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Histoire de l'Algérie médiévale - le 10e siècle après. J.-C.

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  • Histoire de l'Algérie médiévale - le 10e siècle après. J.-C.

    A partir de l'an 900, l'histoire de l'Algérie et du Maghreb de manière générale se confond avec l'avènement d'un nouveau pouvoir politique : les Fātimides.

    Pour cerner correctement cet événement majeur de notre histoire, nous sommes un peu obligés de voir quand et comment est né ce mouvement qui n'est pas maghrébin à l'origine. Nous allons donc faire une retrospective, aussi brève que possible sur la genèse du Shi3isme ismaélien, avant de retrouver le file de notre propre histoire qu'il rejoint exactement à l'extrême fin du 9e siècle et en ce début du 10e siècle.


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    "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

  • #2
    1. Origines du Shīisme (657-765) :

    Comme nous avons pu le voir dans les topics dédiés au 7e et au 8e siècle, le Shiīsme commence à se constituer autour de Ali b. Abī-Tālib, cousin du Prophpète et époux de sa fille Fātima, qui assuma le califat de 657 à 661. En somme, shī3atu 3alyy signifie "Parti d'Ali", et ça regroupait au départ tous ceux qui croyaient en son droit légitime à succéder au Prophpète à la tête de la Communauté (oumma) musulmane, pour son mérite personnel chez certains et par droit inné chez d'autres.

    Après la mort du calife en 661, ses partisans se regroupèrent sous la bannière de son fils aîné, al-Hassan. Mais, ce dérnier ne souhaita pas prolonger la guerre-civile plus que cela, et accepta en 663 de renoncer au pouvoir au profit de Mu3āwiyya b. Abī-Sufyān, pour mourir paisiblement à Médine en 669. Toutefois, l'arrangement avec Mu3āwiyya n'était vu par personne comme une conversion du pouvoir califal en une monarchie dynastique, et on considérait que la question du pouvoir devait bien être remise sur la table à la disparition de Mu3āwiya. Ainsi, lorsque le fils de l'Omeyyade est proclamé calife en 680, les partisans des Alides ne vont pas se contenter de l'indignation générale : ils se regroupent immédiatement autour du deuxième fils d'Ali, al-Hussein, qu'ils appellent à Kūfa pour qu'il prenne la tête d'une révolte censée mettre fin à la spoliation du pouvoir par les Omeyyades.

    Ainsi, al-Hussein et la fine fleur de la famille Hachémite (Aal al-Bayt), quittent Médine avec une troupe de partisans pour rejoindre l'Irak, mais ils sont interceptés par une armée omeyyades aux alentours de Kūfa, et ils se voient finalement massacrés à Karbalā le jour de la fête d'Achura, sans que l'armée promise par les gens de Kufa ne pointe le bout du nez hors de la ville. Cette mort tragique du petit-fils du Prophpète provoque un choc général, mais plus encore chez les partisans Alides qui, à partir de là, vont se constituer en courant dissident de l'Islam. Ils décident ainsi que l'imāmat était une fonction permanente à portée mystique, et qu'elle n'était pas forcément liée au califat : les vrais croyants (les Shiītes donc) devaient reconnaître leur propre imām légitime, un Alide bien entendu, même lorsque le califat était tenu par des souverains illégitimes. C'est ainsi qu'est né le Shīisme proprement dit.

    Cela-dit, la chose restait encore imminement politique à ce stade, et divers groupes vont donc se regrouper autour de divers noms parmi les survivants de Aal al-Bayt, comme certains fils d'al-Hassan b. Ali (dont font partie les Idrissides), ou encore d'autres fils d'Ali issus d'autres épouses que Fātima la fille du Prophpète. Néanmoins, une des tendances va considérer que l'imamāt légitime se perpétuait exclusivement dans la lignée d'al-Hussein, le Martyr de Karbala. Ce dérnier groupe, eux s'appella al-Imāmiyya et adopte une position quiétiste, vénérant ses imāms sucessifs dans la clandestinité et évitant toute action politique ou subversive contre le pouvoir en place. Par-contre, d'autres groupes vont mener des rébellions ouvertes tout au long du siècle que va durer la dynastie omeyyade, et qui seront toutes noyées dans le sang, jusqu'à ce que les Abassides réussissent le coup en 750.

    Comme nous l'avions dit, les Abassides sont eux aussi issus d'un cousin du Prophpète, Abdallāh b. Abbās. Ils avaient annoncé initialement leur révolte au nom de Aal al-Bayt (dont ils estiment faire partie de droit) de manière générale, ce qui leur valut le ralliement de beaucoup de ces groupes Shiītes. Mais une fois au pouvoir, ils dévoilent publiquement qu'ils sont les légitimes sucesseurs du Prophpète et de Ali, ce qui va heurter directement les attentes des Alides et de leurs partisans. Mais, comme c'est les Imāmites qui étaient le groupe prominent parmi les Shiītes à cette époque, les premiers califes abasside durent tolérer leur existence, du moment qu'ils ne s'opposaient pas à leur pouvoir ouvertement ou les armes à la main, mais tout en soumettant leurs cousins les imāms et leurs proches à une surveillance policière permanente. C'est ainsi que naquit dans le Shiīsme la notion de taqiyya, c'est-à-dire garder la doctrine et l'enseignement du groupe dans le secret et afficher un discours conformiste en publique pour se prémunir contre la répression.

    Ainsi, de la mort tragique d'al-Hussein (qui est pour eux le 3e imām légitime après son frère et son père) en 680 jusqu'à l'avènement des Abbassides en 750, les Shiītes Imāmites reconnaissent une succession d'imāms, jusqu'à Ja3far a-Sādiq qui est le 6e de la lignée. Ce dérnier, grand juriste en son temps, fut contemporain des fondateurs des écoles Sunnites tels que Mālik b. Anas et Abū-Hanīfa al-Nu3mān, et c'est de lui que les Shiītes vont ensuite tirer leur propre fiqh et établir leur propre école juridique, qu'ils nomment al-Mad'hab al-Ja3fari. C'est donc à partir de cette époque qu'on peut dire que le Shiīsme cesse d'être un simple choix politique, pour devenir clairement et consciemment une orientation particulière de l'Islam en tant que religion.

    Toutefois, la mort de Ja3far a-Sādiq en 765 va marquer le début d'une nouvelle scission parmi les Shiītes et qui, comme nous allons le voir, intéresse directement notre histoire. Ce n'est donc pas encore fini ...

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    Dernière modification par Harrachi78, 27 octobre 2022, 22h16.
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    • #3
      2. Du Shīisme tout court au Shīisme Ismaélien (765-870) :

      La doctrines shiīte de l'imāmat avait commencé à prendre forme peu avant cela. Selon eux, l'imām etait sucesseur du Prophpète en termes pleins. Il avait un pouvoir spirituel et surtout législatif, étant infaillible et investi par Dieu de la capacité d'interpréter le texte coranique et de dire le Droit. Selon les imāmites, ce pouvoir se transmettait impérativement de père en fils dans la lignée d'al-Hussein b. Ali b. Abī-Tālib, via désignation formelle (naçç) de son sucesseur par l'imām en fonction. En somme, les imāms des Shiītes menaient une vie parallèle à leur vie publique, un peu comme des califes cachés, recevant au passage le khums (1/5e des fortunes) de leurs fidèles des quatre coins de l'Empire, ce qui leur permettrait d'entretenir leur communauté dans la clandéstinité, mais pour dire aussi que les enjeux financiers n'étaient pas négligeables.

