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L’Europe défie Google

mardi 3 mai 2005, par nassim

Pour contrer Google, le président en exercice de l’UE Jean-Claude Juncker a apporté mardi son soutien au projet de bibliothèque numérique européenne.

L’Europe contre-attaque.

Siège de Google, Californie.

Bibliothèques nationales et gouvernements européens ont décidé de lancer leur propre bibliothèque numérique afin de contrer le programme de numérisation de livres lancé par l’américain Google. Mardi matin, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a emboîté le pas à Jacques Chirac et au président de la Bibliothèque nationale de France (BNF) Jean-Noël Jeanneney, à l’origine de cette réaction européenne. « Il s’agit avant tout d’agir. C’est pourquoi je dis “oui” à l’initiative du président de la République française consistant à lancer une bibliothèque numérique européenne », a déclaré le président en exercice de Union européenne lors d’une intervention à la Comédie Française dans le cadre des Rencontres pour l’Europe de la Culture.

15 millions d’ouvrages, 200 millions de dollars de budget
La semaine dernière, six pays européens (France, Pologne, Allemagne, Italie, Espagne et Hongrie) avaient demandé à l’UE, sur proposition de la France, de lancer cette « bibliothèque numérique européenne » pour coordonner les actions des bibliothèques nationales. Cette initiative, relayée lundi par Jacques Chirac, intervenait au lendemain d’une motion commune de 19 bibliothèques nationales européennes qui avaient appelé à des initiatives communautaires, pour contrer le programme « Google Print ». Ce dernier prévoit de mettre en ligne 15 millions d’ouvrages issus des plus grandes bibliothèques américaines et anglaises d’ici 2010. Un projet colossal pour un budget estimé aujourd’hui autour de 200 millions de dollars.

Depuis janvier, le président de la BNF Jean-Noël Jeanneney - qui gère à ce titre le fonds Gallica, 80.000 ouvrages en ligne et le contenu des archives de 22 journaux - a pris la tête de cette croisade anti-Google. Ses idées sont exposés dans « Quand Google défie l’Europe, plaidoyer pour un sursaut » un petit livre qui sort en librairie ces jours-ci (lire l’article de Libération de ce jour. Aucune nation européenne n’étant assez forte pour assurer seule le « sursaut nécessaire » face à cette « homogénéisation forcée des cultures » que représenterait « Google Print », Jean-Noël Jeanneney en appelle à une mobilisation du continent pour lancer une contre-offensive numérique.

Jugement sur les faits
En marge de ces débats, des représentants de Google ont rencontré plus d’une centaine d’éditeurs français à Paris en leur proposant de se rallier à « Google Print » : la numérisation gratuite de tout ou partie de leur catalogue contre la possibilité de permettre la consultation de quelques pages des ouvrages dans le moteur de recherche. « Nous menons actuellement un gros travail d’explication auprès des éditeurs pour leur faire comprendre qu’il n’y a aucun danger à rentrer dans Google Print, assure Nikesh Arora, responsable de Google pour l’Europe, dans un entretien exclusif accordé à Libération. Autant qu’ils se fassent un jugement sur des faits. » Comme pour les autres activités de Google, le système sera financé par des encarts publicitaires (ventes de liens sponsorisés) avec à la clé un partage des recettes entre l’opérateur (Google) et les fournisseurs de contenus (les éditeurs). Plusieurs éditeurs ont fait part de leur intérêt pour ce type de partenariat mais aucun ne s’est engagé formellement. Le SNE, syndicat national de l’édition, reste pour sa part très réservé quant à cette éventuelle collaboration.

Source : Libération.fr