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L’Algérie dans la peau !

mercredi 27 avril 2005, par nassim

Jean-Pierre et Georgette Pascuito, un couple de pieds-noirs de retour dans leur pays natal, l’Algérie.

C’est en avril 2004 que Jean-Pierre Pascuito et sa femme, Georgette, un couple de pieds-noirs, sont revenus en Algérie pour la première fois en quinze ans d’absence. Ils reviendront encore une fois cette année, le même mois, pour sentir l’irrésistible odeur de la terre qui les a vu naître, il y a plus de 70 ans.« C’est extraordinaire ce que l’Algérie a pu changer en 15 ans ! Ces nouvelles routes, ces habitations [...] C’est inimaginable. Mais le plus extraordinaire, c’est de se retrouver chez soi comme si on n’avait jamais quitté notre pays. Partout où on va, on est les bienvenus, même de la part des jeunes ! » confie Mme Pascuito dans une rencontre à l’hôtel Djazaïr, avant d’ajouter, d’une voix tremblante : « Personne n’a dit du mal de nous. On se sent bien chez nous ! »

Souvenirs et nostalgie

Jean-Pierre et Georgette sont nés à Alger, de même que leurs parents et leurs grands-parents. « Mon père est le premier à avoir planté le riz en Algérie, près de Boufarik. Ça a bien marché, bien porté et beaucoup plu aux Algériens », se souvient Georgette. Ce couple, venus en touristes, fait partie de cette catégorie des pieds-noirs qui n’ont pas quitté l’Algérie après l’indépendance. « Cependant, après la nationalisation globale des terres, qui n’était d’ailleurs pas dirigée contre nous, on s’est trouvé sans travail, sans rien. De plus, ma mère venait d’être assassinée par des voleurs. On a quitté l’Algérie pour le Maroc où j’ai trouvé du travail puis, après deux ans, on est parti définitivement en France, à Marseille », explique Jean-Pierre Pascuito.

Toutefois, même si les Pascuito ne vivaient plus en Algérie, ils y revenaient régulièrement. « Comme je travaillais dans le domaine de l’importation, j’étais le représentant de l’Algérie. Ma femme et moi, on est revenu 60 fois au pays jusqu’à 1989 et on a été reçu dans 92 familles algériennes », se rappelle-t-il. Jean-Pierre a vécu dans un environnement composé de 95% d’Algériens. Il parle couramment l’arabe et se reconnaît, de même que sa femme qui, elle, a côtoyé les Kabyles, dans les coutumes et traditions algériennes. « Quand on est parti, c’était le déchirement. En partant, j’ai emporté avec moi le rêve de réconciliation, le rêve de recoller un jour les morceaux », confie M. Pascuito.

Un accueil glacial en France

En France, un accueil glacial est réservé au couple. « On a été très mal reçu. Il y avait des commentaires, des remarques blessantes. De notre côté, nous avions du mal à nous adapter à ce nouvel environnement, cette mentalité », se souvient tristement Georgette. Le couple a donc préféré côtoyer les Algériens vivant en France, avec lesquels ils avaient des rapports privilégiés. « Nous avons la même mentalité, le même esprit, la même façon de voir les choses, la même chaleur. Nous nous entendons à merveille, en tout cas mieux qu’avec ‘‘les autres’’. Bref, il y a quelque chose de spécial qui nous liait, quelque chose qu’on ne peut expliquer. » A partir des années 1990, le terrorisme faisait des ravages. Les Pascuito ont eu peur et ils ne sont plus revenus. Il faut dire que le climat socio-politique et sécuritaire ne s’y prêtait pas. « A cette époque, on ne percevait que le côté sombre de l’Algérie, massacres et bombes [...] », affirment-ils. « Quinze ans après, ajoute Jean-Pierre, on revient pour retrouver une Algérie presque méconnaissable, mais infiniment plus accueillante. » Que regrettent-ils le plus en 15 d’absence ? « L’Algérie entière.

