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Ce que reprochent les investisseurs étrangers à l’Algérie

lundi 28 mars 2005, par Stanislas

A la fin de l’année 2004, on a dénombré 3 100 sociétés étrangères installées en Algérie.

Au cours de cette même année, 3 484 projets d’investissements d’un montant global de 386,4 milliards de dinars ont été déclarés, parmi lesquels 105 projets seulement représentant un montant global de 154,59 milliards de dinars proviennent d’investisseurs étrangers, dont 43 ont opté pour la formule de partenariat.

Peu d’investissements directs étrangers sont réalisés en Algérie malgré son potentiel et ses opportunités reconnus par les nombreux hommes d’affaires de nationalités diverses qui se sont déplacés dans notre pays au cours de ces dernières années. Si leur volonté de faire des affaires en Algérie est avérée et manifeste, beaucoup hésitent encore à franchir le pas pour investir et préfèrent se limiter à de simples opérations d’exportation. Nous nous sommes rapprochés de trois responsables : un Américain, un Français et un Italien, très au fait du milieu des affaires en Algérie, mais aussi de ce qui motive les investisseurs de leurs pays respectifs. Représentant trois des principaux partenaires économiques de l’Algérie, ces responsables, dont certains ont requis l’anonymat, nous renseignent sur ce qui freine, selon eux, la venue des investisseurs étrangers en Algérie. Du côté des Etats-Unis, on affirme que pour beaucoup d’hommes d’affaires de ce pays, « l’Algérie est un nouveau pays. Alors, quand ils viennent, c’est pour voir le marché et comment les choses ont évolué sur le plan économique et sécuritaire ». En revanche, « pour les hommes d’affaires qui connaissent bien le pays, les freins qui existent sont souvent des barrières techniques ou liés aux règles d’importation », dit-on.

Aussi bien du côté américain que français, ce sont la structure bancaire et les mesures relatives au rapatriement des fonds des projets d’investissements qui sont citées en premier, quand on parle de blocages à l’investissement. Le responsable américain déplore qu’en la matière « les procédures sont très lentes, alors que dans d’autres pays des compagnies étrangères transfèrent de l’argent en seulement quelques heures ».

Même son de cloche du côté français. Nos interlocuteurs estiment, en effet, que si « les difficultés, en matière de rapatriement de dividendes, réglementation restrictive en matière de change, étaient levées, elles faciliteraient l’entrée massive de capitaux en Algérie ».

Beaucoup d’investisseurs américains voient la réforme bancaire comme « la réforme phare » à mener dans le secteur économique, affirme-t-on. Dans ce sens, la directive du chef du gouvernement imposant aux entreprises publiques de déposer leurs fonds dans les banques publiques est jugée « gênante pour la venue des banques étrangères.

Or, il est difficile de faire du transfert d’argent sans secteur bancaire privé important ». Chez les Français, on se montre un peu plus compréhensif. « La directive sur les banques a quelque peu surpris du fait qu’elle paraît incohérente avec la volonté de moderniser le système bancaire.

En même temps, elle pouvait s’expliquer par le fait qu’on sortait d’une grosse affaire, celle de Khalifa », explique-t-on. Ainsi, on reconnaît dans le milieu des affaires français que dans le domaine bancaire « le financement des échanges se fait de mieux en mieux, mais les difficultés qui restent concernent la mise en place d’un système de compensation et de moyens de paiement modernes qui faciliteraient l’arrivée des investisseurs ».

Pour notre interlocuteur américain, « l’affaire Khalifa a eu pour effet de freiner le processus de réforme bancaire et il faudrait peut-être essayer de privatiser une ou deux banques pour voir si cela intéresse les investisseurs étrangers ».

En tout état de cause, pour ce responsable, l’intérêt des investisseurs américains pour les banques algériennes « est à prendre en considération ». Leurs apports en la matière pourraient être très bénéfiques pour l’efficacité du système bancaire national car, dit-on, « les banques étrangères ont des manières et des outils différents de travailler et de gérer leurs affaires, notamment en ce qui concerne l’accès au crédit ou encore l’analyse des risques ».

C’est donc pour cela que « la réforme du système bancaire en Algérie constitue la priorité des réformes ». « Ouvrir les banques au capital étranger va entraîner des changements économiques », ajoute la même source. Outre l’ouverture du secteur, il est également jugé important que le mode de gestion des banques change de façon que le rôle du gouvernement se limite à « la supervision avec une banque centrale qui doit avoir les moyens de contrôler les décisions prises par les banques ».

Le foncier, l’informel et la contrefaçon font peur aux investisseurs Le deuxième obstacle évoqué par nos interlocuteurs concerne le foncier. Les investisseurs français, nous dit-on, le jugent « accessible mais présentant encore des difficultés liées aux lourdeurs administratives ».

Du côté des opérateurs américains, on affirme que le foncier « constitue un frein à l’investissement en Algérie dans le sens où il y a des problèmes d’appartenance de propriété. Cela n’est pas encourageant quand on sait qu’aux Etats-Unis n’importe qui dans le monde peut acheter n’importe quel foncier ».

Les freins aux investissements se trouvent également « au niveau des voies de la distribution et du transport des produits avec des blocages administratifs au niveau des ports notamment, ce qui peut être préjudiciable pour l’opérateur étranger surtout quand le produit transporté est périssable ».

Du côté français, on est plus positif, puisqu’on préfère voir le bon côté des choses. « Les retards en matière d’infrastructures sont en train d’être rattrapés. Le pays développe un réseau d’infrastructures portuaires et aéroportuaires notamment », nous dit-on.

La même source se montre plus sceptique quand il s’agit des activités informelles et de la contrefaçon, dont l’extension « donne à réfléchir à deux fois, avant de venir », indique-t-on. Le constat est le même pour les Américains pour lesquels « des efforts doivent encore être consentis en matière de contrôle de l’économie informelle ».

