identiaire qui avait cours en Algérie et au Maghreb à cette époque :
                  Dernière modification par Harrachi78, 19 octobre 2022, 06h55.
                  "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                  • #10
                    5. Le peuplement de l'Algérie :

                    Il aurait été intéressant d'avoir une idée sur la taille de la population humaine du pays à cette époque. Malheureusement, c'est l'une des choses les plus difficiles à estimer à une telle distance. Tout ce qui pourrait être dit à ce sujet c'est que la population totale du Maghreb s'évalue, avant l'an 1000, à quelque chose qui va de 3 à 6 millions d'habitants. Impossible d'être plus précis que cela.

                    Ce total n'était naturellement pas réparti de manière homogène ou symétrique sur l'ensemble de ce grand Maghreb, et certaines zones étaient certainement plus peuplées que d'autres à diverses périodes. Mais, en supposant une distribution plus ou moins proportionnelle, le territoire de l'Algérie devait alors compter quelques chose entre 1 et 2 millions d'habitants au plus, soit quatre à cinq fois moins que la population de la seule ville d'Alger de nos jours. On pourrait doubler ou même tripler ce chiffre, nous resterons toujours dans des proportions infiniment plus modestes que notre population actuelle, et il faudra garder cela à l'esprit en pensant aux événements de ce temps, dans le sens -par exemple- où une armée de 50.000 hommes à cette époque équivaudrait à une force de 375.000 hommes de notre temps, soit plus du double de l'effectif de l'ANP aujourd'hui ...

                    Par-contre, à défaut de données chiffrées, la littérature arabe se développe beaucoup au cours de ce premier siècle abasside comme on a dit plus haut, et on voit apparaître les premiers ouvrages de géographie ainsi que les premières chroniques historiques, dont certains décrivent un peu ce Maghreb, y compris dans sa partie centrale. Cela permet d'avoir une meilleure visibilité les differents groupes éthniques ici ou mà par rapport aux deux siècles précédents, même ça reste encore très relatif, et surtout inégal dans le sens où certaines villes ou régions sont braucoup mieux connues que d'autres, et que la matière reste encore trop peu fournie pour une connaissance parfaite de ces choses.

                    Ainsi, le tout premier livre qui traite de l'Histoire du Maghreb depuis la conquête musulmane est l'œuvre de Abderrahmān b. Abdallāh b. al-Hakam (800-871), un juriste du cercle Mālikite d'Égypte, qui est d'ailleurs le plus ancien texte qui mentionne al-Barbar par ce nom. Il sera suivi de peu par Ahmad b. Yahyā al-Balādhuri (820-892) à Bagdad, alors que le premier géographe à qui on doit une description du Maghreb et de l'Algérie est Ahmad b. Abī-Ya3qūb al-Ya3qūbi (820-897), un natif de Bagdad aussi. D'autres sources issus des milieux ibādites permettent de connaître un peu des choses sur la partie Rustomide du territoire, notamment la chronique d'Ibn a-Çaghīr, qui vécut à Tāhart dans la dernière période avant la chute de la dynastie.

                    Globalement, de la lecture de ces sources du 9e siècle, il paraît que l'immense majorité des populations du Maghreb soit désormais musulmane. Difficile de savoir ce que ca vaut vraiment. Ces sources mentionnent aussi des communautés chrétiennes à divers endroits, même si elles ne donnent malheureusement aucun détail à leur sujet. La situation éthnique en vigueur depuis maintenant 300 ans reste donc valide puisque ces sources évoquent Barbar, Afāriq et Arabes comme composant la population. Mais, en réalité, la situation des groupes en question a pas mal évolué durant cette période. Voyons un peu cela pour chacun d'entre eux :

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                    Dernière modification par Harrachi78, 17 octobre 2022, 21h46.
                    "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                    • #11
                      a. Les Berbères :

                      Au 9e siècle, les Berbères constituent à l'evidence la majorité du peuplement. La distribution des principaux groupes de l'époque sur le territoire algérien se présentait, en gros, comme il suit :




