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Entretien avec Sid-Ahmed AGOUMI

mardi 5 avril 2005, par Stanislas

Après Morituri, Sid-Ahmed Agoumi renoue avec le cinéma algérien.

Cette fois-ci, il est dans la peau d’un personnage hilarant aussi bien que triste. L’acteur aime ainsi multiplier les facettes de son métier. Tout un art. Infatigable amoureux des planches, il nous parle d’existence, de ses projets et du bonheur à vivre avec les autres. Enfin, des valeurs humaines...

Pourriez-vous nous parler du rôle que vous interprétez dans le téléfilm de Bachir Derraïs ?

Sid-Ahmed Agoumi : C’est toujours difficile de résumer un personnage ou un film. Très simplement, c’est un monsieur qui est immensément riche mais qui n’est pas heureux en famille. Un jour, il découvre par hasard un pauvre qui le sauve d’un très mauvais coup et se prend d’amitié pour lui. C’est l’idée qui est très souvent traitée dans les films à savoir que le bonheur ne s’acquiert pas avec de l’argent. C’est un état qui se construit par l’autre. On ne peut pas être heureux tout seul. Il faut que les autres aussi participent à créer votre bonheur. A partir de cette rencontre de deux personnages diamétralement opposés sur le plan social, nous verrons le cheminement de ces deux personnages dont l’un vit le plus bonnement du monde, très pauvre, et l’autre parce qu’il est riche, pense que le bonheur lui est acquis. En fait, cette quête du bonheur est dans leur tête. Ce sont deux mondes tout à fait intéressants et ce qui m’a intéressé à participer à ce film.

C’est un peu une parabole de la société actuelle, ce distinguo entre pauvre et riche ?

Quand on vit dans une société où le matériel prévaut sur tout, sur l’intelligence, sur la qualité de vie, la qualité humaine, eh bien le matériel tue l’humain. Un humain riche mais mort, à quoi ça sert ? Il est mort spirituellement, sentimentalement, il ne sert à rien, cela on le constate, il y a partout des gens absolument riches qui so
nt à la quête du bonheur. Ils se posent des questions : d’où ils sont et que font-ils de leur vie. Celle-ci s’effrite dans un stress et une morosité profonde. C’est pire que la mort ! Je pense qu’une certaine catégorie de riches autant que certains pauvres pensent absolument s’identifier à ces deux personnages, je le crois sincèrement...

C’est la raison pour laquelle vous avez accepté le scénario ?
J’ai eu un décès dans la famille qui est assez douloureux, je suis venu parce que je ne pouvais pas assister à l’enterrement de mon père, parce que j’étais en représentation. L’opportunité m’a été offerte de voir ma famille et de renouer un peu avec mon pays, parce qu’on m’a déjà fait des propositions, dernièrement, qui ne m’ont jamais intéressé jusqu’à présent. Maintenant, je pensais que c’était un sujet qui pourrait intéresser les téléspectateurs sans tomber dans le sentimentalisme, dans le message ou dans la tarte à la crème. Je serais peut-être satisfait en finalité...

C’est quand même une comédie légère comparée à Morituri. Comment s’est faite la transition d’un état à un autre ? Un registre burlesque...
Le côté burlesque ne m’intéresse pas. Je pense que c’est la mission d’un acteur de passer d’un personnage à un autre. Cela a toujours été mon cas. Je suis tout à fait différent au théâtre, je peux passer de la comédie légère comme vous dites, au tragique. C’est le métier d’acteur et en fonction des personnages qu’on nous propose. C’est à nous d’essayer de s’y adapter. C’est cela qui est important. J’ai tourné dans d’autres films qui vont sortir bientôt.

Quels sont les films récents dans lesquels vous avez tourné ?
L’étranger de Djamel Bensallah, dans lequel je joue un immigré de condition très modeste. C’est en variant un peu ses personnages, sa façon de jouer que l’acteur élargit sa palette...

Aujourd’hui, on peut dire que vous remettez le pied à l’étrier du cinéma algérien...
J’ai travaillé beaucoup. Je n’arrête pas de travailler ! Pour un retour définitif, je pense que c’est trop hâtif. Il faudrait un peu plus de moyens et puis que les scénarios à proposer soient d’une autre facture que celle que je vois jusqu’à présent. J’attends déjà le résultat de la sortie de ce film pour savoir quelle sera ma position par rapport au cinéma algérien dans le futur. Je ne veux pas vous décevoir ni me décevoir. En me décevant, je vous déçois. Sinon, je tiens à ma rigueur, à l’idée que je veux représenter par rapport au public, à moi-même. Cela demande une certaine rigueur.

L’Algérie connaît une certaine crise cinématographique, pourtant on a remarqué cette année qu’il y a eu pas mal de prix qui ont été attribués notamment à Sid-Ali Kouiret, Belkacem Hedjadj, Lyès Salem et autres ; peut-on dire que le cinéma algérien commence à renaître. Vos impressions là-dessus ?

Le cinéma algérien a toujours eu des prix. Il y a une période creuse, certes. Je suis d’autant ravi que Belkacem Hedjadj soit primé parce que c’est un excellent réalisateur. Ce n’est pas le nombre qui détermine l’existence d’un cinéma. On est capable de faire aussi dans la qualité. Il y a de bons réalisateurs, d’excellents directeurs photos, des ingénieurs du son... Là où le bât blesse, c’est au niveau de l’écriture. Il y a un grand effort à faire au niveau des dialogues. Il faudrait qu’on s’y attelle très vite, d’autant plus que sur le plan littéraire, je le remarque, moi, même de l’autre côté, je lis énormément de livres de jeunes auteurs de talent qui ne demanderaient qu’à être adaptés au cinéma. Je vous cite Arezki Millal, Aziz Chouaki, Maïssa Bey et j’en oublie. Ils ont de véritables scénarii. On peut en faire de vrais joyaux cinématographiques.

Quelle est votre actualité en France ?
Je viens de terminer un monologue d’un auteur roumain qui s’appelle Matei Visniec que j’ai joué à Paris. Cela s’appelle L’homme poubelle. C’est une écriture à la Kafka. Je viens de terminer une pièce avec Xavier Durringer qui est un des auteurs les plus en vogue actuellement en France. C’est un grand cinéaste. Là, je repasse très bientôt à Genève pour jouer dans une pièce sur les trois religions monothéistes qui s’appelle Nathan le sage. Une très belle pièce écrite dans le XVIe siècle qui parle de l’enchevêtrement de ces trois religions et de ce qui les sépare.

Vous continuez à porter la voix des écrivains algériens ?
Oui, bien sûr ! Très souvent, je suis sollicité par l’Institut du monde arabe au centre culturel algérien pour lire les jeunes auteurs algériens. Je viens de faire Anouar Benmalek, son dernier roman, Waciny Laâredj et bien d’autres. Je fais aussi les livres tunisiens et marocains, mais les sorties algériennes sont plus nombreuses.

Par O. HIND, lexpressiondz.com