Dans ce cadre, les Etats-Unis disposent de programmes d’assistance technique et de formation pour les douaniers et les juges algériens en matière de propriété intellectuelle, notamment. De plus, en collaboration avec l’Ecole supérieure de la magistrature, des programmes sont prévus pour former les magistrats algériens aux domaines de l’activité commerciale.

Il faudra 5 à 10 ans pour rattraper le retard sur les voisins maghrébins Si pour les investisseurs français on reconnaît qu’il y a « beaucoup d’obstacles qui sont levés », du côté américain, on fait remarquer que « dans le secteur des hydrocarbures, ce genre d’obstacles n’existe pas car il y a la Sonatrach qui est en mesure de tout gérer, alors que dans les autres secteurs il faut passer par de nombreux décidants ».

On estime, cependant, qu’il existe de nombreuses opportunités d’investissements dans divers secteurs parmi lesquels celui des ressources en eau dans lequel les investisseurs étrangers peuvent apporter un plus dans la gestion avec leurs nouvelles technologies.

Du côté français comme américain, on considère que le programme de privatisation pourra constituer un bon canal pour attirer les investisseurs étrangers, même si pour le responsable américain « il y a encore des difficultés d’application, notamment en raison des répercussions sociales de ce programme ».

Pour nos interlocuteurs français, le programme de privatisation a l’avantage de « présenter tous les modes opératoires possibles pour l’investissement ». Ce programme « crée un effet d’appel à l’investissement, bien qu’il connaisse quelques lenteurs dues certainement au fait qu’il y a 1 200 entreprises à privatiser », souligne-t-on.

De manière générale, les responsables économiques américains estiment que « le climat des affaires en Algérie est devenu aujourd’hui plus favorable aux investisseurs étrangers, même si beaucoup ne le savent pas encore. Certes, il faut 27 jours pour enregistrer son entreprise, et cela pose des problèmes.

Mais il y a des pays où c’est encore pire. Le gouvernement algérien doit montrer que le pays a changé et convaincre les investisseurs étrangers de venir en mettant en avant ses atouts ». « Les hommes d’affaires américains commencent à faire attention à l’Algérie, d’autant qu’elle a choisi la voie de la réforme et de l’ouverture à travers son adhésion prochaine à l’Organisation mondiale du commerce », conclut-on.

La même appréciation est partagée par les milieux d’affaires français. « Le climat des affaires s’améliore mais on peut toujours faire mieux », pense-t-on. Une chose est sûre pour les investisseurs français : « L’Algérie offre des avantages comparatifs importants.

Une main-d’œuvre et des matières premières à bas prix auxquels il faut ajouter une proximité géographique avec l’Europe ». Pour eux, « avec le dispositif ANDI, les autorités ont fait le nécessaire à travers des mesures attractives et transparentes pour les investissements étrangers ».

Cependant, on fait remarquer que par rapport à ses voisins maghrébins et en raison de la décennie noire, « l’Algérie a accumulé un retard, notamment vis-à-vis de la Tunisie qui a pris de l’avance en matière de développement de ses exportations ».

Pour rattraper ce retard, on estime qu’il « faudra au moins 5 à 10 ans ». Aujourd’hui, « il y a une réelle volonté de faire avancer les réformes, mais pour bien les mener, l’Etat doit fonctionner en consensus. Mais celui-ci reste difficile à obtenir, ce qui explique le retard pris ».

Pour les partenaires français, l’accord d’association signé avec l’Union européenne mais surtout l’adhésion prochaine de l’Algérie à l’OMC « vont permettre de lever les obstacles, d’accélérer les réformes et de booster les investissements étrangers ».

Les investisseurs italiens ne rencontrent pas d’obstacle en Algérie La conclusion française est une opinion partagée par un autre partenaire privilégié de l’Algérie, à savoir l’Italie. Pour M. Porsia, directeur de l’Institut pour le commerce extérieur (section de l’ambassade d’Italie pour la promotion des échanges), « les deux éléments qui vont rendre l’Algérie plus attractive sont l’adhésion à l’OMC et la ratification de l’accord d’association avec l’UE qui une fois entré en vigueur constituera une carte de visite pour l’Algérie à même d’attirer davantage les opérateurs étrangers et italiens ».

Pour ce responsable, « il n’existe pas vraiment d’obstacle pour les investisseurs italiens ». Pour preuve, « les entreprises italiennes sont présentes en Algérie depuis très longtemps et n’ont pas quitté le pays même durant la décennie difficile.

De plus l’Algérie a adopté quasiment toutes les règles qui régissent le commerce international, ce qui la rend plus attractive ». Cependant, ce qui reste encore à entreprendre consiste à « faire passer le message que le pays est sécurisé et qu’il ne présente aucun problème ».

Du côté italien, on semble déjà au courant de cette réalité. En témoigne le développement des échanges entre les deux pays qui, au vu des chiffres de M. Porsia, avantagent davantage les exportations italiennes que l’investissement.

En 2004, les exportations italiennes vers l’Algérie ont augmenté de 20 % et de plus de 300 % pour l’agroalimentaire, ce qui laisse penser que « les PME algériennes ont une facilité d’entreprendre des relations d’affaires avec leurs homologues italiennes ».

Pour ce qui est des perspectives d’investissement, le responsable italien affirme que « la privatisation intéresse beaucoup les investisseurs italiens ». Pour lui, dans certains secteurs, comme les textiles ou encore le tourisme, il faudrait privilégier davantage les formules de cessions d’actifs, alors que pour d’autres secteurs un partenariat mixte serait mieux approprié.

Par Safia Berkouk., jeune-independant.com