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Assikel, avec ceux du Hoggar

lundi 6 septembre 2004, par Hassiba

Assikel : pour raconter le voyage... celui des Imohaghs, Berbères du Sahara central : les Touareg. Assikel signifie voyage en tamahaq, la langue écrite et parlée par eux.

Et c’est bien à cet assikel que nous sommes ici, initiés pour plonger dans sa signification profonde : avec les vaisseaux du désert, c’est une longue méharée qui nous mènera. « Comme au temps jadis », avec les gens du désert pour vivre avec eux la plénitude de cet autre espace... Suivons, donc, notre chef de caravane !

Trente et un juillet, cinquième jour de l’Assikel. Avec nos effets arrimés à nos chameaux, notre navigation prend définitivement le cap est, en direction de Tinallawine et de son oued. Sur le roc ocre et noir, des ânes sauvages jouent leur camouflage, se confondant totalement avec les couleurs ambiantes. Pourtant, ils n’échappent pas à notre regard promeneur : les voilà, au loin, nous observant passer, oreilles dressées et l’air très curieux ! Ils feront souvent partie de nos rencontres, tout comme les chameaux égarés qui suspendent, un instant, leur frugalité portée sur les acacias pour regarder, eux aussi, passer notre caravane du haut de leur apparence si hautaine ! Dans ces contrées de l’extrême, le ressourcement est de plus en plus amplifié et notre retraite dans ce désert des grands hommes nous plonge davantage encore dans l’univers minéral du Hoggar.

Au fait, qui a déjà dit : « Celui qui ne s’est pas purifié aux grandes étendues est encore aveugle... » ? Une sagesse qui me hisse haut tant je me sens, justement, lavée par ce désert qui purifie l’âme, qui vous met face aux choses vraies, essentielles, face aux êtres simples, authentiques et enfin face à vous, dans toute votre vérité, sans artifices... N’a-t-il pas bien vu le grand Gibran Khalil Gibran (poète et écrivain) quand il recommande : « Bâtissez de vos rêves une retraite dans le désert avant de bâtir une maison dans l’enceinte de la ville. » J’aime aussi à méditer cette sagesse qui donne toute sa dimension à ces grands espaces originels, lieux des grandes vertus : « Eloignez vos tentes, rapprochez vos cœurs... » dit aussi un proverbe targui pour exprimer les vertus inhérentes à ces espaces silencieux, dimensionnels et fertiles qui ont fait naître même les prophètes. Nos vaisseaux du désert ondulent, et en cette matinée lumineuse du mois d’août, les paysages à la fois doux et austères se déroulent dans un désert mutant. Reg de pierres, montagnes que nous contournons ou traversons, très grands oueds encaissés au sable gros ou fin, fruit d’une lente érosion, depuis la nuit des temps, des grés environnants. Tiens, une flore nouvelle apparaît sur l’oued Tinalawine.

« Ce que tu vois là, sur ta droite ce sont des aliw... », me dit Mohamed dans sa langue maternelle. Aliw : l’olivier sauvage ou « oléalapperini », le nom scientifique attribué par le général Lappérine qui a cru le découvrir lors de ses conquêtes coloniales du début du XIXe siècle dans le Hoggar. mais pour les Touareg, cet arbre relique demeure aliw. Il raconte les temps humides où le Hoggar, il y a des milliers d’années, jouissait d’un climat méditerranéen. Comme le tarout au Tassili n’Ajjer (le cyprès du Tassili, arbre millénaire), l’aliw est un survivant des temps passés qui commence à se montrer, alors que nous gagnons de l’altitude, à 2000 m et plus. D’autres arbres et arbustes de la haute montagne font également leur apparition : le jujubier (tabakat), le genêt, l’aubépine (tehounek) dont le bois rouge très prisé pour le chauffage sert aussi au tannage des abéyoughs.

Même le palmier-doum se fraie une place. Et voilà aussi qu’une autre fleur aux larges feuilles vertes et aux pétales étagées, de couleur pourpre se montre de son côté : « C’est la tamadjhé, de la famille du choux, dont raffolent les chameaux. » Bokha, Abderahmane et Brahim sont également tout ouïe avec Mohamed lorsqu’il m’explique mes découvertes. Travaillant tous les trois comme chamelier dans l’agence touristique de Mohamed, ils sont formés ici, durant notre voyage, comme guide touristique. Et à ce titre, Mohamed leur enseigne sur le terrain tout le « b. a.-ba » du métier qu’il devront entreprendre à la prochaine saison touristique qui commence en octobre... Notre file indienne reprend sa forme en cette heure de la takest. Devant, un chant aigu et langoureux me parvient. Il émane de Bokha. Sans prévenir, le soleil s’éclipse, cède à une subite et courte averse qui nous arrose de ses grosses gouttes d’eau. C’est un brusque vent d’est, l’alizé, qui l’a charriée. Derrière, sur ma monture, j’observe souriante mes compagnons se réjouir comme des enfants de ce don du ciel.

