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Aït Menguellet se confesse

lundi 25 avril 2005, par Stanislas

Lounis Aït Menguellet dit qu’il a commencé à entretenir sa petite barbichette et élever les bouts de sa moustache par pur hasard, un beau jour des années soixante dix.

Aït Menguellet s’est surpris avec ce look à la veille d’un départ pour Paris. Il avait alors pris son rasoir pour raser sa barbe de plusieurs jours. Ça pourrait paraître maladroit de tirer la lame de bas en haut. Mais il s’y est pris comme ça.

Lounis Aït Menguellet.

Les deux bouts se sont alors rebiffés en suivant le mouvement de l’objet tranchant. Le portrait qui en est ressorti ne lui a pas déplu. Il lui est resté fidèle jusqu’à aujourd’hui. Il était là à nous attendre, dans son bureau aménagé tel un grenier en son magasin d’articles de sports à Tizi-Ouzou. C’était mardi dernier en fin de matinée. Une fois n’est pas coutume, on l’avait surpris dans un tout autre environnement. Si ce n’était cette affiche au mur qui rappelait son passage au Palais des Congrès en 1993, d’aucuns l’auraient pris dans ce décor administratif pour un studieux comptable devant sa calculette, et son fax... C’est l’autre Aït Menguelet que tout le monde ne connaît forcément pas. Avec sa facette moins publique. A commencer par ce nom complet : Abdenbi Lounis Aït Menguelet. Petit, il a vu le jour un certain 19 janvier 1950 à Ighil Bouamas. Il est le dernier né d’une famille de 3 sœurs, 2 frères et beaucoup d’oncles. « J’ai eu la chance de naître, et grandir dans une famille un peu particulière mais très enrichissante.

En fait, j’ai eu le privilège d’avoir 4 grands-mères. Mon grand père que je n’ai pas connu s’est marié avec trois femmes qui ont toujours vécu ensemble jusqu’à leur disparition. Ce qui fait que j’ai plusieurs oncles issus des trois liaisons. Ma quatrième grand-mère est celle maternelle de ma propre mère », explique-t-il. Ce grand-père est décédé en 1945, soit près de 5 ans avant la naissance du petit Lounis. Si ce dernier met plus l’accent à évoquer les sujets féminins de la famille, c’est parce que les hommes de la famille dont son propre père étaient presque émigrés dans la région oranaise. « Ma famille avait pour tradition le commerce. On avait une sorte de ferme et des magasins dans l’Oranais, à Rahouia. Les hommes y allaient à tour de rôle pour faire marcher les commerces. Les femmes et les enfants restaient en Kabylie ». Il fera à peine sa rentrée à l’école à Ighil Bouamas. « J’y été pendant une année, avant que l’école ne soit détruite, brûlée par les Moudjahiddine. Je me dis que je lui ai porté chance ». La suite ? « Elle a été un peu compliquée. J’ai tenté de reprendre les études au village, et j’ai fait quelques années encore avant l’indépendance. Puis, après 1962, je suis parti avec mes frères sur Alger ou j’ai repris le cursus primaire dans une école aux Champs de Manœuvres, et de là, j’ai atterri au collège d’enseignement technique ou j’ai fais trois ans ». Durant sa dernière année, Lounis a dû tout abandonner après la mort du grand frère qui l’avait à sa charge. Le défunt qui, était un jeune commissaire à Alger, était tout pour Lounis avant de périr dans un accident de circulation.

Enfance difficile

Son autre frère étant parti de son côté, Lounis a dû alors se retrousser les manches pour assumer son rôle de tuteur, le papa ayant été souvent absent après s’être remarié à Oran. « Je me suis fait embaucher au ministère des Travaux publics comme secrétaire subdivisionnaire. J’étais là pour la réalisation de la première tranche du complexe du 5 Juillet. Après, j’ai été admis sur concours dans la dernière banque française qui était encore installée en Algérie. J’ai fait une année avant de me retirer pour rentrer au village, en 1970. C’était à la rue Ali Boumendjel ou siège aujourd’hui le CPA. A l’époque, c’était la CFCB ». Parallèlement, Aït Menguelet avait déjà fait un bout de chemin dans la chanson. Son début dans le domaine remonte, en faite, à 1967 au sein du groupe Imazighen avec un certain Lamara Boukhalfa, El Hachemi N’Aït Kaci, Djaffar Fettouchi de Souamâa, Malik, et son frère M’hena de la même bourgade, et Dalil Omar qui s’est joint par la suite à la troupe. « On était des débutants, on a beaucoup bourlingué, fait des galas, des fêtes un peu partout en Kabylie. Je me rappelle bien de ce gala qu’on avait fait à la salle des fêtes de Tassaft. Elle était archicomble, j’en garde un très bon souvenir. C’était là notre premier gala réussi, ça nous a vraiment galvanisé. Les gens nous avaient bien accueillis et encouragés.