                      1. Bilād a-Zāb (partie aghlabide du territoire algérien) :

                      Dans le N. Constantinois, 'est le grand bloc des Kutāma qui était l'élément majeur, occupant en gros tout ce que nous appelons de nos jours Petite-Kabylie à l'E. de la Soumam, mais qui s'étendait beaucoup plus à l'E., pratiquement jusqu'à la région de Būna (Annaba). Ce groupe se subdivisait en plusieurs dizaines de clans et de tribus, toutes sédentaires, généralement montagnardes, qui vivaient d'agriculture et dont la présence dans cette zone remontait à aussi haut que l'époque romaine. Le pouvoir aghlabide quadrillait le domaine des Kutāma par le réseau des villes Būna-Mīla-Satīf-Jījel.

                      Dans l'Aurès, cette époque est dominée par le groupe Hawwāra, établi dans la région au cours des deux siècles précédents après avoir habité l'O. de la Libye avant la conquête musulmane. Constitués de dizaines de clans aussi, les Huwwāra étaient semi-nomades et semblent encore l'être à cette époque. Les sources mentionnent aussi des groupes Awerba dans certaines zones à l'O. de l'Aurès. Il s'agit pour rappel du peuple de Kussayla deux siècles auparavant, probablement en résidus car le poids des Awerba à cette époque s'était déplacé beaucoup plus à l'O., dans la région de Walīla au N. du Maroc. Enfin, les sources citent aussi les Nefza parmi les groupes Berbères de cette région. Leur nom est en rapport avec celui de Tarīq b. Ziyād al-Nafzi, mais d'autres groupes homonymes sont signalés ailleurs, et on ignore donc si il s'agit de leur pays orignel ou non. Au S. de l'Aurès, c'est essentiellement les Luwāta qui prédominent, mais il s'agit de grandes steppes que parcourent leurs divers clans, tous nomades à cette époque, avec d'autres. Le pouvoir aghlabide quadrillait cet ensemble par le réseau Baghāy-Niqāwus-Tobna-Biskra.


                      2. al-Maghrib al-Awsatt (partie rustomide du territoire algérien) :

                      Dans notre Algérois actuel, les Zawāwa peuplaient déjà ce que nous appelons Grande-Kabylie de nos jours, alors que le Titteri était le pays des Sanhāja par excellence. Ces deux groupes sont sédentaires et leur mode de vie quzsi identique à celui des Kutāma à l'E En fait, Zawāwa et Sanhāja sont certainement apparentés, et le plus probable est que les Zawāwa soient un sous-groupe sanhājien à l'origine, ou alors une branche de Kutāma qui seraient un sous-groupe sanhājien. Mais nous n'avons rien de certain à ce sujet, et on ne peut donc que constater la communauté des modes de vie et des dialectes cet ensemble, que nous appelerons sanhājien, et dont la partie centrale du Tell algérien était apparemment le pays de longue date. Sinon, la nature des relations de ces groupes avec les Rustomides sont totalement inconnus, et il est possible que Tāhert n'ait jamais exercé d'autorité sur eux, ce qui ferait de cette zone une sorte de glacis flou entre eux et les Aghlabides. Plus au S. de cette zone, c'étaient les nomades zenāta de Bani Dammar et Bani Barzāl qui dominaient la steppe, et se trouvaient généralement en conflit avec leurs voisins sanhājiens du N. depuis des lustres.

                      Dans le S.-E. de l'Algérie actuelle, les Sadrāta dominaient globalement les territoires de parcours et le pays qui s'étendait de Warjilān (Ourgla) jusqu'aux contreforts S. de l'Aurès, là où commençait le domaine sous contrôle aghlabide. Ils assuraient à ce titre la liaison de Tāhert avec les autres groupes Berbères ibādites du S. tunisien et de l'O. libyen.