Même la retenue habituelle du vieux Moussa se laisse aller aux jubilations. Nous sommes tellement bien ! Heures de ferveur au moment où nous baraquons à l’almoz (fin de jour). Le soleil qui décline enrobe les reliefs qui nous abritent du vent de lumières roses et violines typiques du Hoggar de fin du jour. Au loin, notre cap du lendemain baigne presque dans ce noir proche de l’indigo, couleur du taguelmoust de fête qui couvre la tête des Imohaghs. Dans l’obscurité, de mystérieuses formes montagneuses nous attendent, demain... Notre feu s’allume et assure toute notre veillée. Scintillant, notre ciel est tout repos. « Bismillah ! » pour déguster l’indétrônable taguella. Autour du feu qui crépite, thé et chuchotements entre ces hommes du désert dont je me sens si proche. Cette nuit est des plus fraîches. Pour dormir, je met ma couche près du foyer de braises que l’on a pris soin de couvrir de sable. Bercée par les étoiles que je contemple, je m’endors... Aux heures des pléiades (constellation apparaissant autour de trois heures), une grosse masse blanche me domine ! C’est Zaïtek, notre chameau gâté, qui vient sans gêne trouver près de moi quelque bonne herbe à brouter ! Au loin, j’aperçois Moussa qui réunit les autres dromadaires, probablement trop éloignés dans leur pâturage nocturne. Curieux, comme les dromadaires dorment très peu !

Pour ne pas souiller ce milieu fragile...
1er août : levée de camps de Tinallawine. Mais avant, élimination de tous les déchets. Il en est ainsi chaque fois que nous quittons notre campement : les épluchures des légumes et des fruits, comme les restes de viande sont posés sur une pierre ou un arbuste pour les animaux sauvages. Tout le reste est brûlé dans le feu de camp. Une fois consumés, le papier aluminium et les boîtes de conserve sont concassés, réduits à leur plus petit volume et emportés avec nous pour être ramenés à Tamanrasset. Telle est la règle qu’édicte Mohamed, à cheval sur la stricte préservation du désert. Dans le climat sec du désert, la résorption du métal, du plastique et autres matériaux est encore beaucoup plus longue que dans les climats humides, mettant pour cela tenez-vous bien des centaines d’années !

Même le plastique et le papier n’échappent pas à cette dure loi de la chimie. C’est ainsi que l’on ne doit nullement souiller ce milieu fragile qu’est le désert : une règle qu’impose naturellement Mohamed à ses touristes et qui est évidente dans notre voyage. Depuis hier, nous sommes dans le territoire des Issaqamarens qui occupent ce coin du Hoggar jusqu’à Tazrouk où nous nous rendons. Les Issaqamaren doivent leur nom à cette caractéristique qu’ils ont de s’étendre pour s’asseoir en s’accoudant sur le bras. Et pour vous mettre à l’aise, un Issaqamaren vous priera toujours : « Issaqamar ! » ce qui signifie : « Etends-toi ! ». Le soleil est presque au zénith. A l’horizon, l’image des silhouettes rocheuses et noires, perçues la veille dans la nuit, se rapproche petit à petit, suggérant à mon âme aventurière un domaine du Hoggar autrement plus exaltant. Avec la patience que m’apprennent par leur tempérament mes amis, j’attends, le vague à l’âme, d’atteindre cet autre espace qui me paraît très secret.

Après Tinallawine, les oueds Issigen, puis Innareg ponctués de cols que nous gravissons, premiers pics et pitons de ce haut pays commencent à s’élever devant nous et que les volcans actifs du passé ont éjectés au ciel. Chacun porte son nom ou sa légende. De temps à autre, des chapelets de pierres noires, patinées par les éclats du soleil, sont soigneusement disposés en cercles ou en demi-cercles : « Cela indique un vieux campement. Quant aux petits cercles élevés en murs, ce sont des enclos pour abriter, la nuit, les chevreaux afin qu’ils ne soient pas attaqués par les chacals. » Les habitations en pierres et autres greniers sont omniprésents, ponctués de ces mosquées si particulières, dressées dans la simplicité et l’harmonie du milieu. Une enceinte rectangulaire de pierres alignées, présentant un petit espace orienté vers l’est, en guise de minaret. Ces domaines inhabités que nous rencontrons sont juste en « veille », pouvant à tout moment être occupés, si des ondées venaient reverdir les pâturages. Dans le Hoggar, comme ailleurs dans le désert, les campements des nomades suivent toujours le rythme des pâturages, le troupeau étant, avec l’eau, l’élément de vie essentiel qui dicte le domaine des habitations.