Ce jour là, il y avait avec nous Ramdane Metref qui jouait du violon, Ahcène de Souamâa à la mandoline que j’ai d’ailleurs retrouvés, il y’a deux ans à Souamâa. Ça m’a fait vraiment plaisir de les revoir avec les anciens copains ». De cette période, Lounis se rappelle aussi bien de ce jour où son cousin Ouahab l’avait pris presque de force pour l’emmener subir l’incontournable et très redouté passage à l’émission « Nouva Ihafadhen » de la Radio kabyle alors animée par Cherif Kheddam. « C’est lui qui m’avait vraiment poussé à y aller. Dans le temps, il était au groupe comme un manager, il nous débrouillait des galas, le transport. Il était très actif avec nous jusqu’en 1970. Moi, je suis rentré au village, les autres se sont dispersés, et le groupe a fini par disparaître. Mine de rien l’expérience a quand même durée près de 3 ans ». De retour chez lui à Ighil Bouamas, Lounis se fait recruter comme secrétaire à la Kasma de la région, et se marie. Mais il a dû quitter son poste après seulement quelques mois d’exercice, pour aller sous les drapeaux. Sa première fille viendra au monde alors qu’il accomplissait l’instruction à Blida avant d’aller faire ses dix huit mois à Constantine.

"Ma première et dernière déception amoureuse à 16 ans"

C’est aussi à cette période qu’il s’élancera véritablement dans la chanson. « Kamel Hamadi m’avait, en faite, beaucoup aidé à foncer. Je venais en permission week-end, et Kamel me réservait à l’avance le studio de Mahbou Bati à Alger pour enregistrer. A l’époque, c’était des 45 tours. Je laissais alors la bande à Kamel pour chercher un éditeur, s’en occuper, et moi je reprenais le train pour Constantine dimanche en soirée ». C’est ainsi qu’il ne s’en rendra compte du succès qu’a son second tube « A Louiza » que plusieurs mois plus tard. « Je n’en savais absolument rien. Moi j’étais loin, à Constantine enfermé dans une caserne... » Aït Menguelet était sans doute loin d’imaginer qu’il venait d’entamer une épopée, la sienne qui sera par la suite qualifiée d’années d’or. A ce sujet il précise : « Ce titre je n’ai jamais eu la prétention de le proposer. C’est l’éditeur qui s’en est servi sans même m’aviser. Je ne l’aurai jamais osé. Je l’ai découvert comme tout le monde sur les jaquettes des cassettes rééditées. Alors s’il est mauvais je ne suis pas responsable, et si les gens ont trouvé qu’il convient je n’ai aucun mérite non plus ».

Le poète aura également une explication sur les différents prénoms dont il a usé dans ses chansons de l’époque. « A vrai dire j’en ai effectivement cité plusieurs que je prenais dans le tas mais je prenais soin de ne pas faire référence aux personnes qui auraient pu se reconnaître. Mon but à l’époque était de personnaliser la femme sans plus. Car si on se replaçait dans le contexte de cette période là, nous les jeunes chanteurs d’alors, on avait en plus pas mal de tabous à faire sauter. C’était un peu ce que j’ai tenté de faire dans ce sens. Mais sinon je n’ai visé personne. Je n’était pas ce qu’on pourrait appeler un dragueur, d’ailleurs si j’étais près de l’être je ne pense pas que j’aurais eu autant de succès dans la chanson. Je vivais mes rêves beaucoup plus seul, intérieurement sans trop laisser éclater ma sensibilité pour la beauté ou pour un autre sentiment. Mais je suis aussi un être ordinaire qui était aussi sensible aux contrariétés des jeunes de l’époque, j’étais un parmi eux, j’avais donc les mêmes soucis et les mêmes aspirations de ma génération, je ne pouvais pas faire exception. Lorsque quelqu’un me disait que cette chanson est comme si elle était faite pour moi, je répondais : Oui, c’est normal, par ce qu’on est dans le même pétrin » !