      Ainsi, Ja3far a-Sādiq avait initialement désigné son deuxième fils Ismā3īl pour lui succéder. Ce dérnier, apparement très proche de certains cercles de Shīites extremistes (ghulāt), meurt toutefois avant son père, et lorsque le père meurt à son tour en 765, c'est son fils aîné Mūsā al-Kādhim qui sera reconnu par la majorité des fidèles Shīites comme 7e imām ... et c'est là où ça se complique ...

      Pour faire bref : le cercle de ghulāt qui gravitait autour du défunt Ismā3īl b. Ja3far considéra que le 7e māmat revenait au fils de ce dérnier, Mohamed, et non pas à son oncle Mūsā. La majorité imāmite va donc suivre Mūsa al-Kadhim comme 7e imām, et cette lignée va devenir ce que nous appelons Shīites duodécimans aujourd'hui, c'est-à-dire ceux qui existent en Irak, au Liban ou en Iran par exemple. L'autre groupe, minoritaire et de tendance ésotérique, va garder son allégeance à Mohamed b. Isma3īl comme 7e imām et, après sa mort en 795, à ses déscendants. Cette tendance sera nommée Shīisme Septiman ou simplement Shiīsme Ismaélien, et c'est de la lignée de ses imāms que va sortir la dynastie des Fatimide deux siècles plus tard.

      Mais, alors que les chefs imāmites seront toujours connus (5 imām vont se succéder après Mūsa al-Kādhim jusqu'à la disparition du 12e en 874), les Ismaéliens vont entrer dans une totale clandéstinité et disparaître dans le secret pendant au moins trois générations, pour ne réapparaître sur la scène qu'à partir des années 870. C'est cette dernière phase qui nous intéresse le plus car c'est avec elle que va survenir la jonction avec l'histoire de l'Algérie et du Maghreb.

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      Dernière modification par Harrachi78, 27 octobre 2022, 22h09.
      "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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      • #4
        3. Qu'est-ce que le Shiīsme Ismaélien ? :

        Donc, durant une période qui va de la mort du 7e imām selon les Shhites Ismaéliens (Mohamed b. Ismā3il) en 795 jusqu'à l'apparition publique du premier imām Fatimide en 900, la lignée plonge dans le secret le plus total, et il n'y a rien de certain sur ce qui s'est passé en son sein durant ces 3 ou 4 générations. Des quelques faits notables, on cite que sous le 8e imām, un supposé Abdallāh al-Akbar, le commandement ismaélien quitte Kūfa en Irak, jusque-là son centre, pour s'établir à Salamiyya en Syrie. De là, un réseau de disciples missionnaires sera patiement mis en place, et nombre d'entre eux iront ainsi aux quatre coins de l'Empire fair la "sainte propagande" (a-da3wa al-hādiya) au nom de ces imāms ismaéliens que personne n'avait droit de voir ni de connaître en dehors d'un cercle très restreint d'intermédiaires, et dont même le nom réel était tenu secret au nom du prince de taqiyya.

        Comme nous avions vu plus haut, dès l'origine du mouvement, le cercle d'Isma3īl b. Ja3far et ensuite de son fils Mohamed était de la catégorie des ghulāt a-shī3a ("partisans exagérateurs"), c'est-à-dire des extremistes que même les Shiites Imāmites considéraient comme impies. Pour résumer à l'extrême, ils partaient à la base d'une vénération outre-mesure de la personne d'Ali b. Abī-Tālib, en qui ils voyaient une sorte d'incarnation de la divinité. Ils perpétuaient ensuite cette vénération dans la lignée de leurs imāms qui, selon eux, étaient les manifestations successives de la même divinité et les dépositaires d'un savoir supérieur et exclusif. Puis, partant de cette base qui était déja plus ou moins commune à divers groupes de ghulāt au 8e siècle, la doctrine ismaélienne s'élabore et se complexifie au cours de ce 9e siècle au secret : empruntant des concepts aux spéculations de la philosophie grècque autant que de la théologie chrétiennes et d'autres traditions antiques, ils se mettent à considérer que le monde fonctionnait selon un rythme de cycles par 7, chaque waçyy (prophpète) étant suivi par 7 walyy (imām) dépositaires du savoir divin ... etc. Or, toutes ces spéculations étaient totalement inconnus de l'Islam primiti et, de plus, leurs résultats heurtaient clairement les conceptions islamiques générales qui étaient admises depuis déjà 200 ans.

        Il fallait donc justifier cet écart évident avec le reste de la Communauté, et pour cela la doctrine ismaélienne devint gnostique : il existerait selon eux deux mondes parallèles en toute chose : d'un côté celui qui est visible (dhāhir, "exotérique") et accessible à tous ; et d'un autre côté celui qui est caché (bātin, "ésotérique") et réservé à une élite. Chaque verset coranique avait donc son sens visible et son sens caché, ce dérnier n'étant accessible que par le ta'wīl (interprétation allégorique) dont le secret (sirr) serait transmis par la divinité à travers les personnes des imāms qui sont saints, impeccables et omniscients. Le résultat concret de cette orientation est que le Droit islamique et ses règles relèveraient du Dhāhir et concernent, d'après eux le commun des Musulmans, alors que l'imām et l'élite de ses proches ont accès à un savoir encore plus profond, celui du Bātin, qui permettait une perception plus élevée de la réalité, et ce savoir devait rester secret au sein de cette élite afin de ne pas troubler la masse des ignorants que le Dāhir devait effectivement régir pour l'intérêt général.

        Partant de cette conception, le groupe fonctionnait selon un système à la fois pyramidal et de cercles concentriques : l'imām caché s'exprimait exclusivement par l'entremise d'un hujja qui était seul à le connaître personnellement ; celui-ci recrutait des chefs-missionnaires qui étaient seuls à le connaître personnellement et ceux-ci recrutaient d'autres missionnaires qui étaient en lien exclusif avec eux et ainsi de suite. De même, l'introduction des recrues aux secrets ismaéliens se faisait par paliers sucessifs et s'étalait sur des années, jusqu'au grade ultime de hujja qui était seul à connaître la personne et la pensée de l'imām, ce dérnier étant dans le secret de Dieu lui-même et par inspiration directe.

        Voilà en somme, et en très condensé, en quoi consistait le Shiisme Ismaélien dont va sortir la dynastie Fatimide vers l'an 900. Revenons donc au fil des événements là où on s'était arrêtés plus haut, c'est-à-dire à dire dans les années 870.

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        Dernière modification par Harrachi78, 29 octobre 2022, 18h27.
        "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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        • #5
          4. (Ré)apparition des Fatimides (870-900) :

          En 874, le 12e imām des Shiītes Imāmites, un efant surnommé Mohammad al-Mahdi, disparaît dans des circonstances mystérieuses. Cela posait un sérieux problème car, selon leur doctrine, l'univers a toujours un imām en fonction, qu'ils soit connu publiquement ou caché par taqiyya. Mais la doctrine dit aussi que l'imāmat passait impérativement de père en fils dans la déscendance d'al-Hussein b. Ali b. Abī-Tālib. Or, l'enfant disparaît sans déscendance, ce qui sèma le trouble dans les esprits. On déclara alors que l'imām était tout simplement entré en occultation (ghayba), qu'il restera vivant, communiquant avec ses fidèles par l'entremise de certains agents attitrés, et qu'il reviendra un jour comme Mahdi sauveur, pour établir la justice et mettre fin à la tyrannie. Cette situation n'était pas agréable pour tous les Imāmites car ca mettait définitivement un terme à leur espérance de voir un des imāms prendre le califat aux Abbassides, et les condamnait à une attente messianique sans fin. Coincidence ou coup calculé, c'est à ce moment précis que la branche ismaélienne refait surface publiquement.

