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Les images de Florence Aubenas au crible

jeudi 3 mars 2005, par Hassiba

Il existe deux vidéos de Florence, arrivées de manière très différente et au contenu lui aussi assez différent. Elles sont analysées à la loupe par les services de renseignement, qui tentent d’y trouver des éléments de compréhension de la prise d’otages.

D’ores et déjà, ils semblent écarter l’hypothèse, d’enregistrements manipulés ou « fabriqués », selon l’expression du Premier ministre.

Libération a pu visionner les deux et est donc en mesure de rendre compte des similitudes, importantes, et des différences, également frappantes, entre les deux documents. Il ressort de ce décryptage des conclusions possibles quant à la chronologie des enregistrements et aux conditions de détention de Florence, qui paraissent plus dures que ne l’avaient été celles des deux autres otages français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot.

Par ailleurs, Libération a vérifié l’existence d’une version légèrement retouchée de la cassette la plus récente, apparue sur des forums de discussion islamistes, sous la signature d’un Islamic Media Centre lié au réseau Al-Qaeda. Il s’agit visiblement de montages à partir de l’original diffusé par l’agence Reuters.

Vidéo 1 / Vidéo 2

VIDEO 1
Comment est-elle arrivée ?
Il s’agit d’un CD-Rom, obtenu le 22 février à Bagdad par les services français des mains d’un intermédiaire qui a exigé la confidentialité sur l’existence même de ce document. Seules la famille et la direction de Libération l’ont visionné.

Quand a-t-elle été faite ?
Les experts n’ont pu le déterminer. Mais le CD-Rom transmis a été dupliqué à partir de l’original le 20 février. La vidéo a donc été tournée avant, probablement vers la mi-février, au moyen d’une caméra numérique.

Quelle est la mise en scène ?
Florence est filmée de face par une caméra sur pied, avec une lumière naturelle, adossée à un rideau noir sans aucun signe distinctif. D’abord en plan général, et en silence, comme si elle attendait le signal pour commencer à parler. Quand elle le fait, en anglais, fixant la caméra, celle-ci effectue un zoom avant, puis arrière, avant de retourner à un plan général quand elle cesse de parler. L’image tressaute, et il existe un léger décalage entre le son et l’image, probablement dû à des copies successives. A l’évidence, Florence récite un texte qu’elle a appris ou qu’elle lit.

Comment apparaît-elle ?
Vêtue d’une ample robe noire, d’un sweat-shirt vert sur un T-shirt noir, elle est assise les jambes relevées qu’elle entoure de ses mains croisées. Elle porte au bras gauche ce qui semble être une menotte en plastique, et une bague à chaque main. Elle est amaigrie, fatiguée, anxieuse, ses cheveux mal coiffés lui tombent sur le visage, et elle semble résignée.

Que dit-elle ?
« Mon nom est Florence Aubenas. Je suis née le 6 février 1961. Je suis journaliste. Je suis française. S’il vous plaît, aidez-moi. Je suis en mauvaise santé. Mon état de santé n’est pas bon. S’il vous plaît, aidez-moi. C’est urgent à présent. S’il vous plaît, aidez-moi ! »

VIDEO 2
Comment est-elle arrivée ?
Elle a été déposée sous forme de cassette vidéo le 1er mars au bureau de l’agence Reuters à Bagdad.

Quand a-t-elle été faite ?
Elle ne porte aucune date, mais aurait été réalisée fin février. Elle a été probablement tournée elle aussi à l’aide d’une caméra numérique sur pied.

Quelle mise en scène ?
Elle est similaire à la première vidéo, avec un jeu semblable, et ­ surprenant pour les experts ­ des plans larges et des zooms sur le visage de Florence, en particulier pour souligner les moments les plus dramatiques. Cette fois, la lumière est artificielle. Le fond semble avoir changé et être de couleur bordeaux, mais, selon des spécialistes, ce changement de couleur pourrait être un effet de copies multiples.

Comment apparaît-elle ?
Florence est dans la même position, beaucoup plus marquée et amaigrie que sur la première vidéo, du fait probablement d’une dénutrition et de déshydratation (visible à ses lèvres desséchées), mais aussi peut-être de l’éclairage. Elle porte les mêmes vêtements, à l’exception du T-shirt, de couleur claire cette fois. On ne voit que la bague qu’elle porte à la main gauche, et on n’aperçoit plus de menottes. Ses cheveux sont plus sales, plus longs et plus ébouriffés que sur la première cassette.

Que dit-elle ?
« Mon nom est Florence Aubenas. Je suis française. Je suis journaliste à Libération. Aidez-moi. Je suis en mauvaise santé. Je suis en mauvaise santé psychologique aussi. S’il vous plaît, c’est urgent maintenant. Aidez-moi. J’en appelle particulièrement à M. Didier Julia, le député français. S’il vous plaît M. Julia, aidez-moi. C’est urgent, M. Julia. Aidez-moi. »

Par Patrick Sabatier, www.liberation.fr