Aït Menguelet se confessait ainsi, avec le sourire, et la nostalgie. Il concède que son rêve à cette époque là était de fonder un foyer, et avoir des enfants. Une chose est sûre, il est aujourd’hui parvenu à le réaliser. Pour repartir dans le temps, il avoue avec un timide éclat de rire qu’il n’a « jamais été un prince charmant des contes. Comme tous les jeunes de mon temps, on a tous eu nos folies, des coups de coeur mais sans plus... » Un moment de silence, puis le poète replonge dans sa jeunesse pour se remémorer ces temps ou on n’a pas vraiment conscience de tout. « J’ai eu ma première et dernière déception amoureuse à l’âge de 16 ans. Donc si vous voulez j’ai été vacciné très jeune, et j’ai composé alors ma toute première chanson, « Mathroudh ou la d’dhenek akther ». A l’époque j’étais encore loin de penser à devenir chanteur mais aujourd’hui, je me rends compte que ça été un début puisque j’ai fini par l’enregistrer avec trois autres chansons en 1969 à Oran. J’avais alors sorti mes deux premiers 45 tours en même temps. C’est mon cousin Ouahab qui m’avait pris contact avec un éditeur, Yahia L’hadi qui était aussi un célèbre chanteur arabe d’Oran. La fameuse chanson « Manich Mena » était de lui. Pour moi, tout ce qui est venu après n’était pas nécessairement mon propre vécu. » L’artiste fait référence à toutes ses chansons d’amour qui ont suivi par la suite, et grâce auxquelles il fera vite d’acquérir une autre dimension bien avant son départ pour la France en 1974. Sa renommée avait déjà précédé son déplacement outre mer.

« Kamel Hamadi m’a montré le chemin »

« Kamal Hamadi avait beaucoup fait pour moi pendant que j’étais du service National. A ma sortie, cela m’a encouragé à trancher pour continuer la chanson. C’était un choix difficile car j’avais déjà une famille à charge, des enfants à nourrir, à éduquer, et à élever. Ce n’était pas facile, le choix était pesant mais je l’ai fait. J’ai commencé alors à me rendre en France dès le début des années soixante dix mais ça ne durait jamais longtemps. Je prenais l’avion pour aller faire des galas ou des enregistrements mais je ne tardais pas trop, je ne pouvais pas me le permettre. De plus, je venais d’avoir un deuxième enfant. Ce n’était pas sans soucis, il fallait avoir les moyens, et puis à cette époque là, c’était encore les années de l’émigration pure et dure. Déjà gagner sa croûte n’était pas une mince affaire. » Le début de cette autre aventure, Lounis l’entamera grâce à un certain M.Abdelmalek, un émigré de chez lui, et qui était aussi un ami de la famille qui l’avait incité à tenter le déplacement. « Il m’a beaucoup encouragé à me rendre en France, Allah Irahmou. Moi je n’avais pas les moyens pour m’y rendre mais il m’avait promis qu’il s’enchargerait de tout pour moi, et il a tenu promesse jusqu’au bout.