          Ainsi, en cette même année 874, un certain Hamdān Qarmate, dā3i des Ismaéliens à Kūfa déclaré une violente révolte contre le pouvoir Abasside et met le S. de l'Irak à feu et à sang, avant de s'étendre vers l'E. de l'Arabie où il fonde un Etat qarmate. En 881, le dā3i ismaélien au Yémen, Ibn Hawshab, lance un mouvement similaire et parvient à mettre en place un autre Etat ismaélien là. Vers 886, Ibn Hawshab charge un missionaire nommé Abū-Abdallāh al-Çan3āni d'organiser la da3wa ismaélienne au Maghreb, et celui-ci parvient effectivement à la mettre en place chez les Kutāma, dans l'E. algérien à partir de 893. Nous y reviendront dans le détail sous peu.

          Pour l'heure, le QG du mouvement à Salamiyya (Syrie) reste secret et l'identité de l'imām ismaélien en fonction toujours inconnue. Mais, en 898, un certain Ubaydallāh hérite de l'imāmat et décide qu'il était temps de mettre fin au secret : il se révèle donc à sa communauté et affirme être al-Mahdi attendu. Accepté par le Yémen et les autres cellules ismaéliennes en Iran et ailleurs, la prétention de Ubaydallāh est toutefois rejetée par les Qarmates, tandis que la police abasside prend conscience du danger et commence à le rechercher activement. En 903, l'étau se resserre, et Ubaydallāh al-Mahdi se voit obligé de fuire Salamiyya en apprenant qu'une armée qarmate se dirigeait vers la Syrie pour lui régler son compte. Il songea d'abord à aller au Yémen chez Ibn-Hawshab, mais il finit par prendre direction vers l'Occident, où Abū-Abdallāh al-Çan3āni était parvenu à réaliser de grandes choses avec ses Kutāma au bout de 10 années de luttes.

          C'est donc à partir de là que le destin des Fatimides ismaéliens va rejoindre celui du Maghreb. Retour donc en Algérie ...

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          Dernière modification par Harrachi78, 30 octobre 2022, 00h06.
          "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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          • #6
            5. Abū-Abdallāh a-Shīi et les Berbères Kutāma (893-909) :

            Avant son installation chez les Kutāma du N. Constantinois, nous savons très peu de choses sur le nommé Abū-Abdallāh al-Hussein b. Ahmed. On le dit al-Çan3āni et donc originaire de Sanaa (Yémen), mais c'est à Koufa qu'il apparaît pour la première fois, lorsqu'il s'enrole avec son frère Abū-l-Abbās dans la da3wa ismaélienne dans les années 880. Il séjourne un moment en Egypte, avant d'être envoyé auprès d'Ibn Hawsahb au Yémen en 888, auprès que ce dérnier eut réussi à faire triompher la da3wa shiite dans ce pays et à y établir un premier État ismaélien. En 893, ce chef de la mission yéménite charge Abū-Abdallāh d'installer une première cellule ismaélienne au Maghreb. Il part donc pour le hajj et rencontre à la Mecque un groupe de notables Berbères, tous issus de la confédération de Kutāma de l'E. de l'Algérie. Certains d'entre eux avaient apparemment des sympathies shiītes, et tous s'attachèrent à cet homme pieux et qui leur parut très versé dans la religion, particulièrement en ce qui concerne Ahl al-Bayt du Prophpète et ce qui s'en suit. Comme il se disait enseignant en Egypte, ils lui demandèrent de les accompagner dans leur pays afin d'y exercer son métier et les instruire. Sur le chemin, le dā3i, qu'on appela alors Abū-Abdallāh a-Shīi, va recruter deux nouveaux disciples qui ne le quitteront plus, notamment un professeur d'origine andalouse qu'il croise à Sujmār, ville aujourd'hui disparue, qui fut sa première halte en territoire algérien.



            Le groupe arrive dans le Constantinois quelques mois plus tard, et Abū-Abdallāh s'installe dans le village d'Ikjān au N. de Mīla, auprès du clan kutāmien des Bani Saktān. Fidèle aux usages ismaélien, le dā3i garde son enseignement secret et se limite dans un premier temps à recruter un groupe réduit de missionnaires locaux qui, à leur tour, vont faire de même dans les divers clans et tribus du pays Kutāma. Petit à petit, un réseau de missionnaires se constitue et, dès 895, le mouvement secret sucite la suspicion de certains chefs Kutāma, méfiants à l'égard de ce mystérieux Mashriqi ("Oriental") à l'enseignement étrange, et bientôt c'est le gouverneur aghlabide à Mīla qui réclame sa remise aux autorités. L'affaire tourne vite au vinaigre, et les Béni Saktāne sont mis sous pression à tel point qu'ils se déclarent incapables d'assurer la protection du dā3i. Abū-Abdallāh quitte alors Ikjān pour se réfugier à Tazrūt, toujours dans la région de Mila, mais auprès d'un clan kutāmien plus puissant, les Bani Ghashmān.

            La démarche du chef missionnaire va donc se poursuivre à Tazrūt, et le cercle de ses adeptes va continuer à grandir. En 902, sa force devient telle qu'une coalition se forme entre les tribus Kutāma qui lui étaient hostiles et les chefs Arabes des villes de Mīla, Sétif et Belezma, ainsi que la tribu berbère des nomades Mezāta. L'attaque contre Tazrūt échoue toutefois, et c'est finalement Abū-Abdallāh, à la tête de 2.700 hommes, qui va prendre Mila : la révolte ismaélienne est officiellement lancée.



            Enhardi par sa victoire à Mila, Abū-Abdallāh y nomme un gouverneur kutāmien (Yūsuf b. Maknūn) et se réinstalle à Ikjān d'où il entame une purge sanglante de tous les chefs opposants parmi les Kutāma. Entre temps, l'Emir aghlabide prennait enfin conscience du danger ismaélien et envoi une armée de 12.000 hommes du jund arabe qui reprend Mila. En 903, au moment ou l'armée aghlabide marchait contre Sétif, l'Emir est assassiné à Qayrawān et son frère, qui commandait la campagne, rebrousse aussitôt chemin pour aller s'emparer du pouvoir, mais il sera lui-même trahi à Belezma et sa tête envoyée à Qayrawān.

            La pagaille survenue ainsi au sein de la Maison Aghlabide offrit un répit inespéré à Abū-Abdallāh al-Shīi. Il en profite pour regler définitivement les affaires internes des Kutāma, et tout au long de l'année 904, il soumet une bonne fois pour toutes l'ensemble des sept tribus de la confédération : Ijjāna, Lattāya, Jimāla, Malūsa, Danhāja, Urīsa ainsi que les Maslāta, la seule branche ibādite parmi les Kutāma et qui qui lui étaient les plus hostiles jusque-là.