                      Dans l'O. de l'Algérie, coeur de l'Etat rustomide, la situation était plus complexe. Les groupes de Zanāta (Ifrān et Maghrāwa surtout) prédominaient à la base, mais on avait vu que d'autres groupes, venus de Libye et de Tunisie s'etaient installés dans la région au milieu du siècle précédent, dans le sillage des Rustomides, notamment les Matmāta et certains groupes de Hawwāra et de Luwāta, ou encore de Naffūsa. La zone en orange sur la carte indique l'espace concerné par ces mouvements, tandis que les groupes en dehors semblent être déjà présente avant la fondation de Tāhert au siècle précédent. Et comme tout ce beau monde vivait en nomade (sauf lrs Naffūsi qui étaient à Tāhert proprement dite), il n'est pas vraiment possible d'en dessiner la carte. Sinon, les tribus berbères du massif côtier (Dahra) sont bien moins connus pour cette époque, mais les Maghrāwa sont signalé à certains endroits. Enfin, à l'extrême O. du territoire algérien actuel, c'était les Meknāsa (des semi-nomades aussi) qui dominaient depuis leurs déplacement de la valée du Cheliff vers vers la zone entre l'O. de Tlemcen et la Moulouya au siècle précédent, et qui s'etendirent vers le S. jusqu'à Sijilmāsa, dans le Tafilalt marocain de nos jours.

                      ___________

                      A noter : la distribution que nous venons de survoler ici n'a rien d'exhaustif. Ça reprend juste les grandes lignes, telles qu'elles ressortent des sources contemporaines et postérieures disponibles, et qui ne touchent généralement que les grands groupes Berbères visibles par leurs auteurs, c'est-à-dire -pour l'essentiel- ceux qui étaient concernés par les mouvements politiques de l'époque. La réalité était encore plus complexe.

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                      Dernière modification par Harrachi78, 19 octobre 2022, 06h06.
                      "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                      • #12
                        b. Les Romano-africains

                        Contrairement aux Berbères dont la connaissance par les auteurs arabes s'améliore avec leur Islamisation, celle des Afāriq chrétiens reste toujours très vague, même si il est certain que ces populations existaient encore à cette époque.

                        Pour le Zāb, l'E. de l'Algérie actuelle donc, les géographes en mentionnent la présence dans toutes les villes de la province, depuis les oasis de Biskra à l'E. jusqu'à Tobna à l'O. Certains, comme al-Ya3qūbi, ont personnellement visité ces régions dans la deuxième moitié du siècle et font état, dans chacune de leurs descriptions de ces villes, de communautés d'Afāriq et de Rūm, qu'ils distinguent à la fois des citadins Arabes (avec qui il mentionne aussi des Perses à certains endroits) et des Berbères musulmans qui occupent généralement les campagnes et les steppes tout autour des villes du Zāb, mais dont certains habitent aussi les villes elles-mêmes. Par-contre, ces auteurs ne s'intéressent pas le moins du monde à ces chrétiens Afāriq/Rūm, et nous ignorons donc tout de leur organisation interne.

                        Pour le Centre et l'O. de l'Algérie, les villes sont beacoup moins nombreuses et les constatations des géographes bien moins précises. C'est surtout Tāhert qui est évoquée et, là encore, des chrétiens (Rūm) sont mentionnés, et même qu'une place assez connue dans la ville porte le nom d'al-Kanīssa ("l'Eglise"). Ces chrétiens de Tāhert sont en tout cas assez nombreux pour que certains imāms Rustomides en aient recrutés dans leur armée personnelle.

                        Donc, à part leur existence, qui est certaine et assez importante pour être notable pour ceux qui traversent le pays au cours de ce siècle, nous ne savons rien de l'évolution de ces populations chrétiennes par rapport aux deux siècles précédents. Si on devait utiliser l'exemple contemporain des populations romanes en Andalus, bien mieux documenté, le plus probable serait que, à défaut d'islamisation totale, ces communautés se sont déjà arabisées à ce moment, où qu'elles sont en voie avancée pour l'être. Cela est d'autant plus plausible qu'il n'existe plus aucune trace d'inscriptions latines de cette époque, pas même funéraires, et que toutes ces communautés vivaient désormais dans les villes avec les communautés Arabes qu'ils côtoient depuis plusieurs générations, sachant que ceux parmi eux qui s'étaient convertis à l'Islam au cours de cette période se sont déjà intégrés dans cette société arabe locale en tant que mawāli, contrairement à la masse des populations Berbères qui, même si devenues musulmanes, vivaient toujours dans leurs propres tribus sur leurs propres territoires, et ne subissiaent donc aucune influence culturelle directe des milieux citadins arabes quant à leurs langues et leur mode de vie.