C’était un homme admirable », reconnaît aujourd’hui encore Lounis. Pour l’anecdote, il dit que c’est à la veille de son départ qu’il s’est surpris pour la première fois dans une glace avec son légendaire look fait de cette éternelle barbichette et de la moustache au deux bouts relevés. Il venait de prendre son rasoir pour se défaire de sa barbe de plusieurs jours. Ca pourrait paraître maladroit de tirer la lame de bas en haut. Mais il s’y est pris comme ça. Les deux bouts de la moustache se sont alors rebiffés en suivant le mouvement de l’objet tranchant. Le portrait qui en est ressorti ne lui a pas déplu. Il lui est resté fidèle depuis. Comme il l’est toujours pour l’artiste qu’il a inlassablement voulu être. Et il ne s’en plaint pas de ce coté là. Car le succès, il l’a eu dès le départ. La réussite s’est enclenchée d’elle-même. Mais il n’a jamais eu la grosse tête, ni avant, ni maintenant. A cette époque là, ne se rendant presque pas compte, il se contentera de multiplier son plaisir à aller au fond de ce qu’il aimait par-dessus tout : Chanter comme il sent. C’est ainsi qu’il passera d’un palier à un autre, d’un thème à un autre sans trop prendre conscience de la mutation qu’il vivait.
« Je ne peux pas dire que c’est à partir de telle ou telle date ou encore à partir de telle cassette que je me suis dit, tiens je vais chanter autre chose que l’amour. Je n’ai pris aucune décision. C’est venu instantanément. Peut-être que c’est venu avec le temps, avec l’âge. En tous les cas ça n’a pas du tout été réfléchi.

D’ailleurs la transition, je l’ai vécue progressivement. Peut-être qu’il faudrait rappeler que le fer de lance de la revendication c’était la chanson. Les gens ont peut-être tendance à l’oublier mais avant l’émergence d’autres créneaux d’expression on n’avait que le chant pour dire notre mal. Il y’avait aussi certes le stade, la JSK mais c’était restreint. En fait, la JSK a plus été un symbole, et son mérite est de l’être resté ». A travers « Les autres créneaux », Lounis fait référence à avril 80, Octobre 88, et par la suite l’ouverture des champs politique. « Cette période je l’ai vécu comme tout un chacun qui aspirait à un changement » C’est le commentaire qu’il fait de cette ère qui lui a value certaines attaques qui le rongent encore intérieurement. Et à l’homme de lâcher ses mises au point comme pour dire son mot, et corriger l’histoire qu’on lui a voulu coller. Il le fait avec beaucoup de tact : « Les gens ont inventé beaucoup de chose à propos de ma vie. Je n’ai jamais changé. Je n’ai jamais fui. Depuis que j’ai commencé à partir en France en 1974, je l’ai toujours fait périodiquement à chaque fois que j’ai affaire là bas, mais je rentrais aussitôt après. Même durant les années sanglantes j’ai toujours continué à faire la même chose que j’ai toujours faite. J’ai vécu toutes ces années là chez moi, au village, sans céder ni à la panique, ni à quoi que ce soit d’autre...et je n’ai à ce jour encore absolument rien changé à mes habitudes. On s’est attaqué à moi sans me connaître. Mais pourquoi toute cette méchanceté gratuite ? » Visiblement l’homme souffre encore. Avec le recul, après tout il préfère ne pas trop s’étaler sur le sujet. Mais en l’évoquant, le mal lui remonte à la surface et le fait réagir. Les douloureux souvenirs se bousculent dans son esprit.

« Je n’ai pas visé les aarchs »

Il veut dire, et ne plus rien dire à la foi. Il paraît comme confus mais la pression fini par le faire éclater : « Qu’on sache que Aït Menguelet n’a jamais appartenu à aucun parti politique comme je n’ai jamais voulu faire de la politique et je continu à ne pas le vouloir. Ca ne m’intéresse pas. Je suis quelqu’un qui monte des chansons, j’observe selon mes moyens psychologiques, j’apprécie la société dans laquelle j’évolue. Je ne suis pas quelqu’un qui est enfermé dans sa tour d’ivoire, bien au contraire je suis en plein dedans. Je crois que la meilleure preuve à donner c’est qu’il y’a plein de gens qui se reconnaissent dans ce que j’écris, ce que je chante. Si je suis souvent proche de la réalité c’est parce que je n’invente rien, je fais le récit de ce que je vis. Mais ce que je n’ai rien compris dans les attaques qui m’ont ciblé c’est que c’est venu de gens qui se disent démocrates et prêche la liberté. Pourquoi autant de machination ? Comment oser tenter de museler, d’éteindre des voix, et modeler les gens à leur façon de voir ? J’appellerais ça du fascisme.