            En 905, le pouvoir aghlabide retrouve un peu d'ordre et nouvel Emir regarde de nouveau vers l'O. Une puissante armée est rassemblée et prend ses quartiers à Constantine. Mais les Kutāma sont désormais unis et ainsi de nouveau vainqueurs à Baghāïa. Ils poussent leur avantage en 906, prenant Belezma et Tobna, capitale de tout l'E. algérien (al-Zāb), où le kutāmien Maknūn b. Dubāra est nommé gouverneur. En 907 Abū-Abdallāh al-Shīi s'avance vers l'E., contourne Constantine dont le siège est un échec, prend Tijis (Aïn el-Bordj), Tifāsh, Qālama (Guelma) et Būna (Annaba). Tout l'E. algérien est sous son pouvoir.

            En 908, une contre-offensive aghlabide parvient à récupérer certaines des positions perdues en territoire algérien. Mais Abū-Abdallāh rassemble toutes les forces Kutama et repousse l'armée aghlabide vers le territoire tunisien, prenant au passage Tébessa, avant de rentrer à Ikjān pour l'hiver. Il revient à l'assaut au printemps 909, et écrase définitivement le jund aghlabide à Laribus en Tunisie. La route vers Qayrawān était désormais ouverte et, en apprenant la nouvelle, l'Emir Ziyādatallāh III ne trouve pas mieux que de fuire le pays : en à peine quelques jours, l'Etat aghlabide s'effondre comme un château de carte, après un siècle d'existence.

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            Dernière modification par Harrachi78, 07 novembre 2022, 04h41.
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            • #7
              6. L'Histoire parallèle et secrète :

              Pendant que cette révolution ismaélienne était menée publiquement en Algérie et en Tunisie par les épés des Kutāma, une autre histoire se déroulait, parallèlement et dans le secret, et dont la jonction avec les événements décris plus haut aboutira à l'avènement du premier calife Fatimide :

              Lorsque Abū-Abdallāh a-Shīi et son frère rejoignent le cercle ismaélien à Kūfa (Irak) dans les années 880, la da3wa se faisait encore au nom de l'imām caché, Mohamed b. Ismā3il, qui était mort depuis plus d'un siècle. Certains hauts placés étaient au courant que le QG du mouvement se trouvait à Salamiyya (Syrie), mais ceux qui assuraient la liaison avec ce centre n'y rencontraient qu'un agent (wakīl) ou, au mieux, le représentant suprême (Bāb al-abwāb) de l'imām, l'indentité de ce dérnier étant toujours inconnue : personne ne connaissait personnellement en dehors de ce cercle très restreint et il ne se montrait jamais à personne. Ainsi était l'usage de la secte depuis la mort de Mohamed b. Ismā3il au siècle précédent.

              Or, en 899, un jeune de 25 ans, Ubaydallāh b. al-Hussein devient imām caché à Salamiyya et pense qu'il était temps de mettre fin au secret. A ce moment, Abū-Abdallāh était installé chez les Kutāma depuis près de 6 ans, et c'est son frère Abū-l-Abbās qui assurait la liaison avec Salamiyya. Il reçoit donc la lettre de proclamation de Ubaydallāh comme imām et, contrairement à la cellule irakienne qui rejette cette prétention, le dā3i du Maghreb le reconnaît et entretiendra une correspondance permanente avec lui par le biais d'Abū-l-Abbās.

              En 903, les problèmes induits par la divulgation de son identité atteignent leur paroxysme et l'imām ismaélien se voit obligé de fuire Salamiyya. Poursuivi tant par les autorités abassides que par les dissidents ismaéliens (Qarmates), il se cache en Palestine dans un premier temps, passe en Egypte en 904 et songe à aller au Yémen pour y trouver refuge et protection auprès de son agent là-bas. Or, c'est à ce moment précis qu'Abū-Abdallāh al-Shīi parvient à unifier définitivement les 7 tribus de Kutāma et à entamer la conquête de l'E. algérien avec la prise de Sétif et de Mila. Il implore donc l'imām en fuite de venir le rejoindre au Maghreb, ce que ce dérnier va accepter, d'autant que sa couverture venait d'être grillée en Egypte et qu'il risquait désormais d'être pris par les Abassides.

              Ubaydallāh se dirige donc vers Tripoli (Libye) en 905, accompagné de son jeune fils Abū-l-Qāsim, de quelques fidèles serviteurs et d'Abū-l-Abbās, le frère du dā3i du Maghreb. Arrivé sur place, il y reçoit une délégation de chefs Kutāma qui viennent lui rendre hommage, et qu'Abū-l-Abbās va alors accompagner afin de préparer la venue de l'imām à Ikjān. Cependant, les autorités abassides avaient déjà fait parvenir le signalement du groupe à Qayrawān, et Abū-l-Abbās se fera ainsi arrêter dès son arrivée en ville.

              Cela chamboula une nouvelle fois les plans de Ubaydallāh : il ne pouvait pas rester à Tripoli et tout passage par le territoire aghlabide pour atteindre Ikjān lui était interdit. Il n'avait donc pas d'autre choix que de tracer encore plus vers l'O., et c'est ainsi qu'il prit le chemin de la lointaine Sijilmāsa par la route du S., faisant à peine une halte de quelques semaines à Biskra. Comme toujours, l'homme se présente au monde comme un riche marchand, et c'est ainsi qu'il va discrètement s'installer à Sijilmāsa où il achète des propriétés, s'engage dans des affaires et noue des relations avec les marchands locaux ... etc. Ubaydallāh restera ainsi caché durant 4 années, entretenant une correspondance secrète et régulière avec Abū-Abdallāh, jusqu'à ce que les Kutāma soient finalement victorieux des Aghlabides en 909.

              Revenons donc au fil des événements en Algérie à ce moment précis, c'est-à-dire au moment de la fuite du dérnier émir Aghlabide et à la veille de la prise de Qayrawān par les armées Kutāma.

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              Dernière modification par Harrachi78, 07 novembre 2022, 15h40.
              "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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              • #8
                7. Avènement des Fatimides (909) :

                Il aura donc fallu presque 20 ans à Abū-Abdallāh a-Shīi pour transformer les Kutāma d'un amas de clans et de tribus montagnardes querelleuses en une force militaire motivée et redoutablement efficace. Après leur victoire à Laribus en 909, l'émir aghlabide prend la fuite, et Qayrawān tout comme leur palais voisin de Raqqāda se rendent tout simplement sans combats, après avoir négocié un sauf-conduit avec Abū-Abdallāh.



                Au même moment, la situation de Ubaydallāh à Sijilmāsa change dramatiquement. Les Nouvelles des victoires de Kutāma se diffusent à travers tout le Maghreb, et tous les souverains locaux commencent à craindre cette explosion d'énergie que nul n'avait vu venir. Peu avant sa défaite finale, l'Emir aghlabide avait eu vent que le type derrière ces troubles se cachait à Sijilmāsa, et il envoya un courrier au chef de la ville çofrite, al-Yasa3 b. Midrār, l'informant de la véritable identité du prétendu marchand orienral qui residait chez-lui depuis quelques années déjà. Le prince de Sijilmāsa ne réagit pas dans un premier temps, mais lorsque arrive la nouvelle de la prise de Qayrawān et de la chute des Aghlabides, il prend peur et fait arrêter Ubaydallāh et toute sa suite.

                Abū-Abdallāh se trouvait à Raqqāda lorsqu'il est informé de cela. Les opérations militaires en Tunisie n'étaient pas totalement achevées à ce moment et il ne pouvait pas faire grand chose. Il tente néanmoins d'envoyer un commando de 100 guerriers Kutāma sensés exfiltrer son maître en douce, mais le groupe ne parvient pas à dépasser Tāhert car les autorités Rustomides étaient elles aussi en alerte sur ce sujet. Abū-Abdallāh devra donc prendre son mal en patience et prier pour qu'il parvienne à agir avant qu'il ne soit trop tard pour son protégé.

