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Dénonciation des conditions d’emprisonnement dans la prison d’Inezgane

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  • Dénonciation des conditions d’emprisonnement dans la prison d’Inezgane

    article publié le 24/11/2008
    auteur-e(s) : Attac Maroc
    Dénonciation des conditions d’emprisonnement dans la prison d’Inezgane.

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    Madame, Monsieur,

    Le Secrétariat National a reçu, depuis la prison d’Inezgane une lettre signée de prisonniers politiques –dont certains sont membres d’Attac- , arrêtés à la suite de la vague de répression qui s’est abattue sur Sidi Ifni à compter du 7 juin dernier. Certains d’entre eux sont là depuis la mi-juin, d’autres les ont rejoint quelques jours ou quelques semaines plus tard.

    Cette lettre relate les conditions de détention dans lesquelles vivent donc, depuis maintenant 5 moi nos camarades prisonniers politiques et droits communs, adultes et mineurs. Ces conditions sont à peine imaginables : chaque prisonnier dispose d’un espace vital de 80 ou 85 cm², c’est-à-dire qu’il ne peut s’allonger et reste donc en permanence recroquevillé, 20 heures sur 24 les jours de semaine, 24 heures sur 24 les week-end et jours de fête.

    Les conditions sanitaires lamentables entraînent de nombreuses maladies, notamment de la peau et la promiscuité –jusque dans la cellule dite « infirmerie » favorise la propagation des maladies contagieuses. Et il n’y a pour 1400 prisonniers aucun médecin affecté à la prison !

    C’est la raison pour laquelle, le jeudi 13 novembre, 32 prisonniers politiques de la prison d’Inezgane auxquels s’est joint Brahim Sebaalil, détenu à la prison de Salé, ont observé une grève de la faim d’avertissement de 24 heures. Il est encore temps que des mesures soient prises avant qu’ils ne soient amenés à entreprendre des actions plus dures.

    Le Secrétariat National d’Attac Maroc appelle à ce que les enfants soient immédiatement soustraits à cet environnement malsain et préjudiciable à leur santé mentale et physique et soient remis à leurs familles ou accueillis dans des centres adaptés à leur âge et leur offrant les conditions de vie, de scolarité et de santé auxquelles tout enfant est en droit de prétendre.

    Le Secrétariat National d’Attac dénonce la condamnation inique de sept prisonniers de Sidi Ifni à des peines d’un an, 8 mois et 6 mois de prison ferme, confirmées en appel le 4 novembre dernier. Il demande la mise en liberté immédiate de l’ensemble des prisonniers politiques qui , rappelons-le, sont incarcérés pour avoir défendu les droits des citoyens de Sidi Ifni à des services publics gratuits et de qualité et à un développement local à même de leur permettre de trouver un emploi et de jouir des ressources de la région et l’arrêt de toute poursuite à leur égard.

    Le Secrétariat National d’Attac Maroc vous prie de bien vouloir relayer par tous les moyens à votre disposition l’information sur les conditions inacceptables qui prévalent à la prison d’Inezgane afin que soient alertés l’opinion et les pouvoirs publics.Il appelle toutes les organisations de droits humains à se mobiliser pour faire cesser cette torture quotidienne et exiger de l’administration pénitentiaire et de son ministère de tutelle le Ministère de la Justice que des mesures immédiates soient prises afin que les prisonniers de cette prison puissent vivre dans des conditions décentes, salubres et respectueuses des droits fondamentaux de la personne humaine.

    Lire aussi la lettre de la prison d’Inezgane sur les conditions de détention.

    Message des prisonniers dénonçant les conditions d’emprisonnement.

    De la prison d’Inezgane, nous vous adressons nos salutations militantes,

    Notre maintien en prison est la preuve flagrante de la démagogie qui se cache derrière le nouveau concept du pouvoir et le slogan de « l’ère nouvelle ». Tout le bavardage et les applaudissements qui célèbrent la soi-disant amélioration des institutions pénitentiaires et de leur rôle éducatif et correctif ne sont que discours creux et mensonges, au regard de ce que vivent les détenus politiques et de droit commun dans la prison d’Inezgane.

    En ce qui concerne les cellules, il y en a de deux sortes :

