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Ahmed Azzegagh, journaliste et poète

mardi 10 août 2004, par Hassiba

Ahmed Azzegagh, quoique très peu connu, demeure toujours une des grandes plumes de la scène nationale et même internationale. Il est écrivain, romancier, dramaturge, journaliste et surtout poète.

Il est né à Béjaïa en 1942. Fils d’un émigré, il s’installe à Marseille avec sa famille, dès son enfance.
Il revient en Algérie après le recouvrement de l’indépendance pour apporter sa petite pierre pour reconstruire le pays. Durant cette première année, il avait exercé le métier d’instituteur à Béjaïa.

Par la suite, il rentre sur Alger et rejoint la revue Révolution africaine aux côtés de l’historien Harbi et Ouzegane. Il est journaliste et ce jusqu’au redressement révolutionnaire de Boumediene, pour se retrouver encore une fois dans l’Hexagone. Durant ces années, il a édite Chacun son métier et L’Héritage, des récits dont le dernier a été illustré par le peintre Denis Martinez. Il a aussi travaillé avec Mohamed Boudia pour la cause palestinienne. D’ailleurs, il a même effectué des voyages au Liban, en Palestine et en Orient.

Donc, Azzegagh, à travers ses écrits et ses positions, demeure comme l’indique son nom « le rouge », « le rebelle ». Quand il ne se trouve pas en voyage, il est en Algérie aux côtés des siens. D’ailleurs, il l’avait souligné sur la dernière page de l’une de ses pièces théâtrales pour dénoncer toute forme de répression : « Si l’on se réfère aux routes, aux forêts, aux montagnes, à la mer, au ciel bleu, au soleil, aux étoiles, à la Constitution, dans cette mirifique caserne qu’est la nôtre, chaque citoyen est libre de penser, de s’exprimer, d’agir et même de rêver... En fait, nous avons juste le droit d’applaudir les discours du chef et de sa suite. »

Il a également édité dans les années 1974 et 79 Les Récifs du silence et Duel à l’ombre du grand 1. Ahmed Azzegagh est reconnaissable par sa belle poésie et le choix des sujets. Il a touché à tous les thèmes qui étaient et qui sont d’actualité. Dans l’un de ses poèmes des années 60 en hommage aux femmes, il disait : « Jusqu’à quand mes sœurs serez-vous des écrins de lumière inutile. Les hommes courbent la voix de crainte d’éveiller les sourds le jour le plus étincelant est une promesse d’autruche. Dans ce pays, seuls les muets ont droit à la parole. »

Ahmed Azzegagh est sensible à tous les sujets qui concernent l’humanité. Il avait dénoncé même l’exploitation des pauvres gens par des riches en écrivant :
« Le jour se lève à peine
Nous pensons à demain
Nous vivons dans l’attente
Et tous mourons d’attente
Nous sommes l’espérance
Aux yeux du désespoir
Et si le soleil brille
Et nous nous étonnons de découvrir
que nous sommes le contraire des riches. »

Ce poème est tiré de L’Héritage. Azzegagh est très connu par les lecteurs et lectrices de Révolution africaine. Il avait écrit surtout dans la rubrique culturelle. Cinq mois avant la mort de son ami peintre Mohamed Issiakhem, il lui a consacré un entretien de six pages. Puis en 1979, il avait édité en France un recueil de poésie intitulé Duel à l’ombre du grand 1. En 1987, un long poème chanson sous le titre Blanc c’est blanc. Il a enregistré également une cassette audio et quelques poèmes sur les airs du chanteur Idir destinée aux enfants. En 1990, il revient au pays. Il a exercé dans l’hebdomadaire Algérie Hebdo en tant que directeur de la rédaction et à la Chaîne III en qualité de consultant et traducteur dans les émissions « Remue ménage » et « Papier bavard » avec Youcef Sayeh.

Ahmed Azzegagh est l’un des jeunes auteurs qui ont figuré dans les manuels scolaires. Avant de partir, il a écrit :
« Les ruisseaux font la cour aux prés
Les près font les fleurs sauvages
Les fleurs sauvages font les printemps
Les printemps font les oiseaux
Les oiseaux font les poèmes
Les poèmes font les poètes
Les poètes font les chansons
Les chansons font la joie de vivre... »

Ahmed Azzegagh a rendu l’âme le 24 avril 2003 à l’âge de 61 ans.

Repose en paix l’ami de nos amis.

Par H. M. Kahina, La Nouvelle République