                        Nous ne pouvons malheureusement rien dire de plus à leur sujet.

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                        Dernière modification par Harrachi78, 20 octobre 2022, 22h10.
                        "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                        • #13
                          c. Les Arabes

                          En terme de distribution, les populations arabes restent encore exclusivement citadines à ce stade. En suivant les descriptions des géographes, on en signale des communautés dans une bonne partie des villes. Une forte concentration dans les territoires Aghlabides, y compris dans le Zāb algérien (points en rouge sur la carte) :



                          Ici, les groupes Arabes constituent encore une aristocratie militaire pour l'essentiel restent la principale composante du jund aghlabide, mais le métier des armes est de moins en moins une exclusivité pour eux, et on vois désormais nombre d'entre eux dans d'autres domaines d'activité.

                          Par-contre, dans le Centre et à l'O. de l'Algérie, on en signale à cette époque seulement à Tāhert, Tlemcen, Ténès et Alger. Dans ce secteur, territoire Rustomide pour l'essentiel, les Arabes sont aussi des des rôles militaires en général, mais ils ne détiennent pas le pouvoir politique.

                          ______________

                          Partout où ils vivent, ces communautés arabes ne sont jamais seuls dans ces villes, y côtoyant des populations tantôt d'Afāriq, tantôt de Barbar et parfois les deux, sans qu'il soit possible savoir dans quelles proportions à chaque endroit. Les campagnes ou les steppes qui entourent ces villes sont par-contre toujours peuplées de tribus berbères selon les descriptions.

                          Les groupes dominants parmi les Arabes du Maghreb en ce 9e siècle sont de deux origines essentiellement : d'un côté, les déscendants des premières générations de conquérants qu'on désigne à cette époque par al-Baladiyyūn ou Ahl al-Balad (Fihrīdes, Muhallabīdes ... etc.) ; et d'un autre côté les déscendants du jund abbasside du Khorassān qui affluent en Ifrīqiyya à la fin du siècle précédent, et où prédomine la tribu arabe de Banī Tamīm dont est issue la dynastie Aghlabide elle-même. Ceux-ci, nommés al-Musawwida ("Porteurs du Noir") ou encore Abnā' a-Dawla ("Enfant de l'Etat") étaient alors les détenteurs du pouvoir en local.

                          Les liens directs avec l'Orient sont désormais distants, et la communauté de vie avec les deux autres groupes -qui dure maintenant depuis deux siècles- achève, au cours de ce siècle, de faire naître une identité arabe locale, y compris sur le plan linguistique puisque la langue arabe classique cessera -dans deux ou trois générations au plus- d'être une langue parlée, évoluant dans un premier temps vers un dialecte arabe proprement maghrébin, avant de se diversifier encore plus en divers dialectes citadins plus tard, intégrant au passage une partie des autres éléments éthniques en présence : c'est le début de la formation d'une partie de nos divers dārija actuelles, celles des grandes villes.

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                          Dernière modification par Harrachi78, 22 octobre 2022, 23h54.
                          "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                          • #14
                            d. Les Autres

                            Une dernière catégorie doit être signalée dans la composition humaine de notre pays à cette époque. Il s'agit de divers groupes, parfois d'origine servile comme les contingents de Noirs sub-sahariens (Sudān) ou d'esclaves Européens (Çaqāliba), introduits par dizaines de milliers dans les armées aghlabides, dont les émirs ont voulu contre-balancer la prépondérance du jund arabe traditionnel qu'ils n'ont jamais réussi à contrôler totalement et qui était une source interminable de mutineries et de révolte contre leur pouvoir. Mais il y avait d'autres groupes d'origine non servile, comme les nombreux Persans (3ajam) venus dans le sillage des troupes arabes du Khorassān en tant que mawāli des divers clans qui les constituaient, ou encore les groupes d'Andalousiens qui s'établissent sur les côtes du pays, soit dans des bourgades existantes soit en en créant de nouvelles, comme nous l'avons

