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Le Liban sort de la crise politique

jeudi 28 avril 2005, par nassim

La grave crise politique libanaise semble finie : le nouveau gouvernement dirigé par Nagib Miqati a obtenu, hier matin, le soutien d’une majorité écrasante des députés lors du vote de confiance organisé à l’Assemblée parlementaire. Ses ministres vont maintenant s’atteler à la tâche qui leur incombe : organiser les élections législatives.

Fait exceptionnel. Le scrutin

Nagib Miqati, PM du Liban.

se tiendra à partir du 29 mai sur quatre dimanches successifs. Après des semaines de tergiversations et au lendemain du départ des troupes syriennes, les dates sont définitives, la Chambre ayant dans la foulée prorogé son mandat de trois semaines pour éviter tout vide législatif. La crise politique dans laquelle était plongé le pays du Cèdre depuis la démission de l’ancien Premier ministre Omar Karamé, le 28 février, prend donc fin, et ce sur un fait exceptionnel, 97 % des députés présents ont donné leur confiance au nouveau cabinet qui a respecté les promesses faites par Nagib Miqati au lendemain de sa nomination.

Il reste maintenant à adopter la loi déterminant le découpage électoral. Depuis la fin de la guerre (1975-1990), la loi électorale a été différente pour chaque scrutin législatif. On peut déjà s’attendre à des débats houleux. D’un côté, la grande majorité de l’opposition défend le caza, la petite circonscription, qui permettra aux électeurs chrétiens, dans leur grande majorité opposés à la tutelle syrienne, d’imposer plus facilement leurs députés. De l’autre, les partis chiites prosyriens, Amal et Hezbollah, largement majoritaires dans le Sud et la Bekaa, privilégient le mohafazat, la grande circonscription, qui garantirait un nombre conséquent de sièges à leurs partis.

Sur cette question comme sur d’autres, l’opposition se divise et semble incapable de parler d’une seule voix. « Walid Joumblatt et Michel Aoun s’étaient mis d’accord sur la petite circonscription. Je ne vois pas pourquoi on devrait revenir dessus », s’agace ainsi Joseph Baroud, responsable du Courant patriotique libre (CPL), le parti du général en exil. « Maintenant qu’ils ont obtenu le départ de la Syrie, ils vont commencer à se battre entre eux », prédit un journaliste.

Cacophonie. Le retour au pays de Michel Aoun, annoncé pour le 7 mai, et la sortie de prison du leader des Forces libanaises, Samir Geagea, prévue très prochainement, devraient encore ajouter à la cacophonie ambiante. « Tous les hommes politiques, de tous bords, nous promettent de tourner la page, de redonner ses lettres de noblesse à la démocratie, mais ils représentent justement cette époque, ce système dont on ne veut plus », estime Bruno, étudiant. Lui ne votera pas s’il découvre sur les listes électorales « les vieux chefs de guerre et les députés corrompus de ces quinze dernières années ». D’autres se promettent de participer malgré tout, « parce que nous devons remplir notre devoir de citoyen maintenant que nous avons recouvré notre indépendance », explique Mira, une mère de famille.

De son côté, la presse saluait hier le retrait militaire syrien, qualifié d’« historique ». « 13 h 30 mardi, départ du dernier soldat syrien », a titré en une le quotidien à grand tirage An-Nahar au-dessus d’une photo montrant le dernier soldat de Damas en train de dire au revoir. « Le Liban a récupéré sa liberté, sa souveraineté et son indépendance », a souligné Gibran Tuéni, rédacteur en chef du journal An-Nahar, dans un éditorial. Ce retrait constitue « une occasion pour redéfinir les relations » avec Damas « et confirmer que nous avons atteint l’âge adulte », écrit encore le quotidien. Mais pour le propriétaire du journal As-Safir, proche de Damas, le constat est amer : « La Syrie est sortie du Liban blessée, après l’avoir "géré" pendant trente ans grâce à un mandat international », écrit Talal Salmane.

Par Anaïs BERANGER, liberation.fr