                Ainsi, après avoir éliminé les dernières poches de résistance des loyalistes aghlabides, Abū-Abdallāh nomme un jeune kutāmi comme régent à Raqqāda, Abū-Zaki Tammām b. Mu3ārik al-Ijjāni, et se dirige lui-même à la tête de l'armée Kutāma vers l'Occident. A peine sorti de Tobna, le dā3i ismaélien reçoit le chef de la confédération berbère des nomades Zanāta au Maghreb Central, Mohamed b. Khazar, qui fait son allégeance. L'armée passe ensuite par Tāhart ou le pouvoir des Rustomides était déjà en décomposition à cause de la guerre civile qui y faisait rage depuis une dizaine d'années. La riche cité est prise quasiment sans combats, et le dernier imām Rustomide ainsi que ses proches est exécuté sans délai alors qu'un autre chef kutāmien, Dawās b. Çawlat al-Lahīçi est nommé gouverneur au nom du nouveau pouvoir. Abū-Abdallāh marche ensuite hâtivement vers Sijilmāsa, et fait encercler la ville par son immense armée tout en réclamant gentiment à son Emir de lui livrer le prisonnier.

                al-Yasa3 va tergiverser quelques jours, mais il cédera finalement à la pression et fait libérer Ubaydallāh. Arrivé dans le camp d'Abū-Abdallāh, celui-ci tombe aux pieds de son imām en pleurant. Il se relève ensuite, et s'adresse aux Kutāma en hurlant : Ô amis de Dieu (awliyā' Allāh) voici mon Maître et le vôtre ! Et il n'en fallait pas plus pour que la masse des guerriers surchoffés se ruent sur les murs et les portes de Sijilmāsa, prenant la ville en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire et la livrant à un sac en règle.

                Ainsi, fut proclamé pour la première fous au monde le nom et le visage de l'imām des Ismaéliens : Abū-Muhammad Ubaydallāh al-Mahdi, celui qui -selon eux- devait changer l'univers et faire enfin régner la justice et le pouvoirs légitime des souverains légitimes de la lignée de Ali b. Abī-Tālib et de Fātima b. Muhammad le Prophète. C'est le début officiel de al-Dawla al-Fātimiyya ...

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                "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                • #9
                  8. Ubaydallāh al-Mahdi (909-934) :

                  Après sa libération par l'armée Kutāma, al-Mahdi séjourne 40 jours à Sijilmāsa, y recevant l'allégeance des tribus du Drāa, du Sūs t du Tārudant Marocains. Il nomme y nomme Ibrāhim b. Ghālib al-Maslāti comme gouverneur et marche ensuite vers l'E.

                  Il repasse par Tāhert, dont la population s'était entre temps rebellée contre le gouverneur fatimide et chassé la garnison kutāmienne en faisant appel aux Zenāta de Mohamed b. Khazar. al-Mahdi y restaure son autorité et envoie une expédition punitive contre les Zanāta, sans parvenir à chopper Ibn Khazar qui s'était réfugié dans le désert avec les siens.

                  Arrivé dans l'Ouarsenis, il attaque la tribu de Darīsa et prend leur ville (aujourd’hui disparue) de Tamāqalt. Il entre ensuite dans le Hodna et nomme Yahyā b. Sulaymān al-Mālusi gouverneur de Tobna et de tout le Zāb.





                  Arrivé enfin à Ikjān, que les Ismaéliens appelaient Dār al-Hijra, il est acceuilli en véritable méssie par les Kutāma. Leurs chefs déchantent toutefois lorsqu'il exige que tous les trésors de la da3wa lui soient remis, et qu'il leur demande de se préparer tous à le suivre en Ifrīqiyya. Un mois plus tard, l'immense cortège prend la route de Qayrawān et c'est ainsi que le Mahdi ismaélien fait son entrée triomphale à Raqqāda. Nous sommes alors en Janvier 910, et le premier vendredi qui suit, le sermon et la prière sont officiellement prononcés au nom de l'imām ismaélien. L'Islam n'a désormais plus un seul Calife.

                  La situation n'était pas pour autant totalement sous contrôle, et Tāhert se révolte une nouvelle fois juste après le départ du Mahdi. Celui-ci y envois alors Hārūn b. Yūnus al-Izyāyi, chef suprême (Shaykh al-māshāyikh) des Kutāmiens et un des premiers ralliés à la da3wa ismaélienne qui parvient à éloigner les Zanāta, mais toujours sans parvenir à détruire leur force. Quelques semaines plus tard, c'est Abū-Abdallāh al-Shīi en personne qui prend la tête de l'armée Kutāma, et part en campagne afin de pacifier une bonne fois pour toutes ce turbulent Maghreb Central ...

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                  Dernière modification par Harrachi78, 11 novembre 2022, 17h00.
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                  • #10
                    9. La Purge (911) :

                    Abū-Abdallāh a-Shīi commence par régler le cas d'Ibn Khazar qui est sévèrement battu près de Tobna. Mais l'insaisissable chef des Zanāta échappe encore une fois à ses poursuivants kutāmiens et restera à jamais une épine dans le pied des Fatimides au Maghreb. Le dā3i défait ensuite une autre coalition berbère aux alentours de Tāhert, avant de s'installet un moment dans l'ancienne capitale rustomide qui se tient tranquille en sa présence.

                    Il se dirige ensuite vers Ténès qui est prise rapidement, et d'où il envoie divers corps d'armées pour soumettre toute la côte de l'O. algérien. Or, lors du séjour à Ténès, une réunion secrète est tenue entre lui et ses principaux lieutenants : son frère Abū-l-Abbās et les chefs kutāmiens Hārūn b. Yahyā al-Maslāti, Abū-Zāki Tammām al-Ijjāni et Ghazawiyya b. Yūsuf al-Malūsi. Le groupe lui fait part de ses soupçons quant aux intentions du Mahdi et de sa volonté de les priver des privilèges qu'ils estiment avoir acquis au Maghreb par la force de leurs armes. Abū-Abdallāh se montre réceptif à leur démarche et ils s'entendent tous à agir une fois de retour dans la capitale.

                    En 911, après avoir soumis les tribus de la Vallée du Cheliff, l'armée rentre donc à Raqqāda et les conjurés s'attèlent immédiatement à la mise en pratique de leurs plans. Toutefois, Ghazawiyya b. Yūsuf jouait double jeu et informa secrètement le Mahdi de ce qui se tramait dans son dos. Le calife échafauda alors son propre plan : il commence par disperser les hommes d'Abū-Abdallāh en les envoyant vers diverses positions de gouverneurs dans les provinces, mais avec instruction de les liquider dès leur arrivée à destination. Ainsi, Abū-Zāki est envoyé à Tripoli où son propre oncle, Maknūn b. Dubāra al-Ijjāni était en poste, lui portant lui-même la lettre du Mahdi qui lui ordonne d'exécuter son neveu. Une fois cela fait, le Mahdi convie Abū-Abdallāh et son frère au palais et les fait tuer sans pitié par Ghazawiyya lui-même, pendants que leurs autres supporters à Raqqāda et à Qayrawān étaient pourchassés. Ainsi, après 20 années de loyaux services à la da3wa ismaélienne et à peine une année après avoir sauvé Ubaydallāh al-Mahdi et lui avoir offert le pouvoir sur un plateau, Abū-Abdallāh a-Shīi est liquidé sans le moindre ménagement par son ancien protégé. Politique ...

