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Tensions ethniques dans le très riche Khouzistan iranien

mercredi 20 avril 2005, par Hassiba

La région très sensible du Khouzistan iranien, où se trouvent les plus importants champs pétrolifères du pays, a été en fin de semaine dernière le théâtre de violents affrontements ethniques opposant la communauté arabe majoritaire aux forces de l’ordre.

Selon un dernier bilan, communiqué mardi par le ministère de l’Intérieur à Téhéran, cinq manifestants au moins sont morts. La chaîne qatarienne al-Jazira, qui avait la première rapporté les troubles, s’est vu interdite d’exercer « provisoirement » en Iran. La République islamique la soupçonne en effet d’avoir « incité des éléments subversifs à déclencher ces affrontements ».

A l’origine des heurts, qui ont éclaté dans la soirée de vendredi entre la population arabe et les forces de sécurité dans plusieurs villes du Khouzistan, une lettre attribuée à l’ancien vice-président iranien. Dans ce document, que le régime de Téhéran affirme être un faux, Mohammad Ali Abtahi évoquerait explicitement l’idée de restreindre l’influence des Arabes de souche dans cette zone très sensible en les relogeant dans d’autres régions du pays. La lettre adressée à l’Organisation du plan, qui relève de la présidence iranienne, demanderait ni plus ni moins que de modifier la composition ethnique de la province.

L’information a, comme il fallait s’y attendre, mis le feu aux poudres. Des groupes de manifestants ont très vite attaqué des bâtiments publics, incendiant des bureaux de l’administration et des banques. D’autres ont mis le feu à des voitures de police. La riposte des forces de sécurité ne s’est, bien entendu, pas faite attendre. Bombes lacrymogènes et balles en caoutchouc ont visé les manifestants. Les affrontements, qui ont éclaté simultanément dans plusieurs villes, notamment à Ahvaz, le chef-lieu du Khouzistan et à Mahshahr dans le sud de la province, se sont poursuivis tout le week-end. Selon un bilan officiel, au moins cinq personnes ont été tuées dans ces violences. Un député a pour sa part évoqué neuf morts, ce qui ferait de ses affrontements, parmi les troubles les plus meurtriers depuis des années dans la République islamique. Plus de trois cents personnes ont par ailleurs été arrêtées avant d’être relâchées mardi.

Les autorités de Téhéran ont très vite tout fait pour minimiser ces incidents et démentir l’hypothèse selon laquelle ces troubles procèderaient d’une pseudo lutte pour l’indépendance du Khouzistan. L’homme par qui le scandale est arrivé a ainsi vivement démenti être l’auteur d’une lettre proclamant que « les Arabes doivent immigrer et que les noms arabes des villes et des villages être persanisés ». Mohammad Ali Abtahi a également indiqué « n’avoir jamais eu le pouvoir de modifier la composition ethnique d’une région et que personne n’était en mesure de le faire ». Le ministre iranien du Renseignement, Ali Younesi, a pour sa part estimé que ces troubles ne devaient pas être imputés à la population arabe du Khouzistan qui a selon lui été manipulée. « Ceux qui ont été arrêtés sont des personnes jeunes et innocentes. Les vrais criminels sont ceux qui les ont provoqués », a-t-il notamment affirmé à l’agence de presse officielle Irna.
Al-Jazira sanctionnée

Première à évoquer les tensions ethniques au Khouzistan, la chaîne qatarienne al-Jazira s’est vu interdire de travailler en Iran. « Cette suspension durera le temps nécessaire pour que nos experts examinent le rôle éventuel que la chaîne a joué pour inciter les éléments subversifs à déclencher les troubles d’Ahvaz », a notamment précisé un responsable du ministère de la Communication. Al-Jazira avait très rapidement parlé de trois morts et de nombreux blessés et présenté les violences comme des troubles séparatistes. Elle avait notamment cité le Front populaire et démocratique des Arabes d’Ahvaz, un groupuscule basé à Londres, qui a affirmé sur la chaîne avoir appelé à des manifestations pacifiques pour dénoncer « quatre-vingts années d’occupation iranienne » dans cette province à majorité arabe mais que le gouvernement avait répondu en déployant des forces militaires. L’un de ses représentants a également évoqué sur le site Internet de la chaîne qatarienne « un projet d’épuration ethnique ».

La très riche province du Khouzistan -poumon économique de l’Iran avec la majorité des gisements pétrolifères actuellement exploités dans le pays- est une région extrêmement sensible. Elle a de tous temps été objet de convoitises régionales et c’est pour « récupérer l’Arabistan » -nom donné par Saddam Hussein à cette province- que le régime de Bagdad a lancé son offensive en 1980. Le Khouzistan a alors été le théâtre des plus féroces et des plus sanglantes batailles que sont livrées Iraniens et Irakiens. La plupart des villes de la province ont été bombardées par l’aviation de Saddam Hussein poussant des centaines de milliers de personnes à se replier dans des camps de réfugiés à l’intérieur du pays. La composition ethnique de la province a bien sûr été profondément affectée par les combats mais depuis la fin de la guerre en 1988 la plupart des habitants sont rentrés chez eux.

Estimée à 2,7 millions de personnes, la population du Khouzistan est majoritairement arabe même si, pour des raisons bien compréhensibles du point de vue du régime de Téhéran, sa composition demeure un secret d’Etat. Aucune statistique officielle n’a en effet jamais été publiée concernant cette région. Et bien qu’il existe quelques groupuscules séparatistes, la plupart des spécialistes de l’Iran s’accordent pour estimer que la majorité des Arabes du Khouzistan se considèrent avant tout comme Iraniens. C’est le cas également pour la mosaïque d’ethnies qui compose la République islamique. Qu’elles soient azérie, baloutche, kurde ou arabe, toutes ces communautés se définissent en effet prioritairement comme iraniennes, même si dans chacune d’elle, certains groupes militent en faveur d’un séparatisme. La communauté kurde, qui été la plus active pour réclamer son indépendance, a depuis plusieurs décennies déjà abandonné cette idée, se contentant de réclamer une plus grande autonomie.

Par Mounia Daoudi, rfi.fr