    - les cellules de l’ancien quartier appelé « caserne ». Au nombre de 7, elles ont une surface de 6mx8m avec à l’intérieur une latrine et une douche d’1m² chacune et un bat-flanc près de la porte que nous utilisons comme cuisine où nous posons un réchaud électrique sur lequel les prisonniers préparent leur repas. Cela signifie qu’il ne reste pour les prisonniers –dont le nombre atteint 86 par cellule- que 40m². Les prisonniers sont donc obligés de rester recroquevillés toute la journée (20h/24) ce qui provoque des douleurs dans les articulations, surtout celles des genoux. La sortie dans la cour ne dure que 2 heures le matin de 9h à 11h et 2 heures l’après-midi de 14h30 à 16h30, sauf les samedis, dimanches et jours de fête, jours où les gardiens ne travaillent pas et les prisonniers restent enfermés toute la journée dans la cellule.
    - Les cellules du nouveau quartier appelé « quartier »* ont une surface de 7mx5m avec une latrine d’1m². 68 prisonniers y sont entassés.
    - Il y a aussi une autre cellule qui n’a d’infirmerie que le nom, où 16 lits superposés sont alignés sur 24m²… et où sont regroupés 28 prisonniers, diabétiques, asthmatiques, tuberculeux, sous dialyse, atteints de rhumatisme ou de sida.
    - Le quartier des mineurs, appelé « Pipi » comprend 6 cellules de moins de 35m² où sont entassés plus de 400 prisonniers de 5 à 17 ans !!
    - Une cellule est réservée aux homosexuels, fermée par une porte en fer et disposant d’une petite fenêtre grillagée : elle ressemble à un cachot et se trouve effectivement près de 3 autres cachots qui sont des cellules sans ouvertures où l’on enferme les prisonniers que l’administration punit parce qu’ils n’ont pas obéi ou selon l’humeur du personnel administratif ou son désir de vengeance. C’est ce qui est arrivé au détenu politique Mohamed Hafid Iazza. Les pensionnaires de ces trois cachots et de la cellule pour homosexuels sont perpétuellement en bute à des insultes, des provocations, des moqueries et des humiliations de la part des gardiens et des autres détenus.
    - Il y a aussi une autre cellule pour les fous et les malades mentaux qui se trouve elle aussi près des cachots. Ils sont au nombre de 40.
    - Enfin il y a le quartier des femmes qui seraient au nombre de 45 réparties en deux cellules plus une autre réservée aux femmes enceintes.
    - Il y a 4 blocs de douches d’eau froide, disposant chacun de 6 pommeaux, ce qui est totalement insuffisant, ce qui pousse les détenus soit à prendre la douche froide dans les cellules soit à ne pas en prendre du tout. Il y a donc environ 1400 prisonniers pour les 4 blocs de douches qui ne sont utilisables que pendant une heure de temps lors de la sortie à la cour. La majorité des prisonniers souffre de maladies de la peau, conséquence de la transpiration, du manque de douche et d’hygiène et des infections.

    La prison d’Inezgane est connue pour être l’une des pires du Maroc. Il n’y a pas un seul médecin malgré la situation sanitaire déplorable des détenus. Ainsi Hassan Talbi est parvenu à une situation critique du fait de la négligence de l’administration pénitentiaire. Un médecin, rattaché à la prison d’Aït Melloul * vient une fois par semaine, bénévolement, le mercredi.

    Cette situation remet en question les propos du Ministre de la Santé, Yasmina Baddou, qui prétend que son ministère a déployé des efforts en faveur de la santé pénitentiaire alors qu’une prison de 1400 détenus ne dispose même pas d’un médecin !!

    Face à la propagation des maladies et à l’absence de soins, l’hospitalisation est affaire de relations et de corruption. Il en est de même pour les visites, l’accès aux cuisines ou à l’économat. Il n’y a pas de bibliothèque ni de terrain de sport ni d’activités de loisir. La vie des prisonniers se limite à manger et à dormir et à la consommation de drogues qui sont vendues librement et en quantité sous les yeux des responsables, du fait de la présence d’un baron de la drogue qui monopolise ce commerce dans la prison. Comme on dit, créer le besoin crée l’offre et la demande et le sureffectif des prisonniers constitue un marché propice à toutes sortes de commerces qui commencent avec le « chef de chambre »* et finit par l’administration : les prix de la place dans une cellule varient selon le quartier et l’emplacement dans la cellule.

    Le quotidien de la vie du prisonnier c’est la répression, l’injustice, les pires formes de discrimination, La loi qui règne à la prison d’Inezgane est la loi du plus fort et du plus violent.

    C’est dans cet enfer de la prison d’Inezgane que sont placés les prisonniers politiques. D’autres rapports détaillés suivront qui concerneront les différents « services » de la prison pour dévoiler l’ampleur de la sauvagerie qui règne dans la prison et illustre ce qu’est « la nouvelle ère ». Cette sinistre réalité nous pousse à lutter davantage. Nos bourreaux oublient que le fait de nous éloigner de nos camarades et de nos familles ne fait que renforcer davantage notre amour pour notre terre et pour nos familles, davantage notre conviction de la justesse de notre cause et de la légitimité de nos idées et de nos principes.

    Nos salutations à tous les camarades et militants dans le combat, malgré la répression et les souffrances

    Venceremos Nous vaincrons سننتصـر

    Signataires N) d’écrou Bara Brahim 81101 Zakaria Rifi 82034 Hassan Agharbi 81934 Ouahadani Med 80932
    Proverbe Chinois : "Les vérités qu'on aime le moins à apprendre sont celles que l'on a le plus d'intérêt à savoir"
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