                    En apprenant la nouvelle, les Kutāma sont en émoi car leur révérence pour leur vieux dā3i était immense. Des troubles commencent alors parmi ceux qui se trouvaient à Qayrawān, et bientôt c'est en pays Kutāma que le vent de la fronde va souffler contre le Mahdi. Pendant ce temps, Tāhert se soulève une fois encore contre son gouverneur fatimide qui est chassé, tandis que sa famille capturée était livrée à Mohamed b. Khazar al-Zanāti.

                    En un mot, à peine Ubaydallāh al-Mahdi en possession du pouvoir, il se retrouve face au défi de le conserver, apprenant à ses dépends qu'etre un souverain au Maghreb n'était jamais chose acquise pour personne, fut-il un imām de Ahl al-Bayt, et qu'il faudra encore et toujours s'imposer pour pouvoir conserver son titre. Fatiguant ...

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                    Dernière modification par Harrachi78, 09 novembre 2022, 02h37.
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                    • #11
                      10. Fin de la Tāhert ibādite, origines des Mozabites (912) :

                      En 912, la première action du Mahdi après la purge sanglante sera de reprendre en main (encore une fois) l'incontrolable Tāhert. La ville est reconquise assez rapidement par une armée fatimide mais, contrairement aux fois précédentes, la population sera durement châtiée, la cité livrée au sac et partiellement brûlée. Par ailleurs, le gouverneur Dawwās b. Çawlāt est rappelé à Raqqāda et, jugé responsable du soulèvent du fait du comportement odieux de sa garnison kutāmienne avec les locaux, il est exécuté. Pour le remplacer, le calife opte pour le chef d'une tribu de la région, Maçāla b. Habūs al-Meknāsi. La démarche n'était pas innocente et dénote du sens politique aîgü du Mahdi : gagner les nomades Meknāsa à sa cause lui permettait de garder le contrôle sur cette partie du Maghreb Central, sans avoir à y envoyer indéfiniment des forces de Kutāma sensés la reconquérir à chaque fois sur les tout aussi indefinies attaques des nomades Zanāta. Ainsi, l'emprise du pouvoir fatimide sur l'O. de l'Algérie sera plus solide que ne le fut celle du pouvoir rustomide au siècle précédent, mais ca restera toujours tributaire du soutien d'un groupe berbère nomade important qui devait contre-balancer un autre groupe.

                      Pour ce qui est de Tāhert elle-même, la cité continuera à exister, mais même si elle restera encore le principal centre urbain et économique dans cette zone peu urbanisée, la vielle capitale va rapidement décliner, perdra l'immense réseau commercial qui avait sa richesse sous les Rustomides. En fait, les déstructions subies depuis sa prise par les Kutāma en 909 avaient déjà rogné sur sa population, alors que la chute de l'Etat Rustomide avait dispersé les grands groupes tribaux sur lequel il s'était appuyé durant un siècle, et qui constituaient une sorte de prolongement humain et économique pour Tāhert. Mais, le sac de 912 fut particulièrement destructeur, et une partie importante des habitants, les Ibādites surtout, vont déserter leur ville pour se réfugier dans la lointaine oasis de Warjilān (Ourgla), déplaçant ainsi de manière substantielle le centre de gravité de l'Ibādisme en Algérie, du N.-O. du pays vers le S.-E.

                      Sur cette carte, on peut voir comment le domaine Rustomide (à gauche) fur recouvert après 909 par le domaine Fatimide (à droite). Cependant, si l'Etat Rustomide était peuplé de beaucoup de tribus Ibādite, le Shiisme Ismaélien reste quasi exclusif au Kutāma et à une élite autour du pouvoir dans l'Etat fatimide :



                      Réfugiées auprès de leurs corelegionnaires de la tribu des Sedrāta, ces populations Ibādites réfugiées vont reconstituer à Warjilān une partie des anciens réseaux commerciaux de Tāhert et rérientent donc partiellement les flux transahariens vers cette zone. Ils ne rescusitent pad l'Etat rustomide, mais perpétuent à la fois son héritage social et sa culture matérielle, laissant à la future Algérie un de ses principaux sites archéologiques médiévaux, celui de Sedrata, qui est seul à pouvoir nous donner une idée sur à quoi pouvait ressembler l'art rustomide, comme on peut le voir sur les restes de cette niche (mihrāb) de mosquée en stuc :




                      Au tout début du siècle suivant, cette population de Sedrāta va encore migrer vers une autre zone, au N.-O. de Warjilān, où differents groupes vont fonder une série de cités dans une vallée appelée encore de nos jours Wādi Mizāb. On y reviendra le moment venu.

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                      Dernière modification par Harrachi78, 09 novembre 2022, 20h45.
                      "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                      • #12
                        11. Fondation d'Oran (902-912) :

                        Avant de poursuivre le fil des événements des Fatimides, on notera rapidement pour ce début du 10e siècle la fondation de ce qui est aujourd'hui la 2e ville la plus importante d'Algérie.

                        Comme pour Tenès 27 ans plus tôt (875), la fondation d'Oran fut l'affaire de marins andalousiens. Il s'agit d'un groupe mené en par un certain Mohamed b. Abī-3aoun et Mohamed Abdūn, entrés en 902 en association avec des clans berbères locaux, issus dans ce cad des tribus Nefza et Bani Musqīn.

                        Le port prend vite de l'essor, et les migrants andalousiens vivaient côte à côte avec les Nafzāoui à l'intérieur de l'enceinte dans un premier temps. Mais, en 910, un conflit lié à un crime de sang survient entre les deux communautés, et aboutit au siège de la ville par les Berbères et à la fuite des andalousiens.

                        Le site reste alors en ruine, mais les andalousiens y retournent en 911 après un accord avec le nouveau gouverneur fatimide de Tāhert, qui leur envoie un de ses lieutenants pour représenter l'Etat et une petite garnison pour assurer leur sécurité.

                        Un processus similaire semble avoir eu lieu, à peu près à la même époque, à Jazāir Bani Mezghanna (Alger) et à Béjaïa, mais sans qu'on sache les détails exactes. L'époque marque donc le début du développement des ports et villes côtières d'Algérie, et dont les populations receveront désormais, de manière assez régulière, des vagues de migrants d'Andalousie.

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                        Dernière modification par Harrachi78, 10 novembre 2022, 13h06.
                        "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                        • #13
                          12. Le Mahdi à l'épreuve (912) :

                          Pendant se temps, les remous produits par l'assassinat d'Abū-Abdallāh a-Shīi et ses collègues à Raqqāda se poursuivaient et vont bientôt soumettre le nouveau régime à son premier test de survie.