                            Il ne s'agit pas là d'un groupe unique, ni de groupes identiaires comme les trois autres cités plus haut, mais plutôt d'une catégorie sociale qui, tout en s'intégrant culturellement dans le moule arabe (prolongeant donc l'élément arabe dans un certain sens) locale qui les les employait, y occupaient désormais des positions de pouvoir un peu partout et introduisaient, inconsciemment et par la force des choses, leur propre apport dans la composante éthnique et culturelle de cette nouvelle société maghrébine en formation. Là encore, il ne s'agissait pas d'un phénomène propre au Maghreb, mais plutôt d'une caractéristique générale à tous les pays d'Islam à la même époque.
                            "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                            • #15
                              6. Pendant ce temps ...

                              Pour conclure sur ce 9e siècle, jettons un rapide coup d'œil sur ce qui se passait dans le voisinage.

                              Depuis l'an 800, Charlemagne qui avait étendu son pouvoir sur toute l'Europe occidentale, transformant le royaume des Francs en Empire Carolongien. Après sa mort en 814, son fils Louis le Pieux lui succède comme roi des Francs et comme Empereur d'Occident, puis à la mort de ce dérnier en 841, l'Empire est partagé entre ses trois fils :



                              1. A l'E., il se constitua un royaume de "Francia Orientalis" dont le territoire correspond à peu près à ce que nous connaissons sous le nom d'Allemagne. Sa population est constituée de divers peuples, mais tous germaniques (Francs, Alamans, Saxons, Bavarois ... etc.)

                              2. Au Centre, ce fut le royaume du fils aîné qui hérite aussi du titre d'Empereur. Son territoire correspond à ce qui est de nos jours la Hollande, une partie de l'Allemagne du N., l'Alsace-Lorraine (dont le nom vient de Lothaire, souverain de cette entité), la Suisse, le S.-E. de la France et tout le N. de l'Italie. Il est habité par des peuples germaniques au N. (Francs, Saxons, Burgondes) et de populations romano-latines au S.

                              3. A l'O., il se constitue un royaume de "Francia Orientalis", recouvre la Belgique actuelle, ainsi que le N. et le le S.-O. de la France. Ce territoire est lui aussi habité par des peuples germaniques au N. (Francs) et romano-latines au S.

                              Ensuite, en 855, Lothaire meurt et son territoire médian est partagé entre ses deux frères, ne laissant plus que deux royaumes Francs sur la carte : Francie Orientale (qui deviendra plus tard royaume de Germanie) et Francie Occidentale (qui deviendra plus tard royaume de France). Ce partage est exclusivement politique à ce stade, mais on vois déjà se profiler l'évolution linguistique qui va créer une "France" et une Allemagne car, dans le document que les deux frères s'échangent à l'occasion de ce nouveau partage de l'Empire franc et que chacun va lire à ses troupes, celui de l'E. est rédigé en langue germanique et celui de l'O. en langue romane : c'est le point de naissance du français.

                              _____________

                              Pour ce qui est des Îles britanniques à la même époque, les royaumes anglo-saxons commencent à se regrouper sous le pouvoir du Wessex, mais ça sera pour faire face à une nouvelle invasion, celle des païens Vikings (ou Normands) qui viennent du Danmark actuel, et qui parviennent à se tailler un royaume dans tout l'E. de ce qui est de nos jours l'Angleterre après 886 :



                              D'ailleurs, ces tribus Normandes envahissent d'autres régions en Europe de l'O., et notamment le N. de la France actuelle, chassant les Francs d'une partie de leur ancienne Neustrie qui vient ainsi la Normandie.
                              "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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