Traces d’Amayas
Notre méharée évolue et avec elle mes découvertes de plus en plus sublimes. Je la suis, parfois, à pied, m’arrêtant ici pour observer de plus près une pierre, une plante inhabituelle, pour décripter une trace d’animal, ou encore pour contempler immobile les formes irréelles presque des pitons rocheux...« Tiens ! c’est curieux, ces traces d’animal ! Celles d’un chat sauvage ?! » J’en étais sûre ! Ce sont des traces d’un canidé ! Mohamed qui s’est arrêté sur son méhari m’indique du doigt ces empreintes de pas si inattendues. « Ce que tu vois là, ce sont des traces d’amayas ! », me dit-il presque solennel. L’annonce a résonné pour moi comme la plus belle des surprises ! Fabuleux ! J’en ai le souffle coupé. Combien j’ai rêvé de rencontrer ces traces ! « Elles sont très récentes. L’amayas a dû passer ici hier soir ou ce matin », renchérit Mohamed. Amayas : c’est ainsi que les Touareg appellent le guépard du Sahara central qui leur est bien familier. Ils le dénomment aussi « pattes de velours » pour la légèreté de ses élans très rapides. Plus petit que le guépard de la savane africaine, sa vitesse est fulgurante lorsqu’il chasse dans les immenses espaces désertiques.

L’amayas est le plus rapide des fauves et sa vitesse peut atteindre 120 km/h. Ce fabuleux animal figure, depuis longtemps, sur la liste rouge de l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature qui le classe parmi les espèces en voie de disparition. Très craintif, il ne rôde jamais là où il pressent la présence de l’homme. Pourtant, les habitants l’ont souvent aperçu, mais il demeure méconnu de nos chercheurs et de nos scientifiques. Viendra pour moi le moment des témoignages qu’on me fera sur sa rencontre, à l’heure du baraquement lorsque Intayent et Khanned viendront se joindre à notre campement nocturne de Tillèline, autour du feu, sous le ciel étoilé.

Rêves sahariens...
De cette rencontre de traces d’un autre genre, je me prends à rêver que je vais réellement croiser ce fauve, peut-être, inchallah ! que je vais alors le rassurer pour l’encourager à m’approcher et que je serais alors la plus heureuse. Le rêve s’est pourtant réalisé, enfin presque ! Autrement par les récits que me fera le guide, Intayent, notre hôte d’un soir. Des récits dits avec une telle simplicité de narration que je me croyais, un instant, être l’auteur de cette rencontre d’une femelle guépard trouvée avec ses petits dans un coin proche du Hoggar.

Pourtant, j’ai frôlé le vis-à-vis lorsqu’au cours de notre cheminement dans l’euphorique Tilléline, sur sa monture m’appelle Moussa, alors que j’entreprends notre étape en marchant. « Naghima ! Ayou ! » « Naïma ! viens ! » J’accours de pas rapides, sachant qu’il avait quelque chose d’important à me montrer. « Chouf h’na ! », poursuit-il dans un arabe qu’il parle à peine : une gazelle dont il ne reste que la tête, fraîchement attrapée et dévorée par un amayas ! J’observe les pas du fauve lorsqu’il a couru à toute allure pour capturer sa proie, lorsqu’il a brusquement freiné pour bondir sur elle et l’attraper par le cou. C’est sur place qu’il a pris son repas, sans être dérangé par une quelconque hyène rayée, prédateur disparu du Sahara central. L’histoire comme si j’y étais !

Mais j’ai aussi l’intime conviction d’avoir entendu, une de ces nuits à Adjilzem, sixième jour de notre Assikel, le cri de l’amayas très particulier, un peu enroué, qui résonnait dans le silence de notre sommeil. Je connais son langage par les multiples documentaires qui le racontaient. Mes compagnons me répondent, en tout cas, que mon écoute est très probable. Je baigne dans le bonheur à l’idée d’en être personnellement sûre ! Le désert m’a bien parlé ! Nous sommes le 2 août, cela fait huit jours que nous cheminons. Comme la plupart des autres, la nuit a été très fraîche. Un vent très fort s’est levé durant cette nuit d’Inareg et a amené des cumulus qui nous ont arrosés, mais qui ont surtout arrosé le sol assoiffé. Ce matin, je suis la dernière levée alors que mes compagnons sont autour du taguimguimt (petit-déjeuner). Tamenast à la main (c’est le récipient cuivré que l’on suspend sur le chameau et qui sert à boire), je vais puiser l’eau de l’abéyough, remplir ma gourde et hâter ma toilette et mon petit-déjeuner pour respecter l’heure régulière de notre départ, à 7h30. Eloignés dans leur pâture, les chameaux sont ramenés par Mohamed, Abderrahmane et Moussa qui me taquine dans son arabe écorché : « Laboud djibi iménés m’ghana ! ». « Il faut que tu ramènes les chameaux avec nous ! » Il veut voir en moi une parfaite méhariste et c’est justement ce à quoi je tends pour être pleinement comme les gens du désert. Ma monte sur le chameau est irréprochable, me dit-on. Je sais le baraquer et le desseller, mais il reste quand même à parfaire le tout.