                          Déjà, à Qayrawān, les tensions entre la population de la métropole maghrébine et les militaires Kutāma ne fut jamais paisible depuis l'arrivée de ces derniers en 909. Mais, la situation dégénère sérieusement en 912, culminant au massacre d'un groupe de kutāmiens suite à une altercation au marché suivie par une émeute. Conscient du caractère souvent brutal des garnisons kutāmiennes hors de leur pays, ou soucieux de maintenir le calme alors que le régime Fatimide était à peine établi, la réaction du calife Ubaydallāh al-Mahdi à cet incident fut plutôt modérée, ce qui fut ressenti comme un désaveu par les concernés et ajouta aux ressentiments des hommes de feu Abū-Abdallāh a-Shīi à son égard. Ainsi, après cet épisode, de nombreux chefs et clans quittent Qayrawān et Raqqāda sans demander congé du Calife, et rentrent en pays Kutāma où ils vont grossir les rangs des mécontents. En fait, cet état d'ébullition en pays Kutāma n'était pas dû uniquement aux agissements du Mahdi, mais aussi à de tradionnels antagonismes internes à la confédération. On constate par exemple que, dans le groupe des conjurés dans le complot de Ténès, les chefs engagés étaient tous issus des trois tribus de Maslāta, Ijjāna et Urīsa, et ce sont ces groupes justement qui vont lancer la révolte, tandis que les tribus de Malūsa, Lahīça et Jimāla vont se ranger du côté du Calife. Bref, ce qui était attendu finit bien par survrnir : rassemblés à Ikjān, la très symbolique Dār al-Hijra de leur dā3i trahi, une armée rebelle de Kutāma se lance contre Mila et Constantine qui sont rapidement prises, et battent la force loyaliste qui fut dépêchée contre eux par le pouvoir.

                          Face au danger, Ubaydallāh al-Mahdi fit preuve d'un calme olympien. D'abord, pour annoncer au monde que la dynastie Fatimide était là pour rester, il commence par désigner officiellement son fils Abū-l-Qāsim Mohamed, âgé alors de 19 ans, comme prince héritier (walyy al-3ahd) et il lui donne le titre d'al-Qā'im, autre nom du Mahdi attendu dans les croyances shiites. Il le met ensuite à la tête d'une grande armée afin qu'il puisse récolter les lauriers d'une éventuelle victoire, mais tout en chargeant des chefs Kutāmiens expérimentés de la réalité du commandement, à commencer par Ghazawiyya al-Malūsi. Constantine est d'abord reprise, ensuite Mila après une bataille rangée dans un lieu appelé Wādi a-Zayt dans les sources, et enfin Ikjān qui voit l'entrée triomphale du fils du Mahdi. De là, diverses opérations sont menées vers la côte jijilienne et bonoise, avant que l'armée ne reprenne le chemin vers Raqqāda.



                          Ubaydallāh al-Mahdi aurait alors réussi son épreuve : s'assura par ces victoires la pérennité du pouvoir et de l'Etat Fatimides au Maghreb, et c'est à partir de moment que commence véritablement son règne.

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                          Dernière modification par Harrachi78, 10 novembre 2022, 15h32.
                          "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                          • #14
                            13. Structuration de l'Etat Fatimide (912-917) :

                            Après cet épisode, le règne de Ubaydallāh al-Mahdi sera plutôt tranquille, et il se consacre à la mise en place et à la structuration de son régime.

                            >> La force armée des Fatimides se constituera dès lors des éléments suivants :

                            a. Les Kutāma : Ismaéliens de cœur et de conviction, ils seront toujours le centre et l'élite militaire de l'Empire fatimide. Concrètement, comme le furent les Arabes des premiers siècles de l'Islam, les tribus et le pays de Kutāma seront totalement dédiés aux fonctions militaires et à l'encadrement des provinces. Toutefois, ce sont les clans restés loyaux au Mahdi au cours de la rébellion de 912 qui prennent le devant, et c'est désormais leurs chefs qui sont nommés aux postes clefs. En somme, il s'agit en quelque sorte du premier prototype de ce qui deviendra plus tard un élément standard des États musulmans au Maghreb : le makhzen.

                            b. Le Jund arabe : il reste toujours à cette époque une force professionnelle de qualité et, et il sera intégré comme tel dans l'armée fatimide. Mais, le processus qui avait déjà été entamé sous les Aghlabides se poursuit et, après les défaites subies au début du siècle aux mains des Kutāma, le bon vieux jund d'Ifrīqiyya perd définitivement le statut qu'il avait tenu depuis la conquête musulmane du Maghreb trois siècles plus tôt, devenant désormais une force auxiliaire en quelque sorte, ou en tout cas de seconde importance car, contrairement aux Berbères Kutāma, les Arabes Maghrébins resteront Sunnites dans l'ensemble et, donc, à la loyauté toujours suspecte pour le pouvoir ismaélien.

                            c. Les troupes serviles : Dès sa prise du pouvoir, le Mahdi hérite de plusieurs milliers de soldats esclaves, tant noirs (Sudān) que blancs (Çaqāliba). Ils deviennent propriété du nouveau régime et, n'ayant eux-mêmes aucune attache locale et dépendant totalement du pouvoir qui les emploient, ils ne trouvent aucune difficulté à se rallier au nouveau souverain et à servir le nouveau régime comme ils servaient les précédents. Ils formeront la garde personnelle du calife, et ils fourniront nombre de ses hauts fonctionnaires et proches collaborateurs.

                            >> L'administration de l'Empire :

                            Au niveau du gouvernement central, al-Mahdi récupère pratiquement tout l'ancien personnel laissé par les émirs Aghlabides. Les positions étaient donc occupées par divers fonctionnaires carriéristes issus des vieilles familles Arabes de Qayrawān, ainsi que par divers esclaves et affranchis, Çaqāliba ou autres, qui servaient d'hommes de confiance pour le Calife. Il y avait aussi un certain nombre d'émigrés orientaux, et dans certains cas des andalousiens aussi.

                            Par-contre, partout dans les provinces de l'Empire, c'est les chefs Kutāma qui étaient systéatiquement nommés aux postes de gouverneurs, du moins au cours des premières décennies, avant que d'autres groupes Berbères n'intègrent le système, notamment les Sanhāja dans le centre de l'Algérie. Ces gouverneurs étaient à la tête de troupes et de garnisons issues de leurs propres tribus, et détenaient les pouvoirs militaires et civils dans leurs juridictions. Généralement, sauf lorsque le titulaire saute à un moment par disgrâce, ces offices se transmettaient au sein de la même famille, et certaines vont ainsi se maintenir très longtemps, comme le cas de Ali b. Luqmān al-Kutāmi dont les déscendants vont se maintenir comme gouverneurs de Gabès dans le S. tunisien durant un siècle entier, ou encore les déscendants de Mannād b. Zīri a-Sanhāji dans le Titteri algérien.

                            Pour la justice, les postes de grand-juge (Qādi al-qudāte) et de juges locaux étaient systématiquement confiés à des Ismaéliens. Ils pouvaient être de diverses origines : d'anciens juristes mālikites, arabes ou autres, qui ont tourné casaque ; des Kutāmiens engagés de longue date dans la cause ; des Berbères nouvellement ralliés ... etc.

                            _______________



                            En 919, le Calife fonde une nouvelle résidence sur la côte tunisienne. En fait, al-Mahdi ne s'était jamais senti à l'aise à Raqqāda, trop proche de Qayrawān et de sa population restée trop sunnite à son goût, et dont la relation tumultueuse avec les Kutāma était source d'interminables problèmes. La nouvelle capitale, baptisée al-Mahdiyya, fut donc conçue comme une forteresse et un refuge sûre pour la dynastie et ses fidèles. Elle sera peuplée exclusivement de Kutāma et de cercles proches du régime, tandis que le reste de la population devait résider hors de ses murs.

                            ________________
                            dirige ensuite vers Sijilmāsa qui est prise et se voit livrée au pillage des Kutāma pour la deuxième fois en 20 ans. On met au pouvoir un prince docile de la dynastie locale (Banu Midrār qui sont eux aussi issus de Meknāsa à l'origine), et Maçāla et son armée son de retour à Tāhert en 922, peu de temps avant que Fès ne se révolte et chasse la garnison qu'il y avait établi.