Je suis sûr qu’il y a des Algériens qui ne connaissent pas ce pays comme nous. En fait, je n’ai jamais imaginé que je ne verrai pas l’Algérie pendant 15 ans ! Si quelqu’un me l’avait prédit, je ne l’aurais pas cru », affirme Jean-Pierre. Cela dit, Mme Pascuito affirme que si on lui proposait de s’installer définitivement en Algérie, elle refuserait. « On s’est habitué à vivre à Marseille, on y a nos habitudes. Et puis, je voudrais être enterrée là-bas, près de l’endroit où vivent mes petits neveux et nièces. Presque toute ma famille est enterrée à Alger ! ».De retour au pays donc, Jean-Pierre et Georgette sillonnent le pays à la recherche des traces et des souvenirs. « On est passé l’année dernière au cimetière pour revoir le caveau de nos parents. Il était dans un état lamentable ! Mais je suis contente de voir que, cette année, le caveau est remis en état ainsi que le cimetière d’ailleurs. Ça me fait chaud au cœur », dira Mme Pascuito. Pour sa part, Jean-Pierre est retourné à la maison où il est né, du côté de la rue de la Lyre. Il a revu le « chez soi » où il a passé sa petite enfance, avec ses sept frères et sœurs. « J’ai revu le coin où était installé mon petit lit, la chambre de mes parents. C’est fou ce que le temps passe vite ! »Parmi les « traces » laissées, les Pascuito ont retrouvé leurs meilleurs amis ainsi que les anciens employés de leurs parents. « Nous avons également retrouvé une petite fille qui, aujourd’hui, a 45 ans et est mère de famille. On l’a connue alors qu’elle avait 3 ou 4 ans et venait de perdre sa maman. Comme je me suis occupée d’elle à cette époque, elle s’est attachée à moi. En fait, jusqu’à aujourd’hui, quand elle me voit, elle a les larmes aux yeux tellement je lui rappelle sa maman. Elle a même dit à mon mari que s’il n’était pas gentil avec moi, elle m’emmènerait chez elle ! » raconte Georgette en riant. Des souvenirs et des traces que le couple n’a pas l’intention de garder jalousement dans sa mémoire. Généreux, il se propose de les transmettre aux futures générations, que ce soit à ses petites nièces et petits neveux ou aux jeunes Algériens.

Le bateau de la réconciliation

D’où les deux ouvrages que Jean-Pierre a écrits, Terre natale, l’Impossible oubli et Plaidoyer pour une paix et le cessez-le-feu des esprits ainsi que le Bateau d’amitié, une manifestation qu’il a organisée pour le 25e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. « J’ai toujours prêché pour la réconciliation entre les Algériens et les pieds-noirs, les Algériens et les Français. A tel point que, lors du 25e anniversaire de l’indépendance, j’ai eu l’idée d’un voyage que ma femme a considéré comme folle. J’ai fait venir en Algérie 25 jeunes d’origine algérienne de 25 ans sur un bateau pour qu’ils visitent leur pays natal et participer par la même occasion à la Fête de la jeunesse. Cette manifestation n’était ni l’œuvre d’un parti politique ni d’une association de rapatriés. » A propos du traité d’amitié entre l’Algérie et la France qui sera bientôt signé, M. Pascuito a déclaré que cette initiative va concrétiser ce qui existe déjà. « La réconciliation entre les deux peuples a déjà eu lieu bien avant ce traité. C’est impensable que ça ne se soit pas passé avant. A ma connaissance, il y a eu des échanges après l’indépendance, entre Chadli et Mitterrand par exemple et maintenant entre Bouteflika et Chirac. Il a fallu 40 ans pour réaliser que ça pouvait être réalisé il y a 20 ans ! » Un dernier souhait ? « On souhaite juste que les pieds-noirs soient libres de voyager en Algérie sans visa. Au moins, ceux qui sont nés avant 1962. »

Par Farida Belkhiri, latribune-online.com