C’est l’instant du départ : saut éclair sur les méharas, en s’appuyant sur le pied gauche posé sur le cou. Des blatèrements fusent, signes que nos montures sont contentes de partir puis notre caravane s’ébranle : une longue file blanche, couleur de nos méharis, avec à sa tête Mohamed qui entreprend à pied le départ, comme toujours, rênes en main. Les chameaux de bât, eux, sont liés à nos montures par de longues ficelles afin qu’ils demeurent dans la file. « Aguéna yilli ahelwagh ! », « il y a de la pluie aujourd’hui ! » se réjouit Moussa sur sa monture : le voile gris des stratus annonce une pluie espérée très abondante. Dans la langue tamahaq, le mot aguéna désigne à la fois nuage, pluie et ciel.

Mais pour l’oued, deux mots distincts le qualifient : angi lorsqu’il est courant et taghézit lorsqu’il est sec. Plus préservée que les autres berbères, la langue tamahaq doit son authenticité à son repli dans les espaces de l’extrême, d’apparence hostile pour l’étranger et que seuls les Touareg savent apprivoiser. Une langue parlée toujours d’une voix tranquille comme pour ne pas déranger le silence régnant du désert. Notre lente avancée sur les oueds Inareg puis Aoufeltes se déroule sous des averses qui suscitent des « iih... » de joie. Des averses qui feront courir les oueds et qui apporteront si elles continuent, « inchallah ! » en août et en septembre, leur lot de pluie pour vivifier ces contrées méridionales. Les pieds croisés sur l’encolure de mon chameau (c’est ainsi que l’on se tient à chameau), je poursuis ma purification aux grandes étendues. Et à mesure qu’avance notre voyage, la longue piste d’Issigen nous conduit sur un autre col qui ouvre pour nous un tableau d’une autre dimension.

Exceptionnel celui-là aussi ! Le volcan Adjilzem, gigantesque ! Sa masse circulaire laisse entrevoir un très grand vide en son milieu. Sa beauté me happe au point que mon regard reste longtemps fixé sur lui. « C’est là que se fera notre halte jusqu’à demain matin », m’annonce Mohamed à ma grande joie ! Domaine du mystère que ce superbe Adjilzem qui a craché tellement de laves que celles-ci dessinent sur ses flancs des coulées verticales très lisses que les nombreux alpinistes, qui ont longtemps fréquenté le Hoggar, n’ont sûrement pas manqué d’escalader. Et comme pour ajouter au mystère qui habite les lieux, voilà qu’une succession d’aiguilles, assombries par un soleil éclatant, apparaissent crescendo, alors que nous approchons Adjilsem. Le mystère est encore plus accentué : une partie de notre méharée s’est éclipsée sans que j’aie eu le temps de m’en apercevoir ! Khaya, Doudou, Abderrahmane et Brahim nous ont quittés pour réapparaître en bas sur le large lit d’oued, passant tel un éclair au galop sur les méharis ! Une image saisissante avec la grâce de cette cavalerie d’un autre genre.

Nous jubilons tous en les regardant courir de notre falaise et me voilà lancer un youyou pour eux que Mohamed toujours allègre me demande de faire pour les encourager dans leur lancée. La liesse qui nous envahit traduit comme à chaque fois notre arrivée au lieu du campement. Dans le même temps, les jeunes compagnons s’exercent à la grande course de chameaux de Tazrouk à laquelle nous participons avec nos chameaux coursiers. C’est le moment de baraquer au pied du magnifique château fort, Adjilzem. Le moment de se reposer à l’ombre d’un absagh, de préparer le repas et de faire sa sieste pour qui l’envie l’en prend. « Ech... ech... » pour baraquer mon chameau et le desseller. Et à ma demande, me voilà posée à terre, comme projetée par une vague dans l’océan. Aussitôt les chameaux libérés des affaires, les voilà conviés par notre chef de caravane à leur repas, avant nous, toujours !