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                            Dernière modification par Harrachi78, 11 novembre 2022, 22h48.
                            "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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                            • #15
                              14. La fin du règne d'al-Mahdi (917-934) :

                              Une fois l'Ifrīqiyya et le Zāb mis en ordre, Ubaydallāh al-Mahdi s'attèle à réaliser son grand dessein qui, pour rappel, était de prendre le pouvoir califal dans tout le monde musulman, et non pas seulement au Maghreb. Ainsi, dès 914, une première expédition est envoyée vers l'Egypte sous le commandement du prince héritier, mais se solde par un échec.

                              Parallèlement à cet effort vers l'Orient, le calife confie à Maçāla b. Habūs al-Maknāsi, gouverneur de Tāhert depuis 912 comme nous avions vus, le soin de renforcer la domination Fatimide dans le Maghreb Central (O. de l'Algérie) contre les Zanāta, et de l'étendre au Maghreb Extrême (Maroc). Les Meknāsa se rallient donc à la da3wa ismaélienne et deviennent ses représentants dans la région. Maçāla aurait même envoyé des missionnaires de sa part parmi les tribus du Wansharīs (Ouarsenis) en vue de les convertir à la cause, mais sans grand succès à ce qu'il parait. En 917, il mène expédition depuis Tāhert contre l'émirat de Nakūr (al-Husayma) dans le Rif marocain. La ville est prise après assaut et Maçāla y installe un gouverneur fatimide. Mais le prince local parvient à fuire par la mer et à trouver refuge auprès du souverain Ommeyade en Andalus, puis retourne dans sa cité juste après le départ de l'armée de Maçāla et en chasse la garnison fatimide.

                              En 921, une deuxième tentative contre l'Egypte est mise en place. Mais, l'affaire se solde aussi par un échec, malgré des débuts encourageants et la prise d'Alexandrie pour un temps par les armées fatimides. Là encore, pendant que déroulaient les opérations vers l'Orient, Maçāla b. Habūs organise une nouvelle campagne vers l'Occident : Nakūr est ainsi prise une nouvelle fois, ensuite c'est le domaine des Idrissides qui est attaqué et ça culmine avec la prise de Fès, dont l'émir Yahyā IV est chassé et remplacé par un certain Rayhān al-Kutāmi comme gouverneur. L'armée fatimide se dirige ensuite vers Sijilmāsa qui est prise et se voit livrée au pillage des Kutāma pour la deuxième fois en 20 ans. On met au pouvoir un prince docile de la dynastie locale (Banu Midrār qui sont eux aussi issus de Meknāsa à l'origine), et Maçāla et son armée son de retour à Tāhert en 922, peu de temps avant que Fès ne se révolte et chasse la garnison qu'il y avait établi.



                              De l'autre côté de l'Algérie, cette même année 922 vout une révolte paysane dans l'Aurès réprimée par un chef Kutāma nommé Fahlūn, avant qu'il ne se fasse tuer avec tous ses hommes dans un guet-apens. En 924, c'est Maçāla b. Habūs qui tombe lors d'un affrontement avec les Zanāta fr Mohamed b. Khazar qui menace à nouveau Tāhert, mais ils échouent à prendre la cité en 925, défendue par Yaçal b. Habūs, le frère du défunt gouverneur. Le Calife ordonne alors à Mūsa b. Muhammad al-Kutāmi, gouverneur du Zāb, de marcher contre les Zanāta depuis Tobna, mais celui-ci ne parvient pas à endiguer le mouvement malgré quelques victoires initiales, ce qui provoque l'intervention d'une grande armée fatimide sous le commandement du prince héritier en personne. Il mène campagne dans le Hodna, entre à Masīla (Msila) qui est rebaptisée al-Muhamaddiya à cette occasion, et où un très ancien disciple du dā3i Abū-Abdallāh al-Shīi est nommé gouverneur, Hamdūn al-Andalusi. La nouvelle place forte est particulièrement construite par le recyclage des ruines romaines de Thamugadi (Timgad) et Lambaesis (Tazoult). L'armée poursuit ensuite Ibn Khazar dans toute la région jusqu'en 928, lorsque le gros des forces Zanāta est surpris dans une ville nommée Aghīt (lieu aujourd'hui inconnu), mais toujours sans pouvoir mettre la main sur Ibn Khazar. Le prince se retire ensuite à Tāhert pendant deux mois, revient ensuite vers Tobna en passant par Awlād Jallāl (Ouled-Jelal) avant de rentrer définitivement à Mahdiyya vers la fin de l'année. Pourtant, dès 929, Mohamed b. Khazar réapparaît aussi loin qu'à Biskra, et menace Tobna et Mohamadiyya (Msila), forçant le Calife à dépêcher une nouvelle armée pour le chasser, mais toujours sans parvenir à le capturer. Une véritable plaie ce type.

                              Vers 930, de nouveaux troubles apparaissent dans l'Aurès et dans le S. tunisien, suscités cette-fois par un dā3i ibādite nommé Abū-Yazīd Makhlad b. Kaydād al-Ifrāni, qui est arrêté par les autorités farimides puis vite libéré. Le troublions réapparaîtra encore en 932 mais, pourchassé une nouvelle fois, il quitte le pays pour aller en pèlerinage. Il n'y eut plus d'autres soucis de ce côté pour le moment, mais -comme nous le verrons plus tard- les Fatimides vont regretter amèrement de n'avoir pas éliminé cet Abū-Yazīd lorsqu'il n'était pas encore grande chose. Nous le retrouverons dans quelques années.

                              Pendant ce temps, à Tāhert, le gouverneur fatimide Yaçal b. Habūs al-Maknāsi décède en 931 et c'est son fils Ali qui est d'abord acclamé par la population comme sucesseur. Mais le Mahdi souhaite nommer un autre fils de Yaçal, Hamīd, qui avait été élevé auprès de lui à Mahdiyya comme hotage, et celui-ci parvient effectivement à s'imposer contre son frère en 932, délivrant un message clair que le Calife entendait rester maître de son domaine et qu'il lui appartenait à lui seul de la nomination des gouverneurs à Tāhert comme ailleurs.

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                              Ici, on peut voir un dinar (or) battu en l'an 932 à Msila, au nom de Ubaydallāh al-Mahdi :


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                              Sur ce, en l'an 934, Ubaydallāh al-Mahdi, premier calife de la dynastie Fatimide, meurt tranquillement dans son palais à Mahdiyya à l'âge de 59 ans. Il lègue à son fils un Empire prospère et un régime stable et bien établi au Maghreb. Mais, à défaut d'avoir pu réaliser lui-même son ambition de prendre Baghdad et faire fouler les têtes des califes Abassides par ses armées, il léguera ce rêve à ses déscendant qui auront tous et toujours les yeux tournés vers l'Orient, jusqu'à ce qu'ils quittent vraiment le Maghreb vers l'E. ... d'ici trois générations. D'ici là, c'est encore au Maghreb que va s'ouvrir le règne d'al-Qā'im, le deuxième calife Fatimide, qui aura déjà fort à faire pour garder les réalisations de son défunt père.

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                              Dernière modification par Harrachi78, 18 novembre 2022, 03h34.
                              "L'armée ne doit être que le bras de la nation, jamais sa tête" [Pio Baroja, L'apprenti conspirateur, 1913]

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