Ils ont été fascistes sans s’en rendre compte. Qu’un citoyen décide d’aller quelque part, d’applaudir ou de ne pas le faire ou il veut quand il veut...J’aurai bien voulu qu’on vienne m’expliquer, m’illuminer de leur façon de voir...Non ! Ils se sont contentés d’attaques crapuleuses sans aucun fondement. Ca a engendré en moi une profonde et définitive cassure. J’avais tant d’espoir sur la conscience politique de gens qui voulaient changer les choses. Maintenant je ne crois plus en eux. Ni en personne de ce rang d’ailleurs si ce n’est à ce petit peuple dont je fais parti et qui est capable de comprendre les choses. Mais pas à ces gens là. Ils fait trop de mal, et peut-être continuent à le faire autrement ». Lounis explique qu’une chanson comme « Nedjayaouen Amekane » n’a pas été le fruit d’un hasard. « Ce n’est pas une chanson que je renie maintenant. Je la revendique encore et elle demeure toujours d’actualité. La cicatrice est encore béante mais si je suis là encore c’est parce que je me suis aperçu que le bon sens populaire a pris le dessus. Heureusement d’ailleurs » ! La transition est toute faite et Lounis en profite pour tirer un autre point au clair : « Pas du tout, je n’ai jamais visé les aarchs dans mon dernier album. Mais plutôt ceux qui nous trompent depuis toujours. J’ai été franchement fasciné par l’instantanéité avec laquelle les aarchs se sont affirmés. Je me suis dit enfin une entité du peuple qui dit ouvertement aux décideurs de tous poils d’arrêter leurs conneries. Maintenant il s’est trouvé certains qui ont vite conclu... Mais ce n’est pas forcément la bonne interprétation. Pourquoi n’a-t-on pas essayé d’adapter la chanson à d’autres situations de la même époque mais beaucoup plus grave ? Je n’y peux rien ». Ainsi s’explique Lounis.

« Je ne crois plus en personne »

C’est son côté paradoxal : Il chante pour faire passer son message mais il ne vous appellera jamais un chat : Un chat. Il s’est toujours pris ainsi. Forcément ce n’est pas évident de le saisir. Mais on l’écoute encore et on l’apprécie toujours, malgré tout. De loin il parait telle une forteresse imprenable mais de plus près il se révèle cool, Smaïn est un bon ami à lui...Il très accueillant, simple, ouvert à la contradiction. Mais aussi agréablement saint d’esprit. Il écoute autant qu’il parle si ce n’est plus. Largement réceptif, il est tout le temps prêt à apprendre même s’il n’ignore plus presque rien. Il n’a pas eu droit à l’école normale mais il en a bien profité de celle de la rue. Elle a fait de lui ce qu’il est : « Un homme normal » qui jardine, lit, fait du sport. Il est 1èr Dan de Karaté, tout comme deux de ses enfants. « Je rends hommage à Rabah Amriou qui m’a presque tout appris dans le domaine. C’est un grand Monsieur du Karaté ». Du Karaté, Lounis en fait toujours, « chez moi, j’ai mon propre tapi réglementaire ».

Mais sinon il concède qu’il adore aussi bricoler. « Je reconnais que je suis meilleur dans le bricolage que dans le commerce. Cette boite est pour moi beaucoup plus un point de chute ici à Tizi-Ouzou qu’un commerce. D’ailleurs c’est à peine qu’elle couvre les charges de l’ouvrier qu’elle mobilise ». Avant de tenter le commerce d’articles de sport, il a débuté dans le créneau de l’électroménager, puis la cassette. Sa boutique date de 1979, et il se souvient encore que « mon vieil ami Hannachi que j’apprécie toujours autant m’a filé un coup de main pour l’avoir même si à l’époque j’ai introduit ma demande d’attribution comme tout le monde ». Depuis du temps a passé, des événements se sont succédés. Et tout n’a pas été forcément réjouissant pour Lounis qui vit aujourd’hui mal le déchirement qui frappe les siens. Pour oublier, il tente de perpétuer son bonheur au sein de sa petite famille composée de deux filles et quatre garçons. Mais il arrive que tout lui remonte à la surface. Pour panser sa souffrance, il a décidé de redescendre dans à nouveau dans cette rue pour se ressourcer. Il sera en tourné en Algérie très prochainement.

Par Djaffar Chilab, depechedekabylie.com