Choyés et remerciés de nous faire voyager. Moussa leur sert l’orge, transportée avec nous, étalée sur plusieurs carrés de bâche, autour desquels se nourrissent nos chameaux assis, en cercles épars. Après la sieste, le thé accompagné de dattes. Puis tout le monde vaque à ses petites occupations : aiguilles à la main, Bokha prise une chemise déchirée.

Khaya, Doudou et Brahim rient aux éclats autour d’histoires qu’ils se racontent. Toujours réservé, Khoni est un peu à l’écart m’observant timidement rédiger mes notes de voyage, tandis que Aflane s’adonne aux histoires et aux contes du terroir qu’il narre toujours à Mohamed.

Les aguelmame : des lieux protégés...
Il est 17h30, Mohamed et Hanayden me proposent l’escalade d’Adjilzem que j’accepte immédiatement ! Alors que nous gravissons déjà son pied, Abderrahmane et Bokha sont autour d’aguelmame (guelta), abeyoughs en main, en train d’assurer notre eau du soir. Tiens ! Je ne soupçonnais point une aguelmame au bas de l’Adjilzem ! Ma curiosité est encore une fois comblée. La pluie tombée a davantage servi ce point d’eau ; dis, mousse, lichens, fougères, petits poissons et autres libellules s’ajoutent à la palette du paysage pour me rappeler que dans ses secrets, le Hoggar regorge de zones humides dont certaines sont classées sur la liste Ramsar des zones humides d’importance internationale, comme les gueltas d’Issaqarassen et d’Afilale. Dans le cœur du massif. D’autres s’ajouteront sûrement à la liste, tant ces écosystèmes sont singuliers de ce côté-ci du désert...Notre ascension du volcan Adjilzem était une très forte réjouissance, ponctuée de grottes profondes et d’habitats naturels, creusés dans le roc pour les rapaces. La crête de ce colosse nous fera découvrir sur le flanc ouest une étendue immense de vallées et d’oueds bordés à leur tour par une chaîne de montagnes tabulaires. Le tout dans une lumière d’un soleil qui peint des couleurs déclinant des orange, des roses et des violets que seul cet astre le plus génial des artistes peut faire. Retour au camp qui s’est déplacé de l’absagh au lit d’oued. Captivant, le feu qui s’est allumé envoie de grandes flammes qui illuminent nos visages.

Nous parlons autour d’un thé, de choses et d’autres, de la pluie qui manque, de sa nécessité pour que les pâturages se régénèrent... Plus que tout, l’eau dans ces contrées extrêmes, c’est la vie. L’élément vital que les Touareg savent préserver, qu’il soit rare ou abondant. « Amane Imane »... dit l’adage targui, « l’eau, c’est la vie... ». D’instinct, Mohamed, un Kel Ghella (tribu noble du Hoggar), qui s’est abreuvé de la vie nomade dans les riches oueds de l’Atakor, se renseigne auprès de Moussa de la présence des pluies à Izernène où est établie sa famille, des Adjuh n’Itéhlé que nous visiterons à notre retour de meharée. L’eau ! une préoccupation permanente dans le désert.

Eclats de lumières
Notre palabre se poursuit dans le camaïeu de l’espace et de sa lumière de fin du jour qui décline, ici, une multitude de bleu, de violet et d’ocre que renvoient les puissantes chaînes basaltiques et granitiques de l’Atakor. Notre quiétude est amplifiée. Vient la nuit et ses chuchotements désertiques. Sous le feu que nous entourons, cuit la taguella. Au-dessus de nous, des milliards d’étoiles brillent dans le noir absolu. Des lieux dépouillés de tout artifice pour contempler la nuit étoilée ! La Voie lactée est si proche. D’un large trait blanc, elle trace à l’infini notre ciel du désert.

Ce désert où l’infini est partout démesuré. Amanar, Orion. Atriwan agula, l’étoile du Sud. Tanert, le guide. Chétahadh, les pléiades ou « les sept filles de la nuit », comme les appellent encore les Touareg. Lankechem, l’étoile polaire. La Chamelle et le Chamelon, la Grande et la Petite Ourses. Cassiopée, le Scorpion et mille autres étoiles encore qui servent à guider les caravanes dans leurs longs voyages nocturnes, et que les Touareg ne manquent jamais d’apprendre à leurs enfants.

Des étoiles qui brillent dans un cirque de lumières constellaires jamais aussi bien visibles que sur ces altitudes : la voûte céleste est bel et bien présente ici !

Par Naïma